Roumanie : la Transylvanie secrète

Homorod, le dernier des Saxons

Homorod, le dernier des Saxons
Olivier Page

Quelques pages sur Homorod écrites par Dominique Fernandez nous donnent envie de faire le détour par ce village, entre Brasov et Sighisoara, où se dresse une belle église fortifiée. Mais la vraie raison était de rencontrer Johann Thomé, le doyen et la mémoire des Saxons du village, dont la destinée avait bouleversé Fernandez. Ses ancêtres quittèrent la région entre Rhin et Moselle et se fixèrent à Homorod au XIIIe s. Ces pionniers apportèrent la civilisation, défendirent le pays contre les envahisseurs tatars et turcs, défrichèrent les forêts et mirent en valeur les terres. Pendant sept siècles, ils vécurent ainsi en paisibles colons.

En 1943, vingt-huit des leurs sont enrôlés de force dans la Wehrmacht, et sont tués en France, à Cherbourg. Ceux qui reviennent en Roumanie après la Seconde Guerre mondiale sont arrêtés, et déportés en Sibérie par les Russes qui on fait main basse sur la Roumanie. En 1945, Johann Thomé a 17 ans. Il s’enfuit du village et se cache pendant 5 mois dans la forêt pour échapper à l’enrôlement militaire. La guerre terminée, les terres de sa famille sont confisquées par le nouveau régime. Commence alors la vie sous le joug communiste, une vie effarante, affreuse, absurde.

Il y avait 800 Saxons au village, il n’en reste plus aujourd’hui que quinze, les autres ont émigré à l’étranger après la chute du régime Ceaucescu en 1989. Vieil homme aux yeux bleus, Johann Thomé nous reçoit, affable et touché de notre visite : c’est bien lui, noble survivant et prototype de toutes les humiliations. « Il est trop tard à présent pour émigrer, je suis trop vieux. Mon fils est parti en Allemagne. Moi, je reste, j’attends la fin, je suis le gardien de la mémoire de la tribu des Saxons, qui s’effrite au fil des ans et finira par s’effacer un jour » nous confie-t-il de sa voix émue et mélancolique, tandis que nous découvrons l’église fortifiée du sommet de la tour. Destin pathétique d’une minorité roumaine qui a largement contribué à l’histoire du pays !

Texte : Olivier Page et Bertrand Deschamps

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