Roumanie : la Transylvanie secrète

Plus facile de changer de régime que d'image

Plus facile de changer de régime que d'image
Olivier Page

« La Roumanie n’éveille l’attention que par ses plaies, ses flétrissures, ses turpitudes…Jamais un mot dans les medias sur la force morale, l’endurance, le courage d’un peuple que cinquante ans de tyrannie, d’obscurantisme et de misère n’ont pas abattu… », c’est par ces mots venus du cœur et de la raison que Dominique Fernandez entame le prologue de Rhapsodie roumaine, très beau récit de voyage en Roumanie (publié en 1998, illustrations de Ferrante Ferranti).

En voyageant en Transylvanie, nous avons constaté la pertinence de ces propos. Combien de fois n’ai-je pas vérifié la force du sentiment qui rattache les Roumains à l’Europe et en particulier à la France. On parle plus le français en Roumanie qu’au Vietnam et pourtant ce dernier est une ancienne colonie française. Alors que la Roumanie ne s’est attachée à la France que par affinité, par sympathie, par admiration, jamais par la force. En France, on continue à réduire la Roumanie à ces pauvres mendiants d’origine rom, des nomades tziganes qui tendent la main à la sortie du métro. Triste !

A Sighisoara, j’ai été ému en visitant une pension, signalée par un lecteur du Routard. Son propriétaire, Teo Coroian, une quarantaine d’années, fabrique des liqueurs de poire, de pomme et de cerise. Il a été récompensé plusieurs fois par des concours viticoles. Pour lui c’est un miracle que la Roumanie parle encore une langue latine, deux mille ans après le passage des Romains, bien qu’elle soit entourée par des peuples slaves, aux confins de l’Europe et de l’Orient. « On dit trop souvent dans les medias que la Roumanie est un pays malade. Nous souffrons de cette image négative et fausse ». Teo, vous avez raison !

La Roumanie a mal à la tête mais cela ne l’empêche pas de marcher. Elle souffre des contusions et des fractures passées, des blessures et des traumatismes de l’histoire, mais elle se tient debout. Comme les êtres humains, faut-il attendre qu’un pays soit en parfaite santé morale et physique pour changer, grandir, évoluer et espérer en un avenir meilleur ? Vivre comme il faut, tracer son chemin dans la nouvelle Europe, malgré tous les tracas et les soucis, et atteindre ce que son cœur désire ? Tel est le rêve de Teo et des 22,5 millions de Roumains.

Texte : Olivier Page et Bertrand Deschamps

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