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La saga du routard

En 1973, qui aurait cru qu’un guide « hippie » deviendrait un phénomène de l’édition, incontournable compagnon des voyageurs ?

Né de la mouvance « soixante-huitarde » qui engendra Libération et Nouvelles Frontières, le Routard trouve ses racines dans la littérature beatnik (Kerouac) et la vague musicale et culturelle qui en découla (du flower power de San Francisco au road movie ambiance Easy Rider). Son succès n’est pas seulement marketing : il tient avant tout à des valeurs, partagées par le lectorat qu’il reflète : melting pot d’humanisme, d’écologie, de respect des peuples, d’autodérision, d’humour bon enfant, de quête d’authenticité, de nostalgie des paradis perdus et de clins d’œil à Tintin…

1968-1975

Tout a commencé en musique... En 1968, Philippe Gloaguen écoute le Métèque de Moustaki et la musique de Macadam Cow-boy. Et, entre deux pavés lancés contre les CRS (c’est du moins ce que colporte la légende), il rêve de « la route des Zindes »...

En 1972, de retour des contrées mythiques enfin arpentées (Istanbul, Téhéran, Islamabad, Goa, Katmandu), Philippe se précipite dans le bureau du fondateur d’Actuel : « Chef ! chef ! Je tiens un reportage d’enfer ! » Jean-François Bizot (directeur d’Actuel) fut le premier à avoir entre les mains, le manuscrit du Guide du routard... 22 pays en un volume !

Sentant monter en lui la flamme d’une vocation naissante, Philippe entame un nouveau genre de trek himalayen : le tour des éditeurs parisiens. Le Guide sera refusé par 19 maisons d’édition. Dans l’une d’elles, on ira jusqu’à lui répondre avec un rien de mépris : « On ne peut pas à la fois éditer les mémoires du général De Gaulle et un livre pour les routiers » (sic)...

Finalement, un éditeur microscopique (mais visionnaire) parie sur cette formule originale pour l’époque : un guide de voyage destiné aux jeunes fauchés. Ironie du sort, le premier éditeur du Routard meurt écrasé par un autobus. Mais entre-temps, le guide est encensé par la presse, y compris celle de droite ! Les intellos vont jusqu’à disserter sur cette étrange façon de voyager, les mains dans les poches et la fleur entre les dents...

1975- 1980

En 1975, le Routard renaît de ses cendres : Hachette a décidé d’investir sur le phénomène et quatre volumes sortent en librairie. Pour la couverture, le dessinateur Solé (rencontré au journal Pilote) a concocté un crobard qui fera le tour du monde et aura même l’honneur d’entrer au musée de la BD d'Angoulême. Cinq ans plus tard, la collection compte 10 titres et franchit le cap des 100 000 exemplaires. Pierre Josse, « vagabond professionnel », tiers-mondiste passionné, ancien correcteur et futur rédac’ chef, rejoint Philippe. Il apporte dans son sac à dos un enthousiasme sans faille et une plume de poète urbain qui s’allie à merveille avec l’humour et les bons tuyaux des guides.

Les années 1980 commencent chez le coiffeur : à l’instar de ces jeunes punks qui chahutent leurs grands frères beatniks, les nouveaux routards changent de look. Les mèches rebelles disparaissent. On troque les pataugas contre des baskets branchées. Et les guides gagnent en crédibilité : le Routard est désormais édité aux Etats-Unis, en Italie, en Espagne et en RFA. Des guides du terroir viennent étoffer la collection et l’édition parisienne cartonne en librairie. Le succès se transforme en phénomène durable. Aux yeux de ses lecteurs, le Routard devient une véritable référence.

Il a su également évoluer à travers les modes, sans pour autant perdre un certain esprit roots. Ce rejeton de la contre-culture « seventies » est devenu, au fil des ans, un produit culturel à part entière. Recueil underground puis livre pop, le GDR s’est toujours attaché à refléter un mode de vie particulier, synonyme de liberté, de jeunesse, d’insolence et de curiosité.

1980-1990

Si les années 1975 à 80 sont celles de la maturité, les années 90 sont celles du développement. Les chiffres donnent le vertige. Plus d’un million de ventes par an. Pour la presse, le Routard est plus qu’une réussite éditoriale : un phénomène de société. Malgré cela, le père fondateur continue de rouler en scooter... et refuse la Légion d’honneur ! Il prend juste la peine de transférer les bureaux du guide, de sa cave de Montparnasse à une petite maison cachée dans le quartier de la Butte aux Cailles.

L’équipe s’étoffe (Florence Charmetant, Benoît Lucchini, Olivier Page, etc.), les destinations se multiplient : Malaisie, Allemagne, Chili, Normandie... et même la banlieue parisienne ! Malgré tout, la prise de conscience de l’oppression urbaine et des problèmes politiques et sociaux n’autorise plus à voyager les yeux fermés. D’où les prises de position du Routard, qui combat le racisme, le SIDA et les destructeurs de l’environnement à travers ses textes et offre ses pages à tous ceux dont il se sent proche et dont il soutient les combats: Amnesty International, SurvivalWWFGreenpeaceMédecins du Monde...

1990-2000

En 10 ans, le nombre de titres a doublé. Le Routard devient une marque déposée. Les publicitaires s’intéressent à lui. Les produits dérivés fleurissent (disques, bagages, Laguiole…). Un rédacteur en chef (Patrice Trapier) du Journal du Dimanche lui consacre même une biographie : Génération Routard (Ed. JC Lattes).

Pour le Routard, cette décennie est marquée par une révolution technique : les guides s’offrent des cartes en couleur ; une révolution technologique : la création du web du Routard en 1996, bien avant qu’Internet devienne à la mode ; et une révolution sociologique : l’équipe du Guide se féminise ! Le lectorat évolue aussi, les anciens lecteurs ont eu le temps de s’embourgeoiser et deviennent plus exigeants (ce  n’est pas un défaut !) : ils recherchent plus le petit hôtel de charme que l’auberge de jeunesse cracra…

Le Routard ne perd pas ses valeurs pour autant. La Charte de routard, publiée dans tous les guides, rappelle les voyageurs à leurs devoirs : « A l’étranger, l’étranger c’est nous » !

Le Routard suit l’actualité et y participe parfois : en 1996, il lance un appel contre la loi Debré (qui veut imposer aux citoyens la déclaration des étrangers séjournant chez eux). La pétition, relayée par Libération et des sites internet, recueille des milliers de signatures. Autre titre de fierté : pendant la guerre en Bosnie, la rédaction offre achète 10 000 guides du Routard Yougoslavie pour instruire les Casques Bleus !

En 1998, les 25 ans du Routard sont fêtés au Grand Rex, avec le plus beau des cadeaux : un concert de Cesaria Evora !

Sur le front des médias, le Guide est parfois omniprésent (au risque d’en agacer certains) : une émission hebdomadaire sur RTL, chaque été, une page hebdomadaire dans Paris Match et, au printemps 1999, une émission sur France 2, chaque dimanche : « Emmenez-moi », qui fera 20 % de part de marché face au Grand Prix de F1 sur TF1 (un bon score selon les professionnels)…
Fin 1999, une collection de fiction voit le jour : Les Polars du Routard, qui racontent les aventures d’Edmond Benakem, un beur breton. Enquêteur du Guide, Eddie a le don de se fourrer dans les pires embrouilles… C'est un échec.

2001

Le troisième millénaire démarre en grande pompe : les guides paraissent désormais avec une photo en couverture.

Parmi les nouveaux titres, une destination de taille : la Chine. Suivront Ardèche, Drôme, Paris la nuit, Andorre-Catalogne, Croatie, Junior en France, Paris à vélo, Le guide du chineur, Le guide du citoyen…

Autre événement, et pas des moindres, la mise en ligne, en juin 2001, après un an de gestation, de routard.com !

2002

Le nouveau millésime de la collection est édité en bichromie : apparition de la couleur rouge.

Parmi les créations de guides : Toulouse, Marseille, Crète, Moscou, Rome.

À l'heure du téléphone mobile, les grand opérateurs s'intéressent de près au Routard : pour leur service Wap, SFR, Orange et Bouygues proposent les adresses du Routard Hôtels et restos de France à leurs abonnés.

La télévision aussi continue à suivre les aventures du Routard : Des racines et des ailes (France 3) et Capital (M6) lui consacreront chacune deux émissions en deux ans.

2003

Déjà 30 ans que le Routard trace sa route ! Cet anniversaire est célébré en mars au Zénith de Paris. Un collector réunissant 30 destinations « coups de cœur » est édité pour l’occasion.

Routard.com ne fête que ses deux ans mais marque le coup : fin août, il s'offre un nouveau look qui permet de simplifier la navigation et de mettre en avant la richesse du contenu du site.

2004

De nouveaux guides voient le jour, notamment Petits restos des grands chefs, premier GDR avec photos couleurs qui recense pas moins de 200 restaurants de grands chefs, des tables créatives mais qui ne ruinent pas le portefeuille.

La première édition des Trophées du routard, qui encouragent des projets de solidarité, est un succès. Les bourses de voyages ont permis à six équipes de 2 personnes de partir, argent et billet en poche, donner un peu de leur temps et de leur savoir-faire aux quatre coins du monde.

2005

Le Routard devient polyglotte : des guides de conversation en format poche font leur apparition dans la collection. Premiers titres parus : allemand, anglais, espagnol, italien.

Les guides uniquement dédiés à l’exploration d’une ville se multiplient : Bordeaux, Lille, Florence...

2006

L’année 2006 s’annonce sereine avec la parution de 5 nouveaux guides de conversation : chinois, croate, grec, portugais et russe.

Et routard.com ? Avec plus de 4 millions de visites chaque mois et près d'un million de pages lues par jour, routard.com s’affirme comme un incontournable site dédié aux voyages.

2007

En avril 2007, le Routard se met au camping en publiant son premier guide dédié aux sites où planter sa tente, mais aussi où trouver une yourte, une roulotte ou un tipi.

En juillet, le catalogue s'enrichit de G’Palémo, un guide de conversation révolutionnaire qui permet de se faire comprendre dans un pays dont on ne connaît rien de la langue.

À l'automne de la même année, routard.com fait peau neuve avec une nouvelle maquette.

2008

2008 est une grande année pour le Routard : le premier guide Japon est lancé tandis que votre guide préféré fête ses 35 ans.

2009

En avril 2009 paraît le premier Guide du routard Picardie.

Avec plus de 2 millions de visiteurs uniques par mois en France (source Nielsen) et plus de 35 millions de pages vues par mois, routard.com s’affiche comme le premier site francophone dédié au voyage.

2010

En janvier sort « LOok », la première application Routard sur iPhone. C’est l’outil indispensable pour se faire comprendre partout dans le monde grâce à plus de 800 dessins autour des thèmes indispensables pour le voyage : transports, pratique, hébergement, nourriture et loisirs. Vous profitez aussi de la traduction dans 6 langues : français, anglais, espagnol, italien, allemand et japonais.

En juillet, ce sont 10 villes qui sont disponibles sur iPhone, puis sur iPad  en octobre : Amsterdam, Barcelone, Berlin, Bruxelles, Londres, Marrakech, New York, Paris, Rome et Venise. Vous accédez à toutes les informations (adresses et commentaires) nécessaires à votre séjour : Où dormir ?, Où manger ?, Où boire un verre ?, Où sortir ?, Achats, À voir à faire.

Toutes les adresses sont géolocalisées et la connexion Internet n’est pas nécessaire. Pas de mauvaise surprise sur votre forfait !

Routard.com a été décrété par un jury d'internautes meilleur site Internet de voyages pour 2009.

2011

Routard.com est à nouveau élu par un jury d'internautes meilleur site Internet de voyages pour l’année 2010. Il est le seul site éditorial à figurer dans le Classement NetObserver® Harris Interactive des sites préférés des internautes français dans la catégorie voyage-tourisme, en 6e position.

2013

Le Routard fête ses 40 ans !

Il sort une nouvelle collection à petit prix, Routard Express, à 4,90 €. Une sélection des meilleures adresses du Routard localisées sur les plans, dans un petit format qui tient dans une poche de jean.

Toujours en 2013, le Routard continue d’innover et sort son album, les 1200 coups de cœurs du Routard : les meilleures idées de voyage du Routard réunies dans un unique volume illustré de photos.

Le Routard s’associe aux commémorations des anniversaires de la première et deuxième guerre mondiale avec deux titres : Picardie 14-18. Centenaire d'un conflit mondial et Débarquement et bataille de Normandie.