Comme dans un conte
Olivier Page

Sur la carte de la Roumanie, au nord-ouest du pays, entre les villes d’Arad, Oradea, Cluj, Alba Iulia et Hunedoara, les monts Apuseni forment le massif montagneux le plus discret, le plus pauvre, mais aussi le mieux préservé de Transylvanie.

A Cotesti, village attaché aux nuages, l’institutrice de l’école élémentaire, madame Trifa, visage de madone aux yeux limpides, cheveux cachés sous un fichu noir, enseigne à 5 enfants de 7 à 11 ans. Idéaliste, vertueuse, dévouée à sa cause scolaire malgré la dureté de la vie et le poids de la solitude. Comme dans les contes anciens, ces gamins aux joues roses cheminent matin et soir par monts et par vaux pour se rendre à l’école tels de petits chaperons rouges, fragiles mais tenaces dans cette immensité sauvage. Ils entendent les hurlements des loups en hiver et se réchauffent comme ils peuvent dans leur lainage tricoté à la main près du poêle à bois de leur salle de classe, taillée dans des rondins de bois. Des chapelles orthodoxes aux bulbes argentés, des bouquets d’arbres aux feuilles pleines de sève sous le murmure du vent, une nature bucolique à l’écart du monde, ralentie, anachronique mais belle.

Nous buvons un verre d’eau de vie avec le maire de Scarisoara, dans une grosse maison chaleureuse, au cœur des alpages. Ce paysage évoque une Suisse délestée de son luxe, sans banques, sans richesse. Scarisoara : 1 800 habitants, 14 hameaux, 60 km de chemins en terre, et une décroissance démographique qui inquiète le premier élu de la commune. Pour rester vivre ici, les jeunes doivent trouver une femme désireuse de mener la vie simple des fermières. Forêts, alpages, nuages… alpages, nuages, forêts… et mariage…si possible. Gare au dépeuplement ! La quintessence de l’esprit transylvain s’est pourtant fixé ici.

Texte : Olivier Page et Bertrand Deschamps

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