Roumanie : la Transylvanie secrète

La nouvelle Roumanie en marche

La nouvelle Roumanie en marche
Olivier Page

Il n’est pas ministre, ni député, ni homme politique influent, encore moins un nouveau riche. C’est tout le contraire d’un golden boy stimulé par la nouvelle économie post-communiste. Mircea Morar est un jeune homme simple et vrai, modeste dans ses goûts, mais convaincu que la Transylvanie doit se développer entre tradition, autarcie économique, et ouverture au monde, sans perdre son âme.

Cet ingénieur automobile, diplômé de l’université de Cluj, est devenu garagiste par nécessité en revenant s’installer après ses études dans son village d’Albac, où il vit à présent en compagnie de son épouse, sa fille et ses parents. Mircea s’est reconverti dans le tourisme vert par passion pour son pays natal, avec un objectif : essayer de développer une forme de tourisme durable et alternatif, à l’opposé du tourisme de masse.

Une trentaine d’années, carrure d’athlète, force de bucheron, un regard d’une grande douceur et des manières délicates de hobereau transylvain. Tout respire en lui la sympathie, la gentillesse, et la force de caractère. Dans un français impeccable, il nous a initiés aux charmes et aux secrets de la Transylvanie, nous dévoilant la merveilleuse humanité de ses habitants. Nous lui devons beaucoup.

En été, Mircea accompagne les randonneurs dans les alpages, ouvre les portes des granges et des fermes, serre les mains, tutoie tout le monde, l’hiver venu il se promène en raquettes sur les versants enneigés des monts Apunesi. Il est connu comme le loup blanc, mais ne dévore aucun mouton. Par sa francophonie et ses talents de guide, Mircea tente de faire passer un courant de philanthropie entre les visiteurs et les autochtones. Le soir à la veillée, avant d’aller dormir dans de robustes lits en sapin, sous de chaudes couettes en plume, Mircea le passeur de cultures, évoque la nouvelle Roumanie en marche.

Les problèmes actuels sont certes énormes, mais l’espoir d’une meilleure vie incite les jeunes à entreprendre et à innover. Le bon grain pousse avec l’ivraie, comme dans les champs… Pour lui, l’adhésion à l’Union européenne va apporter beaucoup à la Roumanie : construction d’un réseau routier aux normes européennes, rénovation des hôpitaux, des écoles, aménagement du territoire, lutte contre la pauvreté, stabilisation, restructuration. Mais les écarts de revenus entre riches et pauvres augmenteront encore, avec entre les deux une classe moyenne qui attend beaucoup de l’entrée du pays dans la zone euro (2015 si tout va bien).

Pour le meilleur et pour le pire, la Roumanie a retrouvé la grande maison Europe qu’elle n’avait jamais vraiment quittée. Un arbitraire et dérisoire rideau de fer l’avait reléguée au rang des despotismes orientaux, la voici libre de sa destinée comme jamais elle ne l’a été dans son histoire.

Texte : Olivier Page et Bertrand Deschamps

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