Roumanie : la Transylvanie secrète

Le Prince Charles à Viscri

Le Prince Charles à Viscri
Olivier Page

Du sommet de la tour de l’église fortifiée de Viscri, à une quarantaine de kilomètres au sud de Sighisoara, j’imagine les cavaliers tatars et les meutes d’envahisseurs turcs semant la terreur sur les terres de Transylvanie. Dès le XIIIe siècle, les rois de Hongrie, gardiens de la sécurité de l’empire, envoyèrent des chevaliers teutoniques pour surveiller la frontière et la défendre contre l’ennemi oriental. Sur cette ligne de frictions entre civilisés et barbares, on établit de nombreuses colonies, des villages et des églises fortifiées où la population pouvait se réfugier en cas de razzia.

La région compte aujourd’hui une bonne centaine d’églises fortifiées : Prezmer, Biertan, Homorod, Viscri… pour ne citer que les plus imposantes. Des villages fondés au moyen âge par des chevaliers-colons-paysans saxons. En vérité, leurs ancêtres venaient du Luxembourg, de Rhénanie et de Lorraine plutôt que de la Saxe et du coeur de l’Allemagne. À Viscri, de douces collines boisées servent de décor à un grand village où les grosses maisons de style germanique se répartissent le long de la rue principale, un long chemin de terre creusé d’ornières et de fondrières.

Notre chambre chez l’habitant consiste en une vaste pièce à l’ancienne : planchers en bois, vieille armoire, poêle à bois, portraits des ancêtres sur les murs, et lit à tiroir pour la troisième personne. Une douceur simple, une chaleureuse rusticité paysanne qui apaise du tohu-bohu du monde… Etrange thérapie. Walter et Caroline Fernolend, nos hôtes, parlent couramment le français, ce qui les aide beaucoup dans leur activité de protection du patrimoine de Viscri (classé par l’Unesco depuis 1999) et pour le développement durable de leur village. Les grands parents de Walter sont morts déportés à Vilnius, en Lituanie. Sa fille vit à Berlin. La plupart des familles saxonnes de Viscri ont émigré en Allemagne après la chute du régime Ceaucescu. Les uns quittent le village, d’autres y arrivent. Parmi les nouveaux venus, il y a des familles tziganes et une tête couronnée…

Le migrant le plus célèbre de Viscri et le plus discret n’est-il pas le prince Charles d’Angleterre ? Issu de la dynastie des Saxe-Cobourg-Gotha, il ressent des affinités pour les Saxons de Roumanie. Il adore Viscri qu’il aide par le biais de sa fondation pour le patrimoine et y possède une maison où il vient de temps en temps. Son médecin ne veut pas que l’éternel Prince de Galles abuse des randonnées. Dommage, Charly adore marcher ou galoper sur son cheval. Un Saxe-Cobourg chez les Saxons, quoi de plus naturel en somme !

Texte : Olivier Page et Bertrand Deschamps

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