Au Kenya, sur la route des safaris

Culture musulmane, influence british

Culture musulmane, influence british
Agnès Boutteville

Le touriste de s’arrête pas à Mombasa. À tort. Loin (à tous points de vue, 530 km) de la tumultueuse Nairobi et de ses bidonvilles, le principal port du pays est la porte d’accès aux plages comme à la savane. Nichée dans une baie de l’océan Indien et reliée au continent et à une zone métropolitaine dénuée de charme par une digue et un pont, la vieille ville reste tranquillement plantée sur son île avec ses 30 000 âmes.

Bâties par les Portugais à la fin du XVIe siècle, les façades ocres et noircies par l’humidité de Fort Jesus dominent le petit port. À l’époque envahi par les marchands arabes, il vit désormais au rythme d’une activité réduite. Deux vieux bateaux de bois attendent le chargement de thé (première ressource économique du pays), de café, de bois ou de savon qu’ils emporteront vers Zanzibar, Dar es-Salaam ou la Somalie voisine. À leurs pieds, des boutres aux voiles triangulaires et quelques pirogues se reposent de la pêche matinale.

Beaucoup de Kenyans d’origine arabe vivent encore ici, dans ce petit quartier d’un autre temps qui rappelle les villes de Zanzibar ou de Lamu. Tout de noir vêtues, de jeunes musulmanes (50 % de la population de Mombasa contre 30% dans le reste du pays) se promènent par petits groupes, leurs lunettes dépassant à peine du tchador. Portant des foulards colorés et affichant des mines réjouies, des gamines sautillent au rythme d’une comptine improvisée et disparaissent au détour d’une ruelle. À l’entrée du port, c’est un dédale sombre et humide, ponctué de portes somptueuses et de vieux bâtiments coloniaux.

Incongru au pied du Fort, entre une demeure coloniale et une guérite de fortune où l’on sert cafés et beignets, un bâtiment au blanc impeccable exhibe sa toiture de tôle verte toute neuve ; il abrite un club anglais, très privé. Un autre monde, reliquat de la fin du XIXe siècle, quand le Kenya était sous protection britannique. Depuis l’indépendance gagnée en 1963, l’anglais est resté la langue officielle. Subsiste de cette période une minorité blanche, Kenyans de la deuxième génération, et toute une série de détails griffés british : le sacro-saint rite du thé à 10 heures et à 16 heures, les enseignes et les panneaux publicitaires rédigés exclusivement en anglais, les vieux taxis noirs recyclés en limousine, la jelly fluo dans les plats cuisinés, les cabines téléphoniques rouges et, toujours, la conduite à gauche.

Texte : Béatrice Leproux

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