Dans les coulisses du parc d’Uluru

Alice Springs, Yulara et Mutitjulu

Alice Springs, Yulara et Mutitjulu
Clémentine Bougrat

3 octobre. Voilà un mois et demi que j'ai réservé ma place sur un projet de bénévolat dans le parc national d'Uluru-Kata Tjuta, écrin du symbole de l'Australie : Uluru, autrefois appelé Ayers Rock, un rocher solitaire de 348 m de haut qui domine le désert plat du centre australien. Un mois et demi que je me soupçonne de masochisme pour avoir accepté d'y travailler six heures par jour en plein cagnard, et qui plus est de payer pour cela ! L'organisme auprès duquel je me suis inscrite, Conservation Volunteers Australia (CVA), offre en effet de s'impliquer concrètement dans la protection de l'environnement en faisant du bénévolat dans des parcs nationaux, mais il demande à ses « bénévoles » de payer un forfait pour leur logement et leur nourriture (30 $ par jour, soit 19 €). Mon compte en banque s'est ainsi délesté de 360 $ pour me permettre de passer douze jours à aider les rangers du parc à se débarrasser de mauvaises herbes. Masochisme, donc.

Pour l'heure, je fais la connaissance au petit matin de mes futurs compagnons de misère, dans les locaux de CVA à Alice Springs. Il y a trois Coréens, deux Allemandes, une Canadienne, une Espagnole, ainsi que notre chef d'équipe, Dale, personnage haut en couleur, un ex de Greenpeace qui a pas mal roulé sa bosse. Le mélange des cultures et des caractères s'annonce intéressant.

Nous embarquons en 4x4 pour un voyage d'environ six heures vers le Sud-Ouest. Quelques arrêts pour se dégourdir les jambes dans des roadhouses typiques de l'Outback, ainsi qu'au belvédère offrant une vue sur le mont Conner, un gros rocher plat que nous prenons un peu vite pour Uluru. Nous arrivons finalement à Yulara (Ayers Rock Resort), le village aux portes du parc national servant de camp de base aux visiteurs, qui n'ont le droit d'accéder au site que pendant la journée. Jusqu'en 1984, on trouvait des hôtels et une piste d'atterrissage à l'intérieur même du parc, puis les autorités décidèrent de créer Yulara, à une vingtaine de kilomètres du rocher, pour y déménager ces infrastructures qui menaçaient l'équilibre de cet espace protégé. Le village comporte toutes sortes de facilités à prix exorbitants : supermarché, boutiques de souvenirs, hébergements à partir de 40 $ la nuit en auberge de jeunesse (soit environ 25 €).

Nous sommes privilégiés : comme les rangers, nous logerons dans le parc. Nous vivrons pendant les deux prochaines semaines au cœur de la communauté aborigène implantée à Uluru, Mutitjulu, un village de 250 âmes uniquement accessible aux détenteurs d'un permis. Quelques piranpa, les Blancs, y vivent également. Ce sont le plus souvent eux qui font tourner les petits commerces et les services. La communauté est équipée en infrastructures diverses : une école, une clinique, un magasin, un centre d'aide à l'enfance et un autre pour les femmes, des équipements sportifs, etc. Sur le papier, le tableau est idéal. Mais la réalité qui se dévoile sous nos yeux alors que nous conduisons vers notre point de chute est sordide. Bâtiments décrépis, ordures le long des routes, chiens squelettiques retournés à l'état semi-sauvage… Ici comme dans beaucoup de communautés aborigènes, le désœuvrement a entraîné de graves problèmes d'alcoolisme et de drogue, la défonce au « sniffage » de pétrole étant particulièrement inquiétante. Je n'aurai malheureusement pas l'occasion de me faire une idée plus précise de la vie des locaux, ni même de discuter avec des Aborigènes. Notre camp de base, bien que situé dans la communauté, est ceint d'une haute clôture et des règles de « sécurité » nous sont énoncées d'entrée de jeu. Interdiction de sortir du camp sans permission, d'y laisser entrer des étrangers ou des chiens qui pourraient être porteurs de maladies ou bien faire un carnage parmi nos provisions. Étrange de se sentir en état de siège et pourtant, la magie opère déjà : quelques centaines de mètres derrière le grillage qui nous emprisonne, Uluru nous surplombe et dégage une aura apaisante.

Le temps de déballer nos bagages dans les préfabriqués qui nous ont été assignés, et nous repartons pour assister, malgré un temps nuageux, à notre première attraction « touristique » dans le parc : le coucher de soleil sur Uluru. Nous garons notre 4x4 sur le parking réservé à la chose et en descendons pour admirer le spectacle. Certains s'appliquent à prendre des photos du rocher toutes les dix minutes, une façon d'immortaliser ses incroyables changements de couleur à mesure que les rayons du soleil déclinent. En quelques minutes, Uluru passe du brun à l'ocre, puis au rouge flamboyant qui a fait sa renommée, avant de redevenir marron puis de disparaître dans les ténèbres. Derrière nous, le soleil se pare de couleurs magnifiques, illuminant le ciel cotonneux d'un halo rose spectaculaire.

Nous revenons bientôt à des préoccupations plus terre-à-terre. Dans la pénombre, de petits éclairs éclatent à la base d'Uluru. Alors que la montée du rocher est interdite après la tombée de la nuit, de petits rigolos ont commencé à grimper et se trahissent par les flashes de leur appareil photo. Leur petit jeu sera de courte durée : Dale alerte les rangers, qui se chargent rapidement de les intercepter et probablement de leur infliger une amende salée de quelques milliers de dollars.

Texte : Clémentine Bougrat

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