Dans les coulisses du parc d’Uluru

Kata Tjuta et Mutitjulu Waterhole

Kata Tjuta et Mutitjulu Waterhole
Clémentine Bougrat

4 octobre. Départ à 8 h pour notre première journée de travail. Nous aidons aujourd'hui un groupe de rangers à réhabiliter une partie du sentier pédestre qui mène à la principale attraction de Kata Tjuta, the Valley of the Winds. L'autre joyau du parc national est moins célèbre qu'Uluru, mais beaucoup le considèrent comme encore plus spectaculaire. Kata Tjuta, dans la langue aborigène locale, signifie « plusieurs têtes ». Contrairement au monolithe d'Uluru, il s'agit en effet d'un groupe de roches, plus élevées (546 m pour le point culminant), accolées les unes aux autres, dont le temps et les éléments ont patiemment arrondi les sommets. Au cours de la journée, Kata Tjuta se teint du même kaléidoscope de couleurs chatoyantes qu'Uluru, mais sa plus grande complexité lui vaut la préférence de nombreux visiteurs.

Notre travail consiste à faire d'un chemin en terre battue érodé une jolie promenade pavée et bétonnée qui sera classée en catégorie 2 sur l'échelle des parcs nationaux australiens. Pour donner un ordre de valeur, la catégorie 1 est la « Rolls » des sentiers et est accessible aux handicapés. Pelle et pioche en main, ma mission est de creuser un sillon sur le côté du sentier, afin d'y couler ensuite du béton. Pas évident par une température de 39 °C : malgré une protection maximale contre le soleil (chemise et pantalon longs, chapeau, crème solaire, ainsi qu'un charmant filet anti-mouches pour parfaire cette panoplie sexy) et les litres d'eau que j'avale, Dale m'impose un repos forcé vers midi, assurant que mon visage a pris une teinte rosâtre qui ne lui plaît pas. C'est le premier signe d'un gros coup de chaleur, dont les suites ne sont guère réjouissantes : mal de crâne, crampes, vomissements, perte de conscience… La meilleure prévention est de boire beaucoup d'eau (les panneaux d'information du parc recommandent 1 l d'eau par heure d'exercice), ce que je m'applique consciencieusement à faire, maintenant assise à l'ombre d'un buisson en regardant mes infortunés collègues continuer le travail.

Dans l'après-midi, sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à Uluru pour une rapide visite d'un trou d'eau appelé Mutitjulu. Malgré le peu de pluie qu'a reçu la région cette année, le site abrite une petite mare au pied du rocher. L'endroit est encore plus intéressant après une bonne averse : de véritables cascades dégringolent du sommet de la roche et alimentent le trou d'eau, redonnant vie à tout un écosystème à l'état de veille en période aride.

Mutitjulu Waterhole présente aussi un intérêt culturel : pour les Aborigènes locaux, les Anangu, c'est un site associé au Temps du rêve, cette phase de l'histoire où des ancêtres mythiques arpentèrent la planète et y formèrent ses reliefs, rivières, trous d'eau, etc., établissant également, par une sorte de jurisprudence, les lois qui dictent la vie et les croyances des Aborigènes. Ce concept du Temps du rêve est, dans cette partie centrale de l'Australie, qualifié par un mot pitjantjatjara (le principal dialecte aborigène parlé ici) à la signification plus large : Tjukurpa. Ce terme essentiel, que j'entendrai des dizaines de fois pendant mon séjour, désigne à la fois l'histoire mythique des Aborigènes, mais aussi leurs lois traditionnelles, leur religion. Le Mutitjulu Waterhole est un site associé au Tjukurpa. Les trous dans la roche qui l'entoure sont en effet des traces d'impact qui témoignent du combat légendaire entre deux êtres ancestraux, Kuniya, la femelle python, et Liru, le serpent venimeux.

Texte : Clémentine Bougrat

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