Un voyage dans les Small Isles

Forum Écosse

Détail des falaises.

De Cleadale, on a vue sur Rum et sur le Sgurr.

Notre projet initial était de camper près des Singing sands. Mais un peu de pluie dans la descente sur Cleadale, la perspective d’une première utilisation d’un réchaud inconnu dans des conditions pas forcément faciles, et l’idée de laisser le lendemain pendant une journée entière la tente de Théodorine (une tente très légère et ,comme il se doit en pareil cas ,plutôt chère) rendent maintenant un hébergement en dur désirable. Nous avons la chance de la place pour deux nuits dans un “cocoon” du B&B Tigh an Sithean. Une maisonnette de bois pour avec deux lits, parfaite pour deux personnes ,bien aménagée ,avec un réchaud au butane. Il y un peu plus loin un bâtiment en bois avec salon, douche, cuisine, toilettes, tout cela dans le jardin d’un B&B classique ,qui loue aussi un petit chalet.
Pour nous, c’est parfait, d’autant plus que nous avons les moyens de recharger les batteries de nos appareils photo. Nous préparons avec plaisir un repas chaud et recherché soupe minute et purée en flocons accompagnée de Black Pudding acheté à la superette de Galmisdale. Desserts divers.
Prendre une douche (la dernière remonte à la soirée à Mallaig) serait bien nécessaire. Théodorine déclare avec aplomb : “je suis propre !”. En ce qui me concerne ,vautrée dans mon duvet rose ,je me compare à Madame Récamier telle que l’a peinte David, propos que Théodorine accueille avec un scepticisme désobligeant. Me drapant dans ma dignité outragée, je me dirige fièrement vers la douche. Théodorine me suit aussitôt après dans la voie de l’héroïsme .Nous n’avons plus qu’à dormir .
Je crois que la nuit a été très pluvieuse et ventée. Je ne m’en suis guère aperçue…

Le lendemain matin, il ne pleut pas ,mais le temsp est gris. Nous avons en perspective une journée chargée. Nous voulons, si le temps s’y prête ,faire l’ascension du sommet de l’île, et pour terminer la journée , aller rendre visite à ces fameux Singing Sands.
Il nous faut d’abord parcourir la route en sens inverse jusqu’à la bôite aux lettres . A notre grande surprise (nous n’avons pas l’habitude de cela en Ecosse) nous trouvons un balisage et nous commençons l’ascension des pentes du Sgurr sur un bons sentier.

Unpeu plus bas, je ne puvais m’empêcher de penser au Puy Griou, sommet célèbre de mes Highlands cantaliennes. Mais bientôt le Sgurr change d’allure.

Nous débouchons sur un plateau marécageux, couvert de bruyère, avec de petits lochs,retrouvent ici un aspect bien familier de l’Ecosse.

Ce paysage est spécifique de l’Ecosse, mais il nous rappelle vraiment à toutes deux le Cantal.

Les deux photos précédentes ont été prises juste à l’entrée de la voie d’accès à la crête.

En arrivant à l’entrée du couloir, nous avons été accueillies par une averse de grésil (normal: à 320 mètres ,nous sommes en altitude) et sur la crête ,non seulement il y a du grésil, mais

un grand vent, et la visibilité est réduite. Nous voyons bien le balisage rouge qui nous invite à la grimpette (pas bien difficile en elle-même) dans les rochers. S’i l n’y avait pas ce vent,d’accord, mais à quoi bon prendre des risques pour ne rien voir? Nous décidons donc de revenir au pied du couloir et de manger à l’abri de ces curieux rochers.

Théodorine a vu ses cailloux . Elle est donc satisfaite. Si le temps avait été favorable, nous aurions peut-être non seulment poursuivi sur l’arête mais essayer de faire un grand tour en revenant par Grulin. Nous choisissons de descendre sur Galmisdale le plus rapidement possible (nous devons encore nous rendre aux Singing sands) mais avant nous repassons au salon de thé du port.
Pour notre second passage, nous sommes tentées par une soupe aux pois ,excellente, pas franchement hypocalorique (il doit y avoir beaucoup de crème) servie avec petit pain rond et beurre. Cela nous change de notre régime actuel et nous voulons tout de même consommer un peu dans l’île. C’est alors que l’on a pour nous une attention que nous n’oublierons pas .Les personnes qui s’occupent du salon de thé nous offrent à chacune deux gâteaux, présent immérité, mais qui nous a beaucoup touchées. D’un bout à l’autre de ce voyage, nous aurons reçu un accueil exceptionnel.

On voit bien sur cette photo le bâtiment du “centre commercial” salon de thé de l’île.

Nous reprenons donc la route principale de l’île en direction de Galmisdale comme lors de notre arrivée ,nettement moins chargées cette fois, puisque l’essentiel est resté dans notre “cocoon” et nosu croisons un groupe de dames assez âgées (pas plus que nous peut-être) qui rentrent visiblement d’une randonnée dans l’île et nous saluent d’un “Hello ladies” dont Lady Théodorine et Lady Calamity sont toutes flattées. Nous remarquons cependant que ces dames , nombreuses, sont encadrées par deux hommes (les seuls du groupe) qui marchent l’un devant, l’autre derrière, afin qu’aucune brebis ne s’égare. Arrivées à Cleadale, nous passons sans nous arrêter près de notre gîte, de crainte de ne pouvoir repartir et nous partons à la recherche des Singing sands, sur un sentier d’abord ,puis à travers prés ,en franchissant les habituelles barrières. Nous finissons après avoir longé une falaise par trouver un accès assez raide qui permet d’accéder à la plage.

on voit ici la face Sud Est de l’île de Rum avec le glen Dibidil o ùse trouve une bothy, sur un sentier qui se termine à Papadil Lodge, ruines d’un pavillon de chasse de Bullough situées au bord d’un petit loch. Un très bel itinéraire sans doute, mais qu’il ne faut absolument pas emprunter en cas de fortes pluies ,les cours d’eau étant alors infranchissables. Nous n’avons pas eu le temps d’explorer ce secteur.

Les "sables chantants, sont des sables de quartz qui ne chantent que lorsqu’ils sont secs. Nous ne sommes pas venues au bon moment .la marée était haute ,mais nous nous sommes assises sur d’extrordinaires bancs rocheux, des bancs de quartz, je suppose, bien que je n’aie pas interrogé Théodorine.

Le site des Singings Sands est étonnant. Mais je mesure là pour la première fois (je ne connais l’Atlantique qu’en Ecosse) que l’océan est une poubelle.

Nous avons vu ces bottes ,et nous avons supposé qu’elles étaient utilisées par ceux qui nettoient la plage.

Attristées de constater que la négligence humaine est responsable de la dégradation d’un site aussi exceptionnel ,nous regagnons notre “cocoon” de Cleadale. Nous rencontrons en chemin une famille de moutons pandas.

Persuadée que le camping officiel était situé tout près des Singing Sands, je m’étonnais de n’avoir vu aucune installation. En fait le camping, d’après ce que je viens tout juste de comprendre ,serait situé beaucoup plus haut.
Pas grand’chose à signaler à propos de notre dernière matinée à Eigg, où nous avons fait une fois de plus le trajet Cleadale -Galmisdale, pour prendre le ferry ,non sans avoir préalablement testé une autre soupe au salon de thé, une soupe àla tomate, excellente et très crémeuse elle aussi.
Nous n’avons pas achevé l’exploration de l’île d’Eigg. Nous n’avons pas fait le tour des falaises de l’île , ni visité la grotte du massacre.
De quoi nous occuper si nous avons l’occasion d’y revenir.
Le ferry arrive et nous partons pour Canna.

A suivre

Une image de Canna et Sanday peu après notre arrivée dans l’île de Canna, avec au fond l’île de Rum. Image qui ne rend pas compte malheureusement de l’extrême beauté de ces lieux.

De toutes les îles desservies par le “Loch Nibheis”, Canna est la plus éloignée du Mainland . La distance qui la sépare d’Eriskay et de South Uist est à peine supérieure à celle qui la sépare de Mallaig. On a pour tout horizon une face très sauvage de l’île de Rum , ou l’océan, exception faite de l’extrémité Est de l’île d’où l’on voit bien les Black Cuillins , et de la crête , d’où l’on aperçoit aussi les Hébrides extérieures. Dans l’île de Muck ,on se sent encore assez proche de tout. Eigg, avec ses différents hameaux, n’est pas très sauvage, sauf dans sa partie Est , inhabitée au delà de Kildonan. En quittant le port de Galmisdale, on a très vite l’impression de rompre avec la civilisation en longeant justement les falaises qui constituent la côte Est de l’île d’Eigg. La côte Est de l’île de Rum que l’on découvre ensuite est inhabitée elle aussi ,et l’on ne découvre les premières maisons qu’en remontant le loch Scresort . C’est au fond du loch comme l’indique son nom ,“Kinloch” que se trouve le seul village de l’île ,avec son château .
Notre ferry accoste au port de Kinloch avant de reprendre sa route vers Canna.

L’extrémité Nord Est de l’île d’Eigg. Au fond, on devine l’île de Rum.

Kinloch, au fond du loch Scresort. A l’arrière plan, le Barkeval.

Le ferry repart du port de Kinloch , quitte le loch Scresort et longe la côte Nord Ouest de l’île de Rum , une côte inquiétante faite de falaises inhospitalières. C’est là qu’un chalutier français s’est échoué début février 2011. Heureusement, grâce à un sauvetage périlleux, comme on l’imagine, il n’y a pas eu de victimes. L’épave est toujours en place.

Après avoir atteint l’extrémité Nord de l’île de Rum ,le ferry se dirige plein Ouest en direction de Canna et sa jumelle Sanday. Le port et la “capitale” de l’île, A’ Chill, sont situés au pied de Compass Hill ,que l’on voit sur cette photo. Compass Hill est tellement chargée en minerai de fer ,comme les Black Cuillins de Skye, que les boussoles en sont déréglées.

L’arrivée du ferry dans l’île de Canna est un évènement pour les habitants de Canna et Sanday, qui à elles deux ne doivent pas totaliser trente habitants… En hiver ,je crois bien que le ferry ne passe qu’une fois par semaine. A la belle saison, il ne passe pas tous les jours, un jour sur deux en dehors du week end où il passe quotidiennement, si la mer le permet.
Difficile de passer inaperçu quand on débarque dans l’île . D’ailleurs, ce n’est pas une foule qui débarque ce lundi , seulement si ma mémoire est fidèle, un véhicule avec deux personnes qui effectuent des travaux dans la ferme de l’île, et nous.
Deux hommes se dirigent vers nous, vraisemblablement ceux qui tiennent l’unique B&B de l’île. Ils parlent français. Si le temps avait été abominable, nous y aurions logé sans hésiter ( Théodorine veut conserver sa tente en bon état ,et je ne souhaite nullement périr foudroyée au pied de Compass Hill). Mais là, on ne nous annonce, comme ils nous le confirment , qu’un peu de pluie et de vent ordinaire ,pour une journée (il fait encore beau le jour de notre arrivée). Nous devons rendre hommage à leur grande amabilité: après nous avoir indiqué l’emplacement du “campsite” officiel, ils nous signalent que les sanitaires se situent à la ferme ,qu’en cas de pluie nous pouvons nous abriter dans la maison communautaire et vont jusqu’à nous proposer de nous conduire en jeep avec nos sacs jusqu’au campsite.Nous déclinons cette offre, non sans remercier, car nous sommes des marcheuses qui mettent un point d’honneur à porter leurs gros sacs et nous dirigeons vers le cempsite, non sans nous arrêter au passage au café Canna. Nous commençons notre séjour à Canna par notre inévitable café au lait accompagné d’u ncake ,non moins délicieux que les précédents.
A suivre

Ce que j’ai remarqué en premier quand nous avons approché Canna il ya deux ans ,ce sont les deux églises émergeant de la brume, l’étange Rocket Church et l’églises presbytérienne de Sanday, toutes deuxactuellement désaffectées, le lieu de culte catholique ayant été transféré à la chapelle Saint Columba.

Cette église protestante

est désaffectée. D’ailleurs nous sommes ici dans une île catholique , qui a participé en particulier à la tentative jacobite de 1715.On voit à l’arrière plan les Cuillins de Rum.

Le campsite est situé au delà de la ferme ,sur la seule route de l’île. Nous remarquons les sanitaires, ainsi qu’un panneau explicatif consacré aux souris de Canna (j’aborderai cette question en même temps que celle des lapins) et nous découvrons au pied de Compass Hill ce paysage très cantalien . Il suffirait de remplacer ces vaches par des vaches Salers.

Le terrain de camping officiel est situé au bord de la mer. Nous y sommes seules. Photo prise en regardant dans la direction du village.

Une belle vue, mais le voisinage peut être bruyant , d’autant plus que le camping est situé au bord de la route nationale.

Vue sur la route nationale. Photo prise à partir du “campsite”.

L’île de Canna, très anciennement habitée (elle est d’ailleurs riche en vestiges archéologiques) est de nos jours très peu peuplée (sa population tourne autour de 15 habitants, alorsqu’elle en avait 400 avant d’être victime de clearances) mais elle a connu successivement ces dernières années une invasion de rats (10000 à ce que j’ai lu) puis de lapins (16000 en 2014)
Canna est une île intéressante sur le plan ornithologique . Nous y avons vu de nombreux Manx shearwaters (puffins), malheureusement ,nous ne savions pas où chercher les macareux de l’île de Sanday.Or une invasion de rats (jusqu’à 10000) a menacé il ya quelques années les oiseaux de Canna, les rats se nourrissant des oeufs des oiseaux. Il ya également à Canna une variété spécifique de souris,dont se nourrissent les aigles. Il a donc fallu se débarrasser des rats, tout en préservant les souris, qui lors de l’empoisonnement des rats ont été transférées à Edimbourg ,avant d’être réintroduites dans l’île. mais tout récemment, Canna a été vicime d’une prolifération de lapins (jusqu’à 16000 en 2014, avant que des mesures importantes ne soient prises pour réduire leur nombre.
A suivre

La tente installée sur le campsite, nous décidons de marcher un peu le long de la mer sur la seule route de l’île en direction de l’Ouest. Nous apercevons de belles formations basaltiques en haut de la colline, mais celle-ci est percée de multiples terriers. Dès notre arrivée dans l’île, nous avons aperçu deux lapins, nous en voyons d’autres encore, mais cet immense HLM à lapins paraît désormais peu occupé.

La route de l’île s’était paraît-il effondrée à la suite du creusement de galeries par les lapins. Voici un détail de leur travail , observé au bord de la route.

Nous avons prévu de passer deux nuits à Canna. D’ailleurs, le ferry ne passe pas le lendemain, mais nous avons fort à faire . Nous interrompons donc rapidement notre marche vers l’Ouest et nous décidons de consacrer la fin de la journée à l’île de Sanday.
Sanday est reliée à Canna par un pont. Nous franchissons donc le pont ,nous découvrons à la sortie du pont une sorte d’oratoire, et nous nous dirigeons à travers prés vers le sommet de l’île (59 mètres d’altitude !) avec le projet de faire le tour de l’île par les falaises. Mais notre progression est beaucoup moins rapide que prévu. Il y a de très nombreux murs de pierre ,des clôtures à franchir (mêmes exercices acrobatiques que dans l’île de Muck) et partout des troupeaux ,non seulement de moutons, mais de vaches ,avec des taureaux. Or mes expériences de jeunesse de cow girl occasionnelle m’ont appris que les taureaux étaient des êtres peu fréquentables ,qui prennent ombrage non seulement de votre passage sur ce qu’ils considèrent comme leur territoire, mais même d’un simple passage dans leur champ visuel. Nous faisons donc des détours pour les éviter. Comme les passages pour franchir les clôtures ne sont pas nombreux, notre itinéraire est assez compliqué.

On voit ici le pont qui relie les deux îles.

Sanday offre une vue magnifique sur le Nord Ouest de l’île de Rum.

Comme le temps passe, nous abandonnons l’idée d’un tour complet de l’île (nous regretterons ensuite

d’apprendre que, de ce fait, nous avons manqué les macareux), et nous nous dirigeons vers l’ancienne église presbytérienne et la maison en ruines voisine, dont la vue frappe tout visiteur qui aborde dans l’île de Canna.

Nous arrivons à l’église de Sanday, désaffectée et inutilisée depuis malgré des travaux coûteux à ce que j’ai lu et nous décidons de revenir dans l’île de Canna pour rejoindre la tente.
On voit bien sur cette photo Compass Hill, et A’Chill, capitale de l’île de Canna.

D’après les vérifications que je viens d’effectuer ,Rocket Church ,sur Canna serait une église protestante ,et Saint Edouard ,sur Sanday ,une église catholique désaffectée, transformée en auberge de jeunesse et centre culturel , mais actuellement fermée.
Toujours est-il qu’après avoir atteint l’église, nous voulons revenir vers le pont.
Nous aurons le plus grand mal à y parvenir. Par souci de discrétion ,nous ne voulons pas passer devant les maisons. Nous nous retrouvons donc dans les prés clos de murs de pierre à chercher des passages plus ou moins acrobatiques ,à éviter les troupeaux et les taureaux. Nous commençons à nous demander si nous n’allons pas passer la nuit prisonnières de la toute petite île de Sanday. Nous finisssons par trouver une issue ,sans barrière à franchir, largement ouverte. Mais au beau milieu, une vache est en train d’allaiter son veau. Cela peut durer…Je prends donc le partie de parler à la vache, non pas en gaélique, que j’ignore, ni en anglais (je ne suis pas angliciste de formation, bien que je puisse faire des lectures dans cette langue, et m’exprimer abominablement à l’oral si c’est indispensable), mais dans la langue de mes ancêtres highlandais du sud de la France , une variante de l’occitan, ma formation de cow girl m’ayant appris les intonations et les termes à employer quand on dialogue avec les vaches Salers. Jugeant vraisemblablement que nous sommes des personnes aimables, la vache nous laisse passer , nous rejoignons le pont ,notre tente. Il est tard . Il y a du vent. Il commence à pleuvoir. Nous ne testerons pas le réchaud ce soir. Donc repas froid et sommaire ,et nuit réparatrice après une journée somme toute remplie.

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