Un sultanat dans la jungle

Ponts et merveilles

Ponts et merveilles
Claudio Tombari

Je décide de revenir le lendemain matin pour une visite à pied, plus informé et avec une carte décrivant les 42 villages qui composent cet univers aquatique. Je traverse en diagonale depuis le centre d’artisanat jusqu’au pont où se trouve l’antiquaire le plus réputé du pays. Je m’achemine d’abord à gauche, vers la partie nouvelle. Après des incendies dévastateurs, les habitants ont été relogés dans les nouveaux quartiers, toujours les pieds dans l’eau, mais dans des maisons en béton très confortables de 2 à 4 chambres. Ces nouvelles maisons sont équipées d’une fosse septique par aspiration comme celle des avions, plus un système de collecte des déchets par bateau, ce qui fait que l’on trouve beaucoup moins d’ordures flottant sur les eaux. L’ensemble est certes moins typique que les maisons en bois et en tôle, mais certainement plus propre.
On traverse d’un village à l’autre par des ponts en bois nommés pail. Je longe une partie qui a brûlé en août dernier et qui ne sera pas reconstruite, selon ce que m’indique la vendeuse de l’épicerie proche de la mosquée au dôme ondulé et jaune. À l’abri du soleil, sous la véranda de sa maison, une vieille dame prépare des chips de crevettes. Me voyant intrigué, elle me tend une poignée de petites rondelles de couleur rose orangé. Un mets très savoureux, qui n’a rien à voir avec les pâles sosies industriels servis en apéro dans les restos chinois d’Occident.

On pourrait penser que les habitants de ces villages se consacrent à la pêche. En fait, cette activité n’est pas leur source principale de revenus, elle ne sert qu’à arrondir les fins de mois et la plupart des pêcheurs se concentrent dans le village de Kampong Saba, plus à l’intérieur. Le soleil est au zénith et je marque une pause dans la maison d’un hadj, l’un de ces musulmans ayant accompli le pèlerinage à La Mecque. Il me parle d’une autre activité propre à Kampong Ayer qui est la confection de biscuits à base de riz ou de coco ainsi que de feuilles comme le pandan et le palmier sagoutier. Derrière sa maison, sous un abri qui surplombe la mosquée jaune, sa femme a mis des crevettes à sécher. Le hadj m’accompagne encore pour quelques pas, car il tient à me montrer l’école, la pharmacie et leur propre commissariat. Puis, il siffle un taxi et me demande si je suis content d’être venu au Brunei. J’avais certainement commencé par le meilleur de la capitale, mais ce qui restait à venir ne manquerait pas d’attraits.

Texte : Claudio Tombari

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