Les Terres de décembre, voyage en Patagonie chilienne

Bruce Chatwin cherchait Butch Cassidy

Bruce Chatwin cherchait Butch Cassidy
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Plate, quadrillée par des avenues régulières qui se coupent à angle droit, Trevelin est la seule bourgade un peu consistante au cœur d’une plaine fertile, ponctuée de haies, de bosquets d’arbres et de prairies. Les rues secondaires sont en terre, seules les rues principales ont été asphaltées. Les murs des maisons ont été édifiés avec des briques, et non plus du bois. Au bord d’une grande avenue ombragée se tient le cinéma, le seul de la cité. Les habitants de Trevelin descendent pour la plupart de colons gallois, comme la famille de Don Vicente. La langue officielle est bel et bien l’espagnol, mais on continue à enseigner le gallois à l’école. Grattez l’argentin, vous trouverez le gallois, puis grattez le gallois et vous trouverez en dessous le vieux breton. Chaque année, le 16 octobre, une fête galloise – l’Eisteddfod – rassemble des foules, en sou-venir de la fondation de la colonie, c’était un 16 octobre. Le musée de Trevelin s’appelle le musée de la Patagonie celte. On y vend des T-shirts Patagonia Celta où des motifs entrelacés s’enroulent autour des pattes d’un huemul, le cerf des Andes. Je remarque de nombreux objets dont un trône en bois sur lequel est inscrit : Bro Hydref. Sur une vieille carte, l’océan Atlantique s’appelle Mor y Werydd. L’auteur de la carte, un dénommé Llwyd ap Iwan, directeur de la Compania Mercantil de Chubut, fut assassiné le 29 décembre 1909 du côté de Arroyo Pescado par Wilson et Evans, deux bandoleros norte americanos, des bandits nord américains, connus dans la région comme charretiers et excellents tireurs. Les deux hors-la-loi appartenaient à la célèbre bande du Syndicat des Pilleurs de Trains, plus connue sous le nom de Wild Bunch et dirigée par Butch Cassidy.

Entre 1901 et 1905, ces hommes, qui étaient parmi les plus recherchés des Etats-Unis, firent l’acquisition de cinq mille hectares de terres vierges à Cholila, à 80 km environ au nord de Trevelin, dans la province de Chubut. Ironie de l’histoire, la première question de Cassidy avant d’acheter ses terres : « Y a-t-il des bandits dans la région ? » C’est vrai qu’il savait de quoi ils étaient capables. Loin des polices nord-américaines et des agents de Pinkerton, les fugitifs vécurent comme d’honorables éleveurs dans leur ferme. Leur chef, Butch Cassidy, de son vrai nom Robert LeRoy Parker, était entouré de ses comparses, Harry Alonzo Longabaugh alias Sundance Kid, Ethel Place, sa compagne, une belle femme qui menait les hommes par le bout du nez, et bien sûr William Wilson et Roberto Evans. La Patagonie, immense et mal contrôlée, n’était-elle pas la cache idéale pour ces hors-la-loi nord-américains ?

Quand l’écrivain britannique Bruce Chatwin fit son grand voyage en Patagonie, il séjourna une quinzaine de jours à Trevelin. Hanté par l’histoire de Butch Cassidy, « qui occupait la première place sur la liste des criminels recher-chés par l’agence Pinkerton », Chatwin remonta à la source des faits, passant des journées du côté de Cholila, « pays d’air pur et de grands espaces » comme l’Utah où Cassidy avait passé son enfance. Chatwin était catégorique, comme il l’a écrit dans son livre En Patagonie : « Butch Cassidy n’a jamais tué un seul homme. Ses complices par contre étaient des tueurs aguerris ; leurs crimes lui causaient des accès de remords. » Pour Chatwin, Cassidy avait été abattu par la police, puis enterré dans la colonie du 16 octobre. Selon une autre thèse, il aurait été pourchassé, se serait enfui en Bolivie, et c’est dans des mines, sous un faux nom, que le plus grand bandit de la belle époque aurait fini son existence. (...)

Texte : Olivier Page

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