Les Terres de décembre, voyage en Patagonie chilienne

La frontière du Chili et de l’Argentine

La frontière du Chili et de l’Argentine
Olivier Page

L’Argentine ! Il y a quelque chose d’étrange dans cette frontière, limite administrative entre deux pays longtemps fondus dans un même ensemble nommé par les géographes anciens Tierra Magallanica, de los Patagones y los Cesares, les Terres Magellaniques, des Patagons et des Césars. Le tracé de la frontière entre le Chili et l’Argentine a été un casse-tête pour les géographes et les diplomates. Dès le lendemain de l’indépendance de ces deux nations (respectivement en 1818 et 1816) et tout au long du XIXe siècle, ce ne furent que tensions, menaces, risques d’intervention militaire. La signature, en 1881, d’un traité offrait un compromis fragile à peu près satisfaisant pour les deux pays. La cordillère des Andes servit de frontière naturelle sur près de 3 500 km, mais ni le Chili, ni l’Argentine n’obtinrent l’accès souhaité aux deux océans. On a établi un tracé à grand coup de sabre, sans se soucier des détails. Et à l’échelle de l’Amérique, un détail équivaut à des territoires immenses, grands comme des départements en Europe.

Au Chili, le Pacifique, à l’Argentine, l’Atlantique. Grosso modo, on trancha ainsi. Et entre les deux, à la pointe extrême de l’Amérique du Sud, ce que Coloane appelle la « queue du continent », un partage territorial qui coupe la Terre de Feu en deux morceaux juxtaposés. Plusieurs erreurs géographiques et diplomatiques furent commises dans ce long et laborieux partage de terres sud-américaines, et dans le tracé des frontières, ce qui inspira à Don José Miguel Yrrazaval un livre très critique, paru en 1930. A quarante kilomètres plus au sud de Futaleufu, la région de Palena était encore disputée en 1965 par les Chiliens et les Argentins, sous l’arbitrage de la Grande-Bretagne. Du temps de la dictature de Pinochet, les deux pays étaient sur le pied de guerre. Il fal-lut faire appel au pape Jean-Paul II qui servit de médiateur « symbolique » entre Santiago et Buenos Aires. Au Chili, la moindre histoire des frontières représente un livre d’au moins cent pages ! (...)

Texte : Olivier Page

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