Santiago de Cuba, ville métisse

Santiago de Cuba, ville métisse
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Santiago de Cuba, deuxième ville du pays, capitale de l'Oriente, « berceau de la revolution » castriste… Une cité historique remarquable pour son patrimoine historique en grande partie d’origine colonial, mais aussi une destination  aussi vivante qu’attachante, vivant au rythme des Caraïbes et en musique. Viva Santiago !

Santiago, ville historique

Santiago, ville historique
© Alexandre ROSA - Fotolia

Loin, très loin de La Havane  (810 km), la capitale de la région de l’Oriente s’ancre au fond d’une baie si bien protégée qu’elle lui valut de devenir la première vraie capitale de l’île, au 16e siècle. Aux avant-postes, le fuerte del Morro, ou castillo de San Pablo de la Roca, bâti pour tenir à distance les pirates, veille depuis un éperon rocheux griffé de terrasses.

Capitale de cœur du clan Castro (dont le domaine familial se trouve à 80 km au nord), Santiago est une cité doublement historique : par son passé colonial, bien sûr, mais aussi par son histoire rebelle. C’est ici que, le 26 juillet 1953, se déroula l’acte fondateur de la révolution : l’attaque (ratée) de la caserne de la Moncada.

Plus noire, plus chaude, plus caraïbe que le reste de Cuba, Santiago est une ville vibrionnante. Les rues, sur lesquelles flotte encore le souvenir diffus des colons français d’Haïti, y résonnent de l’écho du són cubano, de la guaracha, du boléro et de la salsa. Le week-end, la ville entière est une grande fête à ciel ouvert.

Parque Céspedes, 18 h

Parque Céspedes, 18 h
Parque Céspedes © Alexandre ROSA - stock.adobe.com

Vu du haut du mirador de la cathédrale, le Parque Céspedes semble une île bien rectangulaire, voguant sur l’océan des toits disparates. Les piétons-fourmis y butinent de banc en banc, tandis que s’allument les premiers réverbères.

Centre du pouvoir depuis l’aube de la colonisation, l’esplanade est encadrée des symboles du pouvoir : la cathédrale, rebâtie dans un style néoclassique vers 1922 ; l’Ayuntamiento (Hôtel de Ville), précédé de ses arcades ; et l’ancien Palais du gouverneur Diego Velázquez de Cuellar, fondateur de la Cuba espagnole.

Ce dernier édifice, annoncé par une palissade ajourée de moucharabiehs mauresques, a conservé des origines quelques portes et plafonds de bois. À l’étage, une armoire gothique à demi-brûlée, vieille comme l’Amérique, témoigne d’un incendie passé. En bas, la fonderie révèle la quête première des conquistadores : l’or.

Sur le flanc opposé du patio, où dorment des tinajones (jarres géantes), une seconde demeure se dessine : réceptacle des collections d’arts décoratifs du 19e siècle, elle révèle l’influence européenne, et notamment française, qui prédomina longtemps à Santiago. Sèvres et Limoges y font la cour au marbre de Carrare et au bois de caoba.

Visite achevée, il faut prendre le temps de flâner à la terrasse de l’hôtel Casa Granda, épicentre de la ville depuis 1914. Le Sara Bernhart (à la crème) y fait souvent défaut et le café n’est pas spectaculaire, mais le ballet des ventilos et la vue dominante sur la place valent bien le détour, surtout à l’heure où débarquent les musiciens.

Musique à tous les coins de rue

Musique à tous les coins de rue
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À l’angle, la calle Heredia semble s’échauffer, elle aussi. Plus jolie des artères du centre, elle aligne une succession de bâtisses coloniales et néo-coloniales plaquées de balcons en fer forgé ou précédées de larges vérandas pour prendre l’air.

La Casa de la Cultura s’y souvient des réunions du Club San Carlos, où la bonne société espagnole se réunissait dans sa grande salle ouverte multipliant les colonnes et les lustres.

À deux pas (littéralement), le saint des saints de la musique cubaine résonne des airs canailles d’un septeto de trovadores, jonglant entre amor, nostalgie, congas (percussions), maracas et guitares tres (à six cordes). Dans la salle, on danse, comme poussé par une force obscure et, dans la rue, derrière les grilles, on s’agglutine en se déhanchant ou en battant la mesure. Non que le spectacle soit rare : à la Casa de la Trova, la musica résonne tous les jours de 11 h à 1 h, dans le patio ou l’une des 3 salles !

À l’angle de la calle San Felix, la Casa del Queso sert du fromage et du són cubano, puisé à la source ranchera (campagnarde). Deux cuadras (pâtés de maisons) plus loin, dans le modeste temple du Coro Madrigalista, les chœurs sacrés alternent avec les très traditionnels són, changüí, guaracha et boléro.

De là, on rejoint La Isabélica, un café pétri par le temps, où les habitués sirotent un petit noir à 1 peso (4 centimes), volontiers arrangé de rhum, en se laissant emporter par les battements lancinants des tambores de la santería (le vaudou cubain) – saupoudrés de quelques coups de klaxon.

Du sang, de la sueur et du café

Du sang, de la sueur et du café
La Isabélica © Matyas Rehak - stock.adobe.com

Santiago se distingue des autres villes cubaines par la couleur de sa peau, un peu plus sombre. Pourquoi ? Confrontés à la révolte de leurs esclaves, nombre de colons français d’Haïti fuirent l’île, en passe de devenir la première république noire du monde (1804), pour s’installer à l’est de Cuba. Avec, dans leurs bagages, quelques-uns de leurs esclaves.

Dans les montagnes de la Sierra Maestra (à l’ouest de Santiago) et celles de la Grande Piedra (à l’est), ils fondèrent des plantations de café – à l’origine d’un nouveau boom économique. Deux siècles plus tard, l’Unesco a recensé et inscrit au patrimoine mondial 171 anciens cafetales, réseaux d’irrigation, routes et ponts.

Si la plupart ne sont que ruines, à La Isabélica, les installations productives et la maison de planteurs, amarrée sur de lourdes fondations de pierre, ont été restaurées. Les alizés y glissent doucement, balayant des pièces larges où les fantômes en crinolines se mirent dans des miroirs baroques. En contrebas, s’étendent les grandes terrasses où séchait le café.

Enrichis, les planteurs s’installèrent à Santiago, dans le quartier du Tivolí, entre plaza de Armas et port. Là où ils tenaient jadis salon, ne restent que de modestes demeures, au pied desquelles on joue aux dominos.

Mais à la nuit tombée, Santiago se souvient : deux fois par semaine, une association centenaire fait revivre la tumba francesa : les minués (menuets) d’autrefois, dansés sur des rythmes de percussions africaines. Métissage réussi.

Deux sites Unesco pour le prix d’un

Deux sites Unesco pour le prix d’un
Castillo del Morro © fotobeam.de - stock.adobe.com

Remontons le temps. À l’aube du 16e siècle, Santiago se constitue, rue de terre après rue de terre, maison de pisé après maison de pisé. La première cathédrale (de Cuba) surgit en 1528, suivie par quelques palais de pierre.

Santiago, nommée capitale de l’île, voit partir à l’assaut le conquérant du Mexique, Hernan Cortez. Les trésors aztèques y débarquent bientôt. La ville accueille aussi les premiers convois de bois d’ébène ; déjà, les esclaves remplacent les Taïnos, décimés par la Conquista et les maladies nouvelles.

Les richesses accumulées ne tardent pas à attirer les convoitises. En 1554, le Normand Pie de Palo (Jambe-de-Bois), de son vrai nom François Le Clerc, déferle dans la baie avec, en poche, la première lettre de marque de l’histoire, concédée par le roi de France. Un mois durant, ses hordes pillent, violent et tuent. Santiago ne s’en remettra pas et la capitale déménage bientôt à La Havane – mieux située sur la route des galions.

Les autorités, soucieuses d’éviter d’autres sacs, font finalement édifier à l’orée de la baie, sur un promontoire rocheux escarpé, le château de San Pedro de la Roca (1638) – bien vite surnommé castillo del Morro.

Il est là, encore, superbement restauré sous le patronage de l’Unesco, dominant l’étroit chenal menant à la baie, avec ses multiples terrasses (panoramiques) sur différents niveaux, où les vieux canons ont pris leur retraite. Son réseau de batteries et fortifications s’étendait jadis bien au-delà.

La Moncada, panthéon de la Revolución

La Moncada, panthéon de la Revolución
Caserne de La Moncada © Maurizio - stock.adobe.com

C’est une autre forteresse, moins évocatrice, qui a valu à Santiago d’entrer dans la légende révolutionnaire : la caserne de la Moncada.

Conçus pour abriter un millier de soldats, ces vastes baraquements, plantés au nord-est du centre-ville, furent attaqués le 26 juillet 1953 par un groupe de 93 jeunes hommes (et 2 femmes) menés par Fidel Castro. La façade, criblée de trous de balle (reconstitués a posteriori !) en témoigne encore. Leur but : signaler le début de l’insurrection contre la dictature de Batista.

Trente minutes plus tard, tout était terminé : surpris par une patrouille, les assaillants furent presque tous faits prisonniers, torturés et assassinés. Ils reposent au Panteón de los Mártires du cimetière Santa Ifigenia, près du mémorial du grand héros de l’indépendance, José Martí.

Seuls quelques-uns réussirent à s’échapper, dont le futur Líder Máximo. Condamné à 15 ans de prison, Fidel Castro, avocat de formation, plaida lui-même, terminant par ces mots devenus célèbres : « L’histoire m’absoudra ». Gracié en 1955, il s’exila au Mexique, d’où il prépara le retour de la Révolution à Cuba et sa future prise de pouvoir.

Depuis un siècle et demi, « l’Orient indocile », comme on le surnomme, a donné au pays nombre de ses héros. Le Museo de la Lucha clandestina, le Museo Frank País, le Memorial Vilma Espín Guillois témoignent tous, à leur niveau, de l’engagement révolutionnaire des enfants de la cité. Entre culte de la personnalité et dévotion, on y expose les vêtements, armes et effets personnels des martyrs de la cause.

Birán : dans l’antre des Castro

Et si l’on revenait aux sources ? À 80 km au nord de Santiago, une petite route cabossée s’infiltre entre les champs de canne, direction : Birán. C’est dans cette campagne verdoyante, étalée au pied des premiers moutonnements de la Sierra de Cristal, qu’Ángel Castro, simple militaire galicien, fonda une finca au début du 20e siècle.

Homme de caractère, il constitua au fil du temps un domaine de près de 11 000 ha. Et la finca se mua en village, avec ses résidences, son hôtel destiné aux voyageurs, sa boucherie, son bar-billard, sa poste et son télégraphe, sans oublier un pit pour les combats de coqs… L’école, aux pupitres toujours en place, a vu Fidel et Raúl user leurs fonds de culotte.

La plus ancienne résidence occupée par la famille Castro, partie en fumée en 1954, a été rebâtie à l’identique, avec sa large véranda sur trois côtés, le berceau dans lequel vagirent chacun des sept enfants du couple, et la chambre où Fidel et Raúl partagèrent le même lit.

À côté, la plus récente des deux maisons semble, elle, figée dans le style de cette année 1956, qui vit la mort d’Ángel. La télé japonaise, les fourneaux de fonte, le frigo américain peignent le portrait d’une famille plutôt aisée.

Et, dans la chambre de Lina, la mère, les bondieuseries témoignent d’une foi bien ancrée. Aux premiers temps de l’insurrection, elle ne manqua d’ailleurs pas de se rendre à la basilique de la Virgen del Cobre, à l’ouest de Santiago, pour la prier d’intercéder en faveur de ses fils. Ce que la guide ne dit pas, c’est ce que pensèrent Ángel et Lina de leurs ardeurs révolutionnaires…

Fiche pratique

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Office de tourisme de Cuba

 Comment y aller ?

- Pour aller à Cuba : vols directs Paris-CDG – La Havane avec Air France et Cubana. Trouvez votre billet d’avion.

À plus de 800 km à l’est de La Havane, Santiago peut être rejointe par avion avec la Cubana, depuis la capitale (plusieurs vols quotidiens, un peu chers), ou même en vol direct depuis Paris, le dimanche. Sachez toutefois que la compagnie n’est pas réputée pour sa fiabilité…

Beaucoup de visiteurs se déplacent plutôt à travers Cuba grâce aux bus Viazul, récents et d’assez bon confort (mais à l’air conditionné poussé à fond !). Attention, depuis La Havane, le trajet (env. 50 CUC, soit 50 €) prend plus ou moins… 15 h. Il est possible (et même fortement conseillé) de faire ses réservations en ligne à l’avance, tant Cuba est désormais envahie par les visiteurs.

Il en va de même pour les locations de voiture, très demandées malgré leur cherté. Il convient en outre de faire bien attention à la conduite et aux éventuelles petites arnaques des loueurs.

- Pour aller à Santiago de Cuba de La Havane : prendre un vol intérieur depuis La Havane. Il y en a 2 par jour, un le matin, un autre le soir. Durée du vol : env. 1 h 25. On peut aussi y aller en bus avec la Cie Viazul, qui possède des bus confortables. De la gare routière de La Havane, 4 bus par jour, durée du trajet : 12 h. Escales à Camagüey, Holguin et Bayamo.

Climat

Comme dans tout le pays, à Santiago, la saison sèche s’étend grosso modo de décembre à mi-avril, et la saison humide de fin avril à novembre.

La première est largement ensoleillée, avec des températures moyennes oscillant entre 18 °C et 29 °C. L’été, le thermomètre monte (23-32 °C) et le taux d’hygrométrie aussi, rendant par moments l’air assez étouffant.

Septembre et octobre sont les mois les plus pluvieux et ceux pendant lesquels le risque de passage d’un cyclone est le plus important.

Où dormir ?

Les hôtels, tous gérés par l’État, sont globalement (trop) chers au regard de la qualité de la prestation, et leur personnel est rarement très aimable ni compétent.

Misez plutôt sur les casas particulares, les chambres chez l’habitant, qui vous coûteront en général 25-30 CUC (25-30 €) la nuit pour 2 personnes : l’occasion de rencontrer de vrais Cubains et de parler de tout et de rien.

Le confort y est désormais plutôt bon, toutes les chambres disposant systématiquement d’une salle de bains privée et de l’air conditionné. La plupart des adresses disposent en outre d’un toit-terrasse plus ou moins bien aménagé.

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Où écouter de la musique?

Il faudrait bien tout un livre pour faire l’inventaire complet des lieux musicaux de Santiago !

En plus de ceux mentionnés dans cet article, n’hésitez pas à fréquenter l’excellente Casa de las Tradiciones (Rabi, 154 ; quartier du Tivolí), qui porte bien son nom ; la Casa Artex (Heredia, 304), idéale pour apprendre à danser ; La Claqueta (Santo Tomás, au pied de la cathédrale) pour mettre les cours en pratique ; ou encore la Casa del Caribe (calles 13 et 8), siège du carnaval du même nom (voir ci-dessous).

Fêtes et festivals

Ville festive, toujours prête à chanter et danser, Santiago connaît deux grands temps forts annuels : le Festival del Caribe (Festival des Caraïbes) début juillet et le Carnaval à la fin de ce même mois. Le premier, animé par des dizaines de groupes et formations originaires de toutes les Antilles et même d’Amérique latine, se termine en apothéose par la Fiesta del Fuego, au cours de laquelle on brûle une effigie du diable. Une bonne répétition pour le Carnaval à venir, qui jette toute la ville dans les rues, tandis que les comparsas (troupes) défilent sur fond de tambours, lampions et trompettes chinoises.

Texte : Claude Hervé-Bazin

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