Nord du Laos : Luang Prabang et le Mékong

Nord du Laos : Luang Prabang et le Mékong
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Tel un rêve éveillé, le Laos s'étire sur près de 1 900 km au fil du mythique Mékong, nommé ici la Mère des eaux. Une véritable colonne vertébrale liquide, tantôt sage, tantôt impétueuse, toujours puissante et majestueuse.

Discrètement enchâssé entre quelques grosses pointures des revues touristiques, le pays a su préserver son authenticité, ses traditions, l'architecture inimitable de ses temples, la gentillesse et la simplicité de sa population. Au nord, l'orgueilleux Empire du Milieu, la Chine. Au sud, le riant Pays du sourire, la Thaïlande. Au levant, le Viêt Nam. Au couchant, la Birmanie.

Et au milieu... coule une rivière (un fleuve, d’ailleurs), que l'on va parcourir depuis l'ancienne et ravissante ville royale de Luang Prabang.

Luang Prabang, la belle énigmatique

Luang Prabang, la belle énigmatique
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S'il est des classements au patrimoine de l’Unesco qui font l'unanimité, celui de Luang Prabang est bien de ceux-là. Capitale du royaume du Lan Xang dès le 14e s., elle fut longtemps la rivale de Vientiane qui rafla le titre à l'indépendance, en 1946. Le temps semble depuis avoir suspendu sa course sur Luang Prabang.

Séduisante endormie entourée de montagnes, dans un site naturel magnifique à la confluence du Mékong et de la rivière Nam Khan, la cité ne s'est éveillée au tourisme qu'à l'aube du second millénaire. Pour en avoir un premier aperçu, nous vous conseillons de grimper au sommet du mont Phousi, qui la domine, de préférence au coucher du soleil.

Ses pagodes sont exquises : subtils décors dorés sur fond rouge, pente galbée de toitures de tuiles vernissées, grandes cours plantées d'arbres sacrés, drapés dans leurs racines aériennes comme des moines dans leur robe.

Les moines, justement, taches vives de couleur safran au détour des rues et venelles. Ensommeillés à l'aube lorsque débute la quête de l'aumône. Protégés par d'immenses ombrelles colorées lorsque le soleil projette au sol des ombres magnifiques. Joyeux et riants lorsque la cloche et le tambour marquent la prière du soir. Ils sont l'une des âmes de la ville.

Mais la vie religieuse n'est pas seule qui ait voix au chapitre à Luang Prabang. Elle compte aussi une profusion de bâtiments en bois précieux (plus de  600 inscrits comme « remarquables »), pour beaucoup d'époque coloniale. Superbement restaurés et souvent transformés en hôtels, ils font la joie des touristes qui y séjournent.

Ajoutons une dose de végétation tropicale autour d'agréables étangs ; des parties de pétanque héritées de la colonie française, à l'ombre des aréquiers et des tamariniers ; des soirées animées dans des bars et restaurants qui se sont multipliés au contact du Lao-Lao (la gnole locale).

Tout cela fait de cette petite cité l'une des plus merveilleuses que l'on connaisse dans cette partie de l'Asie.

Quand le Mékong coule, tout roule...

Quand le Mékong coule, tout roule...
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Long de 4 500 km, le Mékong prend sa source dans l'Himalaya, en Chine, avant de baigner le sulfureux Triangle d'or (l'un des principaux pôles mondiaux de production d'opium), aux confins de la Birmanie, du Laos et de la Thaïlande.

Tout au sud du Laos, la région des 4 000 îles et ses impressionnantes chutes marquent la frontière avec le Cambodge, que le fleuve traverse ensuite avant de creuser son delta au Viêt Nam.

De tout temps, le Mékong s'est posé en acteur majeur du développement humain de cette région. Il concerne aujourd'hui un bassin de 70 millions d'âmes, faisant office de frontière naturelle, offrant aux riverains leur poisson quotidien, faisant miroiter aux orpailleurs des rêves dorés, ménageant aux maraîchers des rives fertiles.

Le débit d'eau important (15 000 m3/s en moyenne annuelle) place le Mékong au 4e rang des fleuves d'Asie. Cela galvanise les projets de barrages hydroélectriques, les dirigeants laotiens rêvant de faire du pays la « batterie électrique » de toute la région. Le lit sablonneux fait, lui, saliver l'industrie du béton armé. Les élevages piscicoles (poisson-chat principalement) se multiplient. Évidemment, tous ces projets ont pour conséquence heureuse le développement économique d'un pays plombé par des décennies de dictature communiste.

Mais ils comptent aussi leurs travers : une corruption galopante, la main mise des ambitieux pays voisins sur ces secteurs économiques... et puis une sacrée entaille dans l'équilibre écologique et sociologique du coin.

Car réguler le Mékong, c'est impacter son écosystème, et donc le maraîchage, la pêche, la navigation. Cette dernière a toujours été rendue compliquée par les grands écarts de niveau selon les saisons (8 à 10 m entre mousson et saison sèche !) et les innombrables écueils qui essaiment le lit du fleuve. Les barrages risquent de remettre en cause cette fragile navigabilité.

Alors autant profiter sans trop tarder des sampans locaux qui relient entre elles les villes et villages riverains. Pépères, au gré du courant. Embarquement immédiat !

Le Mékong, au départ de Luang Prabang

Le Mékong, au départ de Luang Prabang
© Fabrice Doumergue

C'est le petit matin. La brume habille les collines d’un voile de pudeur. L'agitation anime les bateliers dont les sampans sont amarrés bord à bord à quelques kilomètres seulement de Luang Prabang.

Si ces bateaux transportent des touristes, ils demeurent aussi le principal mode de déplacement des riverains, faute de route pour rejoindre leur village. Alors on partage avec eux cette longue et étroite embarcation, recouverte d'un toit. Parfois accompagnés de cargaisons surprenantes. L'occasion de quelques discussions qui emprunteront largement au langage des signes !

Des nostalgiques du TGV se ruent sur le « speed-boat », hors-bord équipé d'un puissant moteur. Harnaché d'un gilet de sauvetage et d'un casque intégral. On en ressort trempé par temps de pluie, grillé par beau temps, bruit permanent du moteur en prime...

Sincèrement, on grappille quelques heures sur le trajet. Mais il y a mieux pour profiter de ce bout du monde !

Les grottes sacrées de Pak Ou

Les grottes sacrées de Pak Ou
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Le sampan trace son sillage pépère dans les eaux limoneuses. À 1 h 30 en amont de Luang Prabang, les grottes sacrées de Pak Ou, abordables seulement en bateau, sont nichées dans une falaise abrupte qui surplombe le Mékong.

Une volée de marches mène à la première grotte. Au travers des fumées d'encens, l'œil doit s'accoutumer à la semi-pénombre pour distinguer les innombrables statuettes de Bouddha que les pèlerins apportent ici. Des centaines ? Des milliers ? Qui sait ? Au final, il s'en dégage une ambiance assez magique.

La seconde grotte, plus profonde, en contre-haut, offre une belle vue sur la vallée du Mékong. Passé un bouddha ventru qui semble en défendre l'entrée, quelque 6 000 autres statues de toutes tailles peuplent la grotte ornée d’une belle frise à la feuille d’or et d'un lion sculpté. Un petit aqueduc en bois sculpté, aujourd'hui ruiné, servait à laver tout ce beau monde.

Les pêcheurs, les villages et les orpailleuses du Mékong

Les pêcheurs, les villages et les orpailleuses du Mékong
© Fabrice Doumergue

Indéniablement, la pêche est le fil rouge de ce cabotage fluvial. Les Laotiens ne manquent pas d'astuce pour arracher aux eaux la friture du jour. Au gré de techniques particulièrement variées : on lance ses filets « à l'épervier » plongé dans les eaux jusqu'à la taille, ou perché sur son instable pirogue... On tend ses lignes et carrelets arrimés à d'improbables montages de bambous sur les récifs affleurants... Le Mékong est décidément poissonneux. Les scientifiques y découvrent d'ailleurs régulièrement de nouvelles espèces jusqu’alors inconnues !

Chacune des deux rives abrite son lot de hameaux perchés à mi-pente (crues du fleuve obligent), la tête dans les brumes tropicales et les pieds dans les eaux. Le sampan y fait parfois une halte rapide pour embarquer un passager, livrer un bout de chargement ou offrir un arrêt pipi... L'occasion de découvrir brièvement un pan de cette vie encore préservée du vaste monde.

L'habitat traditionnel avec ses murs en bambou tressé, ses toits en feuilles séchées, ses pilotis. Le temple qui se signale aux croyants par la blancheur de ses murs, parfois son stupa, toujours ses longs bambous porteurs d'oriflammes colorées.

Au débouché de certaines rivières, de drôles de silhouettes agitent inlassablement de larges tamis dans les eaux du Mékong. Des orpailleuses, accroupies à même la rive, coiffées de larges chapeaux et très protégées du soleil parviennent à chiper à la rivière quelques  paillettes d’or. Pas la fortune, simplement la survie.

Une nature à fleur de montagne

Une nature à fleur de montagne
© Fabrice Doumergue

Les collines qui jalonnent le cours de la navigation sont largement cultivées : teks, vergers, bananeraies. Sinon, ce ne sont que forêts tropicales de manguiers, ficus, palissandres quinquinas, ponctuées de magnifiques bouquets de bambous (dix variétés sont recensées au Laos).

Les Laotiens sont de fins connaisseurs des plantes qui les entourent. Ils savent distinguer feuilles, baies et racines comestibles et celles utilisées dans la pharmacopée traditionnelle. Ils confectionnent aussi leur outillage avec astuce, à base de bambous, par ailleurs employés dans la construction traditionnelle.

Quant à la faune, c'est l'une des plus exceptionnelles des pays d'Asie : des éléphants sauvages aux léopards en passant par les gibbons et autres ours à bouche lippue. Le rhinocéros de Sumatra et le tigre d’Asie auraient pratiquement disparu, mais il reste quelques centaines de tigres indochinois ainsi que des pangolins… tous deux braconnés.

Le dauphin d’eau douce est quant à lui en voie d'extinction avec seulement 80 individus recensés au sud du pays, dans la région des 4 000 îles...

On vous passe les nombreux rampants et autres insectes. Certes, ce fourmillement ne saute pas aux yeux du voyageur qui se la coule douce sur son sampan. Mais on peut organiser quelques incursions dans cette nature joliment préservée (depuis Pakbeng par exemple) pour découvrir, à la clef, des villages ethniques et partager un fragment de vie des habitants.

Escale à Pakbeng

Escale à Pakbeng
© G.Thielmann - Fotolia

Jusqu'à récemment, Pakbeng n'était relié au reste du pays que par le fleuve. C'était L'ESCALE entre Luang Prabang et Houeisai. Malgré la construction d'une route, le rythme indolent de la bourgade n'a guère changé. Un côté bout du monde qu'on adore, dans un environnement encore préservé de collines et de forêts.

Les habitations suivent les deux rues principales. Certes, le béton a largement remplacé l'habitat traditionnel en bambou de ce village Khamou, mais les petits bâtiments vivement colorés dégagent un certain charme.

Guesthouses et bar-restos à touche-touche accueillent les voyageurs. Certains s'y posent plusieurs jours, mais beaucoup arrivent par le slow-boat du soir en envisageant déjà le slow-boat du lendemain matin. Tant mieux, ça laisse au bourg toute sa quiétude en journée.

Peu à faire ici, outre les activités salutaires proposées par le Pakbeng Lodge autour de son intéressant camp d'éléphants : visite du village des cornacs, parcours botanique, balade à dos d'éléphants, randonnées à la découverte de villages ethniques...

Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine

Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine
© Fabrice Doumergue

Surnom du Laos : Lan Xang, le Pays du million d'éléphants ! Les choses ont bien changé, mon colon... On adorerait voir à l'envi ces fêtes bouddhiques fastueuses de jadis, avec leur lot de pachydermes attifés comme des pin-ups de carnaval ! Ou assister au travail dans les forêts et dans les champs, à grand renfort de coups de trompes.

Seulement, ce géant aux pattes d'argile ne suit plus le rythme fou du productivisme et l'éléphant domestique aligne moins de 500 trompes au compteur. Quant à l'éléphant sauvage, son habitat naturel se réduit comme peau de chagrin : conséquence, il resterait 300 individus tout au plus au Laos. Une situation préoccupante au regard des 40 000 pachydermes qui peuplaient ces terres au début du 20e s.

La reconversion s'organise vers des activités touristiques : délicat travail d'équilibriste pour valoriser ces débonnaires personnages sans en faire de bêtes animaux de foire. Car on assiste parfois à des spectacles où Babar en tutu rose fait l'équilibre sur un œuf (on exagère à peine). Et on ne vous dit pas les conditions de dressage pour arriver à ces résultats consternants !

Par chance, d'autres initiatives ouvrent de jolies perspectives : le Centre d'éléphants de Pakbeng par exemple avec son village de cornacs et ses promenades en forêt, et le Centre de conservation des éléphants de Sayabouri qui recueille dans son hôpital les futures génitrices, ou des individus blessés, voire ceux que leurs cornacs ne peuvent plus financièrement assumer.

Le Mékong, un peu plus loin...

La ligne est tracée pour ceux qui continuent plus en amont : le bateau partira le lendemain au point du jour pour une nouvelle journée faite d'eau et d'azur (bon, ok, il arrive qu'il pleuve !). Arrivée en fin d'après-midi à Houeisai, porte d'accès à la Thaïlande, située sur l'autre rive.

Les autres pourront revenir vers Luang Prabang en bateau, ou encore monter par la route vers les villages ethniques du nord du pays. Une plongée dans les couleurs et les saveurs de ce qui reste de la tradition laotienne.

Fiche pratique

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Comment y aller ?

- En avion : aucun vol direct depuis la France. Luang Prabang est reliée à la plupart des grandes villes du sud-est asiatique, comme Bangkok, Hanoi, Hong Kong… Depuis Vientiane 3-4 vols/j. avec Lao Airlines. Trouvez votre billet d’avion.

- En bus : 10 bus/j. depuis Vientiane, dont 5 VIP (trajet : 8-10 h).

- En bateau : de Luang Prabang à Pakbeng, 8-9 h de navigation en slow-boat pour 110 000 Kips et 4 h en speed-boat pour 200 000 kips. Idem de Pakbeng à Houeisai.

Où dormir ? Où manger à Luang Prabang ?

Vongprachan Hostel : Visounnarath Rd. Cette AJ ravira les routards avec ses dortoirs (45 000 kips) et chambres (140 000 kips). Excellent emplacement, propre et accueil souvent en v.o.

Sanctuary Hotel : Kitsalarat Rd. De jolis bâtiments de style colonial bordent un paisible étang sur lequel donnent les chambres (70-110 $), toutes dotées d'un balcon et bien équipées. Personnel attentif et prestation de qualité.

Manda de Laos : Phothisarath Rd. Tables joliment dressées face à un étang scintillant de bougies la nuit, hors du temps et des années qui passent. Cuisine goûteuse, fusion ce qu'il faut et joliment présentée. Accueil et service très à la hauteur.

Où dormir ? Où manger à Pakbeng ?

Monsavanh Guesthouse : rue principale. 7 chambres (120 000 Kips) d’une rigoureuse simplicité, vraiment nickel ; murs blanc immaculé, salles de bains carrelées.

Sanctuary Pakbeng Lodge : à 400 m environ de l’embarcadère, par la rue de gauche. Grand et bel hôtel, bien au calme en surplomb du Mékong. Chambres et suites (110-200 $ en 1/2 pension) élégantes, confortables et dotées d’un balcon pour admirer le fleuve. Savoureuse cuisine. Propose des excursions et gère le centre d'éléphants sur l'autre rive du fleuve.

Ounhouan : rue principale. Bonne cuisine traditionnelle dans un cadre un peu plus sophistiqué qu'ailleurs. Parfait aussi pour boire un coup. Une adresse « Wok N' Roll » : on aime !

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Texte : Fabrice Doumergue

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