La Romagne, autour du Pô : de Ferrare à Rimini

La Romagne, autour du Pô : de Ferrare à Rimini
© Anne-Marie Minvielle

Captivante région d’Italie du Nord, l’Émilie-Romagne longe la rive droite du fleuve Pô jusqu’à son delta sur l’Adriatique.

Vers l’est, la Romagne se protège derrière les fortifications de Ferrare, se perd à Comacchio sur une lagune peuplée d’oiseaux et d’anguilles, s’imprègne de l’art de la mosaïque à Ravenne et se découvre dans les villages perchés de l’arrière-pays de Rimini.

De superbes trésors et des gourmandises à savourer… sans tourner autour du Pô !

Ferrare et ses fastes

Ferrare et ses fastes
Palazzo Communale © Anne-Marie Minvielle

Ville rose inscrite à l’Unesco avec neuf kilomètres de remparts en brique et des pavés en marbre de Vérone, Ferrare est aussi une ville-vélo. Des centaines de bicyclettes parcourent le grand centre piétonnier faisant de Ferrare une ville universitaire agréable à vivre.

Autour du Castello Estense, tout de brique vêtu, les monuments se succèdent. Au nord, le Palazzo dei Diamanti abrite des exemples de l’École de Ferrare. Il doit son nom à son extraordinaire façade en pointes de diamant, soit 8 500 blocs de pierre différemment orientés pour en alléger la vision. Palais et jardins environnent le Corso.

Au sud du château, la place du Palazzo Communale séduit avec sa galerie de style Renaissance. Non loin, la cathédrale accumule l’architecture des siècles. Son intérieur gigantesque rend hommage au savoir-faire de la peinture en grisaille de Ferrare au 19e s.

Sur la place, la nef est flanquée d’étonnantes galeries en colonnades et d’une trentaine d’échoppes aux allures médiévales. Le musée de la Cathédrale expose des œuvres de qualité : un fantastique Saint-Georges par Cosme Tura et de magnifiques sculptures sur les mois et les saisons. Voisine, la rue Mazzini pénètre dans l’ancien ghetto.

À 20 minutes à pied par l’ancienne Via delle Volte, la Casa Romei et le tombeau de la belle Lucrèce Borgia, épouse d’Este, au monastère Corpus Domini conduisent au Palazzo Schifanoia. Une grande salle obscure protège trois rangées de fresques du 14e s. où l’on reconnaît la vie de Borso d’Este et sa cour en costumes d’époque, les symboles du zodiaque et ceux de la mythologie. Une merveille !

Le delta du Pô et Comacchio

Le delta du Pô et Comacchio
Trepponti © Anne-Marie Minvielle

Le symbole de la licorne trempant sa corne dans l’eau pour en préserver l’assainissement est fréquent en Romagne.

Au Moyen Âge, les inondations du et les fièvres des marais sévissaient jusqu’à Bologne. Puis l’ensablement du fleuve fit avancer les ports vers la mer, laissant un delta inculte et une immense lagune.

L’ancien port de Comacchio mérite le surnom de « Petite Venise ». Brique et marbre composent le magnifique pont (1634) et ses trois escaliers qui enjambent le carrefour de canaux bordés d’églises, palais et musées. En 1954, Sophia Loren y dansa le mambo lors du tournage de « La Fille du Fleuve » par Mario Soldati. Les photos de la star, étalée dans les anguilles, illustrent toujours la poissonnerie Trepponti où l’on fait son marché !

Si les palourdes sont réputées à Goro, près de l’abbaye de Pomposa, ce sont les anguilles qui rendent célèbre la lagune de Comacchio. Celle-ci est entretenue par le Parc régional du Delta du Pô, classé à l’Unesco en 1999.

Les 143 arcades du monastère des Capucins conduisent au Centre d’information de la Manufacture de l’Anguille. Quelques salles informent sur ce monde à part, chaud en été, glacial en hiver, marqué par les épisodes de la Résistance. La pauvreté était souvent présente dans ce milieu qui parle encore son propre patois. Pour survivre, il fallait braconner, avec les méthodes d’autrefois, en risquant la prison…

De nos jours, les gens de la lagune vivent du tourisme. Les bateaux embarquent à Valle di Comacchio pour une balade féérique. Seuls le bruissement des oiseaux et le coassement des batraciens rompent cette solitude mélancolique où s’apaise l’esprit.

Trois cents espèces d’oiseaux volent autour des flamands roses venus de Camargue. La visite des austères maisons de pêcheries fera apprécier l’anguille à déguster au retour !           

Les mosaïques de Ravenne

Les mosaïques de Ravenne
Mosaïque de Ravenne © Anne-Marie Minvielle

Ravenne, proche de l’Adriatique, fut souvent une capitale. Son port envasé la fera oublier. Une chance qui permit de garder intactes les plus belles mosaïques de l’Italie. Huit sites classés à l’Unesco, quand même…

Un conseil : enregistrer l’équivalence des périodes, des peuples et des empereurs facilite la visite des lieux. Ainsi, pour l’époque romaine (Ier au 4e s. César à Honorius), voir le merveilleux mausolée de Galla Placidia. Pour l’époque des Ostrogoths ariens (5e s. Theodoric), voir le baptistère des Ariens. Pour l’époque byzantine et ses ors (6-8e s. Justinien), voir le chœur de San Vitale, la Domus dei Tappeti di Pietra ou la magnifique basilique de Classe hors de la ville.

Cela se complique à la basilique Sant’Appolinare Nuovo qui présente le double exemple de mosaïques byzantines, succédant à des mosaïques ariennes parfois transformées. Même cas au baptistère Neoniano où voisinent les époques romaine et ostrogothe. Les vainqueurs effacent la trace des vaincus, c’est connu !

 L’Andamento, agencement de petits carrés de pâte de verre ou autres matières, est expliqué au musée du TAMO. La mosaïque contemporaine est présente au Musée d’Art de Ravenne MAR. Ouvrez un œil sur ces compositions étonnantes, en gommes, marbres ou miroirs et ne manquez pas l’Oiseau Bleu de Chagall (1955).      

 La mosaïque ne vous intéresse pas ? Il vous reste à visiter le très aimé théâtre Alighieri (1852), la tombe de Dante, les animaux imaginaires de San Giovanni Evangelista, la forteresse de Rocca Brancaleone, les poissons rouges de la crypte ennoyée de San Francesco, et à prendre un pot place del Popolo !

Brisighella, cœur gourmand de la Romagne

Brisighella, cœur gourmand de la Romagne
Via degli Asini © Anne-Marie Minvielle

Au cœur de la Romagne, sur une faille de gypse des Apennins, ce n’est pas pour rien que le village fortifié de Brisighella est considéré comme l’un des plus beaux villages de Romagne. Et, sans doute, l’un des plus surprenants, aussi avec sa Via degli Asini où les ânes revenant des carrières passaient sous un auvent, à l’étage d’un enfilement de maisons colorées !

La situation géographique de Brisighella garantit une température élevée et constante, bénéfique à sa production d’huile d’olive DOP à déguster au verre, à la Coopérative d’huile d’olive CAB.

Il s’agit de l’un des trésors du terroir romagnol, qui en compte beaucoup. Les Ferrarais ont un faible pour les cappellacci, de gros raviolis au potiron. Certaines spécialités historiques accompagnent leur repas où le salami Da Sugo et le vin des Sables sont rois : le pain en croix de Saint-André (13e s.), le panpepato (17e s.) ou « pain du pape », mélange de cacao, amandes, miel, écorces d’agrume et épices, et pour finir, la liqueur de café aux œufs Con Zabou (15e s.).

Vers le delta du Pô et la lagune, l’anguille de Comacchio est simplement marinée au vinaigre, grillée ou en soupe avec de la tomate. Les palourdes et vongole de Goro, ont été introduites en 1980.

Les gens de Ravenne se régalent avec le salami de Mora Romagnola, cochon noir romagnol, accompagné d’une piadina, galette plus ou moins épaisse suivant son origine, à base de froment, eau, huile d’olive, et servie chaude.

Les artichauts Moretto, aux feuilles pointues et foncées, la truffe blanche de mars et les poires Volpine sont reconnaissables sur les marchés.

Vers Rimini, le fromage de vache Di Fossa est enterré durant deux mois dans des puisards pour en développer le goût. Il se marie parfaitement avec le vin rouge de Sangiovese ou « Sang de Jupiter » dont le cépage participe au chianti.

L’arrière-pays de Rimini

L’arrière-pays de Rimini
Forteresse de San Leo © Anne-Marie Minvielle

Si Rimini est surtout connue pour ses plages de sable, ne manquez pas la fresque monumentale de Piero della Francesca au Temple Malatesta, souvent oubliée dans les guides.

Loin des foules estivales, remontez par le Val Marrechia. Ses curieux pitons rocheux presque tous fortifiés ont été les pions des batailles poursuivies durant des siècles entre les ducs de Montefeltro au nord et de Malatesta au sud.

Peut-être y croiserez-vous un fantôme… La jeune Azzurrina de Malatesta, albinos aux yeux bleus, erre dans les chambres du château hanté de Montebello di Torriana, au son d’une machinerie ambiante.

À San Leo, la visite des cachots derrière les trois enceintes de la forteresse où Cagliostro mourut en 1795, guérit à tout jamais de la pratique de l’ésotérisme. À 650 m, elle domine les édifices religieux de ce village minéral, dont une superbe chapelle du 9e s. Le musée des tortures est impressionnant. Sur un dernier rocher, Verruchio possède une mini-forteresse avec vue panoramique.

Santarcangelo di Romagna, à 10 km de la côte, sera le refuge de ceux qui préfèrent une paisible bourgade italienne. Au-dessus des caveaux d’une cité souterraine, le château reste privé…

Mais c’est surtout l’ambiance qui séduit ici. Visitez le petit musée des Boutons, amusant et gratuit sous les remparts, ou encore la Stamperia Marchi. Depuis des générations, les Marchi fabriquent des impressions sur étoffes à l’aide de tampons en bois conservés depuis le 17e s. Une énorme calandre en bois, unique au monde, est mise en marche par un seul homme, voire un enfant, qui grimpe ses échelons. Sa conception remonte à Léonard de Vinci. Les teintes minérales restent un secret de famille…  

 

Fiche pratique

Retrouvez toutes les adresses et bons plans de Romagne dans le Routard Italie du Nord.

Consulter notre guide en ligne Italie

Office national du tourisme italien

Emilia Romagna Turismo

Comment y aller ?

Vols quotidiens vers Bologne au départ de Paris-CDG et Lyon avec Air France, Alitalia et HOP ! Trouvez votre billet d’avion

Navette et train direct Ferrare-Ravenne-Rimini au départ de Bologne.

Où dormir ?

La mention R and B, spécifique à la région Émilie-Romagne, indique une qualité supérieure de B&B, à prix très raisonnables. Compter environ 70 € pour un adulte et 95 € pour deux. Souvent en studio rénové. 

- R and B Borgoleoni : via Borgo dei Leoni 18, à Ferrare. Central et coquet.

- B&B Chez Papa : via Pellegrino Matteucci 14 à Ravenne. En centre-ville, un B&B tranquille avec jardin. Tél. : 39 0544 217 505/705

- Chambres d’Hôtes agricole Baccagnano : via Baccagnano à Brisighella. Une jolie adresse pour les amateurs d’agrotourisme. Chambres simples décorées avec goût.

- Hôtel-Restaurant Cavallino : via Masironi 8 à Brisighella. Un ancien relais de poste dans un site arboré et une table délicieuse.

- B and B Il Vicoletto : au centre de Santarcangelo. Accueil charmant dans un B&B de village où l’on se sent comme à la maison. Demander chambre avec terrasse.

Réservez votre hôtel en Emilie-Romagne

Où manger ?

- Lemoko : via Giorgio Byron, 10, à Ferrare. Une table raffinée avec un agréable jardin pour les beaux jours.

- Cusina e Butega : corso Porta Reno, 28 à Ferrare. Une cuisine traditionnelle de qualité, près de la cathédrale.

- Restaurant Il Bettolino di Foce : Valli di Comacchi, près de l’embarcadère pour la lagune.

I Passatelli : via Ponte Mariano 19 à Ravenne. Cette osteria sert une bonne cuisine régionale avec un bon rapport qualité-prix.

Restaurant La Grotta : via Antonio Metelli à Brisighella. Une cuisine savoureuse à base de beaux produits.

- Osteria la Corte à San Leo : cuisine italienne raffinée et familiale. osterialacorte.it

Bons produits

- Manufacture de l’Anguille dans le delta du Pô : 24 € la boîte de 800 g.

- CAB (Coopérative d’huile d’olive DOP). Via Strada 2. Le litre Pieve-Tho, 15 €. Magasin de produits locaux.

A ne pas manquer : le festival de Ravenne

Tous les ans, plus d'un mois de spectacles musicaux avec une programmation des plus alléchantes, de fin mai à mi-juillet. Plus d'infos sur le festival de Ravenne.

Texte : Anne-Marie Minvielle

Mise en ligne :

Italie Les articles à lire

Services voyage