Venise insolite

Venise insolite
Jean-Philippe Damiani

La place Saint-Marc, le Palais des Doges, le Rialto… Des endroits qui font rêver, mais souvent très fréquentés. Évanouie, la poésie de la Sérenissime ? Non ! De ruelles en petites places, de palais oubliés en quartiers agréables, d’art contemporain en concerts classiques, la Cité des Doges a encore de quoi étonner. Voici nos coups de cœur à la découverte d’une Venise encore populaire, hors des sentiers battus…

Balade dans Cannaregio

Premier quartier en sortant de la gare, Cannaregio n’a rien a priori des splendeurs intimidantes de San Marco. C’est ce qui fait tout le charme de ce sestiere (quartier) où vit un tiers des Vénitiens, soit 20 000 personnes. Cannaregio, qui résiste encore au tourisme de masse, a su conserver son âme populaire avec ses ruelles étroites où l’on déniche d’humbles boutiques d’artisans et des bars de quartier fréquentés par des habitués.

Mais qu’on ne s’y trompe pas… Jouxtant San Marco et bordé en son sud par le Grand Canal, Cannaregio possède ses trésors d’architecture comme l’église de la Madonna dell’Orto ou la somptueuse Ca’ d’Oro, l’une des plus belles demeures vénitiennes du XVe siècle.

Entre palais et canaux tout simples, Cannaregio offre des bonheurs de promenade où se concentrent les contrastes d’une Venise pas encore muséifiée. La nuit, il se drape dans une atmosphère des plus mystérieuses, une fois les rues désertées, quand les ombres se reflètent sur les maisons et que le claquement de vos talons sur les pavés résonne dans le silence.

À ne pas manquer également, le Ghetto, créé au XVIe siècle entre le canal de Cannaregio et le rio della Misericordia pour la communauté juive. Aujourd’hui, celle-ci est dispersée dans toute la ville. Seuls 300 juifs vivent encore à Venise.

Remarquable pour ses édifices les plus hauts de Venise, ce quartier plutôt modeste regorge de charme, notamment le long du rio de San Girolamo ou sur le campo de Ghetto Nuovo. Il a fasciné notamment Hugo Pratt et Luchino Visconti qui y tourna plusieurs scènes de Senso. Ne manquez pas ses synagogues.

Dolce vità à Dorsoduro

À Dorsoduro également, la vie de quartier n’a pas disparu, notamment autour du campo Santa Margherita, une grande place animée qu’on adore.

C’est simple, on y retrouve tout le charme de la vie de village à l’italienne : bancs publics, enfants jouant au ballon, familles venues grignoter un morceau de pizza ou de la porchetta et cafés animés où se retrouvent les étudiants de l’université voisine. Avec ses maisons colorées toutes simples, son petit marché du matin et son effervescence nocturne, le campo Santa Margherita est l’un des coins les plus sympas de Venise.

En continuant vers le sud, de ruelles en canaux, on arrive aux quais de Dorsoduro, les Zattere qui font face à la Giudecca. Idéaux pour la promenade ou pour y faire une pause après l’agitation du centre et la cohue dans les musées.

On y respire l’air du large et, grâce à l’exposition plein sud, on peut même y bronzer, en s’allongeant sur les pontons. Des bars et des restaurants proposent leurs terrasses aux promeneurs.

Du côté de l’Arsenal

À l’est de San Marco s’étend le quartier du Castello, que l’on peut rejoindre depuis la place Saint-Marc en longeant la riva degli Schiavoni, d’où l’on aperçoit le ballet des ferries et vaporetti.

En s’éloignant de San Marco, le quartier s’offre à d’agréables et paisibles promenades. Il ne faut pas hésiter à se balader autour du campo Bandiera e Moro, faire une halte à la Scuola San Giorgio degli Schiavoni avec ses tableaux de Carpaccio, puis continuer vers l’Arsenal et les jardins publics tout au bout du Castello.

Sur le campo de l’Arsenale s’élève l’entrée de l’Arsenal, - qui appartient désormais à l’armée et à la ville - avec une curiosité : deux imposantes statues de lions, symboles de Venise, datant du XVIIe siècle. Ensuite, on peut continuer en direction des jardins publics : voici la Venise populaire, de placettes en canaux, il y a même des HLM ! Pas des tours grises, rassurez-vous.

Comme à Santa Margherita, on se croirait… en Italie. Linge qui sèche aux fenêtres, riveraines qui papotent, joli marché du côté de la via Garibaldi… que du bonheur ! Tout au bout, deux îles, accessibles par des passerelles - San Pietro di Castello et Sant’Elena - et les jardins publics créés par Napoléon. Il s'en dégage une atmosphère apaisante, à savourer si possible en fin de journée.

D’île en île

L’un des plaisirs de Venise consiste à se déplacer en bateau. Outre la remontée fabuleuse du Grand Canal, on peut se balader dans la lagune qui compte pas moins de quatre-vingt îles !

Elles ne sont pas toutes intéressantes, mais, en s’éloignant du centre, on trouve quelques pépites. Allez-y en utilisant les bateaux publics, bien moins chers que les excursions organisées.

Tout le monde a entendu parler des souffleurs de verre de Murano, des ravissantes maisons colorées de Burano et du Lido avec son festival de cinéma. Mais il reste beaucoup à découvrir, comme Torcello et la cathédrale Santa Maria Assunta avec sa stupéfiante mosaïque byzantine du XIIe siècle ou San Michele avec son cimetière où l’on n’accède qu’en bateau.

Pas la peine d’aller bien loin de San Marco : en face, l’ile de San Giorgio Maggiore (photo) arbore avec fierté sa majestueuse église du XVIe siècle, chef-d’œuvre du génial Palladio. Du haut de son campanile, vue incroyable sur la place Saint-Marc, le palais des Doges et, au loin, les montagnes.

À côté, entre la lagune et le Dorsoduro, La Giudecca possède aussi son église palladienne, la chiesa del Redentore. C’est aussi un quartier vivant, avec des résidences universitaires, un centre culturel et une AJ.

Art contemporain et opéra

Venise ne saurait se résumer aux beautés évanescentes et surannées de son glorieux passé. La Sérénissime s’affirme de plus en plus comme un centre d’art contemporain international.

La Biennale et le musée Peggy-Guggenheim avaient déjà installé la ville sur la carte mondiale de l’art du XXe siècle. Notre François Pinault national a pris le relais avec deux musées qui sont vite devenus des institutions locales.

Après avoir admiré les toiles de l’âge d’or vénitien à l’Accademia, franchissez le pont et faites un tour au Palazzo Grassi, rouvert en 2005 et superbement restauré par l’architecte Tadao Ando, qui a fait dans l’épure. François Pinault y expose par roulement des œuvres de sa collection d’art contemporain, qui est l’une des plus importantes au monde.

En 2009, l’industriel a frappé un grand coup avec la réouverture, à la pointe de Dorsoduro, de l’ancienne douane de mer, qui donne sur le bassin de Saint-Marc : la Punta della Dogana abrite désormais le deuxième « musée Pinault » entièrement relooké par Tadao Ando.

Enfin, pour les fans de musique classique, La Fenice, mythique théâtre du XVIIIe siècle plusieurs fois détruit par un incendie et reconstruit à l’identique, programme toute l’année concerts et opéras. Il est possible de réserver ses places depuis la France sur Internet – ce n’est pas forcément cher – et de les retirer à la caisse.

En sortant, émerveillés, on peut déambuler dans les ruelles plongées dans la pénombre de San Marco et finir par un spritz ou un bellini au Caffè Florian. Ce n’est plus vraiment insolite, mais le charme agit toujours…

Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez nos fiches Venise et Italie.

Comment y aller ?

L’avion offre la meilleure solution pour le week-end. Vols low cost avec Easy Jet, Transavia, Volotea au départ de plusierus aéroports français.

Où dormir ?

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Où manger ?

- Un mondo diVino : salizzada S. Canciano, Cannaregio, 5984 A. Tél. : 041-521-10-93. Bar à vins situé dans une ancienne boucherie. Grands choix de crus italiens à accompagner de cicchettti, amuse-gueules typiquement vénitiens. Attention, ferme à 21 h 30.
- Pizza Al Volo : campo Santa Margherita, Dorsoduro, 2944. Tél. : 041-522-54-30. Faites comme les gens du coin. Achetez une pizza à emporter et dégustez-la sur l’un des bancs du campo Santa Margherita et profitez du spectacle !

Liens utiles

Office national italien du tourisme

Office de tourisme de Venise

La Fenice

Palazzo Grassi et Punta della Dogana

Texte : Jean-Philippe Damiani

Mise en ligne :

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