Fondations
Sous le nom de Vindobona, les Romains font de cet ancien campement
celte un poste avancé de leur empire face aux Germains. Marc Aurèle y meurt
probablement en l'an 180. Après avoir subi le passage de tous les barbares
possibles, la région de Vienne se constitue pendant la période carolingienne
en « Marche de l'Est » (Ostmark, qui deviendra Österreich, « Autriche »).
Du Xe au XIIe siècle, Vienne s'établit comme
petite capitale d'un duché de la famille Babenberg. Au début du XIIIe siècle,
construction de la première enceinte de la ville. Le roi Ottokar de Bohême
tente de s'emparer du duché, mais il se heurte à l'opposition des Habsbourg
et il est défait en 1278.
Le règne des Habsbourg
Débute alors le long règne des Habsbourg. L'université est fondée en 1365.
En 1421, la communauté juive est chassée de la ville. Vienne devient en quelques années la capitale d'un territoire très convoité. Le roi de Hongrie Mathias Corvin s'en empare. Après sa mort, en 1490, Maximilien Ier reprend le contrôle de la ville. Charles Quint, qui règne sur l'empire depuis 1519, confie, par précaution, en 1521, l'Autriche à son frère Ferdinand.
La capitale du Saint-Empire
Le XVIe siècle est décisif pour Vienne qui connaît son lot d'épreuves. Incendies, attaque turque en 1529, construction de nouveaux remparts (ceux que François-Joseph abattra en 1857 pour créer les boulevards circulaires, englobés sous le terme générique de Ring). Nul ne conteste plus le rang de capitale du Saint-Empire.
En 1679, la ville est frappée de nouveau par la peste, puis doit subir, 4 ans plus tard, le dernier assaut turc.
Le départ des Turcs en 1683 est l'occasion d'un embellissement de la capitale impériale. Tous les nobles veulent avoir à Vienne un palais, à l'image du Belvédère du prince Eugène. Léopold rêve de faire de Schönbrunn un autre Versailles. Les Viennois aiment le baroque-rococo. Le long règne de Marie-Thérèse d'Autriche va combler leurs vœux.
Si, à la cour du XVIIIe siècle autrichien, les préséances sont strictement respectées, il semble que la vie à Vienne, côté jardin ou dans la rue, bénéficie d'un climat particulier. On nous décrit un empereur circulant sans façon au milieu de ses sujets.
Napoléon, François-Joseph, et les autres...
Prospérité et sérénité sont menacées par les visées napoléoniennes : Vienne est occupée en 1805 et 1809. Même si une partie de la population a fini par s'habituer à la présence des Français, le mariage de la fille de l'empereur, Marie-Louise, avec « cet aventurier couronné », est considéré comme signe avant-coureur de futures campagnes. Une alliance voulue par le nouvel homme fort du régime, le chancelier Metternich, va entraîner le pays dans une ronde qui finira, en 1848, sur une note douce-amère.
De septembre 1814 à juin 1815, une fois l'Empereur des Français défait, se déroule l'incroyable congrès de Vienne, chargé de restructurer l'Europe après la tornade napoléonienne. Le climat social commence de se détériorer, jusqu'à la crise de 1848.
De 1815 à 1848, Vienne connaît à nouveau une période prospère et paisible appelée « Biedermeier ».
La ville s'industrialise. Spéculation immobilière, circulation et prix en hausse, mais denrées alimentaires en baisse. Vienne n'échappe pas au mouvement des révolutions qui frappent en 1848 nombre de pays européens.
De 1848 à 1916, c'est le long règne de François-Joseph qui en fait une véritable métropole avec deux mouvements contradictoires : Vienne gagne une stature internationale tandis que l'Empire (devenu « austro-hongrois » en 1867) s'effrite, puis se désagrège. Un règne de 68 ans qui verra la naissance d'un mythe : l'impératrice Sissi.
Vienne 1900 : le creuset de la modernité
À son apogée, au tournant du XXe siècle, l'Empire austro-hongrois couvre une grande partie de l'Europe. Dans ce
vaste conglomérat de peuples et d'ethnies, on ne trouve aucune unité ni de langue
commune.
Mais à Vienne, le brassage s'effectue. Les bourgeois revendiquent la liberté du créateur et du chercheur, conspuent la tradition,
rejettent les pesanteurs, s'insurgent contre la frivolité, brisent les tabous.
Freud explore les bas-fonds de l'âme humaine. Il invente la psychanalyse.
L'architecte Adolf Loos déshabille les façades. Klimt met à nu le corps des femmes
et, comme Freud, fait la part belle à la libido. Schönberg invente la musique
dodécaphonique. Vienne se bouche les oreilles. Mahler rajeunit la symphonie
classique. En littérature,
Schnitzler, médecin devenu écrivain, ausculte la société viennoise comme une
grande malade, Karl Kraus vilipende ses contemporains et critique violemment
sa ville dans des écrits incendiaires. Bientôt, Stefan Zweig sera l'écrivain de langue
germanique le plus lu dans le monde.
Vienne fourmille de têtes pensantes et d'artistes, une profusion présente dans peu de capitales européennes à l'époque.
Beaucoup de ces précurseurs du XXe siècle s'exilent ou se suicident. Certains assistent impuissants à l'extinction des lumières par les nazis en 1938.
Mort et naissance d’une ville
En 1918, avènement de la république. Les sociaux-démocrates arrivent
au pouvoir : ils résolvent en grande partie la crise de logement endémique
de la ville, mais ne peuvent trouver de réponse à la crise économique qui
frappe l'Autriche (comme l'Allemagne). Émeutes populaires en 1927, puis véritable guerre civile en février 1934 entre
ouvriers viennois et milices fascistes de Dollfuss. En 1938, c'est l'Anschluss
et Hitler proclame du balcon de la Hofburg l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne.
Le tiers de la communauté juive sera exterminé dans les camps.
Fin 1944, Vienne est soumise à de terribles bombardements. La libération de Vienne par les Russes a lieu le 12 avril 1945. Puis la ville est partagée en quatre secteurs d'occupation.
De 1945 à 1955, les Viennois connaissent une période difficile où ils doivent recourir à tous les expédients pour ne pas mourir de faim, tout en relevant lentement les ruines.
En 1955, la réouverture de l'Opéra marque le renouveau de la ville. Un quart de siècle plus tard, elle retrouve son importance internationale en devenant, en 1979, une des quatre villes-siège de l'ONU et en accueillant de grandes conférences mondiales, comme les réunions de l'OPEP et celles de désarmement.