Histoire Vienne

Des Romains aux Habsbourg

Sous le nom de Vindobona, les Romains font de cet ancien campement celte un poste avancé de leur empire face aux Germains. Marc Aurèle y meurt probablement en l'an 180. Après avoir subi le passage de tous les barbares possibles, la région de Vienne se constitue pendant la période carolingienne en « Marche de l'Est » (Ostmark). Après la mort de Charlemagne, discordes et rivalités opposent ses petits-fils et la « Marche » passe aux mains des Magyars, en 880.

Du Xe au XIIe siècle, Vienne s'établit comme petite capitale d'un duché de la famille franco-bavaroise des Babenberg, arrivé au pouvoir en 955), qui assure à la ville une longue période de paix et de prospérité. Apparaît alors officiellement le nom d’Ostarrichi (« pays de l’Est », qui deviendra Österreich, « Autriche » en v.f.). En 1156, les Babenberg reçoivent le titre de ducs et font de Vienne le centre du duché autrichien. Au début du XIIIe siècle, construction de la première enceinte de la ville.

Difficile de ne pas évoquer ici le « spectre » d’Ottokar (petit clin d’œil aux lecteurs de Tintin !). À la mort du dernier des Babenberg, Frédéric II, en 1246, le roi de Bohême, Przemysl Ottokar II (comme dans Le Sceptre d'Ottokar), tente de s’emparer du duché, mais il se heurte à l’opposition de la nouvelle dynastie appelée à mettre son empreinte sur tout le pays.

Le règne des Habsbourg

Débute alors le long règne des Habsbourg, famille noble suisse. L'université de Vienne est fondée en 1365. En 1421, la communauté juive est chassée de la ville. Vienne devient en quelques années la capitale d'un territoire très convoité. Le roi de Hongrie Matthias Corvin Ier s'en empare en 1485.
Après sa mort, en 1490, Maximilien Ier reprend le contrôle de la ville.En 1521, Charles Quint, qui règne sur l'empire depuis 1519, confie, par précaution, l'Autriche à son frère Ferdinand. La branche autrichienne des Habsbourg règnera sur l’Autriche et l’Europe centrale durant plus de six siècles, jusqu’en 1918.

Vienne, capitale du Saint-Empire

Le XVIe siècle est décisif pour Vienne qui connaît son lot d'épreuves. Incendies, attaque turque en 1529, construction de nouveaux remparts (ceux que François-Joseph abattra en 1857 pour créer les boulevards circulaires, englobés sous le terme générique de Ring). Vienne, à qui nul ne conteste plus le rang de capitale du Saint-Empire, grandit.

En 1679, la ville est frappée de nouveau par la peste, puis doit subir, 4 ans plus tard, le dernier assaut turc.

Le départ des Turcs en 1683 est l'occasion d'un embellissement de la capitale impériale. Tous les nobles veulent avoir à Vienne un palais témoignant de leur goût et de leur puissance, à l'image du Belvédère du prince Eugène de Savoie. Léopold rêve de faire de Schönbrunn un autre Versailles. Les Viennois aiment le baroque-rococo autant que le spectacle.

Le long règne (de 1740 à 1780) de Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Charles VI, va combler leurs vœux. Elle est la première grande figure féminine de l’histoire autrichienne et lance des réformes utiles et durables : l’instruction publique devient obligatoire, les universités sont soustraites à l’autorité ecclésiastique pour être des institutions nationales, la torture est abolie, etc. C’est aussi une époque de grand rayonnement musical, avec Gluck, Haydn et Mozart.

À sa mort, en 1780, Joseph II poursuit son œuvre tout en mettant en route des réformes qui feront d’une ville de 200 000 habitants ou presque la capitale de ce « Siècle des lumières », où la musique est reine.

Si, à la cour du XVIIIe siècle autrichien, les préséances sont strictement respectées, en revanche il semble que la vie à Vienne, côté jardin ou dans la rue, bénéficie d’un climat particulier.

Napoléon, François-Joseph et les autres

Prospérité et sérénité sont menacées par les visées napoléoniennes : Vienne est occupée en 1805 et 1809. Même si une partie de la population a fini par s'habituer à la présence des Français, le mariage de la fille de l'empereur, Marie-Louise, avec « cet aventurier couronné » est considéré comme signe avant-coureur de futures campagnes. Une alliance voulue par le nouvel homme fort du régime, le chancelier Metternich, va entraîner le pays dans une ronde qui finira, en 1848, sur une note douce-amère.

De septembre 1814 à juin 1815, une fois l'empereur des Français défait, se déroule l'incroyable congrès de Vienne, chargé de restructurer l'Europe et de préparer une ère nouvelle après la tornade napoléonienne. Le climat social commence à se détériorer, jusqu'à la crise de 1848.

De 1815 à 1848, Vienne connaît à nouveau une période prospère et paisible appelée Biedermeier. Il témoigne en général d’un repli vers un conservatisme rassurant.

La ville s'industrialise. Spéculation immobilière, circulation et prix en hausse, mais denrées alimentaires en baisse. Vienne n'échappe pas au mouvement des révolutions qui frappent en 1848 nombre de pays européens.

De 1848 à 1916, c'est le long règne de François-Joseph qui en fait une véritable métropole avec deux mouvements contradictoires : Vienne gagne une stature internationale tandis que l'empire (devenu « austro-hongrois » en 1867) s'effrite, puis se désagrège.
Forte de son essor industriel, Vienne s’enorgueillit pourtant en 1873 d’une Exposition universelle retentissante. Un règne de 68 ans donc, qui verra la naissance d’un mythe, qui continue aujourd’hui de faire les belles heures de Vienne : l’impératrice Sissi.

Vienne 1900 : le creuset de la modernité

À son apogée, au tournant du XXe siècle, l'Empire austro-hongrois couvre une grande partie de l'Europe. Dans ce vaste conglomérat de peuples et d'ethnies, aucune unité, pas de de langue commune.

Mais à Vienne, le brassage s'effectue. On y parle l’allemand. La capitale se nourrit de ces nombreux apports culturels et devient une métropole cosmopolite et bouillonnante d’idées. L'empire atteint son apogée, mais déjà il sombre.Tandis que l’on valse sous les stucs rococo des palais, une bande de trouble-fête jette un pavé dans la mare des conventions. C’est une vraie bombe : la modernité.

Ils revendiquent la liberté du créateur et du chercheur, conspuent la tradition, rejettent les pesanteurs, s'insurgent contre la frivolité, brisent les tabous. Freud explore les bas-fonds de l'âme humaine. Il invente la psychanalyse. L'architecte Adolf Loos, influencé par l'architecture de Chicago, dépouille les façades. Klimt met à nu le corps des femmes ou les pare d'or et, comme Freud, fait la part belle à la libido. Schönberg invente la musique dodécaphonique. Vienne se bouche les oreilles. Mahler rajeunit la symphonie classique. En littérature, Schnitzler, médecin devenu écrivain, ausculte la société viennoise comme une grande malade, Karl Kraus vilipende ses contemporains et critique sa ville dans des écrits incendiaires, Wittgenstein explore les limites du langage.. Bientôt, Stefan Zweig sera l'écrivain de langue germanique le plus lu dans le monde.

Vienne fourmille de têtes pensantes et d'artistes, une profusion présente dans peu de capitales européennes à l'époque.

Dans ce creuset bouillonnant, les inventeurs du XXe siècle restent de grands sceptiques, des pessimistes actifs.

Beaucoup de ces précurseurs du XXe siècle s'exilent ou se suicident. Certains assistent, impuissants, à l'extinction des lumières par les nazis en 1938.

Mort et renaissance d'une ville

En 1938, c'est l'Anschluss, et Hitler proclame du balcon de la Hofburg l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne. Le communauté juive endure d'abominables persécutions. Un tiers de cette population sera exterminé dans les camps.

Fin 1944, Vienne est soumise à de terribles bombardements. La libération de Vienne par les Russes a lieu le 12 avril 1945. Puis la ville est partagée en quatre secteurs d'occupation avec, en son centre, un secteur international.

De 1945 à 1955, les Viennois connaissent une période difficile où ils doivent recourir à tous les expédients pour ne pas mourir de faim, tout en relevant lentement les ruines.

En 1955, la réouverture de l’Opéra marque le renouveau de la ville, mais il faudra attendre un peu pour passer aux choses sérieuses (cela dit sans vouloir froisser les mélomanes).
Un quart de siècle plus tard, Vienne retrouve son importance internationale en devenant, en 1979, une des quatre villes-siège de l’ONU et en accueillant de grandes conférences mondiales, comme les réunions de l’OPEP et celles de désarmement (CSCE). Aujourd’hui, l’ONU emploie à Vienne 4 000 personnes originaires de plus de 100 pays.

Vienne, les Viennois et les Autrichiens

C’est toute cette histoire complexe qu’il faut appréhender pour avoir une chance de comprendre Vienne aujourd’hui, sa place au cœur de l’Europe nouvelle, et même celle qu’elle occupe dans l’Autriche actuelle.

Nombre de Viennois entretiennent une curieuse relation avec leur ville. L’histoire viennoise est jalonnée d’exemples de personnages qui n’ont de cesse de la dénigrer ou de la railler, tels Thomas Bernhardt, Karl Kraus, etc. Sigmund Freud ne confiait-il pas à son ami Wilhelm Fließ dans une lettre, en 1900, sa haine personnelle pour Vienne, ajoutant qu’il prenait des forces nouvelles dès qu’il posait le pied hors du sol de la ville ? Pourtant, il y est resté la plus grande partie de sa vie. Certes, le climat de l’époque n’était pas à l’euphorie, ainsi que le décrit remarquablement la série policière Les Carnets de Max Liebermann.

Quant aux autres Autrichiens, ceux du pays profond, ils ont toujours éprouvé une certaine méfiance à l’égard de Vienne, îlot de progressisme dans un océan conservateur.

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