Malaisie : les Cameron Highlands, entre thé et randonnée

Malaisie : les Cameron Highlands, entre thé et randonnée
Cameron Highlands © Dominique Roland

Hauts plateaux posés à une altitude moyenne de 1 500 m à 200 km au nord de Kuala Lumpur, les Cameron Highlands proposent des paysages sculptés par les plantations de thé et une atmosphère différente du reste de la Malaisie, quelque peu hors du temps

Dans cette étape privilégiée sur les routes d’Asie du Sud-Est, les voyageurs apprécient les visites de plantations, rituels de cream tea,  randonnées en pleine nature ou simplement le farniente et la fraîcheur bienvenue, en regard de la moiteur tropicale des plaines.

Cameron Highlands : de l’époque coloniale à aujourd’hui

Cameron Highlands : de l’époque coloniale à aujourd’hui
Cameron Highlands © Dominique Roland

Les Cameron Highlands ont conservé leur double vocation : la villégiature et la culture du thé. S’ajoutent aujourd’hui l’exploitation des fruits et légumes garnissant les épiceries de Malaisie et, bien sûr, le tourisme.

Explorés en 1885 par le Britannique William Cameron, ces hauts plateaux se développent à partir de 1925, quand le gouvernement et de riches colons y construisent bâtiments et bungalows. Une petite colonie s’établit à l’année.

En 1929, Archibald Russel introduit le thé et fonde Boh, aujourd’hui plus grand producteur national. Le thé produit est principalement « noir », terme préféré dans ce commerce pour des infusions à vrai dire « rouges », produites par des feuilles fermentées.

Dans les plantations Sungai Palas Boh © Dominique Roland

Si les Cameron Highlands sont devenues une destination touristique prisée, c’est grâce à leurs nombreuses spécificités : l’air pur et frais, l’ambiance de station de vacances un peu rétro, où de faux colombages Tudor côtoient ceux, réels, d’une poignée d’établissements centenaires, les panoramas photogéniques des plantations de thé, couvrant environ 50 km², et les vestiges de la grande forêt des monts Titiwangsa qui ravissent les randonneurs.

Les Cameron Highlands, du sud au nord

Les Cameron Highlands, du sud au nord
Vue depuis Cameron Valley Tea House n°1 © Dominique Roland

Situés à 200 km au nord de Kuala Lumpur, les Cameron Highlands font partie de la province de Pahang, juste à la limite de celle de Perak – la frontière suit la ligne de crête à l’ouest, par le mont Brinchang. La meilleure route grimpe d’ailleurs d’Ipoh, ville patrimoniale au centre de la riche et côtière Perak.

En venant du sud et de Kuala Lumpur, l’aventure démarre à la bifurcation de Rata : la forêt se referme rapidement sur une étroite deux voies. On comprend pourquoi les GPS indiquent 1 h 30 de trajet pour seulement 60 km de grimpette !

Abordée dans ce sens, la région s’étend sur une trentaine de km, de Ringlet à Kampung Raja. Plusieurs vallées ondulent et divergent, ici tapissées de théiers, là semées d’autres cultures et de serres.

Pins sur les hauteurs, premières plantations de thé, voici Ringlet. Niché dans une étroite vallée, ce village a peu d’intérêt en soi. À sa sortie, un joli lac s’étire avec à son extrémité, le vénérable Lakehouse, un grand chalet-resto à la Tudor et avec vue qui installe l’ambiance. 1,5 km plus haut, une bifurcation vers la droite et une vallée de maraîchages irriguée par une rivière mènent à la première plantation Boh (Habu).

Sur la route de Sungai Palas © Dominique Roland

Les premiers panoramas apparaissent 4 km avant Tanah Rata. « Cameron Valley Tea House 1 » est suivie de la « 2 » et ses superbes points de vue. Deux petites routes filant vers l’ouest ( boucle possible) mènent au plus grand village Orang Asli des Cameron,.

Entourée de collines à 12 km de Ringlet, Tanah Rata est le principal et plus pratique lieu de villégiature principal du plateau. 4 km plus loin, Brinchang annonce une zone en fort développement. Destinées aux grosses affluences touristiques, elle ne brille pas par son esthétique. Autant éviter les hôtels du coin.

4 km encore plus haut, une petite bifurcation file vers le mont Brinchang et Sungai Palas, la plus connue des plantations de thé Boh. Au-delà, le bourg de Tringkap, sa Vallée des Roses puis la Ferme de la Lavande.

À Kuala Terla, la dernière plantation de thé précède la descente vers Ipoh via Kampung Raja.

Cameron Highlands : comment profiter de leur atmosphère ?

Cameron Highlands : comment profiter de leur atmosphère ?
Bala Chalet and Restaurant © Dominique Roland

Tuyau : pour apprécier pleinement la région, autant venir en semaine et hors congés. En effet, les week-ends et jours fériés concentrent l’affluence, jusqu’à générer à leurs pics de gros embouteillages routiers.

22 °C toute l’année, comme un printemps éternel ! Le soleil étant souvent de la partie le matin, autant démarrer ses sorties tôt. Plus brumeux, l’après-midi, concentre les pluies à la mauvaise saison.

Tanah Rata possède de nombreuses pensions très abordables et des appartements à louer. Le soir, les voyageurs profitent de l’air frais aux terrasses.

Quelques grands chalets-restos des Britanniques ont survécu. Les fameux cream teas y gagnent une ambiance surannée. Venue travailler dans les fermes et commercer, la population d’origine indienne et plus récemment du Bangladesh, gère également les nombreux bons restos mitonnant les cuisines de ces contrées.

Comment organiser les visites et randos ?

On peut utiliser des taxis. Compter 10 RM/2 km, ce qui donne env 30 RM (environ 6,5 €) pour Tanah Rata-Brinchang. À la gare routière, les chauffeurs proposent des excursions à la journée à prix forfaitaires pour 25 RM/h (minimum 3 h).

Ceux qui maîtrisent la moto en montagne seront aux anges. Hormis quelques secondaires bosselées, les routes sont bonnes.

La majorité des visiteurs s’adresse aux pensions et agences pour organiser des sorties, assez semblables, bien rodées et sans arnaques. Father’s GH et Eco Cameron Travel & Tours sont recommandées.

Cameron Highlands : le thé et ses plantations panoramiques

Cameron Highlands : le thé et ses plantations panoramiques
Cameron Highlands © Dominique Roland

Panoramas superbes, visites des plantations, dégustation, le thé est la star des Cameron. Les petits musées des plantations Boh permettent d’en savoir plus sur sa culture et l’odyssée de ses pionniers.

Le point de vue le plus spectaculaire est celui de la Cameron Valley Tea House N°2 des Bharat Plantations, créée par un Indien arrivé ici en 1910. Y aller le plus tôt possible, le meilleur spot est accessible depuis la route avant l’ouverture à 9 h du salon de thé avec vue. 700 m plus haut, la N°1 est pas mal aussi, mais pas la peine de descendre en contrebas du pavillon de dégustation.

Sungai Palas Boh est la plantation la plus visitée. Y aller tôt le matin ou en fin d’après-midi. Sinueux, les 3 derniers kilomètres distribuent de beaux points de vue. Une structure en surplomb héberge le salon de thé vitré avec terrasse, adossé au magasin et à un petit musée gratuit, abritant des machines centenaires, « tondeuses » à récolter et d’intéressants panneaux légendés.

Pour apprécier pleinement le thé régional, on suggère un « Palas Supreme », consommé plain (sans lait ni sucre), mais accompagné selon le rituel du Cream Tea. Il s’agit d’un thé, servi avec des scones délicatement tartinés de clotted cream, une crème caillée grumeleuse et de confiture de fraise. À ce cérémonial gourmand datant de l’ère coloniale sont associés des lieux centenaires, toujours en activité avec leurs colombages Tudor et salons très british (voir fiche pratique).

Notre plantation préférée est cependant sa cousine, l’originale Boh (Habu) ou Heritage Tea Centre and Factory. La belle montée en lacets sur 5 km découvre un site plus sauvage. Le salon est installé dans d’anciens baraquements militaires en tôle. Au-dessus, la fabrique originale (quelques machines, mais pas d’activité) précède le sentier qui grimpe jusqu’à un magnifique 360° où des bancs n’attendent que vos contemplations. 

Cameron Highlands : promenades et randonnées

Cameron Highlands : promenades et randonnées
Cameron Highlands © Dominique Roland

Les sentiers de randonnées numérotés indiqués sur les plans des Highlands ne sont pas forcément entretenus ou signalés. Avant de vous lancer, demandez conseil auprès de votre pension. La météo peut changer brusquement. Joindre une excursion guidée est une bonne option.

La plupart des sentiers se situent à l’ouest de la route. La boucle du Gunung Berembun (alt. : 1 840 m) emprunte les sentiers 3 et n°7, via respectivement, Arcadia Bungalow et Paris Waterfall. Compter 6 h en tout et 700 m de dénivelé total, hors pause aux cascades. 

Autre sentier indiqué, celui du Gunung Jasar. Il débute 600 m à l’ouest de Tanah Rata en direction de Tapah/Kuala Lumpur, via Oly’s puis Tan’s Camellia Garden. Compter 1 h jusqu’au sommet.

Accessible à tous, la grimpette du mont Brinchang traverse des cultures et de beaux paysages, avant d’entrer dans la forêt, par une petite route goudronnée (sentier n°1 sur les plans ; peu de trafic). Beaucoup se contentent de la descente... 

Panorama depuis la tour du Gunung Brinchang © Dominique Roland

Au petit parking de ce mont - la route continue un peu vers le sommet, planté d’une tour de télécom - , un panneau indique un sentier fait de passerelles et d’escaliers en bois. Il protège la Mossy Forest, où règne une épaisse mousse toujours humide, recouvrant les arbres et autres végétaux.

Après 250 m, on bute malheureusement sur la fin de la partie autorisée – avec un guide, continuation possible jusqu’au Gunung Irau (alt. : 2 110 m, 2,5 km, env 3 h 30). Mais, consolation, une tour d’observation commande un 360 °C génial. À 2 000 m d’altitude, la crête entre les provinces de Pahang et Perak fonctionne comme un échangeur thermique géant entre l’océan Indien à l’ouest et le Pacifique à droite, au-delà d’un festonnement comme infini de montagnes couvertes de jungle. Chargé de l’humidité de la grandes forêt, ce monumental courant d’air génère les brumes et averses gonflant les fameuses mousses.

Cameron Highlands : parcs, fermes et marchés

Cameron Highlands : parcs, fermes et marchés
Cultures maraîchères, vallée de Habu © Dominique Roland

À Tanah Rata, par la petite route menant aux cascades Robinson, l’Agrotourism Park Mardi permet de réaliser à quel point les Highlands sont productives et versatiles.

Les sections consacrées aux plantes décoratives, orchidées, carnivores népenthès, herbes aromatiques, légumes, fruits (dont les fameuses fraises des Cameron) et la mini-plantation de thé se partagent un joli parc aménagé pour la promenade, avec quelques cottages britishs en arrière- plan pour la photo.

Au-delà de Tringkap (à 15 km de Tanah Rata), la Ferme des Lavandes est indéniablement la plus spectaculaire de toutes ses consœurs aménagées pour le tourisme (fraises, cactus, roses, mais aussi abeilles !). Les couleurs vives et variées, renforcées par d’autres fleurs « technicolor », mini-moulins hollandais, autres accessoires et mises en scènes propulsent cette usine à selfies (un rituel encore plus prisé par ici...), vers d’indéniables sommets.

Tous les dimanches matin et jusqu’à 14 h, le marché de Brinchang s’anime en face de la station de police. Son pendant nocturne, le Brinchang Night Market, 2 km plus au sud par une bifurcation vers l’ouest (zone de Golden Hill) a lieu les vendredis, samedis et congés scolaires.  

Cameron Highlands : les défis écologiques et humains

Cameron Highlands : les défis écologiques et humains
Habitations d'un village du peuple Orang Asli © Shahjehan - Shutterstock

En venant de Kuala Lumpur, la densité luxuriante des monts Titiwangsa rappelle au voyageur la puissance des forêts qui couvraient autrefois l’essentiel de la péninsule malaise. Aujourd’hui, seuls ces reliefs, les plus tourmentés et escarpés, résistent aux palmiers à huile et autres cultures.

Rien d’étonnant si la région est le sanctuaire principal des Orang Asli (« hommes véritables »), peuple premier de la région, dont une poignée demeure nomades et chasseurs-cueilleurs. Ils appartiennent au groupe ethnique Semai, parlant une langue austro-asiatique apparentée au mon-khmer. Le long des routes d’accès aux Highlands, on aperçoit des maisons isolées et quelques hameaux Orang Asli.

Si les villages les plus traditionnels se trouvent à l’est de la région, c’est non loin de Tanah Rata,dans le secteur des « Cameron Valley Tea House 1 et 2 »), qu’une boucle rejoint leur plus grand village, situé à seulement 1,5 km de la nationale. Partis et confessions se disputant les voix, il est divisé en deux partie, l’une chrétienne, l’autre musulmane. Vivant pour beaucoup Les  dans des conditions difficiles, les habitant sont plutôt réservés. Il n’y a aucun problème à traverser respectueusement le village, sans y forcer une rencontre ou une photo, à moins qu’on ne vous y invite.

L’ancien village Orang Asli de Sungai Ruil a été avalé par le l’incongru projet immobilier des Golden Hills, poussant les villageois vers ses abords.

Terres fertiles, les Cameron souffrent toutefois d’une surexploitation entraînant leur érosion. Dopées aux engrais et pesticides, les cultures polluent les cours d’eau. Une prise de conscience existe cependant. Des exploitants se tournent vers les cultures organiques et respectueuses.

Autre point noir, de grands programmes immobiliers excédant les capacités écologiques du plateau se multiplient depuis quelques années. À suivre...

Fiche pratique

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Comment y aller ?

Il n’existe aucun vol direct pour Kuala Lumpur depuis la France. Vols quotidiens avec correspondances avec KLM, Emirates, Thai Airways, Singapore Airlines… Trouvez votre billet d’avion

De Kuala Lumpur, plusieurs bus quotidiens pour Tanah Rata. Également liaisons vers Penang, Ipoh et Singapour.

Quand y aller ?

Essayer d’éviter les w-e et la fin du ramadan, quand les Cameron sont pleines à craquer et les routes embouteillées.

Où dormir ? Où manger ? Où prendre un cream tea ?

Father’s Guesthouse : 4, Jln Mentigi, Tanah Rata. Célèbre pension-agence de voyage (Cameron Secrets). Bon accueil et prestations. Restaurant très agréable.

Bala's Chalet and Restaurant : aujourd’hui Planters Country Hotel, surplombant la route à 2 km de Tanah Rata en direction de Brinchang. Derrière son diabolique rideau de daturas, il abrite le British India Restaurant et le Jim Thompson Tea Room, du nom du célèbre Américain, ancien de la CIA, qui relança la soie à Bangkok avant de disparaître

 - The Smokehouse : 1 km plus loin, au niveau du golf. Superbe cottage de style Tudor de 1937 aux chambres luxueuses (catégorie chic). Ambiance de campagne anglaise et salon de thé 100 % nostalgique. Direction opposée, à l’extrémité nord du lac précédant Ringlet, le Lakehouse n’est pas en reste.

Bunga Suria : sur Jln Basar, près du Travellers Bistrot de Tanah Rata. Bon resto indien, multiples formules, goûtu et très abordable 

Ristoran Sri Brinchang : 24 Jln Besar à Tanah Rata. Autre bon resto indien pas cher qui sert des currys sur feuille de bananier.

Ferm Nyonya : 78A-D Persiaran Carnellia à Tanah Rata. Bonne cuisine sino-malaise nyonya et excellent jus de fraise.

Appartement et chambres : se renseigner aussi auprès de Sylvain, sympathique Français vivant sur place : +60-102-154-073 ; malaisietour@gmail.com

Texte : Dominique Roland

Mise en ligne :

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