L’Andalousie, côté nature : de la Sierra Nevada au Cabo de Gata

L’Andalousie, côté nature : de la Sierra Nevada au Cabo de Gata
Barranco de Poqueira, Alpujarras © Jean-Philippe Damiani

L’Andalousie est réputée à juste titre pour ses superbes villes historiques comme Séville, Cordoue ou Grenade.  Mais cette région du sud de l’Espagne mérite aussi d’être visitée pour sa nature. 

Avec deux parcs nationaux et 34 parcs naturels, l’Andalousie regorge de splendides paysages propres à ravir les amateurs de randonnée et de grands espaces. Cimes enneigées, criques isolées, déserts, canyons et cavernes sont au rendez-vous.

Reportage entre Grenade et Almeria, en passant par les Alpujarras, le désert de Tabernas et le parc national du Cabo de Gata.

Les Alpujarras : des villages, là-haut sur la montagne…

Les Alpujarras : des villages, là-haut sur la montagne…
Trevélez © Jean-Philippe Damiani

Des sommets enneigés en Andalousie ? L’image peut surprendre tant cette région du sud de l’Espagne est associée au soleil et à la chaleur. Pourtant, à une heure de route de Grenade et de la Costa del Sol, l’imposante Sierra Nevada (« montagne enneigée » en espagnol) déploie une quinzaine de sommets culminant à plus de 3 000 m d’altitude, recouverts de neige en hiver.

Si le versant nord de la cordillère est surtout fréquenté pour sa station de ski, le flanc sud invite à de belles échappées bucoliques au cœur d’une région à l’authenticité préservée : les Alpujarras, où les voyageurs à l’âme verte et les randonneurs (nombreux sentiers et GR) trouveront sans doute leur bonheur. Au pied de la Sierra Nevada, de profondes vallées recouvertes de chênes, de châtaigniers et de pins, servent de cadre à un chapelet de coquets villages blancs, accrochés entre 1 000 et 1 500 m d’altitude aux montagnes.

La région a conservé sa beauté sauvage grâce à son isolement. Longtemps difficiles d’accès, les Alpujarras servirent pendant des décennies de refuge aux Maures après la prise de Grenade par les catholiques en 1492. L’influence mauresque se lit dans l’architecture des villages, dont les maisons cubiques à toit plat évoquent les villages de l’Atlas marocain.

Perchés sur les flancs du barranco (défilé) de Poqueira, à 50 km environ de Grenade, Pampaneira, Bubion et Capileira sont les plus ravissants villages des Alpujarras. Ils dégagent un charme irrésistible avec leurs petites maisons-cubes aux murs blancs, leurs ruelles tortueuses débouchant sur d’adorables placettes fleuries, leurs passages voûtés et leurs terrasses donnant sur la vallée et, au loin, la Méditerranée…

Du plus haut d’entre eux, Capileira (1 430 m), une piste cahoteuse part à l’assaut de la Sierra Nevada. Là-haut, dans ce paradis des randonneurs, les panoramas sont grandioses, particulièrement au printemps et à l’automne.

Les gourmands, quant à eux, pousseront 25 km plus à l’est jusqu’à Trevélez. C’est dans ce village – le plus haut d’Andalousie (1 476 m) – qu’est produit l’un des meilleurs jambons d’Espagne, d’une délectable finesse.

Tabernas : un désert en Europe

Tabernas : un désert en Europe
Tabernas © Jean-Philippe Damiani

À l’est des Alpujarras, le paysage se fait plus austère et la végétation de plus en plus rare. Aux portes d’Alméria, ce ne sont plus que collines érodées et hirsutes, canyons, badlands, sols fissurés et oasis. Vous vous trouvez dans la région la plus aride d’Europe occidentale, au désert de Tabernas.

Singulier endroit que cette cuvette de 280 km2 (à peine plus grande que la ville de Marseille) entourée de sierras, où il tombe seulement 200 mm de pluie par an (un peu moins qu’à Bagdad). Cette enclave désertique en terre européenne surprend également par sa diversité. L’érosion a sculpté dans la roche une grande variété de paysages, des vallées arides aux plateaux striés par de larges ravines, ponctués par de rares palmiers et touffes végétales où se posent les oiseaux migrateurs.

Très photogénique, Tabernas a servi de décor à une flopée de films à  grand spectacle. Sergio Leone est venu y tourner ses fameux westerns spaghettis (Il était une fois dans l’Ouest, Le bon, la brute et le truand). David Lean (Lawrence d’Arabie), Steven Spielberg (Indiana Jones et la dernière Croisade) et Ridley Scott (Exodus), entre autres, ont également posé leur caméra à Tabernas pour y figurer, non pas le Far West, mais les déserts du Moyen-Orient.  Le réalisateur de Millenium est venu y chercher un bout du désert d’Australie, et même Louis de Funès est passé par là pour La folie des grandeurs !

Aux portes du désert, deux parcs d’attraction (Western Leone, Fort Bravo)  permettent de déambuler dans les décors de Far West ayant servi aux films de Sergio Leone. Les plus intrépides opteront, quant à eux, pour une randonnée sur le sentier du désert (PR-A 269) : compter 4 à 5 h de marche.

Pour ceux qui n’auraient pas le courage de crapahuter sous un soleil de plomb, des tours guidés en 4x4 sont organisés par des agences locales. Avec son propre véhicule, il est en effet interdit de sortir de la route pour s’aventurer sur les pistes du désert de Tabernas.

Parc du Cabo de Gata : de crique en crique

Parc du Cabo de Gata : de crique en crique
Mirador de la Amatista, Cabo de Gata © Jean-Philippe Damiani

À une trentaine de kilomètres de Tabernas, le cinéma continue dans le parc naturel du Cabo de Gata. Pour s’y rendre, il faut traverser l’océan de plastique des serres d’agriculture intensive de la plaine d’Almeria (là, c’est plutôt un film d’horreur !) avant d’arriver dans l’une des zones les plus protégées des côtes espagnoles.

Plages vierges, collines à la végétation clairsemée, plateaux intérieurs aux airs de Far West, anciennes mines d’or, mer d’un bleu profond et villages d’une blancheur immaculée… Comme Tabernas, le parc du Cabo de Gata regorge de paysages cinématographiques, qui ont été immortalisés dans Lawrence d’Arabie, Indiana Jones ou James Bond : Jamais plus Jamais.

D’origine volcanique, la région, classée « Reserve de la biosphère par l’Unesco », a gardé son aspect sauvage, entre monts pelés et côte déchiquetée où se lovent des criques isolées. Une demi-douzaine de villages blancs a poussé dans le parc : San José et Las Negras, sur la côte, sont les plus touristiques, tandis qu’à l’intérieur, Los Albaricoques et Rodalquilar semblent sortis d’un western.

Le Cabo de Gata, réputé pour ses plages (Los Genoveses, Monsul ou Los Arcos) mérite aussi le détour pour la richesse de sa faune sous-marine, mais aussi ornithologique. Les lacs des salines de Cabo de Gata, toujours en exploitation, sont un bon spot d’observation des flamants roses et des oiseaux migrateurs à l’automne et au printemps.

Les randonneurs, quant à eux, pourront sillonner une bonne partie du parc grâce à une quinzaine de sentiers balisés sans grande difficulté.  Attention, le soleil cogne (et pas seulement en été) : crème solaire, chapeau et eau obligatoires. S’il fait vraiment trop chaud, il ne vous reste plus qu’à piquer une tête dans la Méditerranée !

Sorbas : l’Andalousie souterraine

Sorbas : l’Andalousie souterraine
Grottes de Sorbas © Servicio Provincial de Turismo de Almería

L’Andalousie se visite également en version souterraine. Les amateurs de grottes et de spéléologie ne manqueront pas, au nord d’Almeria, les grottes de Sorbas, l’un des plus importants réseaux de galeries souterraines en karst de gypse au monde. Il y aurait plus d’un millier de cavernes dans les environs.

 Les eaux de pluie ont façonné au fil des siècles le paysage, creusant canyons et dolines, mais aussi le sous-sol qui abrite, sur 12 km2, l’un des principaux gisements de gypse de la planète.

 Si la plupart des galeries souterraines sont fermées au public, il est possible d’explorer celles des Cuevas de Sorbas, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Tabernas. Une visite ludique et instructive à faire en famille.

 En 1 h 30, accompagné d’un guide et muni d’un casque, on découvre un fascinant univers souterrain de tunnels, de lacs, de stalactites et de stalagmites, mais aussi une multitude de cristaux de gypse s’illuminant à la lumière des casques.

Guadix et Gorafe : troglos, fossiles et badlands

Guadix et Gorafe : troglos, fossiles et badlands
Los Colorados, Gorafe © Jean-Philippe Damiani

Plus au nord, dans la région de Guadix (50 km de Grenade), d’autres cavernes surprennent le visiteur : celles creusées par l’homme dans le calcaire pour y vivre. Sur les hauteurs de Guadix, dont on aura préalablement visité l’admirable cathédrale, les demeures troglodytiques – habitées depuis le Moyen Âge – s’étendent sur tout un quartier. Blanchies à la chaux et surmontées d’une petite cheminée, ces maisons « troglo » font penser à des demeures de Hobbit.

Peuplés depuis la Préhistoire, les environs sont également riches en vestiges paléontologiques. Près du village de Fonelas, des fossiles vieux d’1,8 million d’années ont été trouvés. Aux alentours du village troglodytique de Gorafe, quelque 200 dolmens du mégalithique ponctuent un paysage qui fut sans doute sacré. Une découverte particulièrement émouvante.

Mais c’est sur le plateau surplombant Gorafe que l’on vivra le moment le plus fort du voyage. Là-haut, surfant le long d’une crête à flanc de colline, une route cahoteuse (4x4 et guide impératif) donne à voir un stupéfiant paysage de montagnes plissées, de canyons, de ravines et de pinacles évoquant de gigantesques vagues pétrifiées à perte de vue.

Cette zone de badlands sculptée par l’érosion exhibe des teintes rouges, ocre ou jaunes en fonction des roches et de la lumière, qui lui valent le surnom de « Los Coloraos ». Aucune habitation n’est visible sur des dizaines de kilomètres à la ronde et seul le murmure du vent vient troubler le silence du désert de Gorafe. C’est l’immensité de l’Amérique sous le ciel d'Andalousie…

Fiche pratique

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Office du tourisme d’Espagne

Office du tourisme d’Andalousie

Office du tourisme de la province de Grenade

Office du tourisme de Costa de Almeria

Comment y aller ?

Vols directs vers Malaga au départ de Paris-CDG avec Air Europa et Air France. Vols vers Grenade et Almeria via Madrid avec Iberia depuis plusieurs aéroports français (Paris Orly, Bordeaux, Marseille, Nice…).

Dès le 2 décembre, Vueling lance l’unique vol direct Paris-CDG-Grenade.

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Location de voiture conseillée sur place pour sillonner la région à sa guise.

Quand y aller ? Combien de temps ?

Le printemps et l’automne sont les meilleures saisons pour visiter la région. Températures très élevées en été et possibilité de neige dans les Alpujarras en hiver.

Compter une semaine de visite environ pour l’ensemble de la zone.

Où dormir ?

Villa Turistica de Bubion : Barrio Alto, Bubion. Un ensemble de petites maisons blanches composent cet hôtel où l’on trouve des chambres confortables et de spacieux appartements familiaux. Petite piscine, bon restaurant et excellent rapport qualité-prix. Doubles dès 50 €.

Hostal Arrecife : Calle Bahía de las Negras, 14 à Las Negras. Au cœur du village balnéaire de Las Negras, un hostal simple, propre et confortable avec un bon rapport qualité-prix. Doubles dès 45 €.

Hôtel Cala Grande : Calle Navegante, 1 à Las Negras. Dans un genre plus chic, un hôtel design et moderne sur les hauteurs de Las Negras, équipé de piscine, spa, salle de sport… Chambres spacieuses, lumineuses et tranquilles. Buffet petit déj copieux. Doubles dès 140 €.

Cuevas del Zenete, La Calahorra. Une bonne adresse pour dormir dans l’une des habitations  troglodytiques de la région de Guadix. Chambres coquettes et confortables dans des grottes aménagées faisant penser à des maisons de Hobbit. Accueil chaleureux, joli jardin et bon rapport qualité-prix. Doubles 55 €.

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Où manger ?

Hacienda Señorio de Nevada : Ctra. de Cónchar s/n, à Villamena. Une excellente adresse entre Grenade et les Alpujarras. Viticulteur, cave, bodega, hôtel, cet établissement de qualité, au cadre soigné, sert une excellente cuisine andalouse (le salmorejo et le lomo sont à tomber !), à accompagner de bons vins « maison ». Repas autour de 30 €.

La Fragua : calle Posadas, à Trevelez. Dans les hauteurs du village de Trevelez, un hôtel-restaurant au cadre rustique et chaleureux. Dans une salle en bois, avec vue sur la vallée, on s’y régale à prix doux d’une cuisine typique. Du jambon de Trevelez, bien sûr, mais aussi de salmorejo, des salades fraîches, de succulents poissons et viandes. Goûtez à l’alpujarreño, un plat local à base de charcuterie, œuf, pomme de terre et aux migas une sorte de couscous local, sans oublier une divine glace aux figues. Un vrai coup de cœur ! Repas env. 20 €.

Las Eras – Antonio Gazquez : Paraje Las Eras à Tabernas. Salmorejo, solomillo, lomo, rabo de toro… Tous les grands classiques andalous sont servis à prix doux à cette table du chef Antonio Gazquez, très réputé dans la région. Un classique aux portes du désert de Tabernas.

Almazara de Paulenca : Calle Ntra. Sra. de la Paz, 40, à Paulenca (Guadix). Dans les hauteurs de Guadix, un hôtel-restaurant chaleureux où l’on se régale des grands classiques andalous. L’auberge abrite même un mini musée de l’huile d’olive. Spectacles de flamenco certains soirs dans une ambiance du tonnerre !

Achats / Activités

La Moralea : Calle Verónica, 4 à Pampaneira. Une épicerie fine avec de bons produits des Alpujarras. Fait également bodega avec restauration légère.

Nevadensis : cette agence de voyages propose tours et randos accompagnés dans les Alpujarras.

Malcaminos : visite guidée en 4x4 dans le désert de Tabernas, où l’on découvre les sites géologiques marquants et les lieux de tournage de films célèbres (Indiana Jones, Il était une fois dans l’Ouest, Lawrence d’Arabie…). Tours en français avec l’excellente (et sympathique) Cristina.

Natur Sport : tours guidés spéléologiques des grottes de karst de Sorbas.

Excursion en 4x4 dans le désert de Gorafe et au mirador de Los Colorados avec Turismo Rural Gorafe (guide nécessaire), SoloAventura Events, Garnata Tours et en VTT avec The Green Bike

Texte : Jean-Philippe Damiani

Mise en ligne :

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