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Futebol e carnaval… Deux institutions au Brésil, ou plutôt deux passions nationales, tant elles soulèvent de ferveur. Né en Europe, le carnaval est indissociable du Brésil. C’est l’une des fêtes les plus délirantes du monde, rassemblant plusieurs millions de personnes dans les rues pendant près d’une semaine. Une sorte de bacchanale sans fin, qui suit pourtant un rituel bien réglé aux origines chrétiennes.
Les jours précédant le Carême, on s’adonne à la démesure et aux excès en tout genre. Une vague de plumes et de paillettes, de chars et de rythmes endiablés secoue le Brésil qui respire, mange et vit carnaval pendant 4 jours. Aussi sacré que le Carême, le Mardi gras est un événement primordial où l’on remet les décisions importantes à plus tard.
Ce sont les Portugais qui ont amené le carnaval au Brésil au XIXe siècle. C'était un moment destiné à se lâcher, boire, danser, pendant lequel l'ordre social était inversé et tourné en dérision. Aux caractéristiques européennes du carnaval sont venues s'ajouter les influences de la musique et de la danse africaines, ce qui en fait une fête unique au monde. Cette manifestation a encore aujourd’hui une fonction importante d’apaisement des tensions et d'exutoire : le pays entier met tous ses problèmes entre parenthèses lors de cette fête hédoniste et joyeuse.
Au Brésil, le carnaval est d’une grande diversité et d’une grande richesse grâce aux particularités régionales. Dans les 27 États du Brésil ce sont autant de fêtes différentes, hautes en couleur, où les seuls mots d’ordre sont : danser, s'amuser, se défouler. Dans les rues, sur les plages, la foule est enivrée et ne fait que pular (sauter, danser). Mais, attention, pas n’importe comment…
Le grand spectacle-vitrine du carnaval de Rio (4 au 8 mars 2011) est incontournable. Des célébrités venues du monde entier y participent et plusieurs autres villes du pays, dont São Paulo, essaient de l’égaler. Pendant quatre jours de folie, Rio tente d'oublier la pauvreté et les problèmes de violence. Le carnaval donne l'impression d'un vaste défoulement collectif, où les Cariocas (habitants de Rio) de tous milieux sociaux se retrouvent pour faire la fête. Du moins, en apparence… Car au cœur de ce qui paraît anarchique se trouve une organisation sans laquelle la fête ne pourrait être aussi belle et réussie.
Le carnaval carioca est né de la rencontre de deux cultures au XIXe siècle : les danses africaines et l'Entrudo, l'équivalent portugais du Mardi gras. Si, au départ, les colons portugais faisaient la fête entre eux dans les beaux salons, ils ont vite rejoint les descendants d'esclaves noirs dans la rue. Et c'est ainsi qu'est né le carnaval de Rio. Quant au samba (et oui ! c'est un mot masculin quand on parle de la musique...), fruit des amours métisses des musiques portugaises et africaines, il voit le jour en 1917, suivi par la création d'écoles de samba en 1920 et du fameux concours entre les écoles, qui constitue le point d’orgue du carnaval.
Depuis, les écoles de samba défilent au sein du sambadrome, vêtues de costumes multicolores et délirants qu'elles ont confectionnés pendant l'année. Une école est élue reine du carnaval. Les règles du concours sont très strictes et il faut savoir qu'il existe une grande hiérarchie entre les écoles. Quant à l'accès au sambadrome, il demeure très cher pour le commun des brésiliens (environ 100 €). Il est courant que les Cariocas engloutissent plus d'un mois de salaire dans l'événement, qui vire à la gigantesque opération commerciale.
Mais en marge des festivités, des orchestres de quartier (les bandas) envahissent la ville qui vit alors au rythme des batucadas, du mambo et du forró. Et c'est là que vous trouverez la véritable âme carioca…
:: Salvador de Bahia, carnaval de rue
À Bahia, le carnaval de Salvador (3 au 8 mars 2011) s'impose de plus en plus comme une formidable fête de masse où des millions de personnes dansent des heures durant au son de rythmes frénétiques des trios electricos. Si Rio est le carnaval des écoles de samba, celui de Salvador demeure celui du peuple, avec pas loin de deux millions de personnes dans la rue et sur la plage. C'est la fête absolue, qui vous fera danser jusqu'au bout de la nuit pendant cinq jours. Toutes les couleurs du Brésil battent le pavé : la joie est totale, les interdits tombent.
Nuit et jour, dans différents quartiers de la ville, des cortèges dansent la samba autour des trios electricos, de gros camions décorés sur lesquels des orchestres jouent la musique locale. Les blocos (groupes) sont séparés de la foule par une corde. Une foule qui danse et saute tellement qu'on l'a surnommée pipoca (pop-corn). Les meilleurs interprètes du Brésil se produisent live sur les trios electricos : Caetano Veloso, Gilberto Gil, Daniela Mercury, Carlinhos Brown, Timbalada et Ivete Sangalo, tous originaires de Bahia.
D'autres groupes plus traditionnels et folkloriques participent au carnaval de Salvador, comme les Filhos de Gandhi (les Fils de Gandhi) ou les afoxés, des groupes liés aux rites religieux afro-brésiliens du candomblé.
On vous aura prévenu : il faut être en forme, ne pas avoir peur de la foule et être prêt à plonger dans un bain de folie furieuse. Un dernier détail : pour faire partie des blocos, il faut réserver au moins six mois à l'avance ! Vous ne le regretterez pas : le carnaval de Salvador, dont le slogan dit « le cœur du monde bat ici », est tout simplement inoubliable.
D’autres villes n’ont rien à envier à ces carnavals grandioses. Recife (4 au 8 mars 2011) est la seule ville du Brésil où le carnaval est rythmé par le frevo et le maracatu. Plus populaire et chaleureux, le Carnaval de Recife et Olinda est unique, multiculturel et très différent de celui de Rio ou de Salvador.
Le frevo est à la fois un genre musical et une danse. Les danseurs (les passistas) portent de petits parapluies colorés pour tenir en équilibre et dansent en faisant des mouvements frénétiques avec leurs jambes. D’où le mot « Frevo » qui trouve son origine dans le verbe « ferver » (frémir, bouillir). Le maracatu, autre danse caractéristique, est un rythme très expressif d'origine africaine. Le défilé du maracatu est une cérémonie où on couronne le roi et la reine, et à laquelle tout le monde peut participer.
À São Paulo (5 au 8 mars 2011), le carnaval a un succès grandissant, même si la ville n’a pas la réputation d’être festive. Dynamique et inventif, le défilé s’est imposé depuis quelques années comme le deuxième plus important (en nombre) du pays après celui de Rio. Les costumes sont d’un grand luxe pour rendre hommage au carnaval lui-même. Une quinzaine d’écoles de samba défilent sous une pluie de strass et paillettes, mais pas de quoi faire de l’ombre à Rio...
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