Dimanche 9 mars : la mule rempile
Si je tenais absolument à faire Reflection Canyon cette année, c’est à cause d’un détail qui ne vous saute peut-être pas aux yeux : depuis que la photo de Michael Melford qui l’a dévoilé est parue en une du National Geographic en 2006, jamais le niveau du Lac Powell n’a été aussi bas. Sur toutes les photos publiées ensuite, on ne distingue pas le « S » formé par l’eau, car la fine bande de roche qui relie le « spike » de droite est submergée.
Si toi aussi tu veux ta photo du « S » de Reflection Canyon, tu as jusqu’autour du 10 avril 2019 ; ensuite le niveau du lac va sérieusement remonter étant donnée l’énorme quantité de neige tombée sur le bassin versant du lac cette année.
Allez, retour à nos moutons – euh – mules. Malgré la zenitude du lieu, je n’ai pas bien dormi cette nuit, mais c’est systématique quand je campe… A 4h je jette un coup d’œil dehors ; j’avais noté que la voie lactée se lèverait au sud-est, et peut-être qu’il y aurait une photo à faire. Et là grosse déception : aucune étoile, le ciel est complètement bouché. La mule commence à râler sec – tant d’effort pour ne pas avoir de sunrise. Je dois la forcer à se rendormir.
Quand le réveil sonne à 6h00, je n’en crois pas mes yeux : le ciel est complètement dégagé !! Je dois encore attendre une bonne heure pour que l’heure bleue s’installe confortablement, et c’est parti pour 45 minutes d’immense plaisir photographique et visuel…
2 photos pour résumer - prises à 10 minutes d’intervale:
Qu’est ce que je donnerais pas pour des moments comme ça !
Le temps de ranger le campement, dernier coup d’œil sur le canyon à 8h30 et on relance la machine à avancer. La première heure et demie est rude : je garde un œil permanent sur mon gps pour ne pas refaire les mêmes erreurs qu’hier. Alternant slickrock, et ce que je qualifierai de « zombie brainrock » (mais si, tu vois : c’est comme si on avait tapé avec une grosse masse dans du brainrock), ça monte, ça descend, ça monte surtout. La mule souffle, la mule grogne, la mule jure, la mule râle surtout.
C’est un soulagement d’arriver sur le « plat », et un sol plus meuble après 3,5km. Dans la tête, tu dis que le plus dur est fait, et que le reste est une partie de plaisir… tu parles… la mule avance au pas, des minutes durant. Et quand tu te dis : « oh on doit bien avoir fait 6-7km maintenant » et que le verdict du GPS t’annonce 4,4km, ta mule rue dans les brancards. Le calvaire ne fait que commencer : les minutes paraissent des heures, et chaque centaine de mètres parcourue vaut un kilomètre d’épuisement. Je cravache la mule pour tenir 45 minutes entre les pauses. Ce n’est qu’en apercevant la voiture au loin que la mule reprend du poil de la bête.
On l’atteint peu avant 13h30 ; au bout de 12,9 pénibles kilomètres
Le temps de laisser décanter les pattes de la mule, il est 14h quand notre mammouth se lance sur la Hole in the Rock Road. Certains passages me semble plus délicat qu’hier… J’ai passé ça moi ? Mais mon Nissan s’en sort à merveille.
Après 25 miles, je prend à droite vers Dry Fork – histoire de se dégourdir les pattes. La fin de la piste est extrêmement cabossée, avec entre-autres une marche de plus de 20 centimètres, qui ne posera pas problème au Nissan Armada. Je commence à croire que ses capacités surclassent celles de mes Ford Expedition ou Chevy Tahoe habituels.
On attaque le trail, puis la mule aperçoit la descente qui s’annonce et s’arrête net. Je fais face à un refus catégorique d’avancer… « parce qu’après il va falloir tout remonter ! » Allez, chérie, on s’en tient au road-book OK ? Et puis je te rappelle que le plan A c’était Yellow Rock…
J’agite la carotte – enfin, l’image de la Pacifico qui repose dans la glacière – et la mule repart.
On commence par Dry Fork : slot large dans sa majeure partie, balade agréable
Ensuite :
Peek-a-boo Gulch : il faut escalader une paroi de plus de 2 mètres pour entrer dans le slot, et se retrouver face à la double arche
La lumière aurait été plus favorable le matin, mais ici c’était un plan B, donc on fait avec…
Pour remonter, il y a pas mal d’obstacles à franchir – il faut tantôt escalader les rochers, tantôt se hisser en s’appuyant contre les parois.
Le canyon est nettement plus étroit que
Dry Fork, et la progression y est plaisante
A la sortie, on parcourt 600m en surface avant de s’enfoncer dans
Spooky Gulch. Il faut d’avord passer un long obstacle constitué d’énormes rochers qu’il faut d’abord escalader avant de se laisser glisser dans un « puit » pour atteindre le fond du canyon et commencer son exploration.
Rapidement le canyon devient terriblement étroit, et cette photo résume à elle-seule ce slot
Et ce sera comme ça pendant plus de 800 mètres – avec de nombreux passages plus techniques
Ce qui ne manquera pas de réveiller des souvenirs d’enfance de la mule, qui s’y amuse comme une sotte. Pour ma part je suis assez frustré de devoir ranger l’appareil photo régulièrement dans le sac afin de la laisser avancer…
Au final, plus de 3 heures passées sur le site, près de 7 km de plus dans les pattes, la mule aura bien mérité sa Pacifico !