La Slavonie, l'autre Croatie

La Slavonie, l'autre Croatie
Mario Romulić & Dražen Stojčić - ONTC

À l’intérieur des terres, loin des atmosphères balnéaires des côtes de la Dalmatie et de l’Istrie, la Slavonie dévoile un tout autre visage de la Croatie, agricole et sauvage. Nous sommes aux confins du pays, à proximité des frontières avec la Hongrie, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine.

Cours d’eau et forêts centenaires façonnent les paysages alluviens de la plaine de Pannonie. Dans ce plat pays slavon, les plaines de la Drave et de la Save, affluents du Danube, s’étendent à perte de vue. Les champs de maïs et de blé dessinent un patchwork de parcelles verdoyantes et dorées, jusqu’aux vignobles d’Ilok qui strient les rives du Danube. Autant de terres particulièrement fertiles.

La Slavonie recèle des perles d’architecture comme Osijek, truffée de demeures baroques et Art nouveau. Un peu plus loin, elle promet des territoires sauvages, dans les forêts et zones marécageuses du parc naturel de Kopački Rit.

Mais la Slavonie touche tout particulièrement par son histoire. 20 ans après la fin des conflits, villes et campagnes révèlent d’émouvants lieux de mémoire. La restauration est en marche.

Cap sur une Croatie méconnue, hors des sentiers battus.

Osijek, la capitale de la Slavonie

Osijek, la capitale de la Slavonie
Marie Borgers

Ville romantique au bord de la Drave, Osijek, la capitale de Slavonie a beaucoup à offrir. Mélancolique et un brin rétro avec son architecture héritée de l’époque socialiste, Osijek (prononcez « Ossiyek ») est aussi attachée à la mémoire de la guerre d’indépendance de Croatie (1991-1995). Les impacts de balles sont encore visibles ici et là, sur des façades en attente de restauration.

Parmi les atouts majeurs d’Osijek, l’architecture austro-hongroise de la ville haute et un formidable patrimoine baroque et Art nouveau. La rue Kapucinska nous donne une leçon d’architecture : détails d’architecture turque, style Revival, constructions de l’époque socialiste... Dans son prolongement, l’Europska avenija est la plus longue rue Art nouveau de Croatie. Elle égrène les styles en vogue dans la Mitteleuropa du 19e siècle : Art nouveau, style Sécession importé de Vienne…

L’autre fil rouge architectural est lié à Strossmayer, évêque et politicien originaire d’Osijek. Dans les rues flotte toujours le souvenir de cette figure de l’histoire croate du 19e siècle, qui a financé l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul (photo).

Toute de briques, elle est la 2e plus haute église de Croatie, avec son clocher s’élançant à 90 m. L’intérieur est tapissé de fresques polychromes. Ne pas manquer celle représentant la Résurrection du Christ, constellée d’éclats de balles. Les Osijekois ont décidé de ne pas la restaurer, en signe de l’espoir de résurrection de leur ville.

Candidate au titre de capitale européenne de la culture 2020, Osijek espère ainsi achever la restauration de son patrimoine baroque pour lui redonner tout son lustre.

 

La citadelle d’Osijek (Tvrđa)

La citadelle d’Osijek (Tvrđa)
Marie Borgers

Direction l’est de la ville : la citadelle (Trvđa) d’Osijek a été construite au début du 18e siècle par les Austro-Hongrois. Le but : protéger la ville d’éventuelles invasions ottomanes avec une forteresse en étoile. Seul un tronçon des remparts est encore debout, et des bastions qui les rythmaient, seule subsiste la porte d’Eau.

Épicentre de ce quartier militaire, la place Sainte-Trinité, bordée de demeures et palais du 18e siècle, est plantée d’une baroque colonne de la peste.

Un peu plus loin, l’église Sainte-Croix a été construite à la Contre-Réforme dans un pur style baroque et rococo. Signe qu’Osijek opère un travail de mémoire sur la dernière guerre, un Christ en croix, sur une placette bordée d’anciennes casernes, a été réalisé avec des restes d’obus et de munitions.

Aujourd’hui, les étudiants ont réinvesti les charmantes maisons colorées de la citadelle, où des universités ont pris leurs quartiers. Osijek bouge au rythme d’une jeunesse qui embrase ses terrasses, ses cafés et ses boîtes dès les premières heures du week-end.

Étudiante et vibrante, Osijek est aussi une ville verte. La citadelle a en effet pour particularité d’être joliment ceinte de verdure. Les parcs qui l’enserrent font d’Osijek l’une des villes les plus vertes d’ex-Yougoslavie. Et elle cultive cette soif de chlorophylle : le long de la Drave, la « promenade » piétonne est un lieu de retrouvailles pour passants et cyclistes.

Tourisme de mémoire à Vukovar

Tourisme de mémoire à Vukovar
Château Eltz - Marie Borgers

Un peu d’histoire : après la déclaration d’indépendance de la Croatie le 25 juin 1991, l’armée yougoslave attaqua Vukovar le 25 août. La ville se trouvait à un emplacement stratégique, aux portes de territoires fertiles. Durant 3 mois, Vukovar fut assiégée. Jusqu’alors réputée pour son patrimoine baroque, elle fut détruite à 85 %.

20 ans après, Vukovar se relève lentement, mais on découvre une ville encore meurtrie. Ici chacun a son histoire de la guerre à raconter et Vukovar reste parsemée de maisons portant encore les stigmates de cette époque pas si lointaine.

Pour se souvenir du siège de Vukovar, direction l’hôpital, où un mémorial aux martyrs a été aménagé dans les souterrains aux plafonds transpercés par les obus. C’est ici que des centaines de personnes ont passé les 3 mois de siège, avant la sanglante prise de Vukovar par les Serbes.

Mais le symbole de la résistance de Vukovar n’est autre que le château d’eau, jamais reconstruit. Il élance sa silhouette éternellement éventrée par les forces aériennes. Autre visite émouvante, celle du cimetière-mémorial, où, derrière un monument, de simples croix blanches sont plantées dans la pelouse.

La restauration est en marche. Des façades meurtries avoisinent des maisons fraîchement crépies. Signe éclatant de la résurrection de Vukovar, le musée de la ville est installé dans le château Eltz, entièrement restauré. Construit au 18e siècle, il fut la plus belle construction baroque de Vukovar.

Autre marque du renouveau, le musée de la culture de Vučedol, qui vient d'ouvrir ses portes à quelques kilomètres de là. Il retrace l’histoire d’une civilisation qui prospéra entre le néolithique et l’âge de bronze, l'histoire de la culture de Vučedol, considérée comme les prémisses de la culture européenne.

Le parc naturel de Kopački Rit, l’« Amazonie d’Europe »

Le parc naturel de Kopački  Rit, l’« Amazonie d’Europe »
Mario Romulić & Dražen Stojčić - ONTC

Dans cette zone sensible dotée d’un écosystème unique, la nature à l’état sauvage est reine. Au confluent de la Drave et du Danube, le parc naturel de Kopački  Rit (prononcez « Kopatchki ») est un immense territoire marécageux. C’est l’une des plus grandes réserves ornithologiques d’Europe, et un témoignage précieux des zones humides en Europe.

Le parc se divise en 2 parties délimitées par un canal destiné à réguler le niveau des eaux : l’une, marécageuse et strictement protégée ; l’autre sèche, dédiée à la pêche sportive et la chasse.

Premier contact avec ces terres marécageuses : des pontons en bois. Dans un silence seulement perturbé par les cris d’oiseaux, le promeneur marche au-dessus des eaux plates piquetées de roseaux et saupoudrées de nénuphars.

Pour s’immerger dans cet écosystème d’exception, embarquez pour une excursion en bateau dans le grand lac et le long du canal. On chemine dans les marais aux reflets émeraude, au milieu de forêts touffues, dans une mosaïque de terre et d’eau.

Le bateau est le poste d’observation idéal d’une incroyable biodiversité : oiseaux, cerfs, sangliers, poissons... Tendez l’oreille, scrutez les eaux et le ciel : là un cygne ou un héron, un serpent d’eau, un refuge de castor ou un envol de cormoran. Mais le symbole du parc n’est autre que le pygargue à queue blanche, une sorte d’aigle.

Une fois revenu sur la terre ferme, on découvre un peu plus loin le château de Tikveš. Perdu dans une forêt de saules et de chênes centenaires, c’est un ancien pavillon de chasse des Habsbourg.

Attention : le parc se situait sur la ligne de front pendant la guerre, et toutes les terres n’ont pas été déminées.

Vignobles et gastronomie à Ilok et en Syrmie

Vignobles et gastronomie à Ilok et en Syrmie
Vignes d'Ilok - Marie Borgers

Aux confins de la Croatie, à la frontière avec la Serbie, Ilok recèle le plus important système fortifié de Croatie continentale, et l’une des forteresses médiévales les mieux préservées du pays. On discerne dans les fortifications médiévales quelques réminiscences d’architecture ottomane.

Installé dans le château d’Odescalchi, le musée de la ville d’Ilok retrace l’histoire de la Syrmie (ou Srijem) croate, la Syrmie étant une région à cheval entre Croatie et Serbie. Il évoque l’histoire d’Ilok, une cité multiculturelle, riche de ses métissages et de son histoire : sa période romane, sa période ottomane, les influences européennes.

Aujourd’hui, Ilok vit au rythme du Danube, entre nature généreuse, dégustations de mets slavons et de vins du cru.

Terre fertile, la Slavonie est le grenier à grain de la Croatie, mais elle doit aussi sa réputation à ses vignobles qui donnent des vins blancs parmi les plus réputés de Croatie. À proximité du Danube, les paysages sont ondulés par de douces collines striées de vignes.

La fertilité des terres, l’ensoleillement et la réverbération des eaux du Danube forment en effet une combinaison idéale pour la viticulture. Les variations climatiques permettent par ailleurs une diversité des crus. Les vignes de Principac, par exemple, donnent des vins blancs secs : traminer, riesling…

Une dizaine d’exploitations viticoles sont implantées dans la région d’Ilok, et notamment Iločki Podrumi, l’un des plus gros producteurs de vin de Croatie. Ses caves, parmi les plus anciennes d’Europe (du 15e au 18e siècle), alignent de gigantesques fûts.

Cette région proche du Danube se tourne aussi vers le tourisme fluvial et le cyclotourisme, plusieurs pistes cyclables cheminant entre les vignes.

Gastronomie et vins de Slavonie

Gastronomie et vins de Slavonie
Goulasch - Marie Borgers

Les influences austro-hongroises et turques se ressentent fortement dans les assiettes du nord de la Croatie.

Plusieurs plats s’affichent comme emblématiques des menus slavons. Le cobanač est une sorte de goulasch préparé avec les viandes du jour (gibier, veau, mouton...) et mijoté dans la marmite. Le tout est relevé de paprika local.

Autre mets traditionnel de la région à base de poissons de rivière, le fiš paprikaš est une soupe de poissons parfumée à l’oignon, au poivre et... au paprika bien sûr.

En Slavonie, les amateurs de charcuterie ne seront pas en reste. Outre le jambon salé, les saucisses épicées (kulenova seka), au premier rang desquelles le kulen, un saucisson au paprika, sont typiques de Slavonie.

En matière de desserts, la Slavonie se révèle tout aussi gourmande. On dégustera le gužvara, un gâteau roulé aux noix, et toute une palette d’autres gâteaux fourrés ou roulés : les saljenaci, sortes de croissants fourrés à la confiture, à la pomme ou aux noix, et le poderane gaće (littéralement « culotte déchirée » !), sortes de beignets fourrés. Ces gâteaux sont parfois servis avec de la poudre de noix.

Le tout se déguste avec des vins et alcools de qualité : traminac (sec ou demi-sec), graševina ou welschriesling (aux accents fruités et floraux), mais aussi rakija de prune (Schnapps ou eau-de-vie)…

Outre ces cépages autochtones, on trouve aussi des cépages importés : pinot, chardonnet, cabernet sauvignon, gewurztraminer...

Au rayon des bières, Osijek s’enorgueillit d’avoir fondé en 1687 la plus ancienne brasserie de Croatie, Osječko, dont la bière coule encore dans les cafés slavons.

Fiche pratique

Fiche pratique
Parc de Kopački Rit - Marie Borgers

Pour préparer votre séjour, consultez notre destination Croatie.

Office national croate de tourisme

Office de tourisme de Vukovar

Office de tourisme d’Ilok

Comment y aller ?

Depuis Zagreb, 1 vol quotidien vers Osijek avec Croatia Airlines, ainsi qu’une desserte par bus (2 par jour). Trouvez votre billet d’avion pour la Croatie.

Le site buscroatia.com recense toutes les lignes de bus de Croatie ; possibilité de réserver en ligne pour certaines liaisons.

Où dormir ?

- Hotel Osijek : Šamačka 4. Idéalement situé en plein centre ville, un mini gratte-ciel tout de verre, dominant la Drave et sa « promenade ». Centre de bien-être avec bains trucs, sauna, jacuzzi, salles de massages... La salle de restaurant donne sur la rivière. Spécialités slavonnes et internationales. Doubles autour de de 1 000 Kn (130 €).

Trouvez votre hôtel en Slavonie.

Où manger ?

- Kormoran : dans le parc de Kopački Rit, près de Kopačevo. Après une balade en bateau, rien de tel qu’une halte déjeuner toujours en pleine nature. Table réputée, le Kormoran est le repaire des chasseurs et pêcheurs du coin, mais aussi un spot bien connu des personnalités politiques. Dans un décor rustique, on y déguste l’incontournable cobanač (goulasch), et des poissons frais de la région.

- Gondola : à Sotin. Cuisine traditionnelle et familiale. Savoureux saljenaci (croissants fourrés) faits maison.

- Iločki Podrumi : l’un des plus grands domaines viticoles de Croatie : 5 000 litres de vin sortent chaque année de ses cuves ! Visite des caves à vins et dégustations de vins accompagnés de pain et/ou de fromage ; restaurant Stari Podrum meublé avec du mobilier traditionnel de Syrmie. 18 chambres sur place, confortables et donnant sur le Danube (à partir de 68 €).

Un peu plus loin, la route du vin conduit au Ladanjsko Imanje Principovac, un château du 19e siècle, ancienne résidence d’été de la famille princière d’Odescalchi au cœur des vignes de Principovac. Bar et restaurant dominant les vignobles. Pour les amateurs, aussi un parcours de golf.

Hotel Dunav (Hôtel Danube) à Ilok : hôtel-restaurant au bord du Danube, une oasis de sérénité et de silence. S’étendant aux beaux jours sur des terrasses ombragées par les platanes et sous un kiosque au bord de l’eau, le restaurant est réputé pour ses spécialités de poissons frais… de rivière bien sûr ! Il sert, comme il se doit, des vins d’Ilok. Dans les chambres, joli mobilier de bois massif. Sur place, location de barques, de kayaks et de vélos.

Commencez votre voyage en musique, écoutez notre playlist Routard Balkans.

Playlist Routard Balkans

Texte : Marie Borgers

Mise en ligne :

Croatie Les articles à lire

Services voyage