Inde : Cochin, carrefour des civilisations

Inde : Cochin, carrefour des civilisations
© Katarina S. - Fotolia

Principale ville du Kerala, Kochi (Cochin) est une étape obligée de tout voyage dans cet État du sud de l’Inde. Véritable melting pot culturel, Kochi tire sa saveur particulière des diverses influences qui marquent son architecture, sa cuisine ou son urbanisme, issues de la cohabitation fertile des hindous, musulmans, juifs et chrétiens. Autre particularité de Kochi, ce port très actif s’étend sur un ensemble d’îles et de presqu’îles. Une cité vraiment à part, où il fait bon jeter son ancre…

Un savoureux mélange indien

Un savoureux mélange indien
Jew Town © Olivia Le Sidaner

À l’image du masala, ce mélange d’épices qui relève les plats indiens, Kochi (Cochin) est un véritable melting pot, où se sont fondues les différentes cultures qui se sont succédé ici au fil des siècles.

Depuis l’Antiquité, le port, aujourd’hui industriel, s’est en effet trouvé à la croisée des grandes routes commerciales, notamment celle des épices et du thé. Au 14e siècle, les marchands chinois y prospéraient et la ville comptait une influente communauté juive… avant que ne s’installent les Portugais au 16e siècle, puis les Hollandais à partir de 1663, suivis des Anglais au 18e siècle.

Autant de cultures qui ont laissé leur empreinte dans l’architecture, l’art, la gastronomie locales, donnant un caractère unique à la cité.

Établie sur un ensemble de presqu’îles et d’îles, Kochi change de visage d’un quartier à l’autre. La ville moderne est installée sur le continent, à Ernakulam, mais c’est sur la presqu’île où se situent Fort Kochi et Mattancherry qu’il faut aller pour voir les belles demeures coloniales, les églises, la synagogue ou encore les filets chinois des pêcheurs, en prenant le temps de s’imprégner de la douceur de vivre qui règne ici.

Fort Kochi, des hôtels en héritage

Fort Kochi, des hôtels en héritage
Koder House © Olivia Le Sidaner

Dans le quartier de Fort Kochi, situé dans le nord de la presqu’île de Mattancherry, on découvre au gré des rues de belles bâtisses de style colonial, traces tangibles du passage des Portugais, des Hollandais et des Anglais. Beaucoup ont été transformées en hôtels (devenant ainsi des « Heritage hotels »).

Face à la mer, les murs de l’ancien chantier naval ont été restaurés et abritent aujourd’hui le luxueux hôtel Brunton Boatyard, de style victorien. Sur Tower Road, la Koder House, avec son imposante façade rouge, est une ancienne demeure portugaise rénovée par une famille juive au début du 20e siècle.

Juste à côté, le Old Harbour, à l’architecture hollandaise mâtinée d’influences portugaises, appartint longtemps à une compagnie de thé avant de devenir un hôtel (c’est, dit-on, le plus ancien de Kochi). En face de l’église Saint-François, Le Colonial, édifié en 1506, a hébergé le futur saint François-Xavier, puis les gouverneurs portugais et hollandais, avant d’accueillir les touristes.

De l’autre côté du grand terrain de Parade Ground, où les habitants viennent jouer au cricket ou au foot, la Malabar House était au 18e siècle la résidence de banquiers et de négociants en épices et en thé hollandais. C’est aujourd’hui un boutique-hôtel et restaurant sélect, exposant des œuvres d’art keralaises.

Enfin, à côté de Fort Kochi Beach, l’hôtel Old Lighthouse Bristow, l’ancienne maison du phare et la résidence de Sir Robert Bristow, qui modernisa le port de Cochin à partir de 1920, mêle architectures britannique, indienne et balinaise.

La presqu’île de Mattancherry, toute une histoire

La presqu’île de Mattancherry, toute une histoire
Chinese Fishing Nets © Katarina S. - Fotolia

Parmi les édifices historiques qui n’ont pas été transformés en hôtels (ils sont nombreux !), on citera la Thakur House, une imposante demeure datant du 17e siècle, installée non loin du cimetière hollandais (18e s). Mais aussi le palais de Mattancherry (ou Dutch Palace), édifié en 1555 par les Portugais, qui l’offrirent au rajah, avant que les Hollandais ne le rénovent en 1663 (d’où son nom de « palais hollandais »). Encore en travaux, il abrite un intéressant musée.

Le Bastion Bungalow (1667) a également été transformé en musée : l’Ernakulam District Heritage Museum, en cours de rénovation.

Tout près, de l’autre côté de la place Vasco de Gama, on rejoint la Beach Walkaway, la promenade qui longe la mer. On y découvre le dernier vestige du bastion portugais et les fameux filets chinois, les Chinese Fishing Nets, d’étonnants carrelets dont la manipulation nécessite autant de force que d’agilité de la part de pêcheurs, qui doivent s’y mettre à cinq ou six pour les manœuvrer.

Cette technique de pêche hors du commun aurait été introduite au 14e siècle par les Chinois, lorsque l’amiral Zheng He fréquentait ce riche comptoir. Sitôt pêchés, sitôt mis en vente, les poissons s’alignent le long de la Beach Walkaway sur des étals de fortune (avec plus ou moins de glace…).

On retrouve des filets chinois un peu partout sur la côte et dans les backwaters, même si cette technique, plus assez rentable, est peu à peu délaissée, au grand dam des autorités : les Chinese Nets seraient, en effet, le sujet le plus photographié par les touristes de tout l’État du Kerala !

Melting pot religieux

Melting pot religieux
Eglise Saint-François © Olivia Le Sidaner

Sur la presqu’île de Mattancherry, les religions se côtoient, les temples hindous et jaïns voisinant avec les églises, les mosquées et la synagogue.

L’église la plus célèbre est celle de Saint-François (St Francis Church), à Fort Kochi, où Vasco de Gama fut enterré en 1524, avant d’être finalement inhumé au Portugal. Catholique sous les Portugais, protestante sous les Hollandais, elle est anglicane depuis l’arrivée des Anglais.

À 5 minutes à pied, la grande cathédrale-basilique Sainte-Croix (Santa Cruz Church), elle, est restée catholique. On trouve aussi des églises syriaques orthodoxes (St Peter’s & St Paul’s Church et Our Lady of Life's Church) et plusieurs mosquées, dont la Calvathy Juma Masjid.

Du côté de Mattancherry, on peut aller visiter le temple jaïn (Jain Temple), où la coutume est de nourrir des nuées de pigeons. Sans oublier de jeter un coup d’œil aux nombreux temples hindous, dont le Thirumala Devaswom (fermé aux non-hindous) et le Maha Vishnu, construit entre le Dutch Palace et la synagogue de Paradesi, qui est plus vieille d’Inde et même du Commonwealth.

C’est la seule rescapée des 8 synagogues que comptait jadis la ville. Bien qu’aucun rabbin n’y officie plus, elle est encore en activité, mais il est fort rare que le culte y soit célébré, faute de réunir suffisamment de fidèles. Il faut dire qu’il ne reste plus aujourd’hui que cinq représentants de l’importante communauté juive qui vivait ici autrefois, faisant commerce des épices dès le Moyen Âge. À l’intérieur de la synagogue, le mélange culturel est encore là, avec au sol des carreaux de faïence bleu et blanc venus de Chine, et au plafond un lustre en verre de Murano.

Une cité vivante

Une cité vivante
Synagogue © Olivia Le Sidaner

Très touristiques, les ruelles pittoresques de la « ville juive » (Jew Town), aux façades colorées marquées par le temps, sont animées. On y trouve des restaurants et foule de magasins, dont certains arborent sur leur devanture l’étoile de David. Objets touristiques, artisanat local, épices, thé, foulards, vêtements, antiquités (plus ou moins anciennes, et pas forcément authentiques)… C’est le coin du shopping.

Si, ayant visité la synagogue et flâné au gré des rues de la ville historique sous un soleil de plomb, vous rêvez d’une pause désaltérante au bord de l’eau, entrez donc dans le Ginger House restaurant, qui se déclare « le premier et unique musée-restaurant d’Inde ». Installé au bord de backwaters, c’est entouré d’antiquités (dont la plupart sont à vendre) que l’on sirote un ginger lime soda, de l’eau pétillante au gingembre, avec une touche de citron (pour un peu moins de 2 €).

À l’entrée, vous ne pourrez pas louper le snake boat, un de ces bateaux traditionnels du Kerala dont les plus longs peuvent accueillir plus de 100 rameurs. Chaque année, en août, la Nehru Trophy Boat Race rassemble les plus grands snake boats à Alappuzha pour une course impressionnante, qui est aussi une énorme fête populaire.

Un autre événement marque la vie de Kochi tous les deux ans : la biennale d’art contemporain, Kochi-Muziris Biennale. Les œuvres d’artistes indiens, mais aussi internationaux, investissent alors les édifices historiques (bâtisses coloniales, galeries, anciens entrepôts). La prochaine édition aura lieu en décembre 2018.

La synagogue est ouverte tous les jours, de 10 h à midi, et de 15 h à 17 h, sauf les vendredis, samedis et jours de fêtes juives. Pour la visiter, il convient de se déchausser, comme dans les temples hindous, et d’arborer une tenue correcte (jambes et épaules couvertes).

Fiche pratique

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Pour préparer votre séjour, consultez notre guide en ligne Kerala

Site officiel du tourisme au Kerala

Adresses

- Hôtel Eighth Bastion : 1/259, Napier Street, Fort Kochi. Ce petit hôtel de charme, avec piscine, est idéalement situé au cœur de la vieille ville de Fort Cochin, tout près de la plage et pas très loin des filets de pêche chinois. Les chambres, climatisées, sont confortables (très bonne literie) et disposent d’un agréable balcon. Petit déjeuner excellent, avec des produits locaux. On y déguste de délicieux cakes à la carotte ou à la banane, des bananes plantains, de l’upma (de la semoule, servie ici avec des noix de cajou et une sauce à la noix de coco), ou encore du Bruder bread, du pain avec du sucre caramélisé, des œufs, de la vanille, des raisins secs ; héritage des Hollandais, on ne le trouve qu’à Fort Kochi, où il est fabriqué par une petite boulangerie.

- Vintage Inn : Ridsdale Branch Riad, Fort Kochi. Une dizaine de chambres simples, lumineuses et fort bien tenues. Hôtel au calme, en dehors du centre touristique. 

- Ginger House Restaurant : à Jew Town, le premier et unique musée restaurant d’Inde pour se désaltérer et se restaurer au bord d’un backwater.

- Krishna Kripa : K.B. Jacob Road, Fort Kochi. Non loin de la cathédrale de Santa Cruz, une cuisine bonne et généreuse, avec de nombreuses spécialités d’Inde du Sud.

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Shopping

À Fort Kochi, on fait ses emplettes dans les boutiques chics, comme Anokhi et Fabindia, qui proposent de belles collections de prêt-à-porter, des cotonnades imprimées de belle qualité.

Près de la synagogue, on trouve de belles étoles en cachemire, pashmina, et autres foulards en soie dans plusieurs boutiques (comme Sunshine India). Non loin de là, des magasins vendent toutes sortes de produits locaux (épices, thé, artisanat…), par exemple au Spice Market, où 36 femmes se sont organisées en association.

Texte : Olivia Le Sidaner

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