Isan, la Thaïlande secrète

07 juin 2012

Trek dans des parcs à la végétation luxuriante, découverte d’une histoire qui remonte à l’aube des temps, haltes gourmandes aux saveurs épicées : économiquement pauvre, mais culturellement riche, l’Isan saura vous procurer des émotions intenses et vraies. Le secret le mieux gardé de la Thaïlande.



Isan culture

Recouvrant près d’un tiers du Royaume de Siam, bordé par le Laos et le Cambodge, le Nord-Est thaïlandais – ou Isan – demeure à l’écart des flux touristiques. Et pourtant, cette région composée de 20 provinces, où se trouve l’une des plus grandes villes de Thaïlande (Nakhon Ratchasima (Korat)), ne manque pas d’atouts : de superbes parcs nationaux, des sites classés par l’Unesco, des vestiges préhistoriques, des chefs-d’œuvre de l’architecture khmère, une faune et une flore diversifiée, ainsi que le Mékong, qui longe l’Isan sur près de 600 kilomètres.
Le Nord-Est thaïlandais possède une forte identité culturelle, fruit d’une longue histoire marquée par les influences laotiennes – notamment la langue – et khmères. À l’opposé de la trépidante Bangkok, l’Isan, terre accueillante aux habitants chaleureux, évoque une Thaïlande qui serait restée hors du temps, attachée à ses traditions et à son patrimoine. Une région authentique, à la vie essentiellement agraire, épousant le rythme des saisons et de la riziculture.
L’Isan est aussi la région la plus pauvre de Thaïlande. L’exode rural continue à vider le Nord-Est de ses habitants, qui sont partis vers la capitale et les stations balnéaires du sud en quête d’une vie meilleure. Il y a de grandes chances que votre chauffeur de taxi ou de tuk-tuk à Bangkok soit originaire de Korat ou d’Ubon Ratchathani.
Grâce à cette diaspora, l’Isan a exporté dans toute la Thaïlande certaines de ses traditions, comme la soierie, sa musique folk (le morlam), le riz gluant et la célébrissime salade de papaye verte, le som tam. Enfin, l’Isan est aussi l’un des fiefs du mouvement des Chemises rouges, qui revendique une plus grande démocratisation du pays.
Sur la route des temples khmers

Du IXe au XIIIe siècle, l’actuel Nord-Est thaïlandais appartenait au royaume khmer. Aujourd’hui, dans le sud de l’Isan, région frontalière avec le Cambodge, plusieurs temples des XIe et XIIe siècles témoignent de l’époque angkorienne, âge d’or de l’architecture extrême-orientale. Situés dans les provinces de Nakhon Ratchasima et de Buriram, ces joyaux se trouvent hors des centres urbains. Si vous ne possédez pas de voiture, il est possible de les rejoindre en utilisant les transports en commun, des songthaews ou des moto-taxis.
À une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Nakhon Ratchasima, le temple de Prasat Hin Phimai (photo) a tout d’un mini Angkor Wat. Construit avant la fameuse cité du Cambodge, il lui aurait même servi de modèle. Très bien restauré par une équipe franco-thaïe et à l’écart des foules, Phimai est dans un meilleur état de conservation que le vaisseau amiral d’Angkor. On reste ébahi devant la finesse des sculptures représentant des divinités hindoues et la majesté du prang principal, haut de 28 mètres, dédié au culte bouddhique mahayana.
Dans la province voisine du Buriram, près de la frontière cambodgienne, les temples de Prasat Phanom Rung – construit sur un ancien volcan – et de Muang Tham sont réputés pour leur architecture et leur ornementation.
Autre chef-d’œuvre khmer, le Prasat Khao Phra Viharn (ou Preah Vihear), sanctuaire de grès jaune dominant la plaine cambodgienne du haut d’un plateau incliné, a été attribué au Cambodge en 1962 par la Cour internationale de justice. Cette décision est toujours contestée par la Thaïlande et les deux pays revendiquent une zone de 4,6 km² en contrebas de l'édifice qui n'a pas été délimitée. Il est actuellement impossible d’accéder à ce temple, en raison de violentes tensions frontalières qui ont fait plusieurs victimes depuis 2008.
Jurassic Park, version thaïe

Plus étonnant encore, l’Isan recèle d’importants sites préhistoriques, confirmant l’existence d’une importante civilisation à l’âge de bronze. La présence humaine dans le Nord-Est remonterait à près de 6 000 ans.
Dans la région d’Udon Thani, le site archéologique de Ban Chiang, le plus grand d’Asie du Sud-Est, est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Cette nécropole est réputée pour ses belles poteries ocre peintes aux motifs en spirale rouge. Plus modeste, le site de Ban Prasat (nord-est de Khorat - photo), situé au cœur d’un charmant petit village, contient des squelettes et poteries vieilles de 3 000 ans.
Autre haut-lieu préhistorique, le parc national de Pha Taem, situé à l’extrémité Est de l’Isan, abrite des peintures rupestres vieilles de 2 000 à 3 000 ans. Disposées le long d’une falaise de grès bordée par une forêt luxuriante et surplombant le Mékong, elles représentent notamment des mains d’homme et des animaux (éléphants, tortues, poisson-chat…).
Pas encore rassasié ? L’Isan recèle aussi un riche patrimoine paléontologique. La région centrale autour de Khon Kean est un véritable Jurassic Park thaï. À 90 kilomètres à l’ouest de Khon Kaen, le parc national de Phu Wiang contient un musée et des sites de fouilles : c’est ici que fut découverte en 1993 la star locale, le fossile du Siamotyrannus, un dinosaure vieux de 110 millions d’années qui serait l’ancêtre du fameux T. Rex ! Enfin, dans la province de Nakhon Ratchasima, le musée des fossiles de Korat présente, outre des fossiles de dinosaures et d’éléphants, une belle collection de bois pétrifié.
Dans la jungle de Khao Yai

Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, ce poumon vert de 2166 km2, qui s’étend sur quatre provinces, regorge de trésors naturels : plus de 2 000 espèces végétales, 800 espèces animales, 73 types de mammifères, plusieurs sortes de forêts (mixte, pluvieuse, d’altitude…), des prairies, des montagnes culminant à 1 300 mètres d’altitude, et de spectaculaires chutes d’eau. L’une d’entre elles, Haew Suwat Fall (photo), a d’ailleurs servi de cadre au film culte The Beach avec Leonardo di Caprio.
Dans ce paradis naturel à l’état brut, recouvert à plus de 80 % par de la forêt vierge, les animaux vivent en totale liberté. On peut donc croiser dans leur habitat naturel des éléphants (223 en tout), des cervidés et des bovidés (sambar, gaur…), des singes (macaques, gibbons…), des serpents, dont le cobra, des chauves-souris (par milliers dans des grottes), un crocodile (un seul !) et toutes sortes d’insectes. Attention aux moustiques et aux sangsues, particulièrement agressives pendant la saison des pluies (mai-octobre).
ll reste aussi des ours noirs et des tigres, en voie de disparition, dans le parc de Khao Yai. Peu de chance d’en croiser toutefois. Quelque 300 espèces différentes d’oiseaux sont également recensées à Khao Yai, dont le fameux calao. À vos jumelles !
Vu le gigantisme du parc (80 kilomètres d’est en ouest), il est impossible de le parcourir à pied. Une voiture est donc conseillée pour se rendre facilement aux différents points d’intérêt. Une quinzaine de sentiers de randonnées permettent aussi de les découvrir. Il vaut mieux être accompagné d’un guide, qui connaît sans doute mieux que vous la flore du parc et les habitudes de ses animaux.
Se renseigner auprès du Visitor Center ou dans les pensions qui se trouvent à l’extérieur du parc (à Pak Chong, notamment). Sachez qu’il existe des terrains de camping et des bungalows à l’intérieur de Khao Yai.
Au pays des éléphants
Fans de Babar, la capitale thaïlandaise des éléphants se trouve au sud de l’Isan. Surin, petite bourgade provinciale, est investie chaque année en novembre par une foule de pachydermes, lors d’un étonnant festival consacré à l’animal. Défilés, reconstitutions historiques et même une partie de foot : le festival des éléphants est l’une des manifestations les plus populaires du pays.
Et pour cause… L’éléphant est à la Thaïlande ce que le coq est à la France – un symbole indissociable de l’image du pays –, mais sans doute plus encore. Au pays du Sourire, il est respecté et aimé plus que tout autre. Symbole de paix, de force et de prospérité, l’éléphant a aidé les Thaïlandais lors des guerres contre l’ennemi birman. Jusqu’en 1917, l’éléphant figurait sur le drapeau national.
Les éléphants sont toutefois menacés. Moins nombreux que jadis, il n’en reste que 5 500 (3 500 domestiques et 2 000 sauvages) dans le pays. La déforestation et la mécanisation du travail agricole ont porté de rudes coups à l’animal sacré.
Soie, marchés et som tam

Parmi les types les plus remarquables de soie du Nord-est, la mut-mee, dont la technique consiste à nouer les fils avant de les teindre, arbore de jolis motifs colorés. À quelques kilomètres de Surin, une visite aux villages des tisserandes de Ban Tha Sawang, réputé pour ses sarongs, permet de visualiser les différentes étapes de la production de soie. Au sud de Khorat, le village de Pak Thong Chai regroupe plusieurs soieries et des magasins proposant des tissus à prix d’usine (30 % moins cher qu’à Bangkok). Idéal pour le shopping.
Les gourmets, quant à eux, seront à la fête. Pour se mettre en appétit, rien ne vaut une balade dans un marché pour admirer la profusion de couleurs, de formes et de parfums issus de fruits et de plantes inconnus sous nos latitudes (fruit du dragon, jacquier, ramboutan, mangoustan…). À table, goûtez aux spécialités locales, au goût très relevé : le som tam (salade de papaye verte épicée), le kai yang (poulet grillé), la laab (salade de viande hachée épicée), le khao niaw (riz gluant) et les nouilles sautées de Khorat, la version locale du pad thai.
Les plus courageux goûteront à l’autre spécialité de l’Isan, les insectes. Sauterelles, vers à soie, criquets, et autres grillons se trouvent facilement sur les marchés. Consommés en en-cas, friandises ou assaisonnements de plats, ils sont toujours populaires. Vous laisserez-vous tenter par l’expérience ?
Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Thaïlande.
Office national du tourisme de Thaïlande
Y aller / Se déplacer
Dix vols directs hebdomadaires vers Bangkok depuis Paris-CDG avec Thai Airways. Tarifs à partir de 800 € environ l’A/R.
Des bus relient Bangkok (terminal de Mo Chit) à Nakhon Ratchasima (Korat) toutes les demi-heures 24h/24. Trajet : environ 4 heures. De Korat, liaison en bus vers d’autres destinations dans l’Isan. Attention, certains sites – notamment archéologiques – sont éloignés des grands axes.
Pour plus de liberté de mouvement, privilégiez la voiture. Possibilité de louer les services de taxis partout en Thaïlande : tarifs relativement bas, à condition de négocier.
Quand / Combien de temps y aller ?
Saison des pluies de juin à octobre : il ne pleut pas toute la journée mais il peut y avoir de grosses averses.
En avril et en mai, chaleur torride et pénible.
De novembre à mars, saison sèche, il fait toutefois assez chaud le jour (28-30 °C), et relativement frais la nuit (18-22 °C).
L’Isan étant assez étendu, il faut compter une bonne semaine pour visiter les principaux centres d’intérêt du Nord-est thaïlandais. À noter qu’il existe des liaisons aériennes entre Bangkok et Ubon Ratchathani et Udon Thani.
Où dormir ?
L’Isan est une bonne région pour pratiquer le tourisme vert. Pour consulter la liste des hébergements ayant une politique de développement durable, voir le site de la Green Leaf Foundation
Il existe également une association de tour-opérateurs et agents de voyage spécialisée dans l’écotourisme
Possibilité de loger dans des communautés villageoises pour des tarifs très bon marché, comme à Ban Prasat, près de Phimai
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Liens utiles
Thai Elephants Research & Conservation Fund
Musée des fossiles de Khorat
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