Phi Ta Khon : le Halloween de Thaïlande

21 octobre 2025

Des fantômes qui paradent dans les rues ? Des masques XXL bariolés et sertis d’imposants appendices nasaux ? Des bâtons terminés par une épaisse protubérance rouge ou agrémentés de figurines polissonnes ? Un spectacle déroutant que l’on peut voir chaque année, à la fin du mois de juin ou au début juillet, à Dan Sai, une petite ville située à l’ouest de la province de Loei, à 450 km au nord-est de Bangkok. Un Halloween thaï et l’une des festivités les plus étonnantes du Pays du Sourire.



Une fête des fantômes qui dure trois jours

Bouh, fais-moi peur… Le Phi Ta Khon (« esprits suivant les hommes », composante du festival Bun Luang) est une sorte d’Halloween en version thaï, qui aurait plus de… 400 ans. Cette « fête des fantômes » de trois jours, mêlant bouddhisme et croyances animistes, consiste en de joyeuses parades carnavalesques de jeunes gens déguisés en esprits, défilant à travers la ville de Dan Sai (450 km au nord-est de Bangkok). C’est l’une des fêtes les plus populaires de Thaïlande.
Elle prend racine dans l’une des vies (les Jatakas) de Bouddha, celle de Vessantara, prince d’une grande générosité, assez détaché de tout pour offrir sa femme, la princesse Maddi, et ses enfants, et qui, lorsqu’il revint de son exil forestier, embarqua les esprits (Chao Nai) avec lui. On dit que ces derniers se rappellent au bon souvenir des habitants lors du festival Phi Ta Khon, charge à eux de les honorer sous peine de malheur. Tâche dont ils s’acquittent avec un zèle divertissant et communicatif, sans ménager leurs efforts.
Des défilés hauts en couleur

Les défilés du deuxième jour, dédiés à Vessantara, sont ainsi hauts en couleurs : les participants arborent des costumes bigarrés, des masques inventifs décorés en bois, bambou tressé, écorce de noix de coco (reprenant des mimiques caricaturales, allégorie du désordre des fantômes), des cloches en bois, métalliques, des canettes carillonnantes et, pour certains… un pénis surdimensionné, symbole de fertilité et de prospérité.
Car la tradition de Phi Ta Khon est indissociablement liée à l’agriculture : les défilés, sur une rue d’un petit kilomètre menant au Wat Phon Chai, ont pour but de vénérer les esprits (surtout les ancêtres) afin d’assurer une météo favorable et une bonne récolte à venir. D’ailleurs, ne soyez pas surpris de croiser des hommes recouverts de boue séchée — encore un symbole de fertilité et d’abondance.
Puis les festivaliers portent littéralement le guide spirituel et quatre moines autour de la salle d’ordination (trois tours complets), avant d’enfoncer le clou en lançant dans le ciel des fusées artisanales censées provoquer des averses de pluie.

Bien sûr, les défilés en musique (et un peu d’alcool) sont l’occasion de nombreuses chansons, danses et pitreries auxquelles la foule se mêle dans une ambiance joyeuse et bon enfant. Le concours de danse entre les esprits est l’un des temps forts du festival, tout comme celui du plus beau masque. Et vous pouvez en trouver certains au… musée du quai Branly. Sinon, il est courant « d’offrir » le sien — parfois fruit de plusieurs semaines de travail — à la rivière pour conjurer le mauvais sort.
Les autres jours du festival paraissent plus tranquilles en comparaison. Le premier permet d’invoquer et d’accueillir Phra Uppakhut, le saint protecteur, tandis que le troisième est consacré à la prière et au recueillement au temple. Notez que tous les soirs, entre 19 h et 22 h, un spectacle son et lumière, le « miracle des lumières Phi Ta Khon », illumine le Wat Phon Chai.
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