’ ‘Sommes nous rendu tellement égoïste et
individualiste que quand une personne souhaite faire quelque chose de
bien nous devons en sortir les problèmes et dénigrer les bonnes
intentions de cette personne ?’ ’
C’est justement parce que des gens de bon sens ne sont ni égoïstes ni individualistes qu’ils ne veulent pas, même avec les meilleures intentions du monde, se faire plaisir pendant quelques jours ou quelques semaines en risquant, pas par perversité mais mais ignorance, de foutre en l’air le patient travail des éducateurs sociaux et des vrais associatifs brésiliens compétents.
L’assistance dans le domaine social requiert des connaissances très pointues, et se lancer dedans, c’est comme jouer au docteur Schweitzer et distribuer des médicaments sans avoir fait des années d’études de médecine.
Sauf que ça, c’est puni de prison ferme pour “exercice illégal de la médecine”, même si on ne se fait pas payer.
Suite à toutes ces discussions, j’ai joué le jeu “pour voir” et tenté d’approcher quatre associations “humanitaires” qui recrutent des gringos. Ça confirme ce que j’ai écrit ailleurs: c’est bidon, voire malsain! Le mode de paiement est très bien décrit, mais à aucun moment on ne m’a demandé un extrait de casier judiciaire vierge, ni une attestation de bonne santé physique et mentale.
C’est à dire qu’on laisse sciemment courir le risque de mettre des gosses en contact avec de doux (ou de moins doux) dingues, ou des pédo-criminels Seuls ceux qui s’engagent pour plus de trois mois et qui de ce fait doivent demander un visa sont contrôlés, non pas par l’association, mais par les services consulaires brésiliens, pour ce qui est du casier judiciaire. Pas pour le reste.
Je ne dis pas que tous les volontaires sont des pervers ou des malades: mais une structure qui ne s’en protège pas est forcément bidon. Et je persiste: où vous avez des compétences et dans ce cas on ne vous fait pas payer: on vous paye ou à la rigueur on vous défraie (le cas des médecins de MSF, des techniciens de Handicap International etc.), ou vous n’en avez pas et on se demande ce que vous ferez, si ce n’est prendre la place d’un travailleur local qui a besoin de l’emploi pour faire vivre sa famille en exerçant des tâches non spécialisées.
Alors pour ma part, malgré plus d’un quart de siècle de voyages au Brésil, conscient de mes insuffisances, je ne fais pas dans le pseudo humanitaire - pas plus qu’au Canada j’irais aider les Inuits ou les Pygmées en RCA. Je doute d’ailleurs qu’un habitant de Montréal “normal” en sache beaucoup plus sur les Inuits qu’un étranger^^.
J’en veux pour preuve la totale méconnaissance des problèmes soulevés par le choc de civilisations subi par les Amérindiens de Guyane en… Guyane, chez tous les habitants. J’ai bossé avec eux mais c’était mon job à plein temps, j’étais formé pour ça (ce qui m’incitait à la plus grande prudence et à réfléchir un maximum avant de faire quoi que ce soit). Et 99% des interventions dites “humanitaires” à leur niveau nous polluaient la vie, flanquaient par terre un travail de longue haleine, avec les meilleures intentions du monde. J’en ai retenu à peu près une seule valable: des dentistes venant sur leur temps de vacances avec du matériel pour faire des plombages. Mais c’étaient des professionnels, pas des rigolos qui venaient fraiser des ratiches sans compétences (par contre les gogos énamourés par les petits bouts de chou amérindiens, qui leur distribuaient des bonbons au kilo alors que leurs dents sont très fragiles, il y en avait des dizaines qui nous flanquaient des mois d’éducation en l’air: je me suis frité grave à ce sujet avec un ministre et un préfet)
Maintenant pour être constructif, si vraiment vous voulez aider des Brésiliens pour eux mêmes et pas pour vous, voilà quelques suggestions.
Approchez une Alliance française. Elles reçoivent des tas de demandes de gens qui veulent apprendre notre langue et elles délivrent des bourses PARTIELLES. Ce qui reste à payer, pour un pauvre, c’est encore trop. Payez la différence… s’il est bilingue il trouvera plus facilement du travail (un salarié bilingue, c’est une denrée rare au Brésil) ou du moins un travail mieux payé. J’ai fait ça pour un jeune, et quand il m’a demandé comment il pouvait me remercier, je lui ai demandé une invitation à une feijoada familiale (pour le côté convivial et je suis venu avec ma caisse d’antartica), et de faire pareil pour un autre boursier une fois qu’il aurait son salaire amélioré. (nb. pour ceux qui voudraient donner les leçons eux mêmes: enseigner, c’est un métier!)
Approchez un orphelinat ou un centre d’aide pour jeunes en situation de rupture et faites vous désigner un cas intéressant. Un jeune qui est en études techniques, avec ce que vous donnerez à une association “humanitaire”, vous pouvez lui payer l’auto école qui lui permettra d’avoir son permis. Là encore, porte grande ouverte sur le marché de l’emploi.
Avec 550 R$ à Belém on paye un cours tecnique au SENAC qui permet à un jeune de gagner 1800 R$ par mois à la COSANPA (distribution d’eau), un an après, plutôt qu’un salaire minimum à se crever dans la précarité.
Vous voulez vraiment agir par vous même sur le terrain?
OK, prenez des cours par correspondance pour devenir logisticien ou avoir au moins de solides compétences en ce domaine. Ça, plus une relative connaissance de la langue, et une ONG reconnue mondialement vous retiendra (ex fondation danielle mitterrand pour l’eau, très active au brésil, MSF, MDM, handicap international, etc.).
Seulement ça suppose un investissement sur le long terme, des mois d’études… de quoi éliminer les velléitaires. Prouvez vous à vous même que vous n’en êtes pas un ou une!