L'aventure Ouzbèke, car oui, c'est une aventure

Forum Ouzbékistan

Bonjour à tous,

Je ressors un vieux voyage de 2012 pour en faire un carnet.

Il y a beaucoup de demandes concernant l’Ouzbékistan, aussi, je suis heureux de vous faire partager mon expérience vers cette destination.

Nous étions 4 adultes pour ce périple : ma femme, sa belle-mère, son père et moi.

Nous sommes partis du 29 septembre au 11 octobre, une excellente période au niveau climat : Soleil et températures douces ont baigné ce beau séjour en Asie centrale.

Ce voyage a nécessité une pré-organisation assez importante, car le pays n’était pas très touristique à l’époque et peu accueillant pour les visiteurs individuels. Nous pourrons le vérifier par la suite, 99% des visiteurs venaient en groupes par le biais d’agences en circuit tout compris.

Le visa a été demandé auprès de l’ambassade par courrier et reçu sous 7 jours.

Le billet d’avion a été acheté sur le site de Rossiya Airlines, compagnie russe à prix très intéressant (450€ au départ de Paris CDG) Nous sommes montés à Roissy en voiture, depuis Clermont-Ferrand la veille au soir).

Les hébergements ont été réservés par internet, via une agence Ouzbek, de même que les trajets en train.

Concernant le budget, je n’ai hélas pas de données, car c’est lointain.

Aussi, je me concentrerai sur les visites, les anecdotes, le ressenti de cette expérience hors du commun, hors du temps, remplie d’aventure, de mésaventures et de moments dramatiques, car hélas, il y en a eu durant ce périple.

Voici le planning prévu pour ces 10 jours en terre ouzbèke :

Jour 1 : En vol pour Samarkand via Saint Pétersbourg.

Jour 2 : Arrivée chaotique à Samarkand, train pour Boukhara

Jour 3 : La belle Boukhara

Jour 5 : Boukhara encore

Jour 6 : Le complexe Naqchbandi et train de nuit pour Urgench

Jour 7 : Urgench-Khiva et visite de Khiva

Jour 8 : Khiva encore

Jour 9 : Khiva et vol pour Tachkent

Jour 10 : Tachkent, la capitale Ouzbèke

Jour 11 : Vol pour Samarkand et grosse galère en vue. La journée cauchemardesque.

Jour 12 : Samarkand, la vie reprend son cours

Jour 13 : Samarkand

Jour 14 : Excursion à Shakhrisabz et vol vers Saint-Pétersbourg

Jour 15 : Retour à la réalité

Le guide du routard n’ayant pas édité de guide sur ce pays, nous achetons un autre guide de la destination, un guide assez petit et futé.

Voici le récit jour par jour de ce carnet ouzbek.

Vendredi 28 septembre :

Nous prenons la route en soirée vers CDG, nous passons la nuit à l’hôtel Formule 1…

Samedi 29 septembre : le grand départ

La voiture est laissée dans un parking voiturier assez sérieux qui, avec son service de navette, nous dépose au terminal 2C.

Le vol Rossiya Airlines FV236 décolle à l’heure à destination de Saint-Pétersbourg. Le confort dans cet A319 est très mauvais et le service très moyen. Nous arrivons en fin d’après-midi en Russie.

Le transfert se passe bien dans un aéroport soviétique, tout ce qu’il y a de plus glauque. Ce n’est pas propre, les gens fument dans les toilettes, le personnel ressemble à des gardiens de goulag.

C’est avec une heure de retard que notre vieux Boeing 767 décolle pour Samarkand. Ce vol FV 879 est très bizarre, il est rempli de voyageurs ouzbeks qui nous dévisagent. Ils n’ont pas l’habitude de voir des touristes occidentaux sur ce vol. En effet, les voyageurs débarquent plutôt à Tachkent.

Dimanche 30 septembre : Cap sur Boukhara !!

Nous atterrissons en pleine nuit et c’est le chaos. Les 250 passagers du Boeing se ruent vers l’immigration. Aucune file d’attente n’est respectée, on mettra plus d’1h30 pour obtenir le tampon sur le passeport et encore 1h30 pour passer la douane.

Il faut remplir un formulaire qui indique combien nous transportons d’argent au centime près !!

Soum : zéro

Dollar : 500

Euros : 2.34

Enfin, plus de trois heures après être sortis de l’avion, nous entrons en territoire Ouzbek. Il est 5h du mat.

Un taxi nous emmène dans un hôtel pour quelques heures de sommeil, car notre train Afrosiyab pour Boukhara est prévu vers 12h00.

Il démarre à l’heure, ce train moderne qui nous emmène en 2h30, à travers les steppes ouzbeks, vers l’ancienne capitale des Chaybanides, une puissante dynastie musulmane.

Nous nous installons à l’hôtel Mekhtar Ambar, un ancien caravansérail. Le confort est sommaire, mais c’est une étape de charme.

Nous y changeons nos Dollars (à l’époque il fallait des US dollars) contre des soums. Il n’existe que des billets de 1000 soum et il en faut 3000 pour faire 1 euros… nous avons donc 1500 billets en poche, une vraie liasse !!

C’est donc, les poches remplies de billets que nous partons à l’assaut de la ville.

Notre première étape est Tchor Minor, une petite mosquée gardée par Polovnia, qui nous accueille avec le sourire. Nous grimpons sur le toit du monument avant de visiter sa boutique de souvenirs.

Puis vient notre premier apéro au bord du Liab I Khaouz, petit bassin entouré d’écoles coraniques (medersa) qui revêtent un air fantomatique à la nuit tombée. Le mix entre culture russe et musulmane a donné aux Ouzbeks un goût prononcé pour la vodka. Elle coule à flot.

Le repas fait de brochettes d’agneaux grillées, est délicieux. Ce plat s’appelle le Chachlik et il est délicieux.


Après cette journée chargé, une bonne douche sera la bienvenue, mais c’est sans compter sur les réseaux hydrauliques de l’Ouzbékistan : il n’y a pas d’eau chaude aujourd’hui. On nous conseille de tenter la douche plutôt tôt le matin, vers 5-6 h !!

Lundi 1er octobre : La belle Boukhara

A peine levé, on se jette dans la douche et il y a de l’eau…tiède…à peine tiède, mais ça fera l’affaire.

Après le petit déjeuner, on part à la conquête des trésors de Boukhara.

Les medersas du Liab I Khaouz nous ouvrent leurs portes et Nasredin, le héros local qui a sauvé un émir de la noyade avec une simple pièce, nous accueille.

Nous visitons en premier, la medersa Divanbeg, puis la medersa Koukeldash datant de 1568, qui la plus grande de la ville. Toutes deux abritent de nombreuses échoppes.

Le Liab I Khaouz abrite un dernier bâtiment historique, une Khanaka, résidence des derviches (membres d’une confrérie musulmane mythique).

Nous faisons ici une belle rencontre avec une famille de touristes Ouzbeks, venus de Fergana.

Un petit garçon tente de grappiller quelques euros en prétextant une collection de pièces. Très amusant et plutôt malin.

Nous prenons ensuite le chemin des coupoles commerçantes. Boukhara était une étape commerciale très importante sur la route de la soie.

Nous passons tout prêt d’une vieille mosquée, puis, c’est le quart d’heure shopping. Couteaux, tableaux, tapis, sacs, foulards en soie, l’artisanat de Boukhara est vraiment fascinant. Certains magasins sont installés dans d’anciens Caravansérails. D’après les vendeurs de tapis, une fois payés, ces derniers deviennent des tapis volants.

La splendide medersa Abdul Aziz nous ouvre ses portes. Ses décors de majoliques bleues sont ce qui fait de mieux à Boukhara. Elle date de 1417.

Chaque Khan (roi) a laissé son empreinte à travers une medersa. La suivante est celle d’Oulough Begh, un grand monarque de Samarkand dont l’empreinte s’est répandue dans tout le Khanat (royaume). Oulough Begh était le petit fils de Tamerlan, le napoléon ouzbek.

Nous nous dirigeons, après ces visites de medersa, vers la mosquée Kalon, que nous visiterons le lendemain. Juste en face se trouve la medersa Mir I Arab qui ne se visite pas.

La forteresse Ark Sarail, château de l’émir, ne se visite pas non plus, car elle est en rénovation. Qu’à cela ne tienne, c’est vers la prison que nous nous dirigeons alors. Nous y croisons quelques malheureux prisonniers.

Face à la forteresse, se dresse la mosquée Bolo Khaouz, connue pour ses piliers et son minaret penché.

C’est déjà le soir. Nous retournons au restaurant du bassin Liab I Khaouz, qui nous a bien plus, la veille.

Mardi 2 octobre : Boukhara encore plus

Douche tiède, petit déjeuner et c’est de nouveau partie pour une plongée dans l’art islamique.

Nous retournons à la mosquée Kalon. Très ancienne, c’est la plus grande du pays. Elle compte 288 coupoles.

Après l’avoir visitée, nous nous rendons au bazar aux bijoux, puis nous longeons la forteresse en direction du Mazar Chachma Ayoub, le mausolée d’un saint, transformé en musée de l’eau et de l’irrigation, vitale pour le pays.

Au sud de Boukhara, le mausolée de Samani est la plus ancienne construction. Il a échappé aux destructions grâce aux sables du désert qui le recouvrait entièrement. Il date de 1100.

Dans une rue proche du mausolée, nous tombons sur des commerces sympathiques : station-service, parfumeur, libraire, garagiste, bouchers…

En voyant la viande remplie de mouches, nous rigolons… comment peut-on manger ça sans mourir ? On rigolera moins après, lorsqu’attablés au restaurant, nous verrons le serveur aller acheter notre viande chez ce boucher… à suivre…

Après avoir mangé avec parcimonie la viande fournie par le restaurant, nous allons visiter les medersas jumelles.

Nous commençons par Abdullah Khan immense mais à l’abandon. En face il y a celle de Modar I Khan, la mère du Khan Abdullah.

Le gardien d’une petite mosquée nous permet d’y accéder. Dans ses ruelles, Boukhara réserve bien des surprises.

Le temps fort de la journée sera la montée au sommet du minaret de la mosquée Kalon, puis, le soleil se couche.

Nous retrouvons avec plaisir le restaurant du Liab I Khaouz, mais le repas sera gâché par l’évacuation forcée du repas avarié du midi…

En rentrant, pas de douche (eau froide…)

Nous demandons au gérant de l’hôtel s’il connait une agence pour visiter le complexe de Naqchbandi, un saint pour les musulmans. Il ne connait pas d’agence mais nous trouve un chauffeur… le père de l’ami d’un ami de son beau-frère… On se réserve donc ce tour, pas du tout organisé par un professionnel avec un guide pas du tout guide…

Bonne nuit de sommeil.

Mardi 3 octobre : Naqchbandi et le bandit ?

Notre guide, pas du tout guide, qui ne parle qu’Ouzbek vient nous chercher. Il est à l’heure et très souriant, c’est déjà ça.

Il nous conduit sur le haut lieu de pèlerinage (équivalent à la Mecque, nous dit-on).

Nous commençons par le mausolée de la maman de Naqchbandi, puis le mausolée du saint lui-même. Le guide (qui n’est toujours pas guide) nous donne plein d’explications passionnantes, mais en ouzbek. Il insiste pour nous prendre en photo devant chaque monument. Il est très gentil, on sent que ça lui fait plaisir de nous faire visiter.

Il nous emmène ensuite à Tchor Bakir, à travers les champs de coton. Nous nous arrêtons en chemin dans un restaurant douteux, qui sert de la viande grillée. On y va molo. Heureusement, la vodka est là pour désinfecter.

Nous arrivons ensuite sur cet autre lieu saint, la nécropole de Tchor Bakir. Elle compte les tombes de personnages importants comme des descendants du prophète Mahomet. Il n’est pas rare dans ce genre de lieux, de croiser des mariés.

Enfin, après un bref passage par le grand bazar de Boukhara où nous achetons un miel délicieux, nous regagnons la gare et disons aurevoir à notre guide (qui n’est toujours pas guide, mais qui le mérite).

Notre train couchette va nous emmener vers Khiva.

Une fois à bord, nous découvrons que nous avons réservé une cabine avec 6 couchette (nous sommes 4) et qu’il n’y a pas de place pour nos valises car 2 couchettes sont déjà occupées.

Alors, nous trouvons le chef de bord et lui demandons s’il a d’autres cabines. Il ne lui reste que les cabines super luxe pour 25€ de plus par personne. Banco.

Le voyage se fera donc dans la cabine super luxe, équipée d’un tv qui ne fonctionne pas, d’une douche sans eau et de toilettes, sans eau non plus… mais c’est super luxe ! Il y a même des tableaux au mur !!

Le train part à l’heure et roule toute la nuit. Pour le dîner, on a acheté ce qu’il fallait dans un resto de la gare.

Mercredi 4 octobre : Khiva, la cousine d’Agrabah

Le train nous dépose à Urgench, une ville à l’architecture soviétique sans intérêt. Nous prenons un taxi qui nous dépose à notre hôtel à Khiva, la perle du désert.

Les valises sont dans la chambre et nous avons très envie d’une douche ! Alors ? Y a-t-il de l’eau chaude ? Eh bien… il n’y a pas d’eau tout court…pas d’eau, donc pas de douche.

Nous partons donc à l’assaut de Khiva, braves vagabonds crados désinfectés aux lingettes, que nous sommes.

Capitale d’un Khanat mythique, ville musée à ciel ouvert, décor grandiose de cinéma, Khiva est une étape de charme incontournable sur la route de la soie. A peine arrivés, nous sommes dans le bain (à défaut de la douche ^^) et prenons un peu de hauteur sur les remparts pour un tour d’horizon.

Ça ressemble vraiment à Agrabah, où est Aladin ?

Le premier monument que nous visitons est le harem du palais de Josh Hauli. Ce décor de rêve a servi à de nombreux metteurs en scène. Une série est d’ailleurs en cour de tournage.

Le décor de majoliques bleues est grandiose, ce harem est l’un des plus beaux endroits de Khiva.

Comme Boukhara, Khiva, compte son lot de medersa. Les Kosh Medersa (double medersa) de Koutloud Mourak Inak et Allah Kouli Khan (à vos souhaits) se font face et datent de 1804 et 1834. Chaque Khan avait fait construire sa medersa pour marquer son règne, je me répète.

Après un passage par la porte Est, qui servait jadis de marché aux esclaves, nous passons à table, non sans avoir fait un détour par la boulangerie du quartier.

Khiva c’est aussi ses ruelles typiques, ses mosquées superbes comme celle d’Islam Kodja et ses boutiques d’artisanat.

Superbe visite que celle du mausolée de Pakhlavan Makhmoud : Il s’agit d’un lieu saint, la sépulture d’un homme pas comme les autres, le fondateur de la dynastie des Kungrad.

Une visite de Khiva ne serait pas complète sans grimper au sommet du minaret de la mosquée du vendredi, connue pour sa forêt de piliers anciens.

Le jour commence à péricliter. C’est le moment du quart d’heure shopping : bois sculpté, tissus et chapka sont au programme.

Allez, encore quelques medersa à voir, quelques belles rencontres, puis à table pour un bon repas à l’hôtel Asia. En effet, les restaurants sont rares et seuls les hôtels de luxe ravissent nos estomacs fragiles. La nuit est déjà tombée.

Jeudi 5 octobre : Adieu Khiva

Le jour suivant débute par la porte sud et les remparts très beaux à cette heure de la journée. Quelques enfants tentent de nous soutirer quelques stylos et quelques bonbons.

Etape suivante, le Kounia Ark est l’ancienne citadelle : une forteresse dans la ville. Ici on battait monnaie et les Khan recevaient les doléances dans une cour splendide.

Au sommet de la citadelle, la tour du Cheikh Blanc, le de résidence du suzerain, offre un superbe panorama sur les remparts de Khiva.

La perle de Khiva est sans doute son minaret court. Il devait être le plus haut du monde musulman, mais concurrence oblige, le Khan avait prévu de faire assassiner l’architecte dès l’ouvrage terminé. Le pauvre s’est alors enfui.

Attenant au minaret se trouve la medersa Amin Khan, transformée en hôtel de charme.

Petit tour ensuite par la case prison, puis par une autre medersa désertée et c’est l’heure de quitter Khiva après un plate de Laghman (pâtes).

Ladies and gentlemen welcome on board this Boeing 757 operating flight Uzbekistan Airways HY1060 to Tachkent…

C’est en avion que nous rejoignons la capitale du pays. En 1h30 de vol au-dessus du Kyzyl Kum, le désert rouge, nous y arrivons. Un taxi nous emmène dans notre hôtel préféré de tout le séjour : le Sayram.

Cet hôtel est merveilleux : il y a un bon resto, une chambre confortable et une douche avec de l’eau chaude !!! Alléluia !! Néanmoins, nous allons y vivre une expérience insolite qui pourrait être terrifiante !!

Vendredi 6 octobre : Le début des ennuis

Il est 5 heures du matin et nous faisons de beaux rêves car nous avons bien mangé la veille au soir et nous avons pris notre première douche chaude depuis des jours. Tout va bien quand…

Boum boum boum !

Quelqu’un tambourine à la porte et hurle : « police ! Passeport »

Je me lève la tête dans le c** et ouvre la porte. Une dizaine d’hommes en costume kaki, armés de mitraillettes toquent à toutes les portes. Je ne sais pas pourquoi, mais je pense d’abord à une attaque terroriste. Mais non c’est bien la police. L’agent me demande mon passeport. Je lui réponds qu’il est à la réception, puis je referme la porte.

De peur de me voir confisquer mon précieux passeport et d’être bloqué à vie dans ce merveilleux pays, je m’habille vite fait bien fait et descends à la réception. D’autres policiers armés sont en train d’éplucher tous les registres de l’hôtel.

Je demande nos passeports à la réceptionniste qui est en pleurs et me dit « please, may be go to your room » Tout ça ne sent pas très bon.

Deux heures plus tard nous descendons tous les 4 pour prendre le petit déjeuner. Il se passe normalement si ce n’est les 4 policiers placés aux quatre coins de la pièce, ambiance soviétique garantie.

La réceptionniste nous appelle un taxi et nous partons à l’assaut de Tachkent, après avoir tout de même récupéré nos passeports.

Petit aparté : Mon beau père qui nous accompagne est atteint d’un cancer de la plèvre. Le pronostic vital n’est pas bon du tout. Se sachant condamné mais allant plutôt bien, malgré les traitements, il nous a demandé de partir en voyage sur la route de la soie, qu’il voulait découvrir. Voir Samarkand et mourir nous a-t-il dit pour nous convaincre d’y aller. C’est le pourquoi de ce voyage. Cela va avoir une incidence sur la suite des évènements.

Alors que nous avons atteint la place Amur Jimur (Tamerlan), nous sommes accueillis par la façade soviético-coranique de l’hôtel Ouzbékistan.

Nous retirons sans problème quelques dollars au distributeur, dans le hall de l’hôtel, puis le beau-père nous indique qu’il commence à se sentir un peu faible. Il se sent essoufflé. En effet, il pense avoir attrapé froid à Khiva.

Nous levons donc le pied sur les visites et essayons de trouver une pharmacie, affaire à suivre)

Tachkent, rayée de la carte par un séisme en 1966, n’a plus grand-chose d’historique. Toutefois, dans ce cadre urbain soviétique, quelques monuments ont survécu.

La medersa Koukeldach et la mosquée du vendredi font partie de ces survivants de l’histoire. Bien abîmées, elles ont été restaurées par les Russes.

Juste à côté, le bazar Chorsu est le plus grand de la ville. Légumes, tissus, électro-ménager, on trouve de tout au bazar Chorsu. On y trouve même des médicaments. On nous remet un traitement pour aider le beau-père à aller mieux. Il est un peu essoufflé mais tient le coup. Il veut continuer de visiter la ville.

C’est l’heure de manger mais tout, dans les points de restauration présents au marché, invite à la gastro, donc nous passons notre chemin. Les mouches et les larves pendues sur la viande, ça ne se digère pas très bien. On avale donc des chips et des snickers achetés dans une échoppe.

Nous n’avons trouvé aucun restaurant dans cette ville !

Autre curiosité de Tachkent : le métro

Chaque station a été dessinée par de grands artistes. Il vaut le détour. Il est interdit d’y faire la moindre photo. Je me fais donc un plaisir de contourner cette interdiction [mode discret ON]

Après ce trajet dans les entrailles de la capitale Ouzbèke, nous arrivons au complexe Cheikh Antaour qui regroupe une medersa et des mausolées superbes.

La journée finit en beauté avec le complexe Hazrati Immam qui regroupe mosquée, mausolée et medersa. Cette dernière est magnifique et de belles échoppes occupent aujourd’hui les cellules des étudiants.

Le travail des artisans est très méticuleux. Tout est fait à la main, du moins, c’est ce qu’on nous dit.

On termine la visite par le très beau mausolée, tombe de l’un des premiers immans, mort en mission en 976. Plus loin, la mosquée Tellia Cheikh clôt cette journée à Tashkent.

Il n’est pas très tard, mais le beau-père doit se reposer un peu. Il commence vraiment à fatiguer.

Nous rentrons à l’hôtel et découvrons qu’il a fermé ses portes par décision de justice.

En travers de la porte se trouve un ruban rouge avec un scellé de police. Tout va bien !

Par les vitres sur le côté de la porte, la réceptionniste nous invite à entrer par l’entrée des artistes. Sur le côté de l’immeuble, nous trouvons une petite porte. Nous descendons l’escalier qui nous mène à la cave, la traversons et montons un nouvel escalier qui nous conduit dans le hall.

La réceptionniste s’excuse. L’hôtel est fermé. Néanmoins, nous pouvons y rester pour y passer notre dernière nuit, mais il leur est interdit de nous servir à manger. Idem pour le petit-déjeuner. Et de plus, ils ont coupé l’eau !! Donc pas de douche ce soir, pour changer…

Au moins, on a un lit et de l’électricité. On n’a pas tout perdu.

Le soir, nous marchons un peu pour dîner au restaurant Jumanji, conseillé par la réceptionniste. Ce restaurant est un délice.

La nuit de sommeil se passe bien dans notre hôtel fermé.

Samedi 7 octobre : Une journée en enfer :

Il y a des journées qu’il vaut mieux oublier. Ce genre de journée où rien ne va. Et ce jour, c’est aujourd’hui.

Nous nous levons aux aurores pour prendre le vieil Airbus A310 d’Uzbekistan Airways, vol HY1317 à destination de Samarkand.

Tout se passe bien durant ce court vol de 45 minutes.

Nous retrouvons l’aéroport de Samarkand, mais cette fois, nous sortons rapidement. Un taxi nous emmène à notre hôtel et nous rencontrons un problème. Il est complet. Le gérant nous propose un autre hôtel à 500 m de là. Jusque-ici pas de souci, mais l’état de santé du beau-père se dégrade rapidement. D’un peu essoufflé, il est passé à détresse respiratoire.

Le gérant de l’hôtel nous appelle un taxi pour faire les 500 m vers le nouvel hôtel.

Beau papa va s’allonger et nous faisons une réunion de crise.

Il est urgent de trouver un médecin. Le personnel du nouvel hôtel est très désagréable et peu enclin à nous aider, alors, nous allons demander de l’aide au gérant de l’ancien hôtel.

Il nous trouve un ami à lui, qui parle français et déclenche une chaine de solidarité.

Le monsieur nous emmène avec sa propre voiture voir un dispensaire. Mais ça ne donne rien. Il nous faut de l’oxygène Rien de plus, rien de moins et le dispensaire n’en a pas.

L’état de santé est de pire en pire, donc nous retournons à l’hôtel pour allonger le beau-père.

Le gentil monsieur appelle une ambulance pour le conduire à l’hôpital.

Arrivent alors une estafette avec une infirmière et un docteur coiffé d’un chapeau façon Klu klux klan. Si la situation n’était pas si dramatique, on en aurait rigolé.

C’est parti pour l’hôpital. Le gentil monsieur nous y emmène, car l’ambulance ne compte que 3 sièges. Elle ressemble davantage à un tuktuk.

Après près de 2 heures d’attentes le médecin nous informe qu’il a ausculté beau papa, mais n’a rien fait. Nous lui disons qu’il lui faut juste de l’oxygène, mais non, rien à faire, personne ne comprend. Le gentil monsieur traduit en ouzbek, mais rien à faire. Peut-être que l’hôpital n’a pas d’oxygène. C’est donc retour à l’hôtel.

Là, je décide d’appeler l’assistance de la carte visa pour obtenir de l’aide. Je dois appeler d’un taxiphone car à l’époque, je n’avais pas de smartphone. On me demande des numéros de clients, des noms etc. Je perds un peu patience. Au final on me rappelle pour me dire que l’assistance n’intervient pas dans le cas d’une maladie préexistante à l’achat des billets. Il aurait mieux valu se casser une jambe, me dit-on.

Il est 16h00, nous courons depuis le matin. Le choix est donc fait de rentrer en France.

J’appelle la Rossiya Airlines à Paris pour modifier nos billets (qui sont modifiables) Ils sont injoignables. Alors j’appelle le service client à Saint-Pétersbourg et demande à changer le billet pour partir par 1er vol qui part de Samarkand vers Paris. Hélas, le prochain est le nôtre dans 3 jours.

Je demande alors à changer la ville de départ pour Tachkent. Hélas, l’agent, très désagréable, me dit qu’il faut aller dans une agence Rossiya pour cela, il ne peut rien faire. La seule agence présente en Ouzbékistan est à Tachkent et elle ouvre lundi matin. Et on fait comment ?

On me répond, « may be take another airline »

OK, nous allons au bureau de notre ancien hôtel. Le gérant me prête son ordinateur et j’achète 2 allers-simples (ma belle-mère et mon beau-père) de Tachkent vers Paris pour le soir même.

Le beau-père m’a convaincu de rester ici, ma femme et moi, pour prendre plein de photos de Samarkand, ville, qu’il ne verra jamais.

Le vol part à 3h40 du matin vers Saint-Pétersbourg. Nous ferons le trajet de 5h vers la capitale en taxi.

Le gérant nous trouve un taxi qui nous donne rdv à 20h00.

Avant d’entamer la route, le chauffeur est gentil et passe devant les monuments de Samarkand, pour les montrer à notre malade et à ma belle-mère.

La route est interminable vers l’aéroport de Tachkent. Personne ne parle, nous sommes inquiets.

Vers une heure du matin, nous nous disons aurevoir et c’est seuls, ma femme et moi que nous retournons, avec le taxi, à Samarkand.

Mon beau-père a des consignes. Ne montrer à aucun moment qu’il ne va pas bien pour éviter que l’avion ne se déroute pour raison médicale vers le Kazakhstan ou la Russie.

Le trajet de 5 heures vers Samarkand est terrible…nous sommes inquiets et tristes.

Dimanche 8 octobre :

Vers 6 heures du matin, on nous dépose dans l’hôtel. Je tente une douche pour me réchauffer et « Ô miracle ! » il y a de l’eau et elle est chaude.

Après quelques heures de sommeil, nous nous levons et allons prendre le petit-déjeuner. Nous avons le ventre vide depuis plus de 24 heures maintenant.

Est-ce que le vol est parti ? Est-ce que tout va bien ? Nous sommes inquiets.

Néanmoins, il ne faut pas se laisser abattre. On a promis de faire plein de photos de Samarkand et de profiter au maximum de la fin du voyage, donc en route.

La mythique capitale de Tamerlan, qui régna au 14ème siècle, nous attend.

Il a légué à la cité les plus beaux monuments de l’Ouzbékistan.

On commence par la mosquée Bibi Khanoum, construite à la gloire de l’épouse préférée de Tamerlan. Hélas, elle a mal fini car pendant que son époux était à la guerre (et il y était souvent) elle voulut lui faire une surprise en lui faisant construire une mosquée. Pour que les travaux aillent plus vite, elle offrit ses faveurs à l’architecte, mais Tamerlan découvrit la vérité. Il fit jeter la malheureuse du haut du minaret et obligea toutes les femmes à se voiler lorsque le mari était absent.

Aujourd’hui Khanoum repose dans le mausolée en face de la mosquée.

Nous allons ensuite sur la place du Registan, la plus belle place du pays là où 3 medersa grandioses se font face. C’est le cœur de Samarkand et c’est unique au monde. C’est un peu comme si 3 cathédrales gothiques se faisaient face.

La première que nous visitons est celle d’Oulough Begh (le petit-fils de Tamerland, déjà rencontré à Boukhara). Réformiste, il fut décapité par son propre fils, très conservateur. Son minaret est de travers.

La medersa accueillait autrefois les plus grands savants et astronomes. Aujourd’hui, les échoppes d’artisanat les ont remplacés.

Juste en face, la medersa Chir Dor est la plus célèbre, la plus travaillée et la plus surprenante. Son portail est unique dans le monde musulman, car il y figure deux lions, alors que l’art figuratif est interdit dans l’islam.

La medersa fut construite par le Khan de Khiva, Kouli qui voulait réveiller la cité endormie. A l’époque, Samarkand avait perdu son titre de capitale au profit de Boukhara.

Nous faisons une pause dans la visite pour avaler un plat dans un resto très moyen situé en face de la place, puis nous y revenons.

La mosquée-medersa Tilla Kari est le 3ème monument de la place. Son nom signifie « couvert d’or » et en voyant le dôme de la coupole à l’intérieur, on comprend pourquoi elle s’appelle ainsi.

La place du Registan est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, mais les Russes ont parfois un peu trop rénové. Ils ont en effet rasé des quartiers entiers pour construire en lieu et place, des parkings de bus.

Nous nous rendons ensuite au Gour Emir, le mausolée de Tamerlan, d’Oulough Begh et d’autres membres de la famille. Le site est grandiose.

Le soleil se couche sur Samarkand. Nous obtenons enfin des nouvelles de beau papa. Arrivé à Roissy après un voyage éprouvant, il a reçu tout l’oxygène dont il avait besoin là-bas. Ça l’a requinqué immédiatement. Il voulait même repartir…Mais il s’est contenté de rentrer chez lui, à Marseille après avoir modifié son billet de train.

Nous sommes donc rassurés et nous nous couchons après avoir mangé dans un excellent restaurant de Samarkand.

Lundi 9 octobre : des galères encore

Après un petit déjeuner catastrophique (on nous sert les restes de la veille, rien n’est frais et les plats sont entamés…) Nous passons près de notre ancien hôtel, pour donner des nouvelles au gérant qui avait été si sympa. Nous découvrons qu’il lui reste des chambres, alors, nous lui demandons de revenir dans son hôtel ce qu’il accepte.

Nous rajoutons même une nuit, car notre vol étant prévu à 3h00 du matin, cela nous offrira un peu de repos.

Nous passons ensuite par la poste pour envoyer nos cartes postales écrites il y a un petit moment déjà et nous voilà de nouveau à la conquête de Samarkand.

Notre première étape est la nécropole Shar I Zinda. C’est un lieu sacré qui abrite les tombeaux de cousins de Mahomet. Qassim Ibn Abbas est l’homme qui emmena l’Islam dans la région.

Le site est superbe, la visite nous prend toute la matinée.

A midi, nous allons dans le même restaurant que la veille au soir. Mais cette fois, nous y sommes très mal reçus. Le gérant nous fait attendre dehors car il garde les places pour les groupes de touristes. Il nous faut attendre plus de deux heures pour manger, alors nous déguerpissons un peu énervés et nous rabattons sur un autre resto pas très bon. Première galère.

Nous allons ensuite visiter un quartier épargné par la grande rénovation soviétique ravageuse. Ici, nous rencontrons plein d’enfants tous plus attachants les uns que les autres. Cette rencontre aura été un coup de cœur. Nous touchons du doigt la vraie vie ouzbèke.

Nous n’avons plus beaucoup de sous, donc il nous faut un distributeur. Le guide petit et futé que nous avons, nous indique qu’il y en a un dans un grand hôtel, nous y allons en taxi. Hélas, il est en panne.

Alors, nous reprenons un taxi pour aller dans une banque, qui ferme…il est 16h00.

Alors nous allons au marché où le 3ème distributeur est en panne… nous rentrons donc à l’hôtel, bredouilles… quelle galère !

Le gérant viendra une nouvelle fois à notre rescousse. Tout d’abord, nous avons besoin d’un taxi pour la journée du lendemain. Il nous le trouve sans souci.

Ensuite, il nous conseille un resto pour le soir. Mais pour y aller, il nous faut des sous. Le chauffeur du taxi qui nous conduit au resto nous aidera à trouver notre bonheur dans un hôtel excentré.

Nous avons 100 dollars pour finir le séjour ! Ouf ! Il nous les échange lui-même contre 300 billets de 1000 soums.

Le resto était génial, avec une grande piste de danse, de la musique et des mariages.

Nous rentrons bien fatigués à l’hôtel.

Mardi 10 octobre : le dernier jour

C’est le dernier jour et nous allons le passer à Shakrisabz, la ville natale de Tamerlan. Hoctan, notre adorable chauffeur de taxi nous accompagne pour cette journée à 50 dollars.

Nous traversons les montagnes du Zeravchan, puis, nous nous retrouvons en face de la statue monumentale du napoléon ouzbèke.

La crypte de Tamerlan, dans laquelle il ne repose pas et le complexe Hazrati Immam, fondé par Oulough Begh, nous dévoilent leurs trésors : medersa, mosquées, mausolées.

Enfin, nous traînons un peu dans le bazar Chorsu avant de partir.

Pour le repas, impossible (encore) de trouver un resto correct (et pourtant on n’est pas difficile), alors on s’achète des chips et des tomates.

Hoctan nous ramène à notre hôtel pour un peu de repos.

Le vol retour sera épique avec la Rossiya Airlines, l’enregistrement, les contrôles de sécurité, la douane nous ont pris plus de 3 heures, un vrai calvaire.

Nous sommes presqu’heureux de retrouver notre 767 russe pour un voyage retour sans histoire.

De retour à CDG, nous reprenons notre voiture au parking voiturier et reprenons aussi nos vies en se disant qu’on a de la chance de vivre en France.

Conclusion :

Ce fut un voyage riche en découvertes avec un peuple d’une gentillesse extraordinaire. Néanmoins, le sentiment final est mitigé. En effet, en cas de souci de santé, l’Ouzbékistan est difficile. A l’époque, il était compliqué de manger s’il l’on n’était pas dans un groupe de touristes. De nombreux restaurants nous ont refusé l’accès pour cette raison. De même retirer de l’argent a été une vraie épreuve à Samarkand, ville de 800.000 habitants.

Enfin, la mésaventure de la descente de police a fini de nous donner une image de pays postsoviétique aux pratiques douteuses. Je n’ai pas parlé des récépissés de nuitées qu’il a fallu garder précieusement après chaque nuit dans les hôtels, sous peine d’amende…

Je reste donc mitigé, mais je ne regrette absolument pas cette expérience. Si c’était à refaire, je le referais, mais je ne compte pas y retourner.

Le beau papa s’est éteint quelques mois plus tard. Il n’a pas vu Samarkand, mais a visité Boukhara, Khiva et Tachkent, étapes essentielles de la route de la soie. Il a emporté avec lui ces jolis souvenirs de villes mythiques. Ce carnet de voyage lui est dédié.

Merci de m’avoir lu.

3 « J'aime »

Bonsoir,
Je viens de parcourir votre carnet, et il m’a beaucoup plu.
Bien sûr, il est assombri par la fin proche du beau-père de votre épouse.
Vous y étiez en 2012, j’y suis allé en 2024.
Les infrastructures se sont bien améliorées, j’y ai par exemple quasiment toujours bien mangé et les hôtels étaient bien, et avec eau chaude :grinning:
Mais qu’on utilisait peu, il faisait vraiment chaud.
En ce qui concerne la vie des Ouzbeks, partout très aimables, ils sont passés d’un régime soviétique à un régime disons musclé qui peine à s’assouplir.
L’Ouzbékistan a été une belle découverte. À tel point que cet été j’irai visiter ses voisins : Kirghizistan et Kazakhstan.
Bonne soirée.

Bonjour Christian, j’avais lu que les choses se sont améliorées et c’est tant mieux.

Je lorgne de plus en plus sur les voisinstans moi aussi… J’ai lu un carnet sur le Kirghizistan qui m’a beaucoup plus.

l’Ouzbékistan est une destination plus culturelle et le patrimoine est immense mais pas très varié. On reste dans le trio medersa-mosquee-mausolees, même si ce sont des monuments grandioses.

Mon coup de coeur reste Khiva. Cette ville avait une ambiance toute particulière. Un côté Aladin, conte de fée, mille et unes nuits.

Magnifique carnet et belle aventure humaine. Merci de l’avoir partagé avec nous. C’était très riche.

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