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Un peu d’histoire Barcelone

Barcelone, la ville d'Hamilcar ?

Barcelone est l'une des plus anciennes villes d'Espagne. Selon la mythologie, c'est Hercule qui l'aurait fondée. Plus sérieusement, on ignore si Barcelone était habitée avant la période romaine, mais on suppose qu’un camp fut établi vers 230 av. J.-C. par le Carthaginois Hamilcar Barca, sur la colline de Montjuïc. C'est lui qui aurait donné son nom à la ville. Les Romains fondent en tout cas une ville autour du mont Taber au Ier siècle av. J.-C. : les vestiges de la muraille et des colonnes, dans le Barri Gòtic actuel, montrent que cette colonie, qui avait pour nom Barcino, était assez importante. La ville était prospère, tirant ses revenus de la pêche et de la production agricole.

Les invasions

Entre 260 et 270 apr. J.-C., Barcelone et Tarragone sont dévastées par les Alamands et les Francs. Pendant deux siècles, la Catalogne est envahie et occupée successivement par les Suèves, les Vandales, les Alains, les Germains et les Wisigoths. En 715, c'est au tour des musulmans de s'approprier Barcelone, en la rebaptisant Barjalonah. Puis le roi franc Louis le Pieux s'empare de la ville en 801. Les Carolingiens vont établir un réseau de comtés, avec à leur tête des vassaux originaires de la région. Barcelone devient une ville-frontière dans la Marche d'Espagne, zone tampon au sud des Pyrénées destinée à servir de bouclier en cas d'éventuelles invasions.

Naissance d'une autonomie

Le joyeux drille Guifre le Velu, né en 865, fils du comte d'Urgell, conquiert avec ses frères les bastions catalans voisins, dont Barcelone. Il crée de nombreuses fondations religieuses dans la ville et la région.
En 988, le comte de Barcelone rompt avec le régime de vassalité qui le liait au roi des Francs. C'est le premier acte d'autonomie catalane. Son comté agit alors en toute indépendance, en resserrant les liens avec les comtés voisins.
Au XIIe siècle, le mariage de Raymond Béranger IV, comte de Barcelone, avec Pétronille d'Aragon donne naissance à la Confédération catalo-aragonaise. Celle-ci devient rapidement une grande puissance méditerranéenne, annexant Majorque, Valence, la Sicile, la Corse, la Sardaigne, des territoires grecs et enfin Naples au XIVe siècle. Les échanges commerciaux avec les pays du nord de la Méditerranée, mais aussi avec l'Afrique et le Proche-Orient, enrichissent les marchands catalans.
C'est sous le règne de Pierre III le Cérémonieux, à la fin du XIVe siècle, que se forme la Generalitat, organisme délégué des cortes (assemblées) : elle exerce des fonctions exécutives en matière de droit, de politique et de finances.

Le déclin

Vers la moitié du XVe siècle, deux événements marquent le déclin de la Catalogne. En 1469, le mariage d'Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon annonce un début d'unité entre la Castille et la Confédération catalo-aragonaise.
La découverte de l'Amérique a pour conséquence, quant à elle, de déplacer les échanges commerciaux vers l'Atlantique. En 1640 éclate la Revolta dels Segadors (révolte des Moissonneurs), premier épisode d'une guerre contre le roi d'Espagne qui se terminera par la capitulation de la Catalogne.
En 1705, elle est impliquée dans un conflit international : la guerre de Succession au trône d'Espagne. Les Catalans soutiennent l'archiduc Charles d'Autriche, mais sont vaincus lors du siège de Barcelone en 1714. Philippe d'Anjou est intronisé roi d'Espagne sous le nom de Felipe V et instaure le décret de Nova Planta, qui abolit les structures juridiques et administratives de la Catalogne.
Il supprime la Generalitat et érige un énorme fort, la Ciutadella, pour surveiller la ville. Le catalan est interdit dans l'administration, la justice et l'enseignement, au profit du castillan. La Catalogne est soumise à la monarchie espagnole.

Croissance industrielle et misère ouvrière

Une croissance s'amorce, et l'on construit en 1753 le quartier ouvrier de La Barceloneta. En 1778, la levée de l'interdiction de commercer avec l'Amérique stimule l'économie de la ville. Au début du XIXe siècle, la ville, est marquée par les guerres napoléoniennes.
Vers 1830, Barcelone développe l'industrie du liège tandis que la viticulture prend son essor. Les guerres dites « carlistes » freinent quelques temps le développement économique de la région, mais dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'industrialisation de la Catalogne reprend son essor. On rapporte d'Angleterre de nouvelles machines à tisser, tandis que les machines à vapeur prennent le relais des chevaux.
Problème : on vit très mal dans les quartiers populaires, avec des logements insalubres et des enfants sont mal nourris et mal soignés. De multiples révoltes éclatent, réprimées dans le sang.
En 1843, Barcelone est bombardée du haut de la colline de Montjuïc après plus de deux mois de grèves et de manifestations.
Des industriels comme Eusebi Güell, le mécène de Gaudí, tentent d'inventer des systèmes un peu plus humains pour les ouvriers. Ils créent des colònies industrials. L'usine, les maisons des ouvriers, l'église, l'école et la maison du directeur sont réunies à l'intérieur d'une même enceinte, et les enfants bénéficient d'un enseignement gratuit.

Extension et exposition universelle

La population augmentant de 28 % par an, il faut bientôt agrandir la ville. Un concours destiné à ébaucher les plans futurs est ouvert en 1859. C'est finalement le projet d'Idelfons Cerda qui est retenu pour l'Eixample (l'Extension). Avec son quadrillage régulier, il devait être aéré par des jardins publics et des parcs.
Hélas, la spéculation immobilière aidant, les espaces verts se voient peu à peu grignotés pour faire place à de superbes maisons bourgeoises, parfois de style moderniste. La ville en profite pour accueillir l'Exposition universelle de 1888, qui faillit provoquer sa faillite. L'Avingunda del Parallel, le monument à la gloire de Christophe Colomb et l'Arc de triomphe sont également édifiés à cette époque.

La Renaixença

Barcelone va mieux : elle exporte du vin et du liège, et les bénéfices de ces ventes sont investis dans l'industrie textile qui devient le moteur de l'économie catalane.
Un mouvement littéraire et social naît au milieu du XIXe siècle : la Renaixença, en même temps que le romantisme européen. Il verra fleurir des poèmes, des journaux et des magazines, écrits en catalan, les intellectuels donnant ses lettres de noblesse à une langue qui n'était jusque-là que parlée, puisque interdite dans l'enseignement et l'administration. C'est le réveil de la « catalanitude ».
Le mouvement est aussi social avec l'émergence des syndicats. Un vent de progrès souffle sur la Catalogne.
C'est aussi la naissance du modernisme, mouvement artistique dont Barcelone a été le plus beau théâtre.

Anarchie, grèves et coup d'État

Les Catalans sont bientôt séduits par les thèses anarchistes. Jusqu'au début du XXe siècle, Barcelone sera le théâtre d'attentats anarchistes, allant même jusqu’à être surnommée « La Rose de Feu » à cause des nombreuses explosions. La ville compte 500 000 habitants en 1900, après avoir accueilli des paysans pauvres d'Espagne et des immigrants de Cuba et Porto Rico.
En 1909, suite à une décision de Madrid d’envoyer des Barcelonais pour aller rétablir l'ordre au Maroc, le peuple se révolte. C'est la Semana trágica (la Semaine tragique) : des dizaines d'édifices religieux sont saccagés et plusieurs ouvriers exécutés en représailles.
En 1914 est créée la mancomunitat de Catalunya, qui réunit les quatre provinces catalanes, avec un parlement sans pouvoir réel mais qui exige néanmoins la création d'un État catalan au sein d'une fédération espagnole. Des grèves terribles éclatent dans les années 1919-1920, à tel point que l'état de guerre est déclaré à Barcelone. 229 personnes y trouvent la mort.
Le coup d'État du capitaine général de Catalogne Miguel Primo de Rivera impose une dictature de sept ans à l'Espagne tout entière. Il interdit la mancomunitat, le puissant syndicat anarchiste CNT et même le football-club de Barcelone, symbole de la « catalanitude ». C'est lui qui appuie la candidature de la ville pour accueillir une nouvelle Exposition universelle, qui a lieu à Montjuïc en 1929. L’immense édifice néoclassique du Palais National est édifié en un temps record pour accueillir les cérémonies d'ouverture. On en fera plus tard le Museu nacional d’Art de Catalunya.

La guerre civile

À la chute de Rivera en 1930, les nationalistes catalans de gauche, conduits par Francesc Macià et Lluís Companys, proclament la république de Catalogne. Un nouveau gouvernement régional, la Generalitat, est créé. Mais c’est une illusion car Madrid tient encore les rênes du pouvoir.
À la mort du président Maciá, Companys lui succède et proclame à nouveau l'État catalan de la fédération espagnole. Madrid répond en condamnant les membres de la Generalitat à 35 ans de prison. Lorsque le front populaire remporte les élections, en 1936, la Generalitat est restaurée, et les prisonniers libérés : la Catalogne bénéficie, pour peu de temps, d'une réelle autonomie.
Mais Franco, qui a soulevé l'armée d'Afrique au Maroc, et rallié à lui nombre de places militaires en Espagne, éteint ce fragile espoir. En mars 1938, les nationalistes franquistes lancent une offensive en Aragon et le front de l'Èbre devient le théâtre de batailles sanglantes. Les forces catalanes en déroute abandonnent la ville fin 1938 aux nationalistes.

L'ère Franco

200 000 Catalans choisissent l'exil, près de 200 000 autres sont tués lors d'une impitoyable répression. Companys, réfugié en France, sera livré aux autorités espagnoles par la Gestapo et fusillé sur la colline de Montjuïc.
Sous l'ère Franco, le catalan est banni des écoles et interdit dans la rue. Parmi les opposants se trouve le docteur Jordi Pujol, emprisonné en 1960 pour avoir chanté un air catalaniste au cours d'une visite de Franco à Barcelone. Trois ans plus tard, il fonde une banque pour soutenir l'économie catalane.
Pendant les dernières années du régime franquiste, l'opposition s'organise : l'Assemblea de Catalunya est créée en 1971. Les militants se réunissent pour scander « Amnistie, Liberté, Autonomie ». Il faudra attendre la mort du dictateur en 1975 pour voir leur rêve exaucé.

L'autonomie

Aujourd'hui, l'Espagne est divisée en 17 « régions et nationalités autonomes » qui disposent du droit de s'autogouverner. Si le gouvernement autonome de la Catalogne (la Generalitat) a les mains libres pour la culture, l'urbanisme, le commerce, le tourisme et les affaires sociales, il partage le pouvoir en ce qui concerne par exemple les transports et l'énergie. Il perçoit directement des impôts spécifiques, plus un tiers de l'impôt sur le revenu auprès de l'État.
En 1982, c'est Barcelone qui est choisie pour accueillir les Jeux olympiques de 1992. Pour la ville, c'est l'occasion de construire des hôtels et améliorer les voies d'accès. La ville tout entière se met en chantier : elle ravale ses façades, nettoie ses rues, ses plages, réorganise et agrandit son port. La métropole bouillonne encore aujourd’hui d'une intense activité culturelle et artistique.
Après les Jeux, Barcelone s'est réveillée métamorphosée, et elle est ainsi devenue une destination touristique urbaine à part entière.
La capitale catalane a continué de manifester sa vivacité et son dynamisme au travers de nombreuses manifestations. Après avoir célébré Gaudí en 2002, Dalí et le Forum en 2004, 2005 et 2006 furent consacrées à la Gastronomie, et 2007 aux Sciences et au Sport.





 

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