États-Unis : Washington, ville capitale

États-Unis : Washington, ville capitale
Lincoln Memorial © BRIAN_KINNEY - stock.adobe.com

Washington, siège du pouvoir ? Washington, c’est la Maison-Blanche bien sûr et le Capitole, où se fait et se défait la politique américaine. Washington, c’est aussi la vitrine de tout un pays. Une coulée verte immense (3 km), le Mall, y regroupe monuments commémoratifs essentiels et musées XXL. La Smithsonian Institution en possède à elle seule 19, tous gratuits, exprimant chacun une facette de cette nation hautement plurielle. Certains visiteurs prévoient une bonne semaine pour réussir à en venir à bout. Une ville capitale, dans tous les sens du terme.

À l’ombre du Capitole

À l’ombre du Capitole
Capitole de Washington © BRIAN_KINNEY - stock.adobe.com

Ce sont les délégués des 13 premières colonies qui, au lendemain de l’indépendance, décidèrent de la création de Washington. Le site, en amont de l’embouchure du Potomac, offrait un bon compromis géographique entre Nord et Sud, aux intérêts déjà divergents.

Le plan quadrillé de la capitale, entrecoupé de grandes diagonales prestigieuses, a été conçu par l’architecte français Pierre Charles L’Enfant. Au centre de toutes choses : l’énorme Capitole, écrasé par son dôme. C’est là que, depuis 1800, se réunissent la Chambre des représentants, aux 435 membres élus pour deux ans (proportionnellement à la population) et le Sénat, aux 100 recrues élues pour six ans (à raison de deux pour chacun des 50 États américains).

Tout le monde est invité à explorer les lieux. Vu l’affluence, mieux vaut réserver (www.visitthecapitol.gov). Non que la visite guidée soit inoubliable : menée au pas de course, écouteurs sur les oreilles, elle permet de traverser la crypte (salle des pas perdus) et jeter un coup d’œil à la première Cour Suprême, avant de détailler les grandes toiles sublimant l’histoire américaine de la rotonde, où Washington apparaît quasi divinisé. Dernier stop : le hall des Statues, représentant les différents États. Il y a là beaucoup de personnages drapés dans leur dignité, mais aussi un chef indien, un roi hawaïen et un astronaute !

Pour en voir davantage, il faut montrer patte blanche : passeport requis et nouveau contrôle de sécurité. C’est à ce prix que l’on accède aux galeries dominant la vaste salle du Sénat, veillée par des bustes de personnalités les plus diverses (Napoléon inclus !).

La coulée verte du Mall de Washington

La coulée verte du Mall de Washington
Mall de Washington © Vivvi Smak - stock.adobe.com

Lorsque L’Enfant, à la demande de George Washington, traça la future capitale à la fin du 18e siècle, il imagina une large artère inspirée des Champs-Élysées. Les bisbilles qui le virent écarté du projet, la guerre de 1812 (au cours de laquelle les Anglais détruisirent Washington) et les cordons de la bourse en décidèrent autrement – jusqu’à ce que, au début du 20e siècle, ses plans soient exhumés et magnifiés. C’est alors que fut déroulée, sur 3 km, l’énorme coulée verte du Mall, courant du Capitole jusqu’au fleuve Potomac, à l’ouest.

Tout ce qui compte à Washington est là, ou à proximité. La gigantesque Library of Congress, reliée au Capitole par un passage souterrain. Le Washington Monument, au colossal obélisque (169,30 m) dressé en 1884 en mémoire du premier président américain.

Lincoln Memorial © viii - stock.adobe.com

Puis une litanie d’autres monuments commémoratifs, plus ou moins grandiloquents, célébrant tour à tour les victimes militaires de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée, puis de celle du Vietnam – où s’inscrivent, sur un interminable mur de granite noir, les noms de 58 022 soldats morts identifiés au moment de sa construction, en 1982 (le chiffre a depuis été réévalué à 58 318).

Tout au bout du Mall, le héros de l’unité du pays, Lincoln, trône, assis, sous un temple de marbre blanc à la grecque. Martin Luther King, dévoilé par Barack Obama au crépuscule de sa présidence, n’est pas bien loin. Suivent encore Roosevelt et Jefferson, eux aussi sanctifiés. Côté nord du Mall, enfin, dans le downtown : la Maison-Blanche (pas de visite).

Smithsonian-mania

Smithsonian-mania
Smithsonian Institute © f11photo - stock.adobe.com

Si les allées piétonnes du Mall invitent à de longues balades à pied ou à de fervents joggings, l’axe sert aussi de colonne vertébrale aux plus beaux musées du pays.

Tout commença en 1846, avec le gros legs d’un riche scientifique britannique, James Smithson, dont on ne sait toujours pas trop ce qui le motiva (il ne mit jamais les pieds dans le pays !). Plus d’un siècle et demi plus tard, le Smithsonian Institute forme le plus grand complexe au monde de musées (19) et de centres de recherche (9). Il gère ainsi 142 millions d’objets, possède son propre magazine et s’octroie le luxe de ne jamais faire payer la moindre entrée !

La grosse bâtisse de briques rouges baptisée The Castle, premier siège du Smithsonian (1855), témoigne de débuts plus timides. L’institut y a aujourd’hui installé son visitor center, où sont exposées quelques pièces illustrant l’incroyable diversité de ses musées. Comment choisir ? En ne choisissant pas. Chacun, à sa manière, apporte une pierre à l’édifice de la culture américaine, offrant ainsi une vue complémentaire des élans et des folies qui ont rythmé l’histoire du pays.

L’idéal est de prévoir au moins quatre ou cinq jours, voire une semaine, en se limitant à un ou deux musées par jour – leur taille ne permettant pas vraiment d’en digérer davantage. Après, pour respirer : une bonne toile, les lundis d’été, sur le gazon du Mall, lors des séances en plein air Screen on the Green. Couverture et glacière (fortement) conseillées.

Les grands musées de Washington

Les grands musées de Washington
National Museum of Natural History © Kamira - Shutterstock

Commençons par le plus ancien (1911) : le National Museum of Natural History, chouchou des familles. En attendant le retour au printemps 2019 de sa smala de dinosaures, on y retrouve tous les animaux de la création (fort bien) empaillés, leurs doubles en squelettes à l’étage, des écrans simulant notre trogne en Neandertal.

Autre attrait majeur du musée : une invraisemblable collection de minéraux et de pierres précieuses – comprenant une pépite de 2,55 kg, une émeraude de 858 carats et le plus gros diamant bleu du monde (le Hope), volé à Louis XVI en 1792…

National Air & Space Museum © Sean Pavone - Shutterstock

Un demi-siècle plus tard, sous le règne de Lyndon B. Johnson, le Smithsonian s’offrait le National Museum of American History. Pas de lent déroulé du passé, ici, mais une approche thématique : développement des moyens de transport (de la loco à vapeur à la Batmobile), cuisine, inventions, esprit d’entreprise… Au 1er étage, autour du sanctuaire de la sacro-sainte bannière étoilée de 1814, les expos partent en quête de l’Américain dans sa diversité. Au 2nd, sérieux requis : ici, on parle de présidents, de first ladies et de guerres.

En 1974, le Hirschhorn Museum ancrait la capitale dans l’ère de l’art contemporain. Deux ans plus tard, alors que la sonde Viking Lander ramenait les premiers échantillons de sol martien, le National Air & Space Museum était inauguré pour le bicentenaire de la Révolution. Un musée dingue (en rénovation partielle dans les années à venir), où l’on croise biplans, avions-fusées, sondes et engins spatiaux, V2, missiles nucléaires russes et ricains !

Les musées de la diversité

Les musées de la diversité
National Museum of the American Indian © Helen89 - Shutterstock

Dans les années 1980, la diversité commença à s’imposer : à côté du vieux Freer, le Smithsonian inaugura la Sackler Gallery (art asiatique) et, de l’autre côté du jardin, le Museum of African Art. Ce n’était pourtant qu’un début…

En 2004, l’héritage amérindien du continent entier s’installa (enfin !) au National Museum of the American Indian, dans une débauche de coiffes, parures, bijoux et ornements, objets cultuels et usuels. Il n’y est pourtant pas question que d’esthétique : le traitement des Indiens par les Américains est aussi questionné. C’est bien là le mérite de ce pays, monstrueux à ses heures, mais qui sait se regarder en face.

Statue de Tommie Smith au National Museum of African American History and Culture © John S. Quinn - Shutterstock

Dernier-né des grands musées du Smithsonian, inauguré en 2016 par Barack Obama, le National Museum of African American History and Culture n’offre pas davantage de concessions au passé. L’esclavage et la ségrégation, méticuleusement disséqués, y ont une place centrale, menant en cortège jusqu’au cercueil d’Emmett Till, un gamin de 14 ans lynché dans le Mississippi, en 1955, au point d’en être devenu méconnaissable – un événement qui contribua à lancer la campagne pour la défense des droits civiques.

Toute honte bue (la France, apprend-on, est responsable de 18 % de la traite négrière), on grimpe à l’étage admirer la trompette de Louis Armstrong et la Cadillac rouge de Chuck Berry. Plus léger. Au fait, n’oubliez pas de réserver : il y a souvent plusieurs semaines d’attente pour décrocher un billet !

Et la diversité des musées…

Et la diversité des musées…
National Gallery of Art © DavidNNP - Shutterstock

Hors Smithsonian, ceux qui ont encore une once d’énergie affronteront le U.S. Holocaust Memorial Museum, extrêmement bien conçu (le silence s’y impose) ; le catalogue complet de l’art européen et américain de l’intarissable National Gallery of Art ; les queues des Archives Nationales pour voir l’original de la Déclaration d’indépendance ; et la célébration de la liberté de la presse au Newseum, sponsorisé par le quotidien USA Today.

Plus controversé, le tout nouveau Museum of the Bible, financé par un milliardaire évangélique, se partage en deux univers a priori inconciliables : l’esprit et le cœur. D’abord un étage didactique explorant avec sérieux l’histoire des saintes Écritures, collection de parchemins et de Bibles à l’appui (l’authenticité de certains fait débat…). Puis, à l’étage inférieur, côte à côte, un film d’animation chrétien, un village de Judée en carton-pâte, figurants inclus, et un show délirant brossant les principaux épisodes de l’Ancien Testament à coups d’animations sonores et visuelles, d’hologrammes et de saynètes larmoyantes !

Plus ludiques : les gadgets du Spy Museum, les portraits ratés (et quelques-uns réussis) des personnalités américaines au National Portrait Museum, les planches à billets verts du Bureau of Engraving and Printing, un coup d’œil au Pentagone (sur réservation), ou les pipes à opium et la crack house du musée de la Drug Enforcement Agency… Heureusement, le musée des Menstruations, ouvert par un hurluberlu dans la cave de sa bicoque du Maryland, en lointaine banlieue, est fermé depuis un moment. Un de moins à visiter.

Paddle, chasse aux fantômes et soutiens-gorges

Paddle, chasse aux fantômes et soutiens-gorges
Aviron sur le Potomac © Bill Perry - stock.adobe.com

Après ces excès d’air conditionné, il n’est pas inutile de respirer un peu. Sur le Mall. Au zoo (dépendant lui aussi du Smithsonian). Au cimetière national d’Arlington. Ou, plus près, dans les rues de brique ombragées du vieux quartier de Georgetown, arrondissement hipster par excellence, où se serrent restos, clubs branchés et boutiques chic. À la belle saison, on y loue canoë, kayak ou paddle pour voguer sur le Potomac ou le C&O Canal.

Mais que faire, encore ? Un pique-nique plane spotting au parc de Gravelly Point, étalé dans l’axe des pistes de l’aéroport Ronald Reagan ? Filer vers Delaware Avenue (n° 700) pour voir l’église multicolore transformée en art space ? S’offrir une séance de voltige à la Trapeze School ? Plus sûr : une séance de patinage au Wharf ou sur le romantique bassin-patinoire du Jardin de sculptures de la National Gallery of Art. Seul bémol : il faut attendre l’hiver.

Octagon House © DavidNNP - Shutterstock

Une chasse au fantôme, alors ? Les ghost tours mènent de haut en bas de l’étroite volée de marches de L’Exorciste, puis à Tragedy Square (Lafayette Park de son vrai nom), où trône l’Octagon, la demeure la plus hantée de la ville.

Plus alternatif : un tour au Palisades Park, sur les rives boisées du Potomac, où le Blair Witch Project réaffirme à sa manière la folie ordinaire : là, dans un bois encore plus lugubre l’hiver, pendent mobiles effrayants, poupées vaudoues et nightmare catchers (pour changer des dream catchers). Les dames sont priées de venir avec leur soutien-gorge pour faire une offrande aux branches du Bra tree.

Fiche pratique

Retrouvez tous les bons plans, adresses et infos pratiques dans le Routard Etats-Unis, Nord-Est.

Consulter notre guide en ligne Washington

Comment y aller ?

United Airlines et Air France assurent un vol quotidien direct entre Paris-CDG et Washington Dulles (avec des tarifs d’appel sous 500 € l’A/R) ; tous les deux partent en milieu de journée pour atterrir dans l’après-midi. Trouvez votre billet d’avion.

Quand y aller ?

Au confluent des zones climatiques océanique tempérée et subtropicale, Washington connaît des étés invariablement chauds et étouffants (27 °C et 66 % d’humidité en moyenne) et des hivers frais à froid (3 °C de moyenne). Les chutes de neige sont généralement assez faibles, même si quelques tempêtes nappent parfois la ville sous une grosse couche de poudreuse. À vrai dire, mieux vaut venir au printemps ou à l’automne, saisons les plus agréables !

Comment se déplacer ?

Si Washington est étendue, l’essentiel des centres d’intérêt se regroupe aux abords du downtown et du Mall, que l’on parcourt à pied ou à vélo (en libre-service). Pour le reste, il y a les 6 lignes du métro, pratique quoique les stations soient assez éloignées les unes des autres et les travaux fréquents (en été notamment). On y accède avec une carte magnétique rechargeable. Fort utile aussi : le DC Circulator, un bus dont les 6 lignes desservent tous les sites touristiques importants de la ville (ligne rouge autour du Mall, verte jusqu’au zoo, etc.). On déconseille fortement de louer une voiture : peu pratique et parkings exorbitants !

Où dormir ?

Lors de tout voyage dans les grandes villes du Nord-Est américain, l’hébergement est l’un des principaux postes de dépenses. Washington ne fait pas exception à la règle – bien au contraire !

Heureusement pour les petits budgets, on y trouve quelques bonnes auberges de jeunesse, comme le High Road Hostel DC, Hostelling International Washington DC ou le DC Lofty. Plus excentrée, mais d’un très bon rapport qualité-prix : l’International Guest House, tenue par des… mennonites ! Selon le même principe, mais aux mains des quakers : William Penn House. Il y a aussi un camping très agréable, en pleine nature, au Greenbelt Park, géré par le Service des parcs nationaux, mais là il est nettement préférable d’avoir une voiture (ligne verte du métro à environ… 3 km).

Ceux qui recherchent davantage de confort auront l’embarras du choix. S’il ne faut pas compter trouver de motels en ville même, les chaînes sont bien implantées, avec des tarifs oscillant entre 120 et 250 $ la double.

Pour ce prix, on peut préférer séjourner dans un des B & B de la ville, pour la plupart petits (1-2 chambres) et regroupés au sein d’une unique association centralisant toutes les réservations. Impossible de les contacter en direct ! Sinon, il y a l’Adams Inn, assez low-key, l’American Guest House, dans l’agréable quartier de Kalorama, ou l’Akwaaba, chicos même si toutes les chambres ne se valent pas.

Où manger ?

On ne vous étonnera guère en vous disant que vous aurez l’embarras du choix ! Ville multiethnique, Washington regorge d’adresses en tous genres, allant du petit resto éthiopien, grec ou indien (notamment dans le quartier d’Adams Morgan) aux grandes brasseries historiques du centre (façon Old Ebbitt Grill à deux pas de la Maison-Blanche) ou faites pour y ressembler (l’excellent Ted’s Bulletin par exemple, très rétro Art déco, sur 14th Street).

Le midi, vous pourrez vous restaurer sans (trop) vous ruiner dans une multitude de petites chaînes locales à dominante santé : Sweetgreen, ChoptSalad, Beefsteak (surtout végétarien !), Cava, Protein Bar

Les chaînes de burgers de luxe (comme Shake Shack ou Five Guys) sont également bien présentes, et on trouve des pizzas à tous les coins de rue – on aime bien &pizza, où l’on compose soi-même sa pizza (ovale), cuite en 1 min chrono sous nos yeux.

Dans le coin du Mall et des musées, par contre, le choix est extrêmement restreint : on se rabat alors sur les innombrables food trucks alignés le long des trottoirs sur Constitution Avenue, Independence Avenue ou 14th Street. Attention tout de même à l’hygiène et aux tarifs, pas toujours très clairs (confirmez avant !).

Et pour le fun, si vous traînez dans le coin de U Street (nombreux bars) : Ben’s Chili Bowl, fondé en 1958, entre box, néons et vieux comptoir en formica.

Liens utiles

www.washington.org  Le site du tourisme à Washington

www.potomacriverboatco.com  Et pourquoi ne pas rejoindre le joli quartier de Georgetown et la vieille ville d’Alexandria en bateau par le Potomac ?

www.freetoursbyfoot.com/washington-dc-tours  Free tours de la ville

www.washingtonwalks.com  Visites guidées (payantes) à pied ou en bus

www.trolleytours.com/washington-dc  Visites guidées (payantes) en trolley selon le système hop on hop off (circuit en boucle de 25 arrêts)

Voyages - États-Unis, 384 pages, 35 €

 

Texte : Claude Hervé-Bazin

Mise en ligne :

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