Grèce : Hydra, le joyau des îles Saroniques

Grèce : Hydra, le joyau des îles Saroniques
Hydra © Jean-Philippe Damiani

À seulement 1 h 30 de bateau d’Athènes, l’île d’Hydra abrite l’un des plus beaux ports de la Méditerranée, avec son village bâti en amphithéâtre et ses splendides demeures d’armateurs du 18e siècle. Entre criques secrètes et montagnes coiffées de monastères, ce bijou des îles Saroniques, où aucune voiture ne circule, invite aussi à de jolies balades face au bleu envoûtant de la mer Égée. Une excellente manière de prolonger un séjour dans la capitale grecque ou un voyage dans le Péloponnèse voisin, sous le soleil exactement.

Hydra, l’un des plus beaux ports de la Méditerranée

Hydra, l’un des plus beaux ports de la Méditerranée
Ânes sur le port d'Hydra © Jean-Philippe Damiani

Une montagne surgie des flots, brûlée par le soleil et déserte, qui déploie ses flancs abrupts et rocheux sur une quinzaine de kilomètres. C’est la première impression que donne l’île d’Hydra après un peu plus d’une heure de traversée depuis Le Pirée. Puis, dans une échancrure de son rivage escarpé, c’est l’enchantement : lové entre les falaises, à l’abri derrière deux bastions, surgit l’un des plus beaux ports de Grèce, si ce n’est de la Méditerranée.

Derrière les quais dallés de marbre, où sont amarrés les caïques et les yachts des plaisanciers, une cascade de maisons blanches ou colorées dévale de la colline, formant un pittoresque amphithéâtre. Sur la promenade, le port se donne en spectacle, avec ses palais, ses passants, ses terrasses de café animées, les enfants qui jouent et des ânes sagement alignés qui attendent leur cargaison. 

Car aucune voiture, ni engin à moteur (à part un camion-poubelle et un fourgon d’incendie), ne vient troubler la sérénité des lieux. Hydra est encore l’un des rares endroits au monde où l’on se déplace toujours à pied, en bateau ou à dos d’âne. Tout, d’ailleurs, victuailles comme matériaux de construction, est transporté par ces vaillants équidés. Un enfer pour les ânes peut-être, mais assurément un paradis pour le promeneur, tant le temps semble s’y être arrêté.

Dans la ville d'Hydra © Jean-Philippe Damiani

On s’élance avec bonheur dans le labyrinthe de ruelles pavées qui surplombent le port. Toute la vie de l’île se concentre dans la petite ville d’Hydra (2 000 habitants) qui semble ne pas avoir bougé depuis des siècles.

Un enchevêtrement de petites maisons aux murs chaulés, des volées d’escaliers et un dédale de venelles, des chats assoupis ou joueurs à tous les coins de rue, une pharmacie qui a conservé son décor d'antan, le violet incandescent des bougainvilliers et le parfum du jasmin… Le tableau est irrésistible, peut-être encore plus la nuit, à la lueur des réverbères. 

Hydra envoûte, depuis longtemps. Nombre d’hôtes célèbres ont d’ailleurs succombé à son charme, conférant à l’île un petit côté jet set et cosmopolite, à commencer par Sophia Loren, venue y tourner Ombres sous la mer, qui qualifia Hydra de « plus bel endroit sur la terre ».

Parmi les autres peoples séduits par l’île : Marias Callas, Onassis, Peter Ustinov, Pablo Picasso, Henry Miller, Eric Clapton, Mick Jagger et, bien sûr, Leonard Cohen qui possédait une résidence secondaire à Hydra, où il passait une bonne partie de l’année…

Hydra, un âge d’or de la Grèce

Hydra, un âge d’or de la Grèce
Palais Tombazi vu du port © Jean-Philippe Damiani

À Hydra, certaines demeures sont plus hautes et plus belles que dans les autres îles grecques. Certes, on y trouve des maisons traditionnelles blanches, comme partout ailleurs, mais aussi des sortes d’hôtels particuliers, les archontika. Leurs hautes façades percées d’étroites fenêtres les font ressembler à des forteresses de pierre, recelant en leur sein des cours et des patios fleuris, des loggias rappelant les palazzi génois et des intérieurs luxueux.

Ces palais datent pour la plupart de la fin du 18e s, l’âge d’or d’Hydra. L’île, qui comptait alors 25 000 habitants, était une grande puissance maritime. Sous l’occupation turque, Hydra avait développé une importante flotte marchande qui a enrichi des familles d’armateurs d’origine albanaise.

Hôtel particulier de Lazaros Kountouriotis © Jean-Philippe Damiani

Ce sont ces mêmes armateurs qui ont construit les somptueux archontika que l’on voit aujourd’hui, ouvert la plus ancienne académie de marine marchande au monde encore en activité et joué un rôle déterminant dans la guerre d’indépendance contre les Turcs dès 1821. Deux grands héros de l’insurrection grecque, Andreas Miaoulis et Geórgios Koundouriótis, sont ainsi nés à Hydra. L’île a aussi donné à la Grèce cinq premiers ministres, un président et quatre ambassadeurs. Une histoire que l’on peut découvrir au musée d’Hydra, situé sur le port.

Parmi les plus belles demeures d’armateurs, on peut visiter l’académie des Beaux-Arts (palais Tombazi) et surtout l’hôtel particulier de Lazaros Kountouriotis. Ce somptueux palais fortifié à la façade orangée, qui domine le port, abrite un musée d’histoire et une décoration d’un grand raffinement qui donne une idée de la richesse des grandes familles hydriotes d’alors.

Monastère de la Dormition de la Vierge © Jean-Philippe Damiani

De la terrasse du musée, le panorama sur la ville, la mer et les collines est somptueux. Près du port, on distingue la tour d’horloge du monastère de la Dormition de la Vierge (18e). Son cloître de deux étages entoure une église décorée d’ex-votos et de mosaïques.

En levant le regard vers les hauteurs de l’île, des maisons plus modestes partent à l’assaut des collines. C’est le quartier populaire de Kiafa, avec son inextricable lacis de ruelles dominé par les silhouettes des moulins d’Agios Athanasios.

Balades sur Hydra

Balades sur Hydra
Anse de Mandraki © Jean-Philippe Damiani

Hydra, pour la plupart des touristes qui viennent y passer la journée, se résume à son port. Or, si magnifique soit-il, il serait dommage de s’en contenter. L’île s’étend sur une quinzaine de kilomètres, recelant nombre de paysages méditerranéens préservés, entre criques secrètes, oliviers, maquis et montagnes. Plusieurs balades sont envisageables avec des pauses baignade en chemin. Attention, il y a peu d’ombre et le soleil cogne fort en été.

À l’est du port, une promenade facile sur le bord de mer conduit à la plage de galets aménagée de l’anse de Mandraki (30 min), passant en chemin devant deux petites églises toutes mignonnes (Hydra en compterait près de 300 en tout !).

Plage de Plakès © Jean-Philippe Damiani

On peut préférer les plages de l’ouest. De charmantes petites criques sont facilement accessibles via une promenade avec vue sur la mer, les îlots au large et les côtes de l’Argolide. Avlaki, la plus proche, est aménagée d’une plate-forme pour les baigneurs, Kaminia possède un port pittoresque et une taverne bien agréable, à 15 min du port d’Hydra.

Plus loin, un belvédère offre un beau panorama sur l’ouest de l’île, le petit pont étroit et la plage aménagée de Vlychos (30 min) avec ses transats et ses parasols. Une quinzaine de minutes de marche après, on arrive à Plakès et sa plage de galets (dont une partie est privatisée par un hôtel). Enfin, beaucoup plus loin, les plages de l’ouest, comme celle de Bisti, ne sont accessibles qu’en bateau-taxi.

Monastère du Profitis Ilias © Jean-Philippe Damiani

En continuant après Plakès, la promenade en bord de mer bifurque vers l’intérieur des terres en direction du hameau d’Episkopi. En chemin, on traverse quelques oliveraies, des paysages de maquis au pied de puissants massifs rocheux. Sur le sommet de quelques-uns, des bâtisses toutes blanches évoquent d’attentives vigies, ce sont des monastères suspendus entre la mer Egée et le ciel.

Panorama depuis le monastère Profitis Ilias © Jean-Philippe Damiani

L’un d’entre eux, le monastère du Profitis Ilias, se rejoint via l’une des plus belles randonnées de l’île (1 h 30).

Perché au-dessus d’une pinède à plus de 500 m d’altitude, il offre un panorama saisissant à 180° – magique lors du coucher du soleil – sur les autres îles Saroniques, la mer, la péninsule de l’Argolide et jusqu’à Athènes par temps clair. Au sommet, où l’on n'entend plus que le vent et quelques oiseaux, le temps semble suspendu.

Un peu plus loin, le sentier conduit au point culminant de l’île : le mont Eros (593 m). Curieux voisinage pour un monastère.

Fiche pratique

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Discover Greece : le site officiel du tourisme en Grèce

Comment y aller ?

- Vols directs pour Athènes avec Aegean Airlines au départ de Paris-CDG, Nice, Marseille, Lyon, Bordeaux, Lille, Nantes, Toulouse et Strasbourg. Aegean Airlines, « meilleure compagnie régionale européenne » aux World Travel Awards depuis 9 ans, dessert 31 destinations en Grèce.

Pour se rendre de l’aéroport au port du Pirée, on peut prendre le bus X96, le métro ou le taxi en utilisant l’appli Beat, très populaire en Grèce.

- Pour se rendre à Hydra depuis Le Pirée : plusieurs traversées quotidiennes avec Hellenic Seaways depuis la porte E8. Compter 1 h 40 de trajet. Tarif : 29,50 €.

- Pour se rendre à Hydra depuis Ermioni ou Metrochi (Péloponnèse) :  jusqu’à 15 traversées par jour. Compter 6 €.

Quand y aller ?

Le printemps (mai-juin) et l’automne (septembre-octobre) sont les meilleures saisons. Températures agréables et fréquentation moindre. Beaucoup de monde à Hydra en juillet-août, mais aussi de 11 h à 15 h sur le port (excursions à la journée). De novembre à Pâques, certains établissements ferment leurs portes et l’île tourne au ralenti.

Bonnes adresses

- Bratsera Hotel : à deux pas du port d’Hydra et au calme, une ancienne fabrique d’éponges (Bratsera) du 19e siècle transformée en hôtel de charme doublement primé, à la déco particulièrement élégante. Une vingtaine de chambres sont disposées autour d’une jolie cour-jardin avec une piscine et une terrasse. Excellent petit déjeuner buffet et resto (cher). Doubles à partir de 135 € petit déjeuner compris.

- Achilleas Pension : à quelques minutes de marche du port, une pension familiale d’une dizaine de chambres confortables et bien équipées. Cour intérieure et vue sur le port depuis la terrasse. Bon accueil. Doubles à partir de 65 €.

- Psaropoula Restaurant : une très belle terrasse surplombant le port où déguster une bonne cuisine traditionnelle et parfumée ainsi que des plats d’inspiration italienne. Plats copieux et service attentif. Compter 25-35 € le repas.

- Kodylenia Taverna : une taverne avec terrasse donnant sur le petit port de Kaminia, à 15 min de marche d’Hydra. L’endroit idéal pour prendre l’apéro au coucher du soleil avant de dîner d’une cuisine traditionnelle honnête et copieuse. Compter 20-25 € le repas.

- Kai Kremmidi : à deux pas du port, dans la rue qui mène au Bratsera, une adresse incontournable pour les souvlakis, gyros, salades et autres grillades. Bon rapport qualité-prix. Très populaire et le service s’en ressent parfois. Mieux vaut emporter sa commande pour la déguster au bord de l’eau.

- Fournos : sur le port, à côté du bar The Pirate et à droite en tournant le dos à la mer, une boulangerie où acheter des tyropitas (chaussons au fromage) et autres feuilletés garnis, mais aussi des pâtisseries, pour manger sur le pouce.

- Spilia Beach Bar : idéalement situé au bord de l’eau à l’entrée du port d’Hydra, on peut y prendre un verre au coucher du soleil dans une ambiance branchée chic.

- The Pirate : sur le port d’Hydra, à droite en tournant le dos à la mer, une institution locale ouverte depuis 1976, très animée, avec une grande terrasse et de bons cocktails. 

- Cool Mule : face au débarcadère, un petit glacier très apprécié pour ses crèmes onctueuses à souhait et ses créations originales.

Visite guidée

Hydra Walking Tour : diplômée d’histoire et d’archéologie, Maria Voulgari, qui est également professeur, propose des visites guidées d’Hydra en anglais pour se familiariser avec la riche histoire des lieux (également thématiques). Cette native d’Hydra nous fait partager sa passion pour cette île hors du commun, avec un enthousiasme communicatif. Une bonne initiation, vivante et personnelle, à la culture locale.

Texte : Jean-Philippe Damiani

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