Costa Rica : le parc national Corcovado, un voyage dans le voyage

30 novembre 2016

Le Corcovado ? L’un des parcs naturels les plus sauvages et les mieux préservés du Costa Rica, à la biodiversité exceptionnelle.
Le visiter constitue une expérience hors norme, dans une région qui semble loin de toute civilisation, au cœur d’un univers où la nature règne en maître.
L’une de nos journalistes s’est rendue au Corcovado, pour un trek à travers la faune et la flore exceptionnelles de cet éden d’Amérique centrale. Récit d’une aventure inoubliable.
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Le Costa Rica sauvage

À quoi pourrait ressembler la nature, sans la présence de l’homme ? Au Parc national Corcovado. C’est du moins ce que l’on ressent en pénétrant dans son épaisse forêt tropicale humide, où vivent de nombreuses espèces d’animaux, souvent menacées.
Sauvage et préservé, le Corcovado est bien plus qu’un simple parc. D’une part, il occupe la moitié de la péninsule d’Osa, soit environ 450 km2, un paradis pour les amateurs de snorkelling (à Bahia Drake), de kayak (dans le Golfo Dulce) et, ici, de randonnées. D’autre part, il ne se laisse pas explorer si facilement... Pas de grand parking où garer sa voiture, guidé par un rabatteur, comme dans d’autres parcs. Pas non plus de guichet, où acheter son ticket d’entrée.
Non, rien de tout cela : pour y pénétrer, même pour quelques heures, il faut avoir un minimum organisé son séjour et être accompagné d’un guide. Cette mesure est loin d’être une contrainte : c’est au contraire une chance.
Seul un guide saura vous montrer la cachette d’un tapir endormi, d’une minuscule grenouille venimeuse ou d’une famille de chauves-souris, lovées dans les feuilles enroulées d’un jeune palmier... Sans lui, les visiteurs non avertis que nous sommes pourraient rester des jours dans la forêt sans ne jamais rien voir.
Une biodiversité d’exception

Bienvenue dans l’une des forêts tropicales primaires les mieux préservées d’Amérique centrale. Là où la faune et la flore sont livrées à elles-mêmes, loin de toute humanité.
Pour les amateurs de chiffres, le Corcovado regroupe 10 000 espèces d’insectes, près de 2 500 espèces de plantes, pas moins de 140 espèces de mammifères et pas loin de 400 espèces d’oiseaux !
Ici, les singes ne viennent pas nous observer de près, comme à Manuel Antonio, parc le plus petit et le plus fréquenté du pays. À notre passage, ils continuent simplement leur vie. Un de leur passe-temps favoris ? Cueillir des mangues, ici en nombre, et les croquer succinctement avant de les rejeter. Voilà pourquoi, à peine entamées, elles tapissent le sol et dégagent comme une forte odeur de cidre dans la jungle.
À nos pieds, s’activent aussi des armées de fourmis. Elles avancent en ligne, fragment de feuilles sur le dos. Une jolie parade qui trouve évidemment son explication : en se décomposant dans la fourmilière, ces derniers donneront naissance à des champignons, leur nourriture.
Parmi les espèces menacées, on aperçoit des tapirs de Baird, des fourmiliers géants ou encore la harpie féroce, un des plus grands rapaces d’Amérique. Comme si de rien n’était, des hordes de pécaris, sortes de mini-sangliers, traversent le chemin un à un. Tout comme les coatis, cousins des ratons-laveurs, qui surgissent parfois par dizaines. Il s’agit là de femelles et de petits : les mâles, eux, s’en sont allés en solitaire.
Les plus chanceux des visiteurs croiseront peut-être une maman puma et ses petits… Dans la rivière Rio Sirena, près de la station du même nom, on aperçoit même des crocodiles.
Quant aux oiseaux exotiques... ils sont partout ! Comme le manakin à cuisses jaunes, qui passe pour rivaliser avec Michael Jackson à la danse du Moonwalk... Certains autres pondent des œufs d’un turquoise incroyable. On pense d’abord à une blague du guide, qui les aurait peints... avant de réaliser qu’ils sont bien réels. On les doit au tinamou, un oiseau marron furtif qui ne vole pas très bien et dont le chant, singulier, reste en tête toute la journée.
En route pour le cœur du Corcovado

Pour véritablement vivre l’aventure, le mieux est de découvrir le Corcovado à pied en rejoignant La Sirena, station des rangers la plus centrale du parc. Dans l’idéal, il faut y rester 3 jours/2 nuits : une journée pour s’y rendre, une seconde pour explorer le cœur du parc, et une troisième pour repartir.
Marcher jusque là-bas est déjà une aventure en soi : sac sur le dos, nous voilà seuls avec nous-mêmes, et, surtout, sans moteur (on les utilise déjà bien assez comme ça au Costa Rica !). Le trek au départ de Carate est magique : sur 19,5 km (environ 7 h de marche), il longe la côte Pacifique, entre plages désertiques et sentiers forestiers.
Nos traces de pas, laissées dans le sable vierge grisé, nous donnent le sentiment d’être les tout premiers à fouler les lieux. Parfois il faut enlever ses chaussures pour traverser des rivières qui viennent se jeter dans l’océan. Le long de la plage, on aperçoit de nombreux oiseaux, comme des toucans ou des aras rouges, à la recherche d’amandiers tropicaux, leur nourriture favorite.
Dans la forêt, beaucoup de singes. Le Corcovado est d’ailleurs le seul parc du Costa Rica où vivent, simultanément, les quatre espèces de primates présentes dans le pays : singes araignées et hurleurs, capucins moines et singes écureuils (appelés Saimiris, ce sont les plus rares d’Amérique centrale).
La pause déjeuner, bien méritée, prend place dans un endroit idyllique : à l’ombre des cocotiers, face à l’océan... dans lequel on se baigne volontiers pour se rafraîchir (même si l’eau est incroyablement chaude).
Il faudra encore marcher 3 heures pour atteindre la station des rangers de Sirena, mais dans cette forêt enchantée, toute notion de temps semble disparaître. À peine arrivés, un guide nous signale qu’il a repéré un bébé paresseux à quelques kilomètres... on rechausse ses chaussures et c’est reparti !
Sirena : un camp hors du temps, de superbes randonnées

La vie au camp est singulière, comme coupée du monde. Dans ce semblant de civilisation qui ne ternit pas la nature, on vit sommairement, loin de nos préoccupations habituelles. Notre seule obligation : suspendre ses sacs poubelles et sa nourriture : les animaux ne sont jamais très loin et affectionnent les expéditions nocturnes !
Ici, la vie est simple : on dort en collectivité chacun dans une tente, on se lave à l’eau « froide » dans une douche rudimentaire et on ne pense plus à rien. Les moments de pause, entre deux randonnées, sont propices à la sieste ou à l’échange avec les autres randonneurs, venus des quatre coins du monde.
Le matin, on se lève tôt. Très tôt. Tout bon guide le sait : l’aube est le moment propice pour observer la nature. Tout bon guide vous donnera donc rendez-vous à 5 h du matin, pour la première balade de la journée. À Sirena, on ne peut, de toute façon, guère dormir plus... Bien avant que le soleil ne se lève, la sonorité de la jungle est déjà à son comble.
Les singes hurleurs, bien réveillés, se font entendre à des kilomètres à la ronde. Des sons mélodieux, quasiment envoûtants, retentissent à travers la forêt : ce sont les chants des râles de Cayenne, de drôles d’oiseaux gris et marron au bec jaune et aux pattes rouge vif.
S’enfoncer dans la jungle
Toute la journée, on s’enfonce dans la jungle épaisse en suivant le guide de près. À chaque mètre ou presque, il trouve quelque chose à nous montrer : un tapir, un fourmilier recroquevillé dans un arbre, un paresseux... Quand les jambes commencent à se faire lourdes, il nous emmène au Rio Claro, pour se baigner, mais pas seulement... Voilà qu’il recouvre d’argile le visage des randonneurs volontaires ! Bien mieux qu’un séjour en thalasso !
Le lendemain matin arrive vite : c’est déjà l’heure du départ. Le chemin du retour a beau être identique, il semble différent. La marée y est pour quelque chose : submergées à l’aller, de minuscules îles sont désormais découvertes. On peut y grimper et encore découvrir des merveilles, comme de petites orchidées blanches qui poussent au pied des palmiers. Pas plus pressé que nous de rentrer, le guide nous invite à faire un détour secret... dans une grande grotte habitée par des centaines de chauves-souris.
Soyez prévenu : il est difficile de revenir d’un tel voyage. Pour reconnecter avec le monde réel, mon guide, Nito, a depuis longtemps trouvé une belle astuce : ramasser les déchets laissés par la marée dans de grands sacs poubelles. Il avait donc tout prévu... Des souvenirs plein la tête, chacun l’accompagne dans son geste jusqu’à l’arrivée.
Fiche pratique
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Comment y aller ?
Vols directs quotidiens depuis Paris-CDG avec Air France. Vols avec escales avec d’autres compagnies comme Iberia ou American Airlines. Trouvez votre billet d’avion.
Le parc du Corcovado se trouve au sud-ouest du Costa Rica, à environ 400 km de San José. L’aéroport le plus proche est celui du Puerto Jimenez.
Avant votre voyage
- Prenez suffisamment de médicaments pour toute la durée de votre séjour.
- Voyagez avec votre ordonnance rédigée en « Dénomination commune internationale » (DCI).
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Quand et combien de temps venir au Corcovado ?
Plutôt à la saison sèche (de décembre à avril), quand les sentiers sont tous ouverts et moins boueux. Dans l’idéal, il faut consacrer plusieurs jours à sa visite. Une excursion d’une journée ne permet de voir qu’une infime partie des animaux, qui sont aussi plus actifs à l’aube et au crépuscule.
Pour profiter au mieux du Corcovado, optez pour un trek de plusieurs jours jusqu’à la station des rangers centrale, La Sirena, où passer 2 nuits. Une seule vous obligerait en effet à faire un aller-retour (soit quelque 40 km en deux jours) sans prendre le temps d’explorer le parc calmement (ceux qui le font le regrettent souvent). Sirena est le point de départ de nombreuses randonnées où apercevoir d’innombrables mammifères.
Si vous manquez de temps ou que le trajet à pied vous paraît trop long, il existe tout de même des solutions pour se faire un aperçu du parc :
- Randonner à l’aller et repartir en avion
- Faire l’aller-retour en avion
- Faire l’aller-retour en bateau entre Bahia Drake et La Sirena
- Randonner jusqu’à la station la plus proche, y passer une nuit, randonner autour et repartir
Droits d’entrée et permis
Le droit d’entrée est de $15 dollars/personne/jour. Le camping revient à $4/personne/jour.
Attention : il existe un certain quota de visiteurs : il faudra parfois réserver des mois à l’avance durant la saison sèche et quelques semaines (voire quelques jours) pendant la saison humide. Pour s’acquitter de ces frais, il faut obligatoirement effectuer un virement au parc, car on ne peut en aucun cas payer par carte bancaire ou en espèces.
Le mieux est donc de passer par son guide ou par une organisation : il suffira de les régler en espèces, par carte bancaire ou par virement (sur un compte domicilié en Europe, ce qui vous évitera d’onéreux frais de transfert). Ils se chargeront alors de toutes les formalités (droits d’entrée, permis de camper...). Ce sera certes un peu plus cher, mais beaucoup plus simple.
Si vous tenez à tout organiser vous-même, voici la marche à suivre: après avoir trouvé un guide, adressez votre demande au parc (pncorcovado@gmail.com) en mentionnant noms, taille du groupe, dates d’arrivée et de départ, nuits de camping désirées (et, quand la station La Sirena sera rénovée, les nombre de repas éventuels). Quand votre réservation aura été approuvée, il vous faudra alors effectuer un virement à l’international (ce qui peut revenir cher). Vous recevrez ensuite une autorisation, qu’il faudra présenter avec votre preuve de paiement aux stations des rangers, sur place.
Autre option, payez sur place à la banque de Puerto Jiménez (lundi-vendredi 8 h 30-15 h 45). Pas de frais bancaires, mais une file d’attente qui peut être très longue... Vous pourrez ensuite récupérer votre autorisation au bureau du parc, toujours à Puerto Jiménez.
Trouver un guide
Quels que soient votre point de départ ou la durée de votre visite, il vous faudra être accompagné d’un guide certifié par l’ICT (Instituto Costarricense de Turismo). Attention toutefois : il est très important de choisir un bon guide, avec qui le feeling passe. À plusieurs reprises, nous avons croisé sur notre chemin des visiteurs désabusés : leur guide, nonchalant et/ou peu familier des lieux, ne leur avait ni montré d’animaux, ni fourni d’explications sur le parc.
Notre recommandation : Surcos Tours (14 guides). Nito, le guide fondateur, est formidable : agréable et érudit (et farceur !), il connaît le Corcovado comme sa poche et s’exprime dans un anglais parfait. Margarita, sa sœur, s’occupe à distance de toutes les formalités (trajets, droits d’entrées, permis pour camper...) avec efficacité et gentillesse. Contact : reservations@surcostours.com / www.surcostours.com
Autres pistes :
- Le bureau de Área de Conservación Osa, à Puerto Jiménez et, en ligne, informations officielles sur la page http://www.sinac.go.cr/AC/ACOSA/ASPs/PNC/Paginas/Servicios.aspx
- Obtenir la liste des guides certifiés : pncorcovado@gmail.com
- Les tours opérateur Osa Wild et Corcovado Info Center
- Hôtels et lodges des environs : ils vous proposeront tous d’organiser votre séjour dans le Corcovado
Tarifs d’un tour guidé
Le prix varie en fonction de la saison, de la durée du séjour, des options demandées (repas, transports jusqu’au début de la randonnée...) et de la taille du groupe. À ce propos, l’adage « plus on est de fous plus on rit » se confirme ici : partager son aventure avec des gens de tous horizons rend le voyage d’autant plus enrichissant.
À titre indicatif, nous avons payé $180 par personne pour 3 jours de trek en saison humide (Carate-La Sirena A/R), hors nourriture, pour un groupe de 6 personnes au total. Déduction faite des frais d’entrée et des permis de camping, la prestation totale est donc revenue à $41/pers/jour.
Les stations de rangers
Le parc compte 4 stations de rangers, qui enregistrent les entrées, les nuits et les sorties des visiteurs. Il y en a trois aux extrémités du parc et une centrale :
- San Pedrillo, au NO de la côte Pacifique, près de Bahia Drake
- Los Pathos, au NE dans les terres, près de La Palma
- La Leona, au SE de la côte Pacifique, près de Carate
- La Sirena, station centrale, au milieu de la côte Pacifique
On peut camper dans les quatre, à condition d’avoir réservé à l’avance. Inutile d’amener sa tente et son matelas, ils sont fournis sur place. On peut amener de quoi manger, mais on a interdiction de cuire des aliments.
Actuellement en travaux, La Sirena proposera à l’avenir des dortoirs et un petit restaurant. En attendant, il faut emporter avec soi ses bouteilles d’eau potable (compter minimum 1L/pers/jour) ou des cachets pour la purifier, ainsi que sa nourriture pour toute la durée du séjour. Il y a une bouilloire sur place, qui permet de préparer boisson chaudes et nouilles chinoises instantanées.
Comment découvrir le Corcovado ?
À pied
C’est le moyen idéal pour découvrir tous les recoins du parc. Plusieurs options possibles en fonction de son point de départ :
- Au départ de Carate : randonnée entre les stations La Leona et La Sirena (via la côte Pacifique)
Durée : 16 km (6-7 h) + 3,5 km (1 h) entre Carate et la station La Leona.
Accès à Carate : par la piste de 45 km au départ de Puerto Jiménez. On peut s’y rendre soi-même avec un 4x4 (il y a des rivières à traverser, compter au moins 1 h de trajet), avec un taxi ou encore avec le colectivo, qui circule deux fois par jour ($10/pers/trajet). Possibilité de laisser sa voiture au départ de la randonnée, juste avant la plage, en donnant un pourboire au patron de la paillote ($5-7/nuit) ou, si l’on a dormi sur place, sur le parking de son hôtel.
- Au départ de La Palma : randonnée entre les stations Los Patos et la Sirena (par les terres)
Durée : 18 km, 7 heures.
Accès à Los Patos : par la piste de 14 km au départ de La Palma (30 minutes). On ne peut pas s’y rendre soi-même car il n’y a aucun endroit ensuite où laisser sa voiture. Il faut prendre un taxi ou un car 4x4. Attention : si la route est impraticable, vous pourriez avoir à parcourir une partie du trajet à pied jusqu’à Los Patos… Ces 14 km s’effectuent en à peu près 4 h de marche.
- Au départ de Bahia Drake : la randonnée de 23 km entre les stations San Pedrillo et La Sirena est désormais interdite, à cause de dangereuses rivières à traverser. Le seul moyen est alors de prendre le bateau ou l’avion (voir ci-après).
P.S. : on peut très bien réaliser une boucle en entrant par une station et en sortant par une autre (exemple : Los Patos > La Sirena > La Leona).
En bateau
Avec l’avion, c’est le seul moyen de rallier Bahia Drake à La Sirena. Compter 1 h à 1 h 30.
Par les airs
Oui, il y a ici des pistes d’atterrissage en pleine jungle, à la station La Sirena et à Carate ! Compter environ $100 dollars aller (cela dépend du nombre de passagers), au départ de Puerto Jiménez, Drake et Golfito.
Adresse : où dormir/où manger ?
À Carate, Finca Exotica Lodge est une bonne adresse, de par sa proximité avec le début de la randonnée (à 5 minutes en voiture) et son emplacement, en pleine jungle. On y dort à la belle étoile dans de jolis ecolodges ou de grandes tentes sophistiquées. Personnel adorable et grande salle de restaurant qui sert de bons plats (compter $25/pers pour un repas).
Vous pourrez y laisser votre voiture (et rejoindre le début de la randonnée à pied) et même leur laisser vos affaires, qu’il ne faut jamais laisser dans sa voiture. Vos objets de valeur (téléphone, ordinateur...) qui vous encombreraient durant la rando seront déposés dans un endroit en sécurité.
À partir de $70 pour une tente (s’il n’y a personne, vous aurez la chance d’être surclassé), petit déjeuner compris. Possibilité d’organiser son voyage dans le Corcovado par leur biais.
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