La Gomera, l’île verte des Canaries

La Gomera, l’île verte des Canaries
Mirador de Los Roques © Saúl Santos - Office de tourisme des Canaries

Située entre Tenerife et El Hierro, La Gomera a l’aspect d’une grosse pyramide rocheuse coiffée d’une dense forêt de lauriers. Cette île volcanique, sans doute la plus verte des Canaries, est un véritable paradis pour les randonneurs.

Des sentiers bien balisés permettent de sillonner cette île restée sauvage, royaume de la forêt et des espaces vierges. Ne comptez pas trop vous prélasser sur la plage, car il y en a très peu à La Gomera.

L’île verte est avant tout le sanctuaire des marcheurs, qui en feront leur terrain de jeu de prédilection.

Un grand bol d’air, au cœur de l’Atlantique et de l’archipel de l’éternel printemps.

Portrait de La Gomera

Portrait de La Gomera
© Office de tourisme des Canaries

Entre l’île El Hierro et La Palma, La Gomera paraît aride et désertique, et pourtant c’est trompeur ! Voici la plus verdoyante des îles canariennes.

Petite par la taille (369 km2, soit environ 3,5 fois la surface de Paris), peu peuplée (20 720 habitants) elle possède entre 100 et 150 000 palmiers, un chiffre éloquent. Ici, les palmiers sont protégés et recensés avec autant de minutie qu’un prestigieux cru de Bourgogne.

Comme sa grande voisine Tenerife, La Gomera est une île d’origine volcanique, avec une silhouette de grosse pyramide rocheuse culminant à 1 487 m d’altitude (Alto de Garajonay). Vue d’avion, elle dessine une sorte de vague cercle échancré, découpé par des versants abrupts, creusé de larges entailles, de ravins vertigineux (barrancos), de vallées escarpées dominées par des montagnes rocheuses.

Au sud-ouest c’est Valle Gran Rey qui débouche sur une petite station balnéaire. Au nord-est, la vallée d’Hermigua décrit une interminable coulée verte et ensoleillée vers l’océan où les bananiers poussent comme au jardin d’Éden.

C’est simple : plus on monte en altitude, plus la végétation se densifie. D’abord des bananiers et des palmiers, puis une garrigue exubérante, des euphorbes, des cistes, une brousse de lauriers et de bruyères arborescentes, et plus haut encore au sommet de La Gomera une majestueuse forêt primitive d’altitude.

Circuler est chose aisée : pas de voie côtière en corniche, mais un réseau de petites routes sinueuses en parfait état, ponctuées par une ribambelle de miradores (belvédères) aménagés pour admirer ces paysages de montagne et de mer.

Parc national de Garajonay, la tête dans les nuages

Parc national de Garajonay, la tête dans les nuages
Parc de Garajonay © Saúl Santos - Office de tourisme des Canaries

Un écosystème remarquable à découvrir au fil d’une randonnée ! Un poète dirait de ce parc national de Garajonay qu’il est une « éponge écologique » tant il absorbe l’humidité des vents et des nuages. Comme toute éponge, il est capable de stocker l’eau et de la rendre généreusement, d’où l’extraordinaire végétation qui coiffe les sommets de l’île.

Dans sa partie la plus haute, La Gomera forme une couronne végétale exceptionnelle, une perruque de chlorophylle, où la forêt primitive enrobe les montagnes et les pains de sucre (roques de Agando, de la Zarzita et de Ojila). Cet environnement exemplaire est placé sous la protection du parc.

Remarquable mais fragile, la forêt a en partie brûlé en 2012. Depuis cette date, des mesures strictes de vigilance ont été adoptées pour que le désastre ne se reproduise pas. La nature reprend ses droits. Les hommes du parc replantent des arbres verts là où ils étaient calcinés.

Imprégnée en permanence par la mer de nuages, cette épaisse et magnifique couverture végétale retient l’humidité des alizés, arrête les brumes et les brouillards montés de la mer, elle conserve l’eau de pluie : c’est une bénédiction du ciel.

Tel un immense arrosoir céleste, cet écosystème prodigieux – fruit d’un microclimat favorable – nourrit généreusement la nature, forêt, arbres et plantes. Faites une randonnée dans le Parc National de Garajonay pour comprendre la force et la beauté de cette nature. Ajoutons aussi que La Gomera est dépourvue de moustiques et de serpents !

Randonner, observer des baleines et des dauphins

Randonner, observer des baleines et des dauphins
© Office de tourisme des Canaries

De nombreux sentiers sillonnent l’île. Ils sont plus ou moins longs, plus ou moins difficiles, mais tous délivrent au promeneur des sensations et des parfums remarquables : sous-bois touffus aux troncs noueux, lianes et mousses d’un autre âge, échappées lointaines sur les monts et la mer…

La randonnée du Jardin de Las Creces, à 1 055 m d’altitude, offre les odeurs subtiles de la forêt (feuilles, mousses, fougères). La randonnée de la forêt d’El Cedro mène dans un sous-bois enchanteur où lauriers et bruyères dépassent les 10 m de haut !

Au nord-ouest, Vallehermoso porte bien son nom : son nom signifie « Belle vallée ». On y randonne dans un paysage de terrasses à flanc de montagne. Pour jouir des plus belles vues sur l’océan, suivre l’itinéraire de la randonnée qui grimpe sur les montagnes au départ de Valle Gran Rey (seule station balnéaire). On peut aussi emporter un vélo VTT, se faire déposer au sommet des monts, et redescendre jusqu’à la côte par une superbe route.

Baleines et dauphins

Autre activité maritime, depuis Valle Gran Rey : les excursions en bateaux pour observer les baleines et les dauphins.

Habitantes des eaux tièdes (toute l’année), les petites baleines dites « pilotes » sont aisément reconnaissables à leur grosse tête ronde et leur sourire permanent. On ne les trouve qu’aux Canaries, au Japon et à Hawaï. Une fosse océanique très profonde leur sert de garde-manger où elles se nourrissent de calamars géants.

Comme les baleines, les dauphins (de type mular) sont protégés et on les voit très bien des bateaux. Rappelez-vous que le dauphin, depuis l’Antiquité, est représenté comme un compagnon de Neptune, dieu de la mer… Il peut parfois aussi tirer le char de Vénus.

 

L’auberge de Doña Efigenia à Las Hayas

L’auberge de Doña Efigenia à Las Hayas
© Olivier Page

Malgré son grand âge, la señora Efigenia Borges a toujours bon pied bon œil. Des yeux malicieux, derrière de grosses lunettes, elle veille sur ses hôtes avec la même attention qu’une mamie sur sa marmaille d’enfants. Elle est la maîtresse des lieux, la véritable mémoire du village de Las Hayas.

Perché sur le flanc ouest de La Gomera, à 7 km de Chipude, ce bourg solitaire pourrait servir de décor à un film de Buñuel. Autrefois, la maison d’Efigenia n’était qu’une humble demeure rurale, une halte pour les hommes et les chevaux, les marchands ambulants, les vagabonds. On y servait à boire et à manger dans une pauvre salle commune.

Celle-ci n’a guère changé aujourd’hui, avec ses tables robustes, ses bancs solides et ses pots de fleurs. L’auberge abrite toujours la vieille épicerie, avec ses bocaux anciens, ses bouteilles et ses vieilles boîtes démodées, sa balance rétro qui date d’avant l’ère électronique.

Doña Efigenia interdit à quiconque d’y toucher, ou de moderniser la bicoque. Le jour de l’inauguration du parc national de Garajonay, c’est ici que le repas officiel s’est tenu. La maison s’est ouverte depuis au tourisme vert, accueillant des randonneurs de toute l’Europe. Des Allemands surtout.

En Allemagne, Efigenia Borges est une célébrité dans la presse écolo et new age. Particularité du lieu, les cuistots n’élaborent que des plats végétariens agrémentés du fameux mojo rojo (sauce pimentée) et du gofio, une farine faite à base de seigle, d’orge, et aujourd’hui de maïs.

« C’est la tradition végétarienne de la famille. Les légumes viennent du jardin, tout est sain, frais et naturel » dit Efigenia.

La Gomera : le visible et l’immatériel

La Gomera : le visible et l’immatériel
Mirador de Abrante © Alex Martin Ros - Office de tourisme des Canaries

Parmi les nombreux belvédères aménagés, il en est un de très original. Sur la côte nord, au-dessus du village d’Agulo, le mirador de Abrante consiste en une passerelle transparente longue de 5 à 6 m, qui s’avance au-dessus du vide.

Le visiteur marche dans ce perchoir en plexiglas, et de ce nid d’aigle qui surplombe le monde, il découvre un panorama exceptionnel : tout en bas les maisons blanches d’Agulo, entourée de champs et de jardins, avec la mer infinie, et au loin l’île de Tenerife dominée par la silhouette cônique du volcan Pico del Teide. Une vraie curiosité qui est toutefois déconseillée aux sujets au vertige.

El Silbo : parler en sifflant

Un autre coup de cœur ethnographique de La Gomera : El Silbo. C’est un langage sifflé très ancien et hérité des Guanches, le peuple autochtone de l’île avant l'arrivée des Espagnols. Des historiens assurent que le Silbo serait d’origine berbère et que les premiers habitants l’importèrent du Sahara. Grâce à ses nombreuses tonalités, il permettait de communiquer d’une vallée à une autre (jusqu’à 6 km) lorsqu’un ennemi était en vue.

Durant la guerre d’Espagne, les franquistes interdirent le Silbo, ne pouvant pas comprendre ce mystérieux langage plus proche des oiseaux que des humains. En 2009, l’Unesco a inscrit le Silbo au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Immatériel oui, pratique sûrement, mais éternellement audible et invisible comme l’air !

Pour découvrir cette tradition remarquable (on retrouve cette pratique en Turquie, au Mexique et en Thaïlande) le voyageur doit se rendre dans un des restos touristiques pour groupes. Là, un silbador effectue une démonstration pour le public. Ce sont souvent des serveurs ou des serveuses de l’auberge. Cela évite de crapahuter dans la montagne à la rencontre des derniers bergers siffleurs…

Fiche pratique

Fiche pratique
© Alex Martin Ros - Office de tourisme des Canaries

Consulter notre guide en ligne Canaries

Comment y aller ?

- Arriver/quitter : en bateau depuis Tenerife avec les compagnies Fred Olsen ou Naviera Armas, ou en avion. Location de voitures à l’aéroport qui se trouve à Playa de Santiago. 

Où dormir ? Où manger ?

À San Sebastian de La Gomera

- Los Caprichos : Paseo Fred Olsen. Tél. : 629-65-08-89. Ouv tlj sf lun. Plats 6,50-14,50 €. Cuisine canarienne fine et élaborée (au-dessus de la moyenne). Les poissons sont d’une grande fraîcheur, comme tout le reste.

À Playa de Santiago

- La Cuevita : tt au bout de l’avenida Marítima. Tél. : 922-89-55-68. Tlj, tte la journée, 12 h-minuit, sf dim. Congés de mi-juin à mi-juillet. Plats 9-13 €. Le resto est niché dans une grotte naturelle sombre. On y déguste avant tout du poisson frais, comme le filete de pargo.

À Hermigua

- Casa Creativa : carretera General, 56, dans la partie la plus basse du village, sur la droite en descendant. À env 1 km de la plage. Tél. : 637-197-249.  E-mail : c.creasalgomera@gmail.com Ouv tte l’année. Doubles avec sdb 35-40 €, sans petit déj. On passe par le bar-resto Terraza Pedro pour accéder aux chambres situées en contrebas de la demeure principale. Toutes profitent d’une vue  sur le fond verdoyant de la vallée, plantée de bananeraies.

- Hotel rural Ibo Alfaro : dans le quartier Ibo Alfaro. Tél. : 922-88-01-68.  Ouv tte l’année. Double env 85 €, petit déj compris. Chambre familiale 98 €. Une vingtaine de chambres de charme dans ce manoir du 19e s, naguère propriété d’une famille aisée. Elles sont de bon confort, la plupart avec vue sur la vallée. 

Dans le parc de Garajonay

- Bar-restaurante El Mirador de Abrante : carretera el Mirador s/n, La Palmita, commune d’Agulo. Tél. : 638-66-14-90. mirador.abrante@fred.olsen.es   Ouv tlj 11 h-19 h. Compter 15-20 € pour un repas. À 14 km d’Agulo par une route sinueuse assez large qui passe d’abord par Las Rosas. De là autre route, plus petite, jusqu’au lieu-dit Juego de Bolas (Centro de Visitantes du Parc de Garajonay). Sur la droite de celui-ci, prendre une route qui devient très étroite (sur env 4 km) où les voitures ont du mal à se croiser. Dans cet incroyable site haut perché jouissant d’une vue époustouflante sur l’Atlantique, on peut profiter d’un bar qui fait aussi restaurant. Tapas, plats soignés à prix raisonnables.

   À Las Hayas 

- Casa Efigenia-Jardín Las Hayas : au cœur du village. Tél. : 922-80-42-48 (pour l’hébergement) ou 40-77 (pour le resto). Chambre double 45-55 €, sans petit déj. Également 7 maisonnettes 2-4 pers 65-90 €, entièrement équipées. Au resto (tlj), menu 10 €, plats 10-12 €. Les chambres et les gîtes ruraux se trouvent à l’extérieur de la maison principale (accès à pied facile). Ce sont de vraies petites maisons de pierre fonctionnelles et assez charmantes, avec un bout de jardin. Le soir, on profite du bon resto. Excellent rapport qualité-prix.

À Valle Gran Rey

- Pensión Candelaria : dans une ruelle piétonne, quartier Vueltas. Tél. : 922-80-54-02. Doubles 30-40 €, tte l’année. [WIFI] Certainement la meilleure pension de la ville. Autant il est relativement facile de louer une chambre en basse saison à la nuit (entre mai et octobre), autant en haute saison la pension est souvent complète avec les habitués qui y séjournent plusieurs semaines.   

Randonnées à La Gomera

- Canarislas Trekking : tél. : 922-80-70-38. [POR] 699-58-77-13. Pour la rando, prix à la journée pour 2 pers, 100 € (plus le transport) ; pour 3-4 pers, 130 € et 5-9 pers, 160 €. Petite agence locale dirigée par Delphine Siodos, une Française installée depuis des années à La Gomera. Très compétente, aimable et passionnée, elle propose des randonnées à la journée (entre 4 et 6 h de marche maxi), ou sur plusieurs jours.

Texte : Olivier Page

Mise en ligne :

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