San Francisco, en mouvement
Patrick de Franqueville

Il fait froid. Les futurs acheteurs du nouvel iPhone, qui poireautent du matin au soir devant la boutique, ne se découragent pas pour autant. On est pourtant en plein été et le compteur des Fahrenheit ne monte pas bien haut. Pourquoi ? Un courant d’air froid venu de Sacramento enrobe la cité de 3 millions d’habitants d’une sorte de ruban nuageux. À peine si l’on distingue les pylônes du Golden Gate, au nord-ouest de la ville ! Pour dormir, pas mal de possibilités Downtown avec réductions fréquentes. C’est pratique, car on est au cœur de l’écheveau routier. Mais il n’y a rien de bien folichon à y faire, l’endroit est un peu trop touristique et certains seront peut-être choqués par les homeless, laissés-pour-compte du système américain, qui ne sont pourtant pas agressifs.

Pourquoi ne pas tenter l’aventure vers les quais, au nord ? Ou vers le sud de la ville ? Partons vers SoMa (contraction de South of Market). Les bars et boîtes à la mode se concentrent dans ce périmètre, dans d’anciens entrepôts, parfois entre deux garages et vendeurs de pneus. L’un de nos préférés est un café installé dans une laverie automatique où l’on clame, où l’on slame de la poésie (des haïkus le soir où nous y sommes passés !). Un lavomatique poétique ! Les soirées à S.F. commencent tôt, vers 20 h. Le mélange gay, hétéro, trans se fait à merveille. Le quartier de Mission n’est pas mal non plus, avec notamment ses peintures murales. De nombreux restos offrant quelques merveilles de bouche. On mange bien, voire très bien, mais il faut y mettre le prix. Ne pas oublier et la taxe (15 %) et le pourboire (15 à 20 %).

La ville ne bruisse que de cela : le nouveau musée juif d’art contemporain, ouvert en juin 2008, créé par Daniel Libeskind, l’architecte aux lignes cassées à l’origine du musée juif de Berlin (anecdote : à la question d’un journaliste sur le pourquoi des ruptures brutales de ses lignes, Libeskind explique qu’il réalisa ses premiers plans sur sa table de cuisine, dans son studio d’étudiant ; la table n’étant pas assez grande, il décida… de couper les lignes !). Cette ancienne usine rénovée, avec son cube posé sur une pointe impressionne. À l’intérieur, expos temporaires sur l’histoire et le patrimoine juif. Sublime. D’autres surprises attendent les visiteurs, que ce soit le musée d’art asiatique à la muséographie claire et ludique, le grand parc avec le De Young Museum plutôt déroutant côté collections, mais pas côté architectural : aux manettes, Herzog & de Meuron, les mêmes qu’à la Tate Modern de Londres et le Nid d’oiseau des JO de Pékin.

Autre surprise : la conduite en voiture. Une fois familiarisé avec la conduite automatique (un coup à prendre), il faut apprivoiser les déclivités pour le moins impressionnantes ! Sinon, prendre les cable cars, surtout la ligne Powell-Ryde, pour apprécier les perspectives de certaines rues, comme la Crook St, si pentue qu’on y créa des virages, histoire d’assurer la descente sans ombrage des calèches autrefois. Présage qui marche encore pour les véhicules aujourd’hui ! À tenter au moins une fois, amusant. Enfin, les fans d’Armistead Maupin repartent un peu triste : Barbery Lane, dans les Chroniques de San Francisco… n’existe pas ! Seule existe Macondray Lane, LA source d’inspiration de l’auteur. C’est déjà ça !

Texte : Gavin's Clemente-Ruiz

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