Histoire et dates-clés Tokyo

Au regard de l’histoire du Japon, Tokyo possède une existence relativement récente. D’abord petit village de pêcheurs, appelé Edo, qui ne fait parler de lui qu’en 1457, lorsque fut construit un petit château par un seigneur local. Il est vrai que la baie de Tokyo, vaste et bien protégée, se devait quand même de séduire un jour les hommes vu sa situation privilégiée.

C’est en 1590 qu’on peut dater le véritable acte fondateur de Tokyo, lorsque Ieyasu, le 1er shogun Tokugawa, vient édifier une forteresse pour asseoir son pouvoir. À partir de ce camp de base, il va très intelligemment conquérir le Japon. Il commence par stabiliser ses alliés en leur distribuant des terres autour. Son coup de génie est aussi d’inviter les seigneurs qui pourraient menacer son pouvoir à venir construire à Edo de luxueuses maisons de ville et à contribuer financièrement à l’édification des pagodes. Tout l’argent dépensé, c’était déjà ça en moins pour développer ou entretenir des hommes en armes.

En outre, il leur impose de résider une année sur deux à Edo et, suprême astuce, de laisser leur famille en ville, tandis qu’ils regagneraient leurs fiefs. Cette « prise d’otages » garantissait au shogun qu’on ne comploterait guère contre lui. En 10 ans à peine, Ieyasu règne sur le Japon.

Un développement fulgurant

Si Kyoto reste la ville impériale, Edo se développe considérablement. D’abord, sur sa colline, Yamanote, le quartier des seigneurs et des notables.

Puis, en bas, à Shitamachi (littéralement, la « ville d’en bas »), le downtown du petit peuple laborieux, des artisans et des commerçants obligés de s’installer dans d’anciens marais.

Vie culturelle intense, théâtre kabuki et création de Yoshiwara, le quartier de plaisirs le plus important du monde à l’époque (au nord d’Asakusa), accompagnent le développement économique.

C’est dans ce bouillonnement populaire, propice à l’instauration d’un état d’esprit frondeur et gouailleur, que naquit le vrai Tokyoïte. D’ailleurs, on retrouve aujourd’hui cette dualité entre Ginza et autres quartiers du même type (magasins de luxe, grands hôtels, gratte-ciel et réalisations de prestige) et les quartiers de Nezu, Yanaka, Ueno, Hongo, Asakusa, Kagurazaka..., qui sont restés populaires et continuent à perpétuer le véritable esprit de Tokyo. Et les shoguns Tokugawa vont régner ainsi plus de 250 ans. Quelques intermèdes cependant, comme le gigantesque incendie de 1657, qui détruit plus de la moitié de la ville et cause des dizaines de milliers de victimes. Mais Edo, tel le phénix, renaît vite de ses cendres.

Au début du XVIIIe sièclke, la ville comprenait plus d’un million d’habitants, beaucoup plus que Londres et Paris à la même époque, ce qui en faisait la plus grande ville du monde. Les célèbres estampes de Hiroshige dépeignent une ville prospère, livrée aux plaisirs, riche d’une vie festive et culturelle.

C’est le triomphe du théâtre kabuki, des grandes foires, des fêtes, festivals, etc. En 1842 cependant, les théâtres sont exilés à Asakusa. La proximité du temple de Senso-ji et tous ses festivals religieux hauts en couleur, et paradoxalement celle du quartier chaud de Yoshiwara, font d’Asakusa le nouveau centre des plaisirs d’Edo. Aujourd’hui, Asakusa a d’ailleurs gardé quelque chose de ce brillant passé de fête.

La fin de l'isolationnisme

Cependant, cet isolationnisme prospère devait bien s’achever un jour. Le monde évolue rapidement à côté du Japon, et les demandes d’ouverture de la part des puissances étrangères se font de plus en plus pressantes. En 1853, le commodore Mattew Perry et ses 4 navires de guerre forcent le blocus nippon et exigent l’ouverture du pays au commerce international. Refus de l’empereur, mais devant le rapport de force militaire, acceptation du shogun, qui, du coup, se déconsidère aux yeux du peuple.

En 1859, arrivée du 1er consul américain. L’année suivante, une ultime réaction xénophobe secoue la ville contre les étrangers, mais elle ne fait pas long feu. En 1862, l’obligation de séjour des seigneurs une année sur deux à Edo est supprimée, et la ville se vide de ses daimyo. En 1868, le shogunat est finalement abattu par une coalition soutenant le jeune empereur Meiji, alors âgé de 15 ans. Les proshogun perdent à Ueno une ultime bataille. De nombreux notables et résidents de Yamanote quittent alors la ville, et le nombre d’habitants de celle-ci chute drastiquement.

1868-1912... l’ère Meiji

L’empereur quitte définitivement Kyoto et vient s’installer à Edo, qui devient ainsi Tokyo (la capitale de l’Est). Le château d’Edo sert de base à la construction du palais impérial. La ville change alors socialement. La césure Yamanote (quartier haut) et Shitamachi (quartier bas) devient de moins en moins évidente.

 Les couches les plus riches de Shitamachi partent vers des quartiers plus sélects, tandis qu’arrivent à Tokyo des dizaines de milliers de nouveaux habitants, main-d’œuvre obligatoire de l’industrialisation triomphante. À la fin du XIXe siècle, Tokyo avait déjà retrouvé son niveau pré-Meiji de population et, en 1912, la ville atteint les 2 millions d’habitants.

Les profondes réformes politiques et économiques de l’ère Meiji façonnent, bien sûr, un nouveau visage à la ville. Première ligne de chemin de fer : Tokyo-Yokohama, en 1872. Puis développement de Ginza avec la construction de centaines d’immeubles et l’arrivée des entreprises de presse et des grands magasins. Création de la Banque du Japon en 1882, industrialisation du pays, prolifération des usines. En 1889, édiction de la nouvelle constitution. Dans les années 1890, transformation du quartier de Marunouchi en quartier des affaires. Ce dernier se couvre alors d’édifices de style victorien, la toute-puissance de l’Angleterre industrielle servant bien entendu de modèle suprême. Construction à Asakusa du 1er gratte-ciel de 12 étages et du 1er ascenseur de la ville. Ouverture en 1903 du 1er cinéma...

À midi pile, le 1er septembre 1923... Alors qu’on vient tout juste d’inaugurer l’Imperial Hotel, dont l’architecte n’est autre que le célèbre Franck Lloyd Wright, signe du renouveau architectural de la ville, Tokyo est frappé par un très violent séisme (de magnitude 7,2). Près de 140 000 personnes y laissent la vie et plus de 60 % de la ville est détruite.

Plus que le séisme lui-même, ce sont les incendies qui provoquent des dégâts. C’est une catastrophe architecturale, le riche patrimoine de maisons en bois de Shitamachi disparaît quasiment. Cependant, une fois de plus, l’énergie de la ville reprend le dessus et dès 1930 la reconstruction est achevé. L’Imperial Hotel survivra au tremblement de terre, ce qui renforcera encore la notoriété de Wright !

Tokyo à nouveau rayé de la carte

Le nombre de victimes des bombardements de 1945 aurait pu être beaucoup moins élevé si la population avait été, paradoxalement, moins disciplinée. En effet, les habitants ne pouvaient quitter leur demeure et leur quartier qu’avec l’autorisation expresse des autorités. Ne l’ayant pas reçue officiellement, beaucoup d’habitants restèrent donc chez eux, au lieu de chercher rapidement un refuge. D’où le nombre élevé de victimes.

Après une période expansionniste (conquête de la Mandchourie, d’une partie de la Chine, des Philippines, de l’Indochine et de la Birmanie, après l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941), le Japon va connaître devant l’offensive américaine un inéluctable reflux militaire, et à partir de 1945 le bombardement massif de Tokyo. En particulier, la nuit du 9 au 10 mars 1945, lorsqu’un raid massif de bombes incendiaires fait près de 100 000 victimes et détruit plus d’un tiers de la ville. C’est encore Shitamachi qui trinque le plus, et notamment le célèbre temple de Senso-ji.

Une fois de plus, Tokyo paie le prix fort des égarements militaristes de ses élites. À la fin de la guerre, 800 000 maisons ont disparu. Sur 8 km, le centre se révèle quasiment détruit. Après la défaite, un nouveau programme de reconstruction est entrepris. Mais, comme pour les catastrophes antérieures, sans véritable plan d’ensemble. Les habitants retrouvent souvent les fondations de leurs maisons et se mettent à reconstruire avec leur acharnement légendaire.

C’est ainsi que Tokyo, après les grands incendies, les guerres et les bombardements, abandonne le bois pour la brique, puis la brique pour le béton sans bouleverser réellement l’urbanisme de la ville. Et, à notre avis, ce fut une heureuse chose qui préserva le plan des quartiers, leur particularisme, et évita une dispersion trop brutale de la population. Cela permit à de nombreux quartiers de présenter un visage certes plus moderne, mais aussi de garder une certaine identité pour le plus grand plaisir des visiteurs, futurs amoureux de Tokyo...

Le redressement économique

La reconstruction se fait d’autant plus rapidement que, avec la guerre froide et le conflit avec la Corée, les États-Unis ont, tout à coup, un besoin exprès du Japon comme plateforme stratégique et base arrière pour leurs missions militaires. Du coup, ils utilisent astucieusement l’incroyable capacité de travail des Japonais et accélèrent ainsi le redressement économique du pays.

Tokyo, en particulier, bénéficie des commandes américaines dans d’importants secteurs économiques : électronique, photo, machines de précision. Au début des années 1960, le Japon atteint ainsi le niveau de production le plus élevé d’Asie. Les Jeux olympiques de 1964, par les grands travaux qu’ils nécessitent, parachèvent le redressement de Tokyo et redonnent une nouvelle physionomie à la ville. Puis mise en service du train à grande vitesse Shinkansen Tokyo-Osaka.

Dans les années 1970, sur le plan politique, 2 événements, aux 2 bouts de l’éventail politique, marquent l’époque à Tokyo. En 1970, dramatique suicide de l’écrivain Mishima après un coup d’État d’extrême droite avorté. En 1971, début de la lutte des paysans de la région de Chiba-Narita contre l’expropriation de leurs terres, suite à l’extension de l’aéroport international.

Ils furent rejoints dans leur combat par la Zengakuren, organisation des étudiants d’extrême gauche. Il en résulta d’incroyables batailles rangées (façon samouraïs) avec la police, qu’on aurait pu vraiment croire mises en scène par Akira Kurosawa. Cette lutte exemplaire, qui s’appuya sur une unité insolite des paysans et des étudiants, retarda de 4 ans l’ouverture de l’aéroport de Narita.

Une période de récession

Dans les années 1980, le Japon devenant la 2e puissance économique du monde, Tokyo devient aussi une des villes les plus riches. La spéculation immobilière y atteint un niveau invraisemblable. À tel point que le mètre carré à Ginza vaut à l’époque la somme incroyable d’un million de francs nouveaux (oui, près de 150 000 € le mètre carré !).

D’ailleurs, en ces temps-là, sur les 12 Japonais les plus riches, 11 sont des fortunes immobilières. Conscient du danger d’une telle dynamique, le pouvoir crève la bulle économique et immobilière en 1990, ce qui provoque une récession de plus de 10 ans dont le Japon est à peine sorti...

Aijourd'hui, Tokyo n’en finit cependant pas de se transformer, de changer de visage... Construction, reconstruction... mais à un rythme plus raisonnable et en laissant des coins qui respirent. Une vitalité, une énergie dévorante la pousse sans cesse.

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