La Suisse, au pays des montres et des horloges

le 13 novembre 2025
La Suisse est le pays des montres et des horloges. Ici, on parle volontiers de garde-temps. Des montres, oui, mais des montres qui disent l’heure avec élégance – et complications, ces fonctions autres que l’affichage de l’heure, pour les plus réputées des manufactures.
En 2020, à l’issue d’une candidature présentée par la Suisse et la France, l’Unesco inscrivait au patrimoine mondial immatériel les savoir-faire horlogers et la mécanique d’art, rendant hommage à ces traditions séculaires mêlant techniques, sciences et beauté.
Pèlerinage sur les traces de cette industrie emblématique, entre musées, ateliers et balades au grand air.
La Suisse et les montres : une histoire d’amour vieille de quatre siècles

Tout remonte aux prêches du réformateur Calvin dans la cathédrale de Genève, au XVIe siècle, et à son bannissement des signes extérieurs de richesse. Les orfèvres et joailliers délaissent les croix, calices et ostensoirs pour des objets faciles à glisser dans la poche : les « boîtes de montres ». C’est à l’intérieur, désormais, que se dissimulent les plus beaux raffinements du pays…
Pays de Gex, pays de Vaud, vallée de Joux et montagnes de Neuchâtel, plusieurs régions du bassin lémanique et, surtout, de l’arc jurassien, se lancent dans la course. D’abord au service des « orologeurs » genevois ou huguenots – installés en Suisse dans le sillage des guerres de Religion françaises –, puis pour leur propre compte.
Dans ces lieux paralysés par des hivers glaciaux, une multitude de petits ateliers spécialisés voit le jour, tandis que les paysans montent les mécanismes dans leur ferme, pour gagner quelques sous…

L’entreprise Blancpain - la plus ancienne manufacture du pays - est fondée en 1735, Vacheron-Constantin en 1755, Breguet en 1775, Chaumet en 1780, précédant l’explosion du XIXe siècle, nourri de technologies nouvelles et de précision.
Les mécanismes des montres se complexifient, intègrent sonneries, calendriers, phases de la Lune, boîte à musique, automates miniatures, mesure de la longitude, etc. Bientôt, tous ceux qui comptent dans le monde veulent une montre suisse.
S’il n’était qu’un nom à retenir, ce serait le sien : Abraham-Louis Breguet. Ce Franco-Suisse a inventé le tourbillon, qui apporta une précision inégalée, mais aussi la première montre-bracelet, conçue pour une sœur de Napoléon, reine consort de Naples !
De Berne à Lucerne, concours de tours d’horloge

La passion des Suisses pour le temps qui passe est ancienne. Ainsi, l’horloge astronomique bernoise de la Zytglogge donne le tempo de Berne, la capitale du pays, depuis plus de 600 ans… Autrefois porte de la ville, elle se dresse aujourd’hui en plein centre historique, dans l’axe piéton de la longue et élégante Marktgasse.
Son mécanisme, remontant à 1530, actionne à chaque heure un carillon peu banal. Tout commence par un coq qui chante, entraînant une ronde d’ours, tandis qu’un fou sonne les cloches – en avance. Chronos s’y met, puis le jaquemart (personnage) doré perché plus haut qui, lui, s’exécute à la seconde près. Enfin, presque… lorsqu’il fait chaud, le mécanisme prend du retard et, lorsqu’il fait froid, il avance !

Lucerne, elle, est fière de sa Zytturm, enchâssée sur les remparts (début XVe siècle) et ornée d’une fresque géante représentant deux hommes sauvages. De l’horloge initiale de 1385, seul demeure le mode d’emploi, le plus ancien du genre au monde (!).
L’actuelle, en service depuis 1535, est remontée à la main chaque jour par un horloger attitré : le Zytrichter. Autre spécificité, elle sonne 1 minute avant toutes les autres horloges de la ville… Un souvenir du temps où la ville de Lucerne s’émancipa de la tutelle de l’église, manifestant ainsi son indépendance ! La Zytturm abrite également d’autres horloges anciennes réunies en un petit musée.
On trouve une autre Zytturm à Zoug, datant des XIIIe-XVIe siècles. Son horloge astronomique de 1574 réunit quatre complications : jours de la semaine, phases de la Lune, signes du zodiaque et… un S (Schaltjahr) pour indiquer les années bissextiles !
La Chaux-de-Fonds, berceau de l’horlogerie moderne

La Chaux-de-Fonds ne séduit pas au premier regard. Perchée à 1 000 m d’altitude sur les contreforts frisquets du Jura, cette cité en damier a été entièrement façonnée par et pour l’industrie horlogère.
Plusieurs manufactures de renom y sont implantées : TAG Heuer (musée), Breitling, Chanel, Cartier notamment.
L’Espace de l’urbanisme horloger met bien en évidence les spécificités de l’architecture locale, tout entière tournée vers les besoins des fabricants de montres – et désormais inscrite au patrimoine mondial.

S’il est un nom associé à La Chaux-de-Fonds, c’est bien celui de Le Corbusier. Natif des lieux, l’architecte star du mouvement moderne, en s’appuyant sur des piliers de béton, a permis d’ouvrir les façades sud et d’inonder de lumière les ateliers par de vastes baies vitrées.
Une avancée mâtinée d’austérité et d’une quête constante de fonctionnalité, à l’image de sa devise : « Là où naît l’ordre, naît le bien-être ». Une maxime appliquée aussi aux espaces privés, comme à cette Maison blanche qu’il fit édifier pour ses parents en 1912 (visite les lundis et vendredis à dimanches de juin à septembre).

C’est un concert de tic-tac qui, au Musée international d’horlogerie (fermé pour travaux jusqu'en 2026), accompagne les visiteurs à travers la plus vaste collection du genre au monde (plus de 4 000 pièces). Immanquable !
L’office de tourisme de La Chaux-de-Fonds propose une dizaine de visites guidées différentes en saison, notamment consacrées à l’urbanisme horloger et à l’Art nouveau de style local, dit « sapin » (avec l’emblématique crématoire en fleuron…).
Le Locle, au cœur d’une manufacture horlogère

À 9 km à l’ouest, Le Locle est inscrit au patrimoine mondial au même titre que La Chaux-de-Fonds. Ici aussi, l’horlogerie tient lieu d’art de vivre, soutenu par une industrie prospère, un pôle horloger d’excellence et l’un des sièges du Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC) !
Au départ de la place du Marché, un parcours horloger, mis en place par la municipalité, permet de passer en revue tout ce et tous ceux qui ont compté dans l’essor de cette industrie essentielle. À son terme, le musée d’Horlogerie est installé dans les salons feutrés d’un élégant petit « château » du XVIIIe siècle. Pendules, montres d’exception, automates, tout le génie de la région s’y exprime.

Ulysse Nardin est installé au Locle, Audemars Piguet, Rolex, Certina et Tissot aussi, de même que Tudor et Zenith (né ici en 1865) – dont la manufacture s’ouvre aux visiteurs le vendredi matin. L’occasion de suivre l’itinéraire complet d’une montre, du dessin initial à son assemblage final, au gré d’un parcours de 3 h (50 CHF).
À Neuchâtel, la manufacture Panerai organise elle aussi des visites guidées, le jeudi, lors d’un parcours immersif de 2 h 30 du même type.
Bienne, « capitale de l’horlogerie »

Bienne, la plus grande ville bilingue de Suisse, posée au pied du massif du Jura, peut revendiquer le titre de capitale de l’horlogerie. L’incontournable Maison Omega y fut fondée en 1879, le Swatch Group y a installé son siège mondial et Rolex y est puissamment implantée.
Cap sur la Cité du Temps, inaugurée en 2019 sur des plans de l’architecte star japonais Shigeru Ban – lauréat du prix Pritzker. Un drôle de serpent de mer, fluide, organique, aujourd’hui siège du Swatch Group, dont l’extrémité flottante se pose sur le toit du musée voisin en survolant la rue Nicolas-Hayek ! À son pied : un drive-thru à l’américaine aux lignes rétro pour acheter une montre sans même descendre de sa bagnole…

Ce lieu hors normes (et d’accès gratuit) réunit, sous le même toit, deux univers parallèles. Au premier étage, au musée Omega, une courte piste d’athlétisme permet d’enregistrer son temps – histoire de bien rappeler que la marque est le chronométreur officiel des Jeux olympiques ! La combinaison d’astronaute de Neil Armstrong rappelle, elle, que la Speedmaster 1957 d’Omega fut la première montre à aller sur la Lune… James Bond, fidèle de la Maison, a aussi droit à son espace.
Au deuxième étage, Planet Swatch, tendance pop colorée et disruptive, expose plusieurs milliers des modèles produits par la marque depuis son lancement en 1983.
Bienne mérite aussi l’escale pour sa vieille ville (Altstadt), condensée mais charmante avec ses vénérables places, immeubles à arcades et fontaines.
La vallée de Joux, berceau des complications

Longue de 50 km, la vallée de Joux est encadrée par les sommets jurassiens et la forêt, et on y pratique depuis toujours le ski de fond – et le patin sur son grand lac longiligne. C’est ici qu’est née une industrie spécialiste des grandes complications – les mouvements horlogers les plus complexes à réaliser.
Tout remonte à l’arrivée en ces lieux en 1559 d’un réfugié huguenot, Pierre LeCoultre, dont l’un des descendants, Antoine, réunissant tous les métiers de l’horlogerie sous un même toit, a créé l’une des manufactures les plus réputées de Suisse, Jaeger-LeCoultre. À son actif : l’invention du millionomètre, capable de mesurer le micron !

Blancpain, la plus ancienne manufacture du pays, a vu le jour à moins de 2 km de là, Breguet à peine plus loin. Tous sont encore là, comme Audemars Piguet, installée au Brassus, à 4 km au sud, depuis 1875. En vedette, son musée-atelier occupe une surprenante spirale de verre ultra-contemporaine, où l’on observe de près les artisans des ateliers des Grandes Complications et des Métiers d’art au travail.
Au terme du parcours s’exposent 300 garde-temps d’exception couvrant deux siècles d’histoire horlogère, dont L’Universelle de 1899, l’une des montres les plus folles jamais réalisées, réunissant 19 complications !
Installé dans l’ancienne manufacture Zenith de 1917, l’Espace horloger du bourg du Sentier présente l’histoire de l’horlogerie depuis le XVe siècle à travers une exposition interactive.
Genève, capitale historique de l’horlogerie suisse

Face à l’emblématique jet d’eau de Genève, le Jardin anglais épouse les rives du lac Léman, à deux pas des vieux vapeurs. L’Horloge fleurie y symbolise l’attachement genevois à l’industrie horlogère. Déclinées quatre fois par an par les jardiniers municipaux, les compositions florales (12 000 plantes !) encadrent des aiguilles de 2,5 m propulsées par un mécanisme Patek Philippe – l’horloger star de Genève.
L’escale est naturellement inscrite au Geneva Watch Tour, conçu par l’office de tourisme pour passer en revue les lieux qui comptent dans la cité de Calvin – et décliné par Welo en balades guidées à vélo, en vélo-taxi ou en tuk-tuk !

Au menu, notamment : les horlogers-joailliers de la rue du Rhône, les « cabinets » (ateliers) haut perchés des horlogers d’autrefois quai de l’île (où s’ancre toujours la Maison Vacheron-Constantin) et puis le discret carillon du passage Maubuisson, avec ses 42 automates et 13 chars de bronze miniatures.
Mais s’il n’est qu’un seul lieu à visiter, ce doit être le musée Patek Philippe. Cinq siècles d’histoire horlogère s’y découvrent à travers une incroyable collection de 2 500 montres, automates et autres objets précieux dépassant très largement le cadre de la seule production maison.
Amateurs de carillon, ne ratez pas non plus celui de la cathédrale réformée, perchée sur sa colline, au cœur du Vieux-Genève. L’air qu’il joue (à l’heure pile) change tous les mois.
Se mettre dans la peau d’un horloger à Genève

Le secteur horloger, en constante croissance, est aujourd’hui le troisième de Suisse en termes d’exportations, avec 16,9 millions de montres fabriquées (en 2023) pour plus de 28 milliards d’euros de ventes ! En figure de proue, en avril, le salon Watches & Wonders de Genève, désormais en partie accessible au public.
Pour accompagner la popularité grandissante de leur art, quelques manufactures proposent désormais de se confronter à la complexité du métier d’horloger. C’est notamment le cas, à Genève, du bien nommé Initium, créé en 2015 par deux Jurassiens.
L’entreprise entrouvre le voile des mystères de la mesure du temps dans ses élégants locaux de la vieille ville (Grand-Rue, 17), le temps d’initiations accessibles à tous – de 3 h (350 CHF), voire, pour les plus fortunés, d’une demi-journée ou d’une journée complète (2 500-3000 CHF), au terme de laquelle on repart avec sa propre montre ! L’activité est proposée du lundi au samedi, sur réservation.
Initium possède deux autres ateliers d’initiation à l’horlogerie, l’un à son siège du Noirmont, dans le Jura suisse, l’autre à Paris, inauguré en 2024 au 78, rue de Mirosmenil. Autre option : les cours d’Olivier Piguet dans la vallée de Joux, étalés sur 2 jours, permettant là encore de repartir avec sa montre squelette (1 710-2 070 CHF).
Fiche pratique
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Comment y aller ?
TGV Lyria relie Paris à Genève-Cornavin (en plein centre-ville) en 3 h 10, Lausanne en 3 h 40, Bâle en 3 h tout juste et Zurich en 4 h, à raison de 6 allers et retours par jour (8 pour Genève). La ligne de Lausanne fait notamment halte à Vallorbe, porte d’accès à la vallée de Joux.
Où dormir ?
L’hébergement est cher en Suisse, voire très cher… Que faire ? Dormir côté français quand on est près de la frontière ! Camper à la belle saison. Ou partir en quête des (rares) alternatives plus abordables. Comptez dans les 40-60 CHF pour camper ou pour un lit en hostel et 150-250 CHF la double classique. Le séjour donne très souvent droit à un pass gratuit sur les transports en commun locaux (au moins dans les hôtels).
À Genève, les campeurs fileront à Vésenaz, à 6 km tout juste du jet d’eau et planteront la tente au bord du lac, le must ! Le centre est à 10 min de bus. Côté auberges de jeunesse, deux options principales : le grand Geneva Hostel, idéalement situé dans le quartier des Pâquis, à 3 min du Léman, et le City Hostel Geneva, proche de la gare, un peu plus petit – les deux proposant dortoirs et chambres privées. Ajoutons le Home St. Pierre, une résidence universitaire qui dispose aussi de deux dortoirs, un pour filles (10 lits), un pour garçons (6 lits), en rez-de-jardin.
Pour un hôtel accessible, essayez le vénérable Hôtel des Tourelles, affichant des tarifs dans les 85-110 CHF le week-end et 110-150 € en semaine. Pas de première fraîcheur mais très bien situé, au bord du Rhône.
À Lucerne, on peut camper au Lido, ouvert toute l’année, en bord de lac. Ou loger dans les hostels, en privilégiant l’excellent Young Backpackers Homestay (à réserver par Airbnb), perché sur les hauteurs avec vue, ou le non moins satisfaisant Lucerne Backpackers Hostel. The Lubo dispose de chambres privées à l’esprit un peu loft, certaines avec salle de bains privée mais extérieure, d’autres avec kitchenette, à des tarifs raisonnables. Pour plus de confort : l’Hôtel Anker, proche de la gare.
À Berne aussi, on peut camper sans aller loin, d’avril à octobre : à Wabern (3,5 km) au bord de l’Aar, ou à Hinterkappelen (5 km), au Camping Eymatt, niché entre bois et rivière (centre-ville à 6 min en bus). Le Bern Youth Hostel et l’Hostel 77 Bern se valent : très bien dans les deux cas, même si le premier est beaucoup plus central (juste en contrebas du palais fédéral !). Sinon, côté hôtels, on aime bien la Martahaus, simple mais pimpant, aux tonalités vert pomme (dès 130 CHF avec salle de bains partagée). Pour ceux qui surveillent moins leur budget : l’Alpenblick, aux chambres de toutes tailles et excellents matelas.
À La Chaux-de-Fonds, le choix est plus réduit. Pour camper, de mai à septembre, on file au Bois-du-Couvent, avec de petits chalets en prime s’il ne fait pas beau. Attention, à 1 020 m d’altitude, il peut faire frisquet ! Il y a même un micro-dortoir de deux lits superposés pas chers (20 CHF). Sinon, on vous conseille plutôt un des sympathiques B&B du coin : par exemple La Ferme du Sommet de Pouillerel (chez la famille Santschi, à 3 km et 1 200 m d’altitude), ou Le Gros-Crêt, dans le même coin.
Au Locle, la Maison DuBois occupe un ancien atelier d’horlogerie du XVIIIe siècle. On y trouve cinq belles chambres abordables (125-155 CHF) et une table d’hôtes où l’on dîne sur l’ancien établi de l’horloger !
Dans la vallée de Joux, on campe toute l’année (si, si !) sans se ruiner près du village du Sentier, au Camping du Lac de Joux. L’été, on s’y baigne et, l’hiver, lorsque souffle la bise noire, on y patine ! Pour dormir au sec à coup sûr, l’Hôtel Bellevue le Rocheray nous semble un bon choix, face au lac, avec en prime une bonne table (doubles à partir de 110 CHF). Et pour ceux qui ne comptent (vraiment !) pas, il y a l’Hôtel des Horlogers du Brassus, un OVNI contemporain épousant la vue sur la forêt du Risoud. Propriété d’Audemars Piguet, il a été inauguré en 2022 selon des normes environnementales exigeantes, avec deux tables placées sous l’égide du chef français étoilé Emmanuel Renaut.
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