Les trains mythiques

Les trains mythiques : Amérique

Traverser la Californie en train, ça en devient presque trop facile si l'on a, auparavant, sillonné en pleine cordillère des Andes grâce au Nariz del Diablo ! Mais ce ne sont pas les seuls trains disponibles en Afrique et aux Amériques, découvrez donc notre petite sélection ci-dessous. 

Le Canada vu du Canadien - Toronto-Vancouver

Le Canada vu du Canadien - Toronto-Vancouver
© Jay Kleeman - Flickr

S'il est un pays où le train a grandement participé à la construction de la nation, c'est bien le Canada. Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, le tout premier Premier ministre John A. MacDonald lance le pari fou d'unir les différentes provinces par le rail. 

C'est chose faite en 1885 : les coolies chinois posent les derniers rails d'une voie longue de 4 600 km qui va « d'un océan à l'autre » (devise du Canada)

Le Canadien Pacifique (Canadian Pacific Railway) sert alors de ciment pour la mosaïque multiethnique qui compose le Canada. Il s'avère aussi être un bon outil pour peupler les grands territoires de l'Ouest.

Aujourd'hui, la ligne est exploitée entre Toronto et Vancouver par le Canadien, pour le plus grand bonheur des touristes. Ce train tout confort se promène de l'Ontario à l'océan Pacifique à travers lacs, forêts, montagnes et prairies. Le voyage offre des panoramas grandioses (notamment lors de la traversée des Rocheuses) et demeure un moyen original pour découvrir les richesses naturelles du Canada.

Le Canadien propose deux classes à bord : la classe Economie (classe économique avec sièges inclinables), ainsi que la classe Voiture Lit, avec ses chambres simples, doubles ou triples. 

Le voyage de Toronto à Vancouver, via Winnipeg (Manitoba), Edmonton et Jasper (Alberta) dure trois jours. En fonction de la classe et des différents services choisis à bord (repas, bagages…), les tarifs peuvent varier de 300 à 2 000 € environ. 

Le site du réseau ferré canadien Via Rail propose un système de réservation et donne plein de petites astuces pour voyager à moindres frais (cartes de réduction, passes…).

La Nariz del Diablo - Sur un train perché en Equateur

La Nariz del Diablo - Sur un train perché en Equateur
© Carine06 - Flickr

Avec son parcours sinueux tracé en pleine cordillère des Andes, La Nariz del Diablo est réputé pour être l'une des lignes les plus périlleuses du monde. Surnommée ainsi parce qu'elle passe par un rocher qui, selon la légende populaire, a un petit air du démon, l'unique ligne ferroviaire d'Équateur fut construite au début du XXe siècle pour relier Guayaquil, sur la côte, à Quito, la capitale perchée à 2 800 m d'altitude.

Entre les deux villes, le convoi escaladait à faible allure les montagnes équatoriennes. De Bucay à Alausi, le train empruntait, en marche avant, puis à reculons, un ingénieux zigzag pour lui permettre de se hisser au sommet des plateaux : en moins de 60 km, le Nez du Diable passait de 300 à 2 600 m d'altitude. Ce système reste décrit comme un modèle d'ingénierie ferroviaire.

Victime de son âge canonique et du phénomène météorologique el Niño qui frappe le pays régulièrement, la voie n'est aujourd'hui plus utilisable que sur un seul- et très court - tronçon, entre Sibambe et Alausi (soit environ 15 km). Le train originel a été remplacé par des wagons panoramiques modernes, ce qui lui a fait perdre son charme : dommage !

L'aller-retour entre Sibambe et Alausi avec un prolongement jusqu'au site du Nariz del Diablo dure 2 h 30, offrant des vues spectaculaires sur le relief andin. 

Les billets (environ 25 $ l'aller-retour pour les touristes) doivent être réservés à l'avance en juillet-août, car c'est très touristique ! 

Pour plus d'informations, consultez le site de la compagnie des chemins de fer équatoriens.

El tren de la Sierra - Avec vue sur la Cordillère...

El tren de la Sierra - Avec vue sur la Cordillère...
© PromPerú

4 829 m. Le train qui mène de Lima à Huancayo ("el tren de la Sierra") défie les Andes péruviennes, pour se retrouver sur le toit du monde ou presque. Cette ligne fut conçue pendant la deuxième moitié du XIXe siècle dans le but de faciliter l'exploitation des ressources minières du centre du pays.

Le train de la Sierra quitte la gare de Desamparados de Lima, sur le littoral pacifique. Sur 335 km, il franchit 54 ponts, 68 tunnels, négocie pas moins de 1 154 virages dont une vingtaine de zigzags, et passe du niveau de la mer à des sommets aussi hauts que le Mont Blanc. 

À Ticlio, son point culminant, le train passe à 4 829 m d'altitude. Pour compenser la raréfaction de l'oxygène, la présence d'une bouteille d'air oxygéné est obligatoire sur chaque voyage. On sert également aux passagers une tasse de thé de coca, le remède des Péruviens pour surmonter le mal de montagne.

Après dix années d'interruption, le train de la Sierra a repris du service il y a quelques années, mais ses sorties restent limitées à 2-3 voyages par mois. Le trajet aller simple entre Lima et Huancayo (12 heures) coûte à partir de 50 € (190 NS). 

Pour plus d'informations, consultez le site de la compagnie des chemins de fer péruviens.

Tren a las Nubes - Le train des nuages en Argentine

Tren a las Nubes - Le train des nuages en Argentine
© Tren a las Nubes

Le train qui relie Salta, dans le nord-ouest de l'Argentine, à San Antonio de Los Cobres emprunte l'une des voies ferrées les plus spectaculaires au monde

Sur un parcours de 217 km, le train des nuages se fraie son petit chemin dans un somptueux décor de montagnes sur fond de ciel bleu. À plus de 4 000 m d'altitude, il surplombe le vide en se cramponnant à la paroi rocheuse. Pas moins de 19 tunnels, 30 ponts et deux tronçons en zigzags lui permettent de venir à bout de l'intraitable cordillère des Andes.

Mais la plus grande attraction de l'œuvre conçue par l'ingénieur Richard Fontaine Maury (entre 1921 et 1948) reste les 13 viaducs en fer grâce auxquels la voie se détache des montagnes pour enjamber des ravins sur plusieurs centaines de mètres.

Le plus impressionnant est assurément le viaduc de la Polvorilla, au terminus de la ligne : un pont de 224 m long et 36 de haut. À cet endroit, le train roule à 4 220 m d'altitude. De l'oxygène est conservé à bord pour aider les passagers en proie au mal des montagnes.

El Tren de las Nubes est géré depuis 2008 par une société privée et circule deux fois par semaine (mars-novembre). L'aller-retour se fait dans la journée, à des prix exorbitants (185 dollars !). 

Pour plus d'informations, consultez le site du Tren a las Nubes.

Le Chepe (Chihuahua al Pacifico) - Chihuahua-Los Mochis

Le Chepe (Chihuahua al Pacifico) - Chihuahua-Los Mochis
© Malcolm K. - Flickr

Des vastes étendues désertiques truffées de cactus à la côte bordée par l'océan Pacifique, le Chihuahua Pacifico (ou « Chepe ») traverse des paysages de légende, des canyons et montagnes splendides et des terres chargées d'histoire(s)

Ce train, désormais unique au Mexique à transporter des passagers, quitte tous les matins à la même heure la gare de Chihuahua (Nord), située au cœur d'une région qui reste célèbre pour ses immenses ranchs (Chihuahua est la capitale des cow-boys mexicains).

Un peu plus loin, le Chepe pénètre dans la région du Copper Canyon (le canyon du cuivre), constitué d'un réseau de gorges profondes taillées par les rivières. Le site est quatre fois plus grand que le Grand Canyon du Colorado. C'est la région des indiens Tarahumaras que l'on croise à Creel, étape touristique à mi-chemin entre Chihuahua et Los Mochis. Après avoir quitté ce décor de film, le train poursuit sa route vers la côte Pacifique et Los Mochis, qu'il finit par atteindre après un voyage de 640 km.

Cette ligne mythique est désormais exploitée par deux trains (une liaison quotidienne, assurée par l'un ou l'autre des trains). 

Le Primera Express, luxueux, confortable et donc cher (au moins 120 € l'aller simple) quitte Chihuahua ou Los Mochis à 6 h du matin. Arrivée 14 heures plus tard au terminus.

Le billet en clase economica (départ à 6 h) coûte deux fois moins cher, mais le trajet est plus long (16 heures environ), car il dessert les 35 gares de la ligne, contrairement au Primera Express qui ne s'arrête qu'une douzaine de fois. Pas de réservation, mais voitures panoramiques comme dans le Primera et ambiance plus authentique. 

Pour voyager à bord de ce train mythique, il est conseillé de faire le voyage entre Los Mochis et Chihuahua (et non l'inverse) pour découvrir en plein jour les somptueux canyons qui se trouvent entre El Fuerte et Creel.

Pour plus d'infos concernant les tarifs et les horaires, consultez le site du Chepe.

Le California Zephyr - Le train de l'Ouest américain

Le California Zephyr - Le train de l'Ouest américain
© Courtesy of Alex Mayes / Amtrak

Lancé depuis Chicago à la conquête du Midwest et du Far West, le California Zephyr symbolise le mythe de la « frontière » qui guida pendant plus d'un siècle les pas des pionniers américains venus de l'Est.

Sur un peu plus de 4 000 km, cet énorme train à la couleur chrome traverse sept États et tout ce que l'Ouest américain compte comme merveilles naturelles: les Rocheuses, le Grand Lac Salé, le désert du Nevada, la vallée du Colorado, mais aussi le fleuve Mississippi, les fermes du Nebraska, les prairies du Middle West, les baies, lacs et forêts de Californie… Les points d'intérêt sont donc nombreux.

Comme les Américains aiment à le décrire, le California Zephyr est la ligne la plus spectaculaire de l'Amtrak, le réseau ferroviaire national. La voie était à l'origine divisée en trois tronçons : Chicago-Denver (exploité par le Chicago Burlington & Quincy), Denver-Salt Lake City (exploité par le Denver & Rio Grande Western) et Salt Lake City-San Francisco (exploité par le Western Pacific).

Inauguré en grande pompe en 1949 à San Francisco, ce train reste, avec la Route 66, l'un des plus fameux périples des États-Unis.

Il existe plusieurs manières de voyager à bord du California Zephyr. C'est selon son porte-monnaie. Si les cabines privées avec couchette demeurent assez chères (jusqu'à 1 150 € l'aller simple de deux jours entre Chicago et Emeryville, près de San Francisco), les sièges inclinables en classe économique restent bon marché (environ 150 €) et assez confortables. Où que l'on voyage, on peut accéder à l'un des cinq salons du train, chacun disposant de larges baies vitrées. Vue imprenable sur les Rocheuses !

Les réservations peuvent s'effectuer sur le site de l'Amtrak.

Pour en savoir plus, lire notre reportage Les Etats-Unis en train, de New York à San Francisco.

Denali Star - Alaska

Denali Star - Alaska
© Ruth P. Peterkin - Fotolia

Le Denali Star est le plus occidental des trains américains et offre des vues spectaculaires d’une nature indomptée.

Entre Anchorage, ville côtière d’Alaska et Fairbanks située dans les terres, 580 km plus au nord, le train s’arrête à Talkeetna et Denali Park, deux étapes entre montagnes enneigées et forêts infinies.

Une partie du train, le Wilderness Dome Trail consiste en des voitures panoramiques offrant des vues à couper le souffle sur les grands espaces de l'Alaska.

White Pass & Yukon Route - Le train de la ruée vers l'or

White Pass & Yukon Route - Le train de la ruée vers l'or
© Jed Thompson

Le chemin de fer qui relie Skagway en Alaska à Whitehorse dans le Yukon (Canada)est plutôt court (à peine 170 km), mais il raconte une histoire longue et passionnante qui inspira l'écrivain Jack London : celle de la plus importante ruée vers l'or du continent nord-américain.

Nous sommes dans les dernières années du XIXe siècle et, alors que les pépites se font de plus en plus rares en Californie, les chercheurs d'or ont écho d'un nouveau filon dans le Klondike, une rivière qui coule dans le Yukon, à la frontière avec l'Alaska. Ils sont alors plusieurs dizaines de milliers à accourir dans la région pour plonger leur tamis dans les eaux du Klondike. Seulement voilà, la zone est montagneuse et les prospecteurs et leurs mules éprouvent les pires difficultés à remonter en amont de la rivière.

Malgré quantité d'obstacles, on décide de construire une voie ferrée afin de faciliter l'acheminement du matériel. Deux ans de travaux sont nécessaires à la réalisation de cette ligne qui frôle la paroi rocheuse, tutoie le vide et les chutes d'eau et franchit un col à 873 m d'altitude (le « White Pass »).

Le train fit rapidement la fortune des chercheurs. Mais la fièvre ne dura pas longtemps. Au début du XXe siècle, il ne restait presque plus d'or dans le Klondike et les prospecteurs durent faire leurs valises à la recherche d'un nouvel eldorado.

De nos jours, la ligne White Pass est exploitée par un train touristique (avec de véritables locomotives à vapeur !) qui promène les passionnés d'histoire et les amateurs de beaux paysages sur les traces des chercheurs d'or du Klondike et de Jack London. Plusieurs forfaits sont proposés au départ de Skagway : seule la moitié de la ligne est en service, jusqu'à Carcross.

Le site du White Pass & Yukon Route propose un système de réservation, ainsi qu'une quantité d'informations (en français !) sur l'histoire de cette ligne épique.

Texte : Chahine Benabadji, Jean-Philippe Damiani et Camille Poirier

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