Espagne : Cuenca, entre histoire et art moderne

Espagne : Cuenca, entre histoire et art moderne
© Olaf Speier - Fotolia

Au cœur de la péninsule Ibérique, la vieille ville de Cuenca s’élève sur un promontoire rocheux. Ce nid d’aigle surplombe un cirque naturel dessiné par les gorges du Huécar et du Júcar, qui se creusent de part et d’autre de la ville.

Fondée par les Maures au 8e siècle et alors intégrée au califat de Cordoue, Cuenca, passée sous le giron chrétien en 1177, est l’une des plus belles forteresses médiévales de Castille. Les églises, couvents et palais de charme de la vieille ville lui valent son classement à l’Unesco.

Cuenca est également célèbre pour ses casas colgadas, ses maisons suspendues construites en bordure du ravin. Une poignée de musées d’art moderne viennent compléter le tableau, et enrichissent la balade historique d’une note contemporaine.

Une cité posée dans un cirque naturel

Une cité posée dans un cirque naturel
Casas Colgadas © Marie Borgers

Plantons le décor naturel. À mi-chemin entre Madrid et Valence, la ville haute de Cuenca s’élève dans un paysage rural de montagnes et de rocaille. Elle est encerclée par deux gorges, celles du Huécar et du Júcar, qui forment des murailles naturelles. On comprend alors pourquoi les Maures ont choisi ce site stratégique, naturellement fortifié. Aux alentours, les montagnes rocheuses sont striées de forêts de pins, d’ormes et de peupliers.

Ces austères paysages creusés par l’érosion, tout de montagnes et de rocaille, de forêts et de rivières, ne sont pas sans évoquer le théâtre des aventures de Don Quichotte, l’hidalgo né sous la plume de Cervantès. Une belle occasion de (re)lire ce bijou de la littérature espagnole.

Côté topographie, la ville de Cuenca se divise en deux parties. La majorité des habitations et des commerces, généralement modernes, se concentrent dans la ville basse ou ville nouvelle. Posée sur un promontoire rocheux, la ville haute, le quartier historique de la ville, remporte la palme du charme.

La ville historique a été inscrite à l’Unesco pour ses merveilles d’architecture civile et religieuse des 12e au 18e siècles. Les rues escarpées, souvent piétonnes, sont ponctuées d’escaliers et de passages couverts. Bordées de couvents hors du temps et de demeures ornées de blasons, ces ruelles débouchent sur d’agréables placettes.

Franchissant la vallée du Huécar, le pont de fer San Pablo relie la vielle ville au parador de Cuenca. Construit en 1902 et long de 80 m, il s’élève à près de 40 m au-dessus du sol. Il se tient en lieu et place d’un pont de pierres du 16e siècle, qui s’écroula avant d’être totalement détruit à la fin du 19e siècle.

Les lignes du pont de fer et son matériau rappellent les constructions de Gustave Eiffel. Les pierres du pont historique ayant été récupérées pour d’autres fondations, l’un des élèves de l’ingénieur eut l’idée de construire un pont en fer, dans la veine des tendances architecturales de l’époque.

Mais la vraie curiosité de Cuenca réside dans ses casas colgadas, ou maisons suspendues, accrochées aux parois de la falaise. À flanc de montagne, leurs balcons de bois sont suspendus au-dessus du vide et du lit du fleuve. On attribue à ces maisons de maîtres et de nobles une origine médiévale, peut-être musulmane.

La Plaza Major, cœur historique de Cuenca

La Plaza Major, cœur historique de Cuenca
Cathédrale Nuestra Señora de Gracia © Marie Borgers

La ville haute, ou ville historique de Cuenca, concentre tous les monuments historiques. Elle compte pas moins de 14 églises qui accueillent régulièrement des concerts de musique classique.

La Plaza Major est le centre névralgique de la ville haute. Sa forme de triangle, bordé par l’hôtel de ville et la cathédrale, étonne plus d’un visiteur. La place aligne des maisons colorées aux fenêtres cernées de cadres blancs, aux airs tout méridionaux. Cette palette chromatique mène le regard jusqu’à la façade blanche de la cathédrale.

La cathédrale Nuestra Señora de Gracia est un bel exemple de fusion et d’intégration des styles au fil du temps. Débutée à l’ère romane et teintée d’influences normandes, elle devint ensuite la première construction gothique en Castille, avant de s’enrichir d’ornementations Renaissance. Bâtie sur le site d’une ancienne mosquée, elle fut le premier édifice construit après la reconquête de la ville en 1177. Elle figura même parmi les édifices pionniers du style gothique dans l’Espagne de la Reconquista. Quant aux vitraux contemporains, merveilles d’art abstrait, de cubisme et de surréalisme, ils complètent ce panorama des périodes artistiques.

L’art moderne à Cuenca

L’art moderne à Cuenca
Musée d’Art abstrait espagnol © Marie Borgers

Cuenca est devenue en quelques décennies un épicentre de l’art moderne en Castille, prisé des amateurs d’art abstrait et figuratif. Son patrimoine artistique est impressionnant pour une cité de 50 000 habitants.

Ouvert dès 1966, le musée d’Art abstrait espagnol est emblématique de Cuenca à divers égards : la visite est tout aussi passionnante pour l’architecture de la bâtisse que pour les œuvres qui y sont exposées.

Côté architecture, le musée est installé dans l’une des plus fameuses maisons suspendues de la ville. La visite de la bâtisse vaudrait à elle seule le déplacement. On y marche sur un sol de marbre brut dont la teinte beige contraste avec la blancheur des murs.

À l’étage, les balcons de bois, parmi les plus beaux de Cuenca, sont accrochés à flanc de montagne. Ils donnent une vue plongeante sur le val encaissé du río Huécar. Les fenêtres ouvertes sur le vide sont pensées comme les encadrements de peintures naturelles, dont le sujet évolue en fonction de la position du visiteur dans la pièce. Dans la bibliothèque, le regard s’élève jusqu’à un superbe plafond à caissons du 16e siècle.

Les collections sont tout aussi dignes d’intérêt que leur écrin. Dans l’esprit des « cabinets de curiosités », le musée expose tous les courants de l’art abstrait (expressionnisme, lyrisme, constructivisme...), version espagnole. On y voit peintures, sculptures et photos d’artistes nés à Cuenca ou y ayant vécu : Antoni Tàpiès, Gustavo Torner, Antonio Saura, Manuel Rivera, Eduardo  Chillida…

Un peu plus loin, la Fundación Antonio Pérez donne un spectre plus exhaustif encore de l’art moderne et contemporain espagnol. Dans un ancien couvent de carmélites, un dédale de couloirs dessert de vastes salles tamisées et des recoins biscornus, reliés par des volées d’escaliers. On trouve là un fabuleux bric-à-brac : peintures, sculptures, croquis, montages, photos, installations… sans oublier la collection d’« objets trouvés » d’Antonio Pérez. Les terrasses donnent des points de vue sur le val de Huécar et le parador.

Enfin, un peu plus loin, la Fundación Antonio Saura est spécialement dédiée à l’un des artistes abstraits espagnols les plus fameux de sa génération.

Musées et traditions artisanales

Musées et traditions artisanales
Travail de l'osier © joserpizarro - Fotolia

Ville d’art et d’histoire, Cuenca compte nombre de musées intéressants. Dans le Palais épiscopal, le Musée diocésain rassemble objets liturgiques, tapisseries, peintures et statuaires religieuses, tandis que le musée de Cuenca retrace l’histoire de la région, de la Préhistoire au Moyen Âge.

Et parce que la compréhension de la culture populaire passe par celle des fêtes locales, le musée de la Semaine sainte nous immerge dans la ferveur de cette célébration déclarée « fête d’intérêt touristique international ».

Plus étonnant et intemporel, le musée des Sciences présente des sections dédiées à l’astronomie, la conquête spatiale, la géologie, la paléontologie et l’écologie, expériences de physique à l’appui.

La province de Cuenca regorge de maîtres-artisans dont le travail se situe à la croisée de l’artisanat et de l’art. Les potiers réalisent cruches, plates et jarres. Les tapis et tapisseries, guitares et autres instruments de musique témoignent eux aussi des savoir-faire des artisans de Castille-La Manche.

La ville de Cuenca elle-même doit son enrichissement, aux 15e et 16e siècles, à son artisanat : la forge, l’ébénisterie, la taille de pierre, mais aussi le textile (draperie, laine et broderie) et la maroquinerie. En repli ces dernières années, l’osier est une autre tradition artisanale de la ville. Le taureau ibérique en argile est quant à lui l’emblème de la céramique de Cuenca.

Retrouvez les infos pratiques, bons plans et adresses de Cuenca dans le Routard Madrid Castille en librairie.

Pour préparer votre séjour, consultez notre guide destination Espagne.

Office espagnol de tourisme

Office de tourisme de Cuenca

Aller à Cuenca

- Vols Air France au départ de Paris-Charles-de-Gaulle et à destination de Madrid Barajas.

- Par la route depuis Madrid : autoroute A-31 ; compter 1 h 30 min de route.

- En train depuis Madrid : compter 50 min.

Dormir à Cuenca

Posada de San José : c/ Julián Romero, 4. Un charmant hôtel installé dans un palais du 17e siècle, à la façade frappée d’armoiries. Mobilier ancien dans les chambres et les petits salons séparés par des escaliers. Charmante salle de restaurant aux airs d’auberge, faite de petits recoins et de piécettes, idéales pour des dîners intimistes. Les balcons et terrasses sont posés sur le rebord de la falaise : vue renversante assurée !

Se restaurer à Cuenca

- Asador Maria Morena : calle Larga, 31. Sur les hauteurs de la ville haute, terrasse ensoleillée (agréablement exposée plein sud), embrassant la mer de toits de la vieille ville et toute la vallée. Spécialités de viande (cochon de lait, gibiers) et de poisson (morue).

- Parador de Cuenca : subida a San Pablo, s/n. Sans un ancien couvent dominicain du 16e siècle merveilleusement reconverti, que l’on atteint en franchissant le pont de fer. Panorama sur la gorge de Huécar qu’enjambe le pont, et sur les maisons suspendues. Un enchantement non démenti par les papilles.

Texte : Marie Borgers

Mise en ligne :

Espagne Les articles à lire

Services voyage