Littérature
Les premières œuvres de la littérature espagnole sont écrites en dialecte
mozarabe : ce sont des chansons lyriques intégrées à des poèmes en hébreu
ou en arabe, composées au XIe siècle. La plupart des chansons lyriques
et des ballades écrites entre le XIIe et le début du XVe
siècle sont, quant à elles, rédigées en galico-portugais sur le modèle des
poèmes de troubadours. La première œuvre marquante est le Poème du Cid
, au XIIe siècle, qui met en scène Rodrigo Díaz de Vivar. Cette épopée relate
l'exil injuste du Cid puis son retour triomphal en Castille.
La littérature en castillan
Le castillan devient une langue littéraire au XIIIe siècle avec
la traduction de l'Ancien Testament et la rédaction du premier code juridique
moderne (Siete Partidas). Le premier roman espagnol, Le Chevalier
Cifar (œuvre anonyme de la première moitié du XIVe siècle),
constitue le premier roman de chevalerie et annonce le récit picaresque. L'influence
de la poésie italienne commence se fait sentir dès le XVe siècle.
Ce sont les serranillas d’Íñigo López de Mendoza, marquis de Santillana
qui remportent le plus grand succès. Ces chansons simples, populaires et
champêtres racontent les rencontres de chevaliers raffinés et d'humbles bergères.
La Renaissance espagnole
La Renaissance humaniste qui s'épanouit en France et en Italie ne connaît pas
le même succès en Espagne, où l'Église et la tradition médiévale conservent
leur puissance.
En 1499 paraît la Tragicomedia de Calisto y Melibea (1499), plus connue
sous le nom de son personnage principal, la Célestine, une œuvre majeure
de Fernando de Rojas qui mêle motifs médiévaux et éléments littéraires réalistes,
propres à la Renaissance.
De son côté, le poète Garcilaso de la Vega s’inspire de la poésie italienne
renaissante pour créer un univers imaginaire exaltant le pouvoir de l'amour
et de la beauté, dans la lignée pétrarquiste.
Au XVIe siècle, la littérature mystique
demeure très vivante en Espagne, avec des grands textes comme Le Château
intérieur, ou Livre des demeures (1588), de Sainte Thérèse d'Ávila,
qui décrit de façon familière mais passionnée ses expériences mystiques : des
textes vibrants et émouvants qui ont su traverser les siècles.
Le roman picaresque et Don Quichotte
Au XVIe siècle apparaît un genre nouveau, le roman picaresque, qui
exerce une influence immense sur la littérature européenne. Il suit les aventures
du picaro (sorte de vagabond aventurier), qui servent de prétexte à un
tableau réaliste et critique de la société. La Vie de Lazarillo de Tormes
(1554), œuvre satirique parfois attribuée à Diego Hurtado de Mendoza, constitue
le chef-d’œuvre du genre.
Le roman espagnol atteint toutefois son apogée au XVIIe siècle, avec
l'œuvre de Miguel de Cervantès Don Quichotte de la Manche (1605-1615),
que la critique contemporaine qualifie de premier roman moderne. Don Quichotte,
« rendu fou » par la lecture d'innombrables romans de chevalerie,
tente d'appliquer au monde réel ses croyances idéalistes et de les transmettre
à son prosaïque compagnon Sancho Pança. Un subtil dosage de réalisme et d’idéalisme,
d’art du conte et de critique sociale, fourmillant d’idées d’écriture.
Les grands dramaturges espagnols
Le XVIIe siècle est considéré comme l’âge d’or du théâtre espagnol :
Lope de Vega, Tirso de Molina, Ruiz de Alarcón et Calderón de la Barca.
Lope de Vega, bouleverse les règles de la dramaturgie à travers les quelque
1 800 comedias, les 400 autos sacramentales. Il établit la forme
de la « tragi-comédie » dans son Arte de hacer comedias, qui influencera
Molière et Corneille : trois actes, unité de lieu et de temps, double interprétation,
des mêmes événements.
Dans le Trompeur de Séville (1630), Tirso de Molina
introduit le personnage de Don Juan, un archétype qui aura une grande influence
sur la culture européenne.
Calderón, le grand dramaturge baroque, est célèbre
pour La Vie est un songe (1635), une méditation, au style rutilant, sur
le libre arbitre et la destinée.
De l’âge baroque au XIXe siècle
Au XVIIe siècle, la littérature baroque se fonde sur l'abstraction
et sur l'artifice dans le langage. Ses principaux représentants sont Luis de
Góngora, qui donne son nom au baroque espagnol (« gongorisme »), Francisco
Gómez de Quevedo, et Baltasar Gracián.
Au XIXe siècle, l’Espagne apporte sa contribution aux mouvements que l’on retrouve
dans la poésie, le théâtre et le roman européens au cours du XIXe
siècle : le romantisme avec Ángel de Saavedra, duc de Rivas, et José Zorilla ;
le réalisme avec Pedro Antonio de Alarcón, Juan Valera ou Benito Pérez Galdós,
sorte de Balzac ibère, qui a écrit près de 80 romans traitant de
l’histoire et de la société espagnoles.
Le XXe siècle
Au début du XXe siècle, le courant moderniste, avec « la génération de 98 »,
se propose de rénover l'écriture, avec un esthétisme subtil et une glorification
des valeurs nationales. Dans Les Champs de Castille, en 1912, Antonio
Machado chante les valeurs universelles liées à sa terre natale. Juan Ramón
Jiménez, dans Platero et Moi (1914), signe une poésie panthéiste
délicate et abstraite qui lui vaut le prix Nobel en 1956.
La « génération de 1927 » laisse son empreinte sur la littérature espagnole
et universelle, avec notamment son chef de file Federico García Lorca, qui ouvre
la poésie à de nouvelles influences, comme la culture populaire. Dans son exceptionnelle
trilogie théâtrale (Noces de sang en 1933, Yerma en 1934 et La Maison
de Bernarda Alba en 1936), García Lorca traite de passions fondamentales pour
la culture espagnole comme la virginité, la maternité ou la mort.
Jacinto Benavente,
autre grand dramaturge, libère le théâtre et se moque avec ironie et élégance
de la société espagnole dans des pièces satiriques telles que les Intérêts
d'autrui qu'il est bon de servir (1927). Il obtient le prix Nobel en 1922.
Le franquisme voit s'exiler de nombreux auteurs, notamment le dramaturge Fernando
Arrabal, et les romanciers Ramón Sender, Ramón Pérez de Ayala ou Juan Goytisolo
(Deuil au paradis ; Royaumes déchirés).
Parmi les nombreux
auteurs de la littérature espagnole contemporaine, en plein foisonnement, citons
Camilo José Cela, prix Nobel de littérature en 1989, auteur de La Famille
de Pascal Duarte (1942) et La Ruche (1951). Cela est le père du réalisme
appelé tremendismo, qui met en scène des antihéros plongés dans des univers
sordides. Plus récemment, Manuel Vázquez Montalbán s’est imposé parmi les romanciers
les plus populaires de l’Espagne post-franquiste, grâce à ses récits policiers,
qui ont pour héros le détective privé « anar » Pepe Carvalho.
Cinéma
Si les premiers films espagnols sont pratiquement nés en même temps que le
cinéma en 1895, c’est essentiellement à la fin des années 1920 que l’Espagne
connaît une audience internationale avec deux films qui bouleversent le 7e Art
: Un chien andalou et L’âge d’or de Luis Buñuel, chefs-d’œuvre
du surréalisme. Buñuel, qui travaillera par la suite, au Mexique et en France,
sera l’un des plus grands créateurs de cinéma du siècle, avec une œuvre tout
entière sous le signe du surréalisme, de l’ironie et de la satire sociale.
La dictature franquiste, qui s’installe après la Guerre d’Espagne, met un frein
à l’activité artistique de la péninsule ibérique. La censure contrôle de près
les scénarios et l’Église encourage les films historiques animés de l'esprit
de « croisade » idéologique, glorifiant la Castille éternelle et folklorique.
Le meilleur exemple de ce cinéma est Marcelino, pain et vin (1955) de
Ladislao Vajda, qui connaît un grand succès populaire.
Un auteur s'affirme pourtant dans les années 1960 et 1970 : Carlos Saura, dont
l'œuvre développe une vision allégorique de la société espagnole. Sous couvert
de fables, ses films, notamment Ana et les loups (1972), Cria Cuervos
(1975), primé à Cannes et Elisa, mon amour (1977), sont des critiques
très virulentes de l’Eglise, du machisme et de l’armée, piliers du régime franquiste.
A la mort de Franco, un vent de liberté souffle sur la société et la culture
espagnole : c’est la « Movida » (Mouvance) madrilène des années 1980, dont Pedro Almodóvar est le chef de file. Ce réalisateur iconoclaste met en scène tous
les anciens tabous de l'Espagne franquiste : liberté de mœurs, homosexualité,
drogue, portraits de femmes émancipées (La Loi du désir, 1986 ; Femmes
au bord de la crise de nerfs, 1988 ; Attache-moi !, 1989 ;
Talons aiguilles, 1991). Récompensé aux Oscars pour Tout sur ma mère
et Parle avec elle, Almodóvar compte aujourd’hui parmi les plus importants
cinéastes du monde.
La période post-franquiste voit également apparaître d’autres auteurs importants,
comme Víctor Erice (L'Esprit de la ruche), Bigas Luna (Jamón, jamón)
ou, plus récemment, Alejandro Amenabar (Ouvre les yeux, El mar adentro).
Le flamenco
Le flamenco est la musique traditionelle des gitans andalous. Riches de leurs
pérégrinations en Asie et en Europe, ils créèrent le Cante jondo, c'est-à-dire
la forme la plus puissante du flamenco. Un cri, une déchirure.
Lentement, le flamenco
gagna ses lettres de noblesse et imposa sa violence triste et son ardente mélancolie,
notamment auprès des romantiques qui trouvèrent dans ce chant une résonance
à leur spleen.
Depuis ce temps, le flamenco a emprunté mille chemins. Du style le plus épuré
aux arrangements symphoniques des chansons d'El Camarón, le flamenco se décline
sur toutes les gammes de la sensibilité gitane.
Médias
Presse
L'Espagnol lit peu, mais lit proche. Les deux grands quotidiens nationaux, El Mundo (1,2 à 1,3 million de lecteurs), de sensibilité libérale droitière, et El País (2 millions), plus socialisant, n'atteignent ces chiffres de diffusion que grâce à leurs éditions régionales. Ils sont désormais dépassés par certains gratuits, au premier titre desquels 20 Minutos.
Dans les hôtels, les restaurants, les campings, on ne trouve souvent que les régionaux. Mais ils sont bien différents des grands titres de la presse régionale française. Les régionaux espagnols dépassent rarement les 200 000 exemplaires et ne s'intéressent guère qu'à l'actualité d'une ou de deux provinces. D'où le nombre de titres. La plupart traitent avec soin des nouvelles internationales (surtout européennes en fait) et nationales, mais ils y ajoutent d'innombrables pages locales où fleurissent les faits divers. Pour le voyageur, ce peut être une aubaine : le moindre événement, le moindre concert, la moindre foire artisanale ou le moindre marché sympa sont signalés. Marca, le grand quotidien sportif, imprime chaque jour 10 éditions régionales. Signalons cependant que la presse locale est encore plus conservatrice que la presse régionale française.
Côté magazines, la presse « people » caracole en tête derrière le vétéran ¡ Hola ! et ses 730 000 exemplaires. Les concurrents sont nombreux : Semana, Diez minutos et le petit dernier ¿ Qué me dices ? La presse « people » fouille nettement moins dans les poubelles que ses homologues européens. C'est un bon moyen d'entrer par la petite porte dans la société espagnole.
Télévision
Une surprise : les petits tirages de la presse télé. Teleprograma, le leader, plafonne à 250 000 exemplaires. Les Espagnols sont pourtant champions cathodiques d'Europe. Dans les bars, les restos, les campings, il y a toujours une télé allumée, de préférence à fond. Mais la télé espagnole est simple : sports, séries, jeux, journaux télévisés, corridas et quelques films. Dans l'intervalle, des débats pour passer le temps.
On compte 5 chaînes principales : TVE1, TVE2, des chaînes d'État, Antena 3, qui diffuse TVG, la télé galicienne, très regardée dans les zones rurales, Tele5 (assez proche de M6) et Canal Plus, plus quelques chaînes locales.
Les horaires des programmes sont indiqués dans le journal local.
Les journaux télévisés suivent l'heure des repas (15 h et 21 h sur TVE1).
Ce qui plaît le plus aux Espagnols, à part le foot, les corridas et le cyclisme, ce sont les émissions « people » comme Gente sur TVE1 ou Rumores sur Antena 3.
Radio
De ce côté-là, c'est un peu le bazar. Des centaines de miniradios inondent la bande FM. Pour écouter de la musique locale, c'est l'aubaine, sauf en voiture car le cantaor au duende fabuleux se trouve soudain remplacé par un débat sur la culture des olives au détour d'une colline. Une valeur sûre : Radio Clásica.