Des éléments wisigoths typiques, comme les fenêtres en forme de serrure, se transmettent au préroman, qui s'épanouit à partir du IXe siècle entre Catalogne, Asturies et Galice. Dans les replis montagneux du nord, de mini-royaumes chrétiens, derniers remparts contre l'avancée musulmane, se forment, puis se renforcent tandis que Compostelle prend de l'importance. Le style roman s'impose au gré des pérégrinations des pèlerins.
À Cordoue, plus grande cité d'Europe occidentale au Xe siècle, une réalisation incarne le développement et la puissance rayonnante du califat d'Al-Andalus : la grande mosquée, la plus vaste du monde après celle du Caire, aux 800 colonnes. Dans ce monde qui prend le meilleur des autres cultures, les artisans de toutes les minorités participent à la construction. Ce sont ainsi des Byzantins qui réalisent l'exceptionnelle mosaïque or et bleu cobalt du grand mihrab. Peu d'exemples dans les régions centrales de l'Espagne, cependant.
Désunis, les royaumes musulmans succombent peu à peu à la Reconquête espagnole. Tolède est prise en 1085 ; Cordoue tombe en 1236, Séville en 1248.
Les rois chrétiens ne se montrent pourtant pas forcément hostiles au monde qu'ils découvrent, et créent sans le vouloir un nouveau style architectural, le mudéjar. S'inspirant de la tolérance qui prévalait dans la Cordoue omeyyade, Alphonse X el Sabio (le Sage !) s'entoure de lettrés espagnols et arabes, de mathématiciens et d'astronomes juifs. Les Rois catholiques raffolaient du raffinement dont bénéficiaient les califes et sultans, et souhaitaient avoir le même décor pour leurs propres palais.
Au siècle suivant (1362), Pierre Ier le Cruel ordonne, à Séville, la construction du palais de l'Alcázar, dans un style directement inspiré de l'ornementation maure.
Le mudéjar, mêlant au gothique occidental le savoir-faire des artisans de Grenade, intervenus sur demande personnelle du roi espagnol, atteint son apothéose.
La Reconquête achevée marque le début d'une période toute de gloire, tournée vers la soumission des Amériques et le triomphe du catholicisme d'État. Églises, chapelles et monastères de style gothique (bientôt flamboyant, et plus souvent isabellin, du nom de la reine Isabelle la Catholique) se multiplient, souvent en lieu et place des anciennes mosquées.
À Cordoue, la grande mezquita aux 800 colonnes menace d'être rasée. La municipalité s'y oppose, mais ne peut empêcher l'Église d'éventrer l'édifice et de faire élever, en son centre, une anachronique et colossale cathédrale.
Le XVIe siècle subit tardivement l'influence de la Renaissance italienne, mais elle ne s'épanouit pas en Espagne aussi facilement que dans le reste de l'Europe. C'est ainsi un style remodelé qui voit le jour : le plateresque. Son nom vient de la manière dont on ciselait l'argent (plata), très minutieusement, comme le faisaient les orfèvres. La richesse ornementale qui le caractérise le rend parfois lourd à digérer.
Les portes et les fenêtres des églises sont le théâtre majeur de son expression. Diego de Siloé, l'architecte de Burgos, en est l'un des représentants les plus fameux. Les éléments principaux du plateresque sont décoratifs et non structurels : colonnes en forme de candélabres, ornementées de motifs en arabesques et surmontées de chapiteaux corinthiens, motifs floraux et sculptures, blasons héraldiques, influences mudéjares et gothiques. On utilise aussi les azulejos.
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, on assiste à un retour à une certaine austérité, sous la conduite de l'architecte Juan de Herrera, proche de Charles Quint. Dans ce style herreriano, les volumes se font immenses, les plans rigoristes, les lignes droites ; l'ornementation est réduite à sa plus simple expression.
Au début du XVIIe siècle, le herreriano a vécu. Les Espagnols s'accommodent mal des architectures ternes. Le règne du baroque, venu d'Italie, s'affirme. D'abord plutôt sages, les façades et les autels explosent au XVIIIe siècle en formes rococo, sous l'égide de José Benito Churrigera. On parle ainsi de style churrigueresque. Stucs et sculptures polychromes, angelots potelés et dorés, guirlandes, moulures végétales et balustrades entrent dans les églises. Vous avez dit surchargé ? Il n'est qu'à voir le retable de l'église San Esteban de Salamanque, l'un des premiers chefs-d'œuvre (1693) du maître, pour s'en convaincre.
Salamanque est la ville d'Espagne la plus riche en monuments churrigueresques. Mais on trouve ailleurs bien d'autres œuvres-clés de cette époque : le très débridé Transparente de la cathédrale de Tolède, ingénieusement éclairé par un puits de lumière, la façade de l'Hospice San Fernando de Madrid, l'Obradoiro de Compostelle, etc. Le churrigueresque s'est aussi particulièrement bien exporté dans les colonies américaines - et surtout au Mexique.
Autant le style néoclassique n'a guère laissé de chef-d'œuvre en Espagne, autant l'aube du XXe siècle s'éveille-t-elle sur une nouvelle période faste : celle du modernisme.
Cousin de l'Art Nouveau, celui-ci émerge à Barcelone à l'initiative d'artistes, écrivains et intellectuels œuvrant pour une renaissance catalane. Parmi eux, trois architectes : Josep Puig, Lluís Domènech et Antoni Gaudí.
Vers la fin des années 1980, le flamenco s'est mis à résonner partout.
Ce sont les gitans andalous qui ont créé le genre musical flamenco. C'est en Andalousie se sont installés les gitans qui ont le plus voyagé ; et, durant leur périple, ce peuple farouche a puisé dans tous les chants sacrés qu'il put entendre et chanter à son tour pour endurer sa peine.
C'est donc en Andalousie qu'est né le flamenco. Dès le début du XIXe siècle, il apparut dans les tavernes. Ce chant libre était la fierté, l'expression des pauvres.
Lentement, le flamenco
gagna ses lettres de noblesse et imposa sa violence triste et son ardente mélancolie.
La réhabilitation et, en quelque sorte, la popularisation passèrent par le biais des élites en pleine ferveur romantique, qui trouvèrent dans ce chant une mélancolie, un spleen opportun.
Rite barbare ou art sublime ? À cette problématique philosophique s'ajoutent des pratiques contestables (et illégales pour la plupart) utilisées lors de la préparation des animaux avant même les corridas. Taureaux mutilés par la pratique de l'afeitado : on repousse la partie innervée des cornes vers la racine, afin de rendre les cornes moins dangereuses pour les toreros ; outre l'aspect douloureux de l'opération, l'afeitado prive l'animal d'une partie de ses repères spatio-temporels. On est bien souvent loin du fantasme du « combat à armes égales »...
Les courses (corridas de toros) ont lieu pendant les jours de feria et lors d'autres fêtes, ainsi que tous les dimanches en saison dans les grandes villes. Pour la plupart, ce sont des novilladas où les taureaux (novillos) ont moins de 4 ans, où les novilleros n'ont pas reçu la consécration de l'alternative (investiture solennelle), où il n'y a pas souvent de picadores. Les novilleros désireux de faire carrière y donnent souvent le meilleur d'eux-mêmes.
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