Tous les Arméniens, ou presque, sont attachés à l’Église
apostolique arménienne, une église orthodoxe orientale et autocéphale.
Ses plus proches cousins sont les Coptes égyptiens, les Syriaques (patriarcat
d’Antioche), les Éthiopiens et les Érythréens de
rite guèze, sans oublier les Malankares et Malabars du Kerala indien...
Toutes ces églises sont peu connues dans nos contrées et montrent
à quel point le christianisme avait pu essaimer en Orient durant le premier
millénaire. Elles sont désignées sous le nom de «
miaphysites », car elles refusèrent, en 451, les conclusions du
concile de Chalcédoine - où les Arméniens, en pleine
guerre avec les Perses, ne purent d’ailleurs pas se rendre... Point de
divergence ? L’idée selon laquelle le Christ, comme l’exposait
saint Cyrille, voit coexister ses natures humaine et divine, sans qu’il
y ait forcément égalité entre elles.
L’histoire moderne a été dominée par la scission entre le Catholicosat d’Etchmiadzine (en Arménie), placé sous le contrôle de l’URSS jusqu’à l’indépendance, et celui de Cilicie, basé au Liban, qui refusait toute compromission avec le pouvoir soviétique. Éternelles querelles de clochers... La réconciliation est aujourd’hui entérinée et tous les Arméniens ont retrouvé ce lien vibrant à la religion qui a permis à leur culture de s’épanouir et de subsister à travers les siècles d’invasions.
Ils ne sont que quelques milliers à vivre en Arménie. Au XVIIe siècle, ces orthodoxes russes (aussi baptisés Molokan) refusèrent la modification de la liturgie et s’installèrent aux marges de l’Empire pour fuir les persécutions ordonnées par le tsar Pierre le Grand. Leur credo : faire le signe de croix avec deux doigts au lieu de trois, et célébrer l’eucharistie avec sept pains au lieu de cinq. La plupart des Vieux-Croyants se regroupent dans les villages agricoles de Fioletovo et Lermontovo, entre Dilijan et Vanadzor.
Principale minorité d’Arménie, les Yézidis forment
une communauté estimée à environ 80 000 personnes. Installés
dans de nombreux villages de la plaine de l’Ararat et du Sud-Ouest du
pays, ils sont pour la plupart éleveurs ; on les rencontre en été
sur les pentes supérieures du mont Aragats, où ils emmènent
paître leurs bêtes, vivant plusieurs mois d’affilée
sous la tente.
Leur principale particularité a trait à leur religion : ni chrétiens,
ni musulmans, ils pratiquent un culte solaire proche de celui des Zoroastriens
de l’empire perse d’autrefois. Leur principal lieu saint, Lalesh,
se situe dans l’actuel Kurdistan irakien. À en croire les rares
spécialistes du sujet, les Yézidis sont ethniquement Kurdes, même
si une partie d’entre eux refuse aujourd’hui cette affiliation en
Arménie. Pour quelle raison ? Probablement par souci de protection. Kurdes,
ils pourraient être suspectés d’être musulmans, comme
la plupart de leurs cousins vivant en Turquie, Iran, Irak et Syrie, au risque
de se voir stigmatisés par le gouvernement arménien et peut-être
chassés. Beaucoup de ceux qui se revendiquent « Kurdes Yézidis
» ont quitté le pays, arguant de persécutions.
En Europe de l’Ouest, ils sont aujourd’hui parmi les plus nombreux
demandeurs d’asile en provenance du Caucase. Le plus ancien journal kurde
au monde, Rya Teze, dont le siège se trouvait à Erevan, a effectivement
été fermé après un siècle d’existence.
Seul demeure l’organe des Yézidis « non Kurdes », Ezdikhane...
Historiquement, les Yézidis ont un parcours voisin de celui des Arméniens,
ce qui les rapproche. Eux aussi vivaient pour la plupart dans l’actuelle
Turquie avant de subir pogroms et déportations de la part des Turcs.
On ne leur reprochait pas leur nationalisme : peuple sans terre, ils n’en
font aucun cas. Leur discrimination tenait à leur religion, jugée
diabolique par les musulmans.
Partir en Arménie