Les bastides, une nouvelle idée de la ville
Aux XIIIe et XIVe siècles, l'Aquitaine était partagée
entre le royaume d'Angleterre et le comté de Toulouse. Les seigneurs anglais et français se disputent âprement le terrain, notamment par places fortes interposées. La
bastide est en partie née de l'idée qu'il était nécessaire de structurer l'arrière-pays,
d'organiser l'occupation du sol en campagne tout en regroupant des populations.
Construites tant par les Anglais que par les Béarnais ou les Armagnacs, elles
ne ressemblaient pas aux villes déjà existantes, dont la configuration ne présentait
aucune cohérence. Elles obéissaient à un plan géométrique rigoureux qui épousait
le relief du terrain. Elle sont souvent construites au bord d'une rivière. Une association entre place et église constitue le binôme
gagnant de la bastide, point de rencontre de la vie commerciale et de la vie
religieuse.
Quelques bastides à découvrir
Dans les Landes, on suggère de déambuler sur la
place vaste et royale de Labastide-d'Armagnac ou de voir l'étonnante
structure quasi circulaire de Geaune ; en Gironde, ce pourrait être Libourne
ou Cadillac ; en Périgord, Monpazier, Beaumont ou Villefranche-en-Périgord ;
en Lot-et-Garonne, Puymirol, bastide juchée sur un piton, qui offre un point
de vue magnifique, ou encore Villeréal.
Vous pouvez enfin vous rendre à la Bastide-Clairence, au quadrillage
classique, presque guilleret (effet tuiles roses), enclave gasconne en Pays
basque.
Figures
- Aliénor d'Aquitaine : fille et unique héritière de Guillaume
X, dernier duc d'Aquitaine et de Poitou, ses noces (à l'âge de 15 ans) avec
Louis VII devaient unir la France du Sud à celle du Nord. Doutant de la vertu
de son épouse, Louis VII fait casser le mariage. Six semaines plus tard, Aliénor
tombe dans les bras d'Henri Plantagenêt. Deuxième mariage (d'amour celui-là
!) qui offre le Sud-Ouest aux Anglais. Situation complexe qui débouchera, un
siècle plus tard, sur la guerre de Cent Ans.
- Jean Eustache : Scandale lors de la présentation de son film-confession
(au noir et blanc somptueux), La Maman et la putain au festival de Cannes
de 1973.
- Les Girondins : après avoir fait leur propre Révolution à Bordeaux,
les envoyés de la Gironde à la Législative (Ducos, Guadet, Gensonné, Vergniaud,
Boyer-Fonfrède) se lient avec d'autres députés (Barbaroux, Louvet, Condorcet...)
pour constituer le groupe des Girondins. La poussée des Jacobins les fait passer
du statut d'extrémistes à celui de modérés. Leur éloquence, fameuse, dominera
l'Assemblée jusqu'à leur chute, en 1793.
- Max Linder : son personnage de dandy ahuri apparut dans près
de 300 films muets (d'un comique proche du vaudeville) que Max Linder tournait
à un rythme effréné (un par semaine en moyenne). Chaque apparition publique
de « Max » déplaçait des foules immenses.
- François Mauriac : chrétien et gaulliste, l'auteur de Thérèse Desqueyroux et du Noeud de vipères a fustigé dans ses romans l'égoïsme et l'hypocrisie de la bourgeoisie bordelaise, dont il est issu. Nous conseillons aux fidèles la visite
de sa maison de Malagar et de son beau parc, dans la commune de Saint-Maixant, en Gironde.
- Michel de Montaigne : misanthrope cloîtré dans son château pour
rédiger ses œuvres, il se laisse élire deux fois maire de Bordeaux. Parrain
des esprits modérés, fuyant les guerres de Religion, il édifie un ex-voto après
la Saint-Barthélemy. Reste les Essais, longue et méticuleuse introspection
d'une pensée joyeuse, où des générations d'intellectuels ont puisé leurs exercices
spirituels.
- Charles de Montesquieu : le père des Lumières et de la Révolution
est un pur produit du Bordeaux de l'âge d'or. L'auteur de L'Esprit des Lois et des Lettres persanes aime ses terres (« Il me semble
que mon argent est sous mes pieds ») mais séjourne souvent à Paris « qui dévore
les provinces ».
- Noir Désir : né de la rencontre en 1980 de deux lycéens bordelais,
Noir Désir est l'un des plus grands groupes de rock
français. L'événement tragique de l'été 2003 entre le chanteur, Bertrand Cantat,
et sa compagne, Marie Trintignant, a mis fin à l'existence du groupe.
- Sempé : la pudeur du trait, les grands timides égarés dans des
environnements oppressants, un certain goût de l'introspection... L'auteur du
Petit Nicolas a-t-il vraiment oublié d'être bordelais ?
- Michel Serres : philosophe, académicien, mais aussi phénoménologue,
épistémologue, il touche avec un égal bonheur la communication, l'histoire des
sciences, voire la littérature.
- Philippe Sollers : de son vrai nom, Philippe Joyaux. Cet intellectuel brillant, ex-maoïste et figure médiatique de l'intelligentsia parisienne, est d'origine bordelaise. Admirateur des Lumières, ce libertin raffiné est l'auteur de Femmes et du Portrait du joueur.