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Aquitaine

Culture et traditions

Les bastides, une nouvelle idée de la ville

Aux XIIIe et XIVe siècles, l'Aquitaine était partagée entre le royaume d'Angleterre et le comté de Toulouse. Pour mémoire, en 1360, à la signature de la paix de Brétigny, près du quart du royaume de France revient aux Anglais ! Difficile cohabitation, les seigneurs anglais et français rivalisent, se disputent âprement le terrain, notamment par places fortes interposées. La bastide est pour partie née de l'idée qu'il était nécessaire de structurer l'arrière-pays, d'organiser l'occupation du sol en campagne tout en regroupant des populations très éparses.

Construites tant par les Anglais que par les Béarnais ou les Armagnacs, elles ne ressemblaient pas aux villes déjà existantes, dont la configuration ne présentait aucune cohérence. Elles obéissaient à un plan géométrique rigoureux qui épousait le relief du terrain, la plupart du temps au bord d'une rivière.

Les bastides répondaient à un schéma quasi constant, quadrillé, avec des rues à angle droit entourant l'église et la place publique à arcades, avec halle couverte. Cette association place et église, très fréquente, constitue le binôme gagnant de la bastide, point de rencontre de la vie commerciale et de la vie religieuse.

Ces bastides furent édifiées jusqu'au milieu du XVe siècle. Il est probable que les souverains y ont vu des points d'appui stratégiques car, pour des motifs militaires évidents, nombre de villages et villes médiévales furent fortifiés. Un élément essentiel pour la prise de conscience urbaine au Moyen Âge est l'apparition de la notion de ville comme espace refuge.

Les noms des bastides ont plusieurs origines : pour certaines, l'emplacement du lieu choisi (site défensif ou carrefour commercial) ; d'autres ont voulu célébrer le patronage royal (Villeréal) ou celui du seigneur local (Hastingues, Créon) ; d'autres encore prirent le nom d'une ville célèbre (Fleurance, Bruges). Ces bastides constituent d'excellentes idées de balade. Offrez-vous le Moyen Âge dans de beaux villages aquitains et allez flâner sous les arcades abritant les commerces variés tout autour de la place. Sachez qu'on ne visite pas une bastide comme un château ou une abbaye. Ici, la beauté est parfois cachée.

Voici quelques idées : dans les Landes, nous suggérons de déambuler sur la place vaste et royale de Labastide-d'Armagnac (la bien-nommée) ou de voir l'étonnante structure quasi circulaire de Geaune ; en Gironde, ce pourrait être Libourne ou Cadillac ; en Périgord, Monpazier, Beaumont ou Villefranche-en-Périgord ; en Lot-et-Garonne, Puymirol, bastide juchée sur un piton, qui offre un point de vue magnifique, ou encore Villeréal.

En dernier lieu, vous pourrez vous rendre à La Bastide-Clairence, au quadrillage classique, presque guilleret (effet tuiles roses), enclave gasconne en Pays basque. Bref, toutes différentes, les bastides vous dévoileront bien des charmes du Sud-Ouest.

Figures

- Aliénor d'Aquitaine : fille et unique héritière de Guillaume X, dernier duc d'Aquitaine et de Poitou, ses noces (à l'âge de 15 ans) avec Louis VII devaient unir la France du Sud à celle du Nord. Doutant de la vertu de son épouse, Louis VII fait casser le mariage. Six semaines plus tard, Aliénor tombe dans les bras d'Henri Plantagenêt. Deuxième mariage (d'amour celui-là !) qui offre le Sud-Ouest aux Anglais. Situation complexe qui débouchera, un siècle plus tard, sur la guerre de Cent Ans.
- Jean Eustache : Scandale lors de la présentation de son film-confession (au noir et blanc somptueux), La Maman et la putain au festival de Cannes de 1973.
- Les Girondins : après avoir fait leur propre Révolution à Bordeaux, les envoyés de la Gironde à la Législative (Ducos, Guadet, Gensonné, Vergniaud, Boyer-Fonfrède) se lient avec d'autres députés (Barbaroux, Louvet, Condorcet...) pour constituer le groupe des Girondins. La poussée des Jacobins les fait passer du statut d'extrémistes à celui de modérés. Leur éloquence, fameuse, dominera l'Assemblée jusqu'à leur chute, en 1793.
- Max Linder : son personnage de dandy ahuri apparut dans près de 300 films muets (d'un comique proche du vaudeville) que Max Linder tournait à un rythme effréné (un par semaine en moyenne). Chaque apparition publique de « Max » déplaçait des foules immenses.
- François Mauriac : chrétien et gaulliste, l'auteur de Thérèse Desqueyroux et du Noeud de vipères a fustigé dans ses romans l'égoïsme et l'hypocrisie de la bourgeoisie bordelaise, dont il est issu. Pour les fidèles, nous conseillons la visite de sa maison de Malagar et de son beau parc, dans la commune de Saint-Maixant, en Gironde (entre Saint-Macaire et Verdelais ; tél : 05-57-98-17-16 ; Internet : www.malagar.asso.fr).
- Michel de Montaigne : misanthrope cloîtré dans son château pour rédiger ses œuvres, il se laisse élire deux fois maire de Bordeaux. Parrain des esprits modérés, fuyant les guerres de Religion, il édifie un ex-voto après la Saint-Barthélemy. Reste les Essais, longue et méticuleuse introspection d'une pensée joyeuse, où des générations d'intellectuels ont puisé leurs exercices spirituels.
- Charles de Montesquieu : le père des Lumières et de la Révolution est un pur produit du Bordeaux de l'âge d'or. L'auteur de L'Esprit des Lois et des Lettres persanes aime ses terres (« Il me semble que mon argent est sous mes pieds ») mais séjourne souvent à Paris « qui dévore les provinces ».
- Noir Désir : né de la rencontre en 1980 de deux lycéens bordelais, Noir Désir est l'un des plus grands groupes de rock français. L'événement tragique de l'été 2003 entre le chanteur, Bertrand Cantat, et sa compagne, Marie Trintignant, a mis fin à l'existence du groupe.
- Sempé : la pudeur du trait, les grands timides égarés dans des environnements oppressants, un certain goût de l'introspection... L'auteur du Petit Nicolas a-t-il vraiment oublié d'être bordelais ?
- Michel Serres : philosophe, académicien, mais aussi phénoménologue, épistémologue, il touche avec un égal bonheur la communication, l'histoire des sciences, voire la littérature.
- Philippe Sollers : de son vrai nom, Philippe Joyaux. Cet intellectuel brillant, ex-maoïste et figure médiatique de l'intelligentsia parisienne, est d'origine bordelaise. Admirateur des Lumières, ce libertin raffiné est l'auteur de Femmes et du Portrait du joueur.





 



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