Polin, un musée d’histoire des juifs polonais à Varsovie

Polin, un musée d’histoire des juifs polonais à Varsovie
M. Starowieyska / Polin Museum of the History of Polish Jews

L’ouverture de Polin (prononcer « Poline »), le premier musée de l’Histoire des juifs polonais à Varsovie, est un événement. La Pologne renoue avec un millénaire de son histoire, en reconnaissant l’importance de la mémoire juive, trop souvent réduite dans ce pays à l’antisémitisme. Visite d’un musée hors norme, qui mérite le voyage à Varsovie.

Juifs et Polonais : 1 000 ans d’histoire partagée

L’existence d’un tel musée, dont l’exposition permanente a été inaugurée le 28 octobre dernier par les présidents polonais et israélien, constitue un événement en Pologne. Avec Polin, la mémoire d’un peuple martyr se retrouve enfin célébrée dans toute sa diversité, après avoir été longtemps occultée.

Ce musée, comparable par sa dimension au Yad VaShem de Jérusalem ou au Mémorial de Washington, souligne aussi à quel point l’histoire de la Pologne et celle des juifs sont liées.

Juifs et Polonais partagent en effet 1 000 ans d’histoire, du Moyen Âge, où la Pologne faisait figure de terre promise, jusqu’à l’horreur de la Shoah. En 1939, plus de 3 millions de juifs vivaient en Pologne (soit la plus grande communauté du monde), tandis que Varsovie était le centre de la culture yiddish. Seuls 200 000 ont survécu à la folie nazie.

Après-guerre, beaucoup ont fui les persécutions, qui n’ont pas cessé sous les communistes. Aujourd’hui, on estime qu’il ne resterait plus que 10 à 20 000 juifs dans le pays, beaucoup ignorant leur identité ou la dissimulant.

Au-delà de sa passionnante exposition, Polin se veut un musée-symbole : celui de la réconciliation de communautés dont l’histoire a été particulièrement mouvementée. Autrefois havre de tolérance multiculturel (surnommée le « paradis des juifs » du 16e au 18e s. !) qui a accueilli jusqu’à 80 % de la population juive, la Pologne a également succombé au cours de son histoire aux démons de l’antisémitisme.

Se qualifiant de « musée de la vie », Polin témoigne d’une évolution des mentalités. Le bâtiment a été construit par la ville de Varsovie et le ministère polonais de la Culture, qui ont déboursé 42,5 millions d'euros. Son exposition permanente a été financée à hauteur de 33 millions d’euros par des mécènes privés, juifs de la diaspora et Polonais. Un formidable pari sur l’avenir, l’éducation et les futures générations.

Un édifice ultramoderne pour explorer le passé

Conçu par l’architecte finlandais Rainer Mahlamäki, l’édifice ultramoderne de Polin a été inauguré l’an dernier. Son architecture, minimaliste et audacieuse, est constituée d’un rectangle, coupé par une grande brèche évoquant le passage de la mer Rouge par les juifs. On peut y voir aussi le symbole d’une histoire brisée par la Shoah.

Sa façade est recouverte de plaques de verre portant des lettres hébraïques et latines formant le mot « Polin », qui signifie en hébreu « Pologne », mais aussi « Repose-toi ici ». Selon la légende, les juifs, persécutés dans toute l’Europe au Moyen Âge, considérant ce nom comme un bon présage, auraient choisi de s’installer en Pologne. L’intérieur du musée, tout en rondeurs et sinuosités, évoque la chaleur et la bienveillance d’une terre d’accueil.

Visite de l’exposition permanente

L’exposition permanente raconte, sur plus de 4 200 m2, l’histoire de ce qui fut la plus grande communauté juive au monde, de l’an 1000 à nos jours, y compris dans ses aspects les plus sombres, comme l’antisémitisme de la société polonaise, les pogroms et la Shoah.

De nombreuses installations multimédia et sonores, des documents d’archives, des photographies, des films et des reconstitutions, ponctuent le déroulement de l’expo. Si l’on peut regretter la relative absence d’objets, certaines reconstitutions, comme celle de la coupole polychrome de la synagogue en bois de Gwozdziec (18e s.), sont époustouflantes. 

Divisé en 8 sections, le parcours retrace l’installation et l’épanouissement des juifs dans la Pologne médiévale grâce à une législation favorable à la liberté de culte et à l’autonomie, avant de décrire la diversité de la vie juive dans le pays à l’âge d’or (16-18e s.), malgré la montée de l’antisémitisme qui s’amplifie sous la domination russe (1772-1914).

Ensuite, l’expo fait découvrir toute la richesse de la culture juive à Varsovie au début du 20e s., balayée par les nazis (qui extermineront 3 millions de juifs polonais) et le régime communiste d’après-guerre.

Chaque période est illustrée par les récits de témoins de l’époque. La présentation, à la fois chronologique et thématique, est extrêmement dense. Il est vivement conseillé, surtout si on est un néophyte, de se procurer un audio-guide (en anglais, mais bientôt disponible en français) pour visiter Polin.

Sur les traces de la mémoire juive de Varsovie

Bien que peu nombreuses, il reste des traces de la mémoire juive dans les rues de Varsovie, principalement dans le quartier de l’ancien ghetto. De 1940 à 1943, les nazis regroupèrent près de 400 000 juifs (sur seulement 3 km2 !) dans cette épouvantable antichambre de la mort. Seule une infime minorité survivra à l’anéantissement du ghetto, dont il ne reste aujourd’hui qu’un pan de mur (55-59 ul. Sienna et 62 ul. Zlota) et deux immeubles au 14, ul. Walicow.

Bien que discrète, la culture juive continue à vivre à Varsovie. Sur la Plac Grzybowski, au cœur de l’ancien quartier juif, s’élève aujourd’hui le Théâtre Ester-Rachel-Kaminska, où sont montés des spectacles en yiddish. Il abrite aussi la rédaction du journal Slowo Zydowskie (la parole juive) et une fondation.

En face, les immeubles de la rue Prozna, qui ne furent pas détruits, ont retrouvé leur élégance d’avant-guerre. Derrière le théâtre, la synagogue Nozyk, construite vers 1900, est la seule (sur 400) ayant survécu à la guerre. Un lieu émouvant.

Parmi les quelques autres lieux de mémoire, le cimetière juif, créé en 1806, a été relativement épargné par les nazis. C’est ici que repose Ludovic Zamenhof, l’inventeur de l’espéranto.

Enfin, face à Polin, s’élève le Monument des Héros du ghetto, dédié aux combattants de l’insurrection de 1943, devant lequel le chancelier allemand Willy Brandt s’était agenouillé en 1970. Un autre symbole fort d’espoir et de réconciliation entre les peuples.

Pour en savoir plus

Polin, musée de l'Histoire des juifs polonais : ouvert tous les jours (sauf le mardi), de 10h à 18h (10h-20h le samedi). Prix : 25 Zl - tarif réduit : 15 Zl - entrée libre le lundi.

Site du musée Polin

Office de tourisme de Varsovie

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- Un resto : Warszawa Wschodnia – Soho Factory : ul. Minska, 25. L’adresse qui monte au cœur du quartier alternatif Praga. La carte est franco-polonaise, comme le chef Mateusz Gessler. Plats : 50-70 Zlt (12-18 €).

- Un café : E. Wedel : ul. Szpitalna, 8. Le meilleur chocolat chaud de Varsovie, à accompagner de pâtisseries.

- Un bar : Plan B, pl. Zbawiciela. L’une des institutions de la Varsovie nocturne, sur une place très fréquentée. Également le bistrot Charlotte, point de rencontre des branchés locaux.

Texte : Jean-Philippe Damiani

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