Gorizia et Nova Gorica, capitale européenne de la Culture 2025

04 février 2025

On connaissait Berlin et son mur, mais qui a déjà entendu parler de Gorizia ? Et pourtant, cette ville fut elle aussi divisée pendant la guerre froide. À la suite du traité de Paris de 1947, une nouvelle frontière se dessina entre l’Italie et l’ex-Yougoslavie. La ville de Gorica (aujourd’hui Gorizia) resta du côté italien et la Yougoslavie décida alors de construire Nova (nouvelle) Gorica, juste en face.
L’indépendance de la Slovénie en 1991 a très vite rétabli les relations de (très) bon voisinage entre les deux villes. Un symbole fort de la réunification du vieux continent, qui lui a valu d’être choisie en tant que double capitale européenne de la Culture.
Découverte d’une ville scindée en deux par le rideau de fer : Gorizia, côté italien, et Nova Gorica, côté slovène, réunies en 2025 comme première capitale européenne de la Culture sans frontière.



Gorizia - Nova Gorica : une ville, deux pays

Trg Evrope disent les Slovènes. Piazza Transalpina préfèrent les Italiens. À l’est s’élève la gare restaurée (de 1906), à l’ouest une horloge solaire fabriquée à partir d’une roue de locomotive à vapeur. Au milieu : la mosaïque de la Nouvelle Europe.
Si aujourd’hui la frontière entre l’Italie et la Slovénie, séparant Gorizia de Nova Gorica, se franchit sans que l’on s’en rende compte, la zone a longtemps vécu au rythme des contrôles d’identité. La ligne de démarcation entre les blocs de l’Ouest et de l’Est passa durant 44 ans à seulement 38 m de l’entrée de la gare !
Dans le bâtiment, le discret mais attachant Musée sur la frontière rappelle ces heures sombres qui virent, en 1947, la ville de Gorizia divisée en deux par la ligne Morgan – troupes alliées d’un côté, armée populaire communiste de l’autre. Un simple trait de peinture blanche étalée au balai d’abord (!), des barbelés un temps, puis une clôture métallique. Jamais auparavant le territoire, habité par des Italiens comme par des Slovènes, n’avait été divisé…

Du jour au lendemain, familles et amis se retrouvèrent séparés – favorisant à l’est l’essor de la ville nouvelle de Nova Gorica. La séparation dura deux générations, sans toutefois jamais virer aux drames berlinois. Pas de mur empêchant de se voir, ici.
Au musée, entre casquettes frappées de l’étoile rouge et uniformes de miliciens, de vieux films et photos montrent des habitants en train de discuter de part et d’autre de la barricade ou même de réaliser quelques discrets échanges… En 1995, une image en témoigne, une barrière scindait encore la place en deux. Un filet de substitution idéal pour une partie de volley-ball transfrontalière !
En 2004, l’entrée de la Slovénie dans l’UE envoya enfin la frontière aux oubliettes de l’histoire.
Le nom même de Gorizia, signifiant « petite montagne », vient du slovène. Ville multiculturelle jadis riche, grandie aux confins des mondes italien, slave et germanique (elle fut autrichienne durant 416 ans !), elle reste veillée par un puissant château et s’entoure de l’une des zones viticoles les plus réputées du Frioul et de Slovénie.
Le programme de l’année de la capitale européenne de la Culture 2025

Dans le cadre de Gorizia-Nova Gorica, capitale européenne de la Culture, les grands travaux encore en cours autour de la gare à l’automne 2024 doivent céder la place à une esplanade entièrement revisitée. Une ceinture verte remplacera aussi l’essentiel des anciennes infrastructures délimitant les deux pays — points névralgiques des festivités à venir.
La cérémonie d’ouverture, le 8 février, permettra d’assister au spectacle From station to station, mis en scène par l’écrivaine et actrice Neda Rusjan Bric, à l’origine de la candidature de Gorizia au titre de capitale européenne de la Culture.

Architecture, mode, expositions, spectacles, musique et concerts, théâtre, écologie et développement durable, cinéma, gastronomie, technologie, sport... tous les domaines seront explorés au fil des mois.
Les projets transfrontaliers impacteront l’organisation des deux communes sur le long terme – avec, notamment, la création d’une compagnie de danse binationale. Tout un symbole. Des dizaines de manifestations auront aussi lieu ailleurs dans le Frioul.
Parmi les temps forts, la construction d’un nouvel amphithéâtre transfrontalier, la rénovation de la gare ferroviaire de Nova Gorica et un programme varié de projections, de concerts et de spectacles de danse. L’ensemble de la programmation est consultable sur www.go2025.eu/en/whats-up/events.
Que voir à Gorizia et Nova Gorica ?

Des abords de la gare, on le devine déjà, coiffant la haute colline au pied de laquelle a grandi la ville. Presque millénaire, le château de Gorizia joue les escargots, recroquevillé derrière une double muraille concentrique aux fortes tours rondes. Bastion des puissants comtes de Gorizia (d’origine bavaroise), qui lorgnèrent longtemps sur l’essentiel du Frioul, l’édifice se mua en 1500 en garnison autrichienne sous la férule des Habsbourg, perdant peu à peu de sa prestance.
Relevé après les destructions de la Première Guerre mondiale, il a retrouvé côté cour quelques élégantes fenêtres géminées apportant une touche de douceur. Ses intérieurs, en partie remeublés, accueillent l’été expositions et guides encostumés, mais c’est le panorama sans partage sur le vieux centre qui fait le plus recette.

Juste en contrebas, la chiesa di Sant’Ignazio (XVIIe siècle), jésuite, dresse ses deux tours blanches coiffées de bulbes face au vaste triangle de la piazza della Vittoria, cœur de la Gorizia italienne. On s’y oublie volontiers un moment, en terrasse, devant un cappuccino parfaitement dosé, un œil sur la belle fontaine de Neptune.
Un peu plus haut, la cathédrale, lumineuse, a été remaniée au fil du temps. Chapelle gothique de Sant’Acazio exceptée, marbres polychromes, stucs et chérubins peignent un décor riche typique de la Contre-Réforme. Plus loin, une synagogue aux lignes baroques témoigne de la présence d’une importante communauté juive au XVIIIe siècle.

Côté slovène, Nova Gorica, ville moderne construite dans l’après-guerre socialiste, diffère de sa « jumelle » italienne. Rescapé de l’histoire, le couvent de Goritsa (Kostanjevica), qui domine la vallée, offre une belle vue sur les toits en tuile de Gorizia, la jumelle italienne de Nova Gorica. C’est ici, dans la crypte, que sont enterrés les derniers Bourbons de France, dont Charles X, qui mourut du choléra alors qu’il résidait à Gorizia.
Également à voir : le château de Kromberk (XIIIe siècle), reconstruit après la Seconde Guerre mondiale. Il abrite aujourd’hui un musée d’art.
Parti en exil après la révolution de 1830, le roi de France Charles X résida à Görz (Gorizia) au palais Coronini (devenu musée), mais y mourut rapidement du choléra en 1836. Il est inhumé dans une crypte, sous le chœur de l’église du couvent franciscain de Kostanjevica, à Nova Gorica.
Sur les routes des vins autour de Gorizia

Si tous les panneaux de la région sont bilingues, les Italiens parlent, eux, de Collio Goriziano pour désigner le gentil moutonnement de collines couvertes de vignes qui s’étend au nord et à l’ouest de la ville.
À pied, à VTT ou même à cheval, le Sentiero delle vigne alte (3 km, env 1 h) y butine aimablement au son des cigales du château de Spessa au centre équestre de Subida, entre bois de chênes, ceps, oliveraies et allées hiératiques de cyprès. Une sympathique introduction.
Les domaines viticoles se multiplient à vue d’œil, franchissant la frontière vers l’enchevêtrement de pentes du Goriška Brda. On jurerait le Chianti avec ses vieux villages et ses châteaux perchés, éparpillés de loin en loin. Le coin s’explore aisément au fil d’un écheveau de 280 km de routes et chemins balisés.

Sur sa crête, l’ancienne place forte de Šmartno déroule au flanc de son église une rue étroite bordée de vieilles maisons et de lauriers-roses. Charmant. À ses pieds : un océan de vignes en terrasses. Le climat, sous la double influence des chaleurs méditerranéennes et de la fraîcheur alpine, bénéficie à une grande variété de cépages – notamment autochtones, comme le rebula qui connaît un retour en force, les šipon (sauvignon vert), pikolit et verduc.
À travers tout le territoire, pas moins d’une quarantaine de caves sont ouvertes aux visites et dégustations. L’occasion de découvrir des vins souvent assez secs (rouges notamment), à la forte minéralité, désormais dans le radar des amateurs éclairés. Lors des derniers Decanter World Wine Awards, les producteurs locaux ont ramené une moisson de médailles !
Long de 750 km, l’Alpe Adria Trail relie l’Autriche à l’Italie par la Slovénie. On peut n’en parcourir qu’une ou deux étapes, par exemple celles traversant le pays de Brda.
Fiche pratique
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Office de tourisme de Slovénie
Office de tourisme de Frioul-Vénétie-Julienne
Site officiel Capitale européenne de la culture 2025
Comment y aller ?
Gorizia n’est qu’à 21 km au nord-est de l’aéroport de Trieste-Frioul. On rejoint d’abord en bus l’arrêt Sagrado des chemins de fer, d’où le train dessert le Centro Intermodale en 10 min (départs toutes les demi-heures). De là, le centre est à 1,5 km au nord. Infos : https://tplfvg.it/en
Bonnes adresses
– Dinoteca : via Guglielmo Oberdan 4/C, à Gorizia. Tél. : 03-284-21-19-31. Fermé dim-lun (ouvert jusqu’à 2h ven-sam). C’est avant tout un bar à vins, qui propose plus d’une centaine de crus différents au verre, provenant de toute l’Italie et surtout de la région, avec une prépondérance pour les blancs. En prime : salades, pâtes ou plat du jour à prix serré (plats et snacks 8-20 €).
– Tavernetta al Castello : via Spessa 7, au Castello di Spessa, Capriva del Friuli. Tél. : 0481-80-82-28. Fermé dim soir, lun et mar midi. Au cœur des collines du Collio Goriziano, la table du château, fidèle à la saisonnalité des produits, propose une cuisine frioulane d’une belle légèreté, à base de produits locaux d’une grande fraîcheur – et à tarifs encore abordables (plats 18-28 €).
– Domačija Kabaj Morel : à Šlovrenc, près de Dobrovo (Slovénie). Tél. : 05-395-95-60. Produits locaux, cuisine fine inspirée des traditions, esthétique mais sans complications excessives, pains et raviolis maison, vins de Brda, on en redemande. Le menu dégustation n’est pas donné, mais remarquable. Résa obligatoire. Les 6 belles chambres, spacieuses, donnent sur les vignes (env 140 €).
– Marica : à Šmartno, Slovénie. Tél. : 05-304-10-39. Fermé mar-mer. Menu env 30 €. Si les chambres sont (trop) chères, le restaurant est fort agréable avec sa terrasse et sa salle rustique déclinant pierre et poutres. On y savoure une cuisine du pays en constante évolution avec les saisons, faisant la part belle à la charcuterie maison et, l’été, aux poissons de la (belle !) rivière Šoca.
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