Italie : Brescia, 5 raisons d’y aller

07 janvier 2026

À 1 h 15 en voiture (35 min en train) à l’est de Milan, la discrète Brescia est une cité qui intrigue à plus d’un titre. Il y a d’abord son extrême vigueur industrielle, qui regroupe un peu plus de 120 000 entreprises. Mais surtout, une épatante richesse patrimoniale…
En plein centre-ville, un complexe monastique monumental côtoie un parc archéologique qui conserve encore fière allure. Non loin des places Renaissance, se dressent les mastodontes de l’architecture rationaliste. Et partout, d’anciennes tours, des églises couvertes de fresques et débordantes de baroque, des musées regorgeant de trésors… Sans oublier un art de vivre qui donne envie de revenir illico presto à Brescia, cette étonnante cité lombarde.



Visiter le Parco archeologico : une plongée dans la Brescia antique

Voilà une visite incontournable pour comprendre l’histoire de l’ancienne Brixia. C’est à l’orée du XIXᵉ siècle qu’on exhuma les vestiges de cette cité romaine prospère. Aujourd’hui, place du Forum, il ne reste que les ruines de l’ancien Capitolium, construit vers 73 apr. J.-C. Quelques colonnes, une partie du fronton : assez pour ajouter une touche d’Antiquité et de pittoresque au panorama de la ville.
La visite débute en sous-sol, et en vidéo, pour remonter le temps jusqu’au premier temple républicain, érigé au Ier siècle av. J.-C. On reste coi devant les mosaïques au sol et les fresques (peintes entre 89 et 75 av. J.-C.), la beauté des motifs (des rideaux en trompe-l’œil notamment), l’éclat des couleurs.

Puis on entre dans le Capitole dédié à Jupiter, Junon et Minerve. Trois salles en enfilade multiplient les épigraphes, les têtes impériales, les sculptures, amputées pour la plupart, avant qu’on ne découvre la star des lieux : la « Victoire Ailée », une statue de bronze retrouvée en 1826, qui foulait à ses pieds le casque de Mars et brandissait un bouclier, tous deux disparus.
La découverte du théâtre romain (15 000 spectateurs !) attenant, dans un bel état de conservation, ainsi que du palazzo Maggi Gambara, plus tardif, est en libre accès (gratuit).
Pour le Parco archeologico di Brescia romana, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2011 et considéré comme le plus grand d’Italie du Nord, on vous conseille d’acheter l’Unesco Ticket (19€) qui vous ouvrira également les portes du complexe monastique de Santa Giulia.
Santa Giulia : un superbe monastère devenu musée inscrit à l’UNESCO

L’autre étape immanquable pour saisir le passé de la ville. L’UNESCO ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisqu’elle l’a intégrée à son parcours « Les Lombards en Italie. Lieux de pouvoir (568-774 apr. J.-C.) », aux côtés du parc archéologique.
On vous prévient, la visite est costaude. Normal, quand on a pour ambition de traverser ainsi les siècles, du IIIᵉ millénaire avant notre ère jusqu’à la Renaissance. Le Museo di Santa Giulia se déploie au sein de l’ancien monastère bénédictin de San Salvatore (Saint Sauveur), commandité par le dernier roi lombard, Didier de Lombardie, en 753 apr. J.-C. Au fil des années, le complexe a perdu ses frères (jusqu’à 7 000) mais s’est étoffé avant d’accueillir, en 1998, le musée de la ville.

Une fois dedans, on aime jouer avec la chronologie : de la fondation de Brescia par les Cénomans bien outillés aux deux domus romaines agrémentées de magnifiques mosaïques, tout en s’extasiant devant la splendeur des édifices religieux.
Parmi les trésors exposés, les fresques expressives de la basilique San Salvatore (VIIIᵉ siècle), mais surtout la profusion iconographique et le foisonnement de couleurs du chœur des religieuses (début du XVIᵉ siècle) et de l’église romane de Santa Maria in Solario (XIIᵉ siècle), avec son oratoire coiffé, en son dôme, d’un ciel étoilé d’un bleu troublant. Attention à ne pas passer à côté !
Au centre de Santa Maria in Solario brille de mille feux et surtout de 212 gemmes la Croix (IXe siècle) de Desiderio (Didier de Lombardie) qui est devenue l’un des symboles de la ville et qui a nourri toutes sortes de légendes. On vous laisse apprécier le raffinement et l’alignement des pierres précieuses. Une pièce mondialement connue !
Balade dans Brescia : un magnifique patrimoine à découvrir

Que vient-on chercher en Italie ? Souvent de charmantes placettes qui respirent l’histoire et où il fait bon se détendre. Au cœur de Brescia, la Piazza della Loggia, datant du XVe siècle, répond sans ciller à nos attentes en nous embarquant dans le passé vénitien de la ville, avec les tons clairs et doux des merveilles qui la bordent.
On pense au Palazzo della Loggia (actuelle mairie) et à sa façade constellée de bustes d’empereurs romains, à l’ancien palais Monte di Pietà vecchio ou encore à l’horloge astronomique (tour de l’horloge) du XVIe siècle, mêlant élégamment l’or au bleu nuit. Et pour couronner le tout, apparaissent en surimpression le dôme du Duomo et la Torre del Pegol… Que demander de plus !

On change radicalement de style et d’époque à seulement trois minutes de marche, sur la Piazza della Vittoria, en passant par le Quadriportico della Vittoria et sous le massif rhinocéros de l’artiste Stefano Bombardieri. On plonge ici dans le rationalisme architectural, tendance fasciste : un saisissement aux ressorts plus monumentalistes.
Édifiée entre 1927 et 1932 sous la houlette de Marcello Piacentini, à l’emplacement de l’ancien quartier médiéval, elle travaille la verticalité. Tout y est droit comme les « i » de Mussolini, qui l’inaugura, avec la Torrione INA, premier gratte-ciel d’Italie (57,25 m), le Palazzo delle Poste bicolore et râblé, ou encore la Torre della Rivoluzione, sorte de Big Ben local qui a fort heureusement perdu son bas-relief du Duce sur son cheval.

Enfin, la Piazza del Duomo (de son vrai nom Piazza Paolo VI) possède quelques atouts « médiévaux ». Et l’on ne parle pas seulement du Duomo (en réalité deux cathédrales, seul le Duomo vecchio datant du Moyen Âge) qui lui donne son surnom. Agrémentée du Palazzo Broletto et de la Torre del Pegol, parmi les plus anciens bâtiments de la cité, mais aussi de la Casa dei Camerlenghi, la Piazza Paolo VI est un lieu de rendez-vous prisé des Brescians.

Mais Brescia n’est pas qu’un musée à ciel ouvert. Ses institutions culturelles complètent fastueusement ce que les siècles ont su préserver à l’extérieur. La pinacothèque Tosio Martinengo expose en grande pompe plusieurs chefs‑d’œuvre, dont Le Christ bénissant de Raphaël ou L’Adoration des bergers de Lotto, mais aussi les peintres féconds de la Renaissance bresciane tels que Romanino, Moretto ou Savoldo.
Et ne manquez pas de pousser la porte de la bibliothèque Queriniana, bâtie en 1747 pour sa riche collection (8 386 manuscrits du XVIe siècle, 1 158 incunables, des parchemins, etc.), ainsi que son écrin délicat de bois, ses trompe‑l’œil et ses plafonds peints.
Une courte marche sportive (15-20 minutes) que vous ne regretterez pas à l’assaut du castello di Brescia, alangui sur la colline Cidneo. Il n’existe pas de meilleur poste d’observation de la ville. Le château, encore vaillant, abrite le Museo del Risorgimento (de l’unification italienne) et celui des Armes.
Les églises de Brescia, du baroque avant tout

Le Duomo de Brescia affiche deux visages : l’ancien, avec l’iconique Rotonda de pierre au toit de tuiles du XIIe siècle, qui abrite une crypte à cinq nefs ainsi que des œuvres de Romanino et Moretto ; et le nouveau, baroque, couvert d’une belle coupole et orné de peintures des mêmes artistes.
On reste dans le baroque, mais dans une version bien plus chargée, avec la Chiesa di Santa Maria della Carità du XVIe siècle, qui ne lésine ni sur les marbres colorés, ni sur les stucs, ni sur les fresques. Rien n’est trop beau pour la Vierge Marie.
La Chiesa di Santa Maria della Pace revendique le même style baroque, mais se drape dans une austérité plus modeste. Très belle statuaire ornant les colonnes de marbre rose de l’église. Plus sobre encore, malgré de splendides fresques, l’église de Saint‑François d’Assise, de style roman tardif, avec ses deux cloîtres.
Et l’on termine en retrouvant l’opulence baroque avec la Chiesa di Santa Agata, très généreuse en éléments décoratifs et en peintures.
La Chiesa dei Santi Faustino e Giovita est le 3e lieu de culte le plus important de Brescia après les deux cathédrales. Elle déborde d’œuvres majeures comme une Nativité de Gambara, une bannière processionnelle de Romanino et au plafond du presbytère, l’Apoteosi dei santi Faustino, Giovita, Benedetto e Scolastica de Tiepolo. La Chiesa dei Santi Nazaro e Celso est, quant à elle, connue pour le moderne (dans les poses et les mouvements) polyptyque Averoldi du Titien.
Le quartier du Carmine, pour goûter à l’art de vivre de Brescia

Pour goûter à la dolce vita bresciane, c’est dans le quartier du Carmine, cosmopolite, jeune et populaire, qu’il faut se rendre. Il doit son nom au complexe conventuel des Carmélites (ne snobez pas la Chiesa di Santa Maria del Carmine), tout proche.
Cette zone, largement réhabilitée depuis les années 1990, grouille en effet de musées et de lieux associatifs, de bars et de restaurants. L’une de ses locataires les plus célèbres est la Torre della Pallata, une vieille dame de pierres disparates (et de 32 mètres) du XIIIᵉ siècle, d’où jaillit une fontaine.
C’est aussi au Carmine que l’on déguste les meilleurs casoncelli alla bresciana, la spécialité de la ville : des pâtes farcies (des raviolis plus fins) de fromage et de pain rassis. Et cela fait plus de 600 ans que ça dure. Certains lui préféreront peut-être la minestra Mariconda, des boulettes de pain rassis (typiques de la gastronomie paysanne), ou encore la polenta taragna, tout aussi généreuse en beurre et en fromage, avec en plus la farine de sarrasin.

Le tout à arroser de Franciacorta (un blanc de blancs DOCG), évidemment, le champagne local produit au nord-ouest de Brescia (une zone qui englobe 19 communes sur 200 km), ou, à l’apéritif, d’un Pirlo, le Spritz du coin à base de Campari et de vin blanc.
Et pour finir, goûtez au moelleux du Bossolà bresciano, un beignet mastoc qui réchauffe le cœur des locaux à partir de la Toussaint et jusqu’à Noël. Pas étonnant que la ville ait été honorée du label Région européenne de la gastronomie en 2017.
Dans un bel allant oenotouristique, la région de Brescia ne se prive pas d’exploiter le miracle de ses vignes et paysages. Tous les ans a lieu mi-septembre le festival de Franciacorta à Cantina. Pendant deux week-ends, les caves (la liste complète ici) et les restaurants de la région ouvrent grand leurs portes aux curieux. Enfin, plusieurs itinéraires cyclistes ont été aménagés pour les amoureux de la petite reine et de la bonne chère..
Fiche pratique
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Site de l’office du tourisme de l’Italie
Site de l’office du tourisme de Brescia
Comment y aller ?
Vols directs pour Milan Malpensa et Milan Linate avec ITA Airways et Air France au départ de Paris, Lyon, Marseille, Nice…
Puis de Milan Centrale, train vers Brescia. Comptez 35 minutes. Sinon, 1h15 en voiture.
Bonnes adresses
- Albergo Orologio : via Beccaria, 17. Dans un bel édifice du XIXe s, des chambres confortables et joliment meublées, au style classique. Celles sur rue peuvent être bruyantes. Doubles 80-120 €, avec petit déj.
- Osteria dei Mercanti : Via delle Battaglie, 2. À quelques pas de la Torre della Palatta, une osteria qui ne paie pas de mine, et c’est tant mieux. On y vient pour les casoncelli (12€) et on ne repart pas déçu tant la pâte est fondante. Mieux, alléché, on y va de notre secondi avec un stufato di manzano con polenta (13€) qui nous transporte dans les traditions culinaires paysannes de la ville.
- Torre d’Ercole : Via Carlo Cattaneo, 29/B. Une autre tour ici, celle d’Ercole (15m), dont le rez-de-chaussée est occupé par le restaurant éponyme. Ce qui ne change pas, c’est cette gastronomie bresciane généreuse qui ne radine pas les saveurs : les incontournables casoncelli (9€) ou, petit écart régionaliste, les arrosticini de légumes (14€).
- Elda Pirleria : via delle Battaglie, 54A. En plein Carmine, le spécialiste du pirlo, LE cocktail de l’aperitivo bresciano. Sinon, bières artisanales, cocktails, planches…
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