Inde : Varanasi (Bénarès), ville sacrée

Inde : Varanasi (Bénarès), ville sacrée
Varanasi © anujakjaimook - stock.adobe.com

Située dans l’Uttar Pradesh, Varanasi (Bénarès) est l'une des plus anciennes villes du monde et l'un des lieux les plus saints de l'hindouisme. Chaque année, des millions de pèlerins viennent s’y purifier dans le Gange, mais Bénarès est aussi le lieu où les hindous viennent mourir. Reportage dans une ville unique, dont la visite reste une expérience marquante pour tout voyageur.

Bénarès, l'une des plus vieilles cités du monde

Bénarès, l'une des plus vieilles cités du monde
Ghat de Varanasi © rpbmedia - stock.adobe.com

On hésite toujours un peu avant de s’embarquer pour Varanasi, l’ex-Bénarès. Comme Calcutta, la ville évoque les extrêmes indiens, l’intensité d’une culture vibrante et sans concession.

Certes, la mort y rôde sur les ghâts (quais) du Gange, où les crémations s’enchaînent depuis des millénaires. Certes, la vieille ville tisse un réseau particulièrement inextricable de ruelles (pire que Delhi ? Oui !), où le nouveau venu est forcé de se perdre – puis de se perdre encore, en pestant probablement contre les vaches qui entravent le chemin et les mobylettes qui foncent à l’aveugle dans ce cloaque.

Mais l’ampleur de Varanasi dépasse ces quelques contingences matérielles. Parmi les plus vieilles cités du monde, cette fourmilière sacrée, trempée aux eaux du fleuve roi, exsude un sens de l’histoire rare, façonné par des siècles de prières ferventes.

Pour les hindous, elle est Kashi, le « centre du monde », où l’on veut vivre et mourir, pour se libérer enfin du cercle des réincarnations. Résultat : chaque année, 5 à 6 millions de pèlerins débarquent, s’ajoutant aux quelque 4 millions d’habitants de la ville, colorant les ghâts de leurs ablutions et cérémonies intemporelles.

Le chaos du Chowk

Le chaos du Chowk
Godowlia Chowk © e2dan - Shutterstock

Godowlia Crossing, 7 h 30. L’aube est encore récente, mais les auto- et vélos-rickshaws, motos et vélos s’empilent déjà méthodiquement au carrefour, contournant deux vaches nonchalamment vautrées sur la chaussée (protégées par leur aura sacrée) et un chargement de papier toilette tout juste chaviré, pour foncer sur les piétons qui courent pour sauver leur peau. Les roues, les garde-boue, les pare-chocs se frôlent. Mécanique indienne du chaos bien huilée.

Les premières voitures s’extraient à grand-peine de ce nœud gordien pour filer, à gauche, vers Luxa Road, la gare (45 min pour 3 km) et, peut-être, l’aéroport (2 h). À droite, l’entonnoir de Dashashwamed Ghat Road avale sa marée humaine aux saris vibrants, défilant doucement devant les rideaux encore tirés des vendeurs de (fausse) soie et de rayonne. Le linge sèche aux balcons et sur les fils électriques. Des braseros fument. De la vaisselle est lavée dans le caniveau.

Ici commence le Chowk, le cœur et l’âme de Varanasi. Un authentique labyrinthe sans fil d’Ariane, gobant ici un bout de carton sale, là une pomme choppée en devanture. L’imbroglio n’est pas moindre au sein de cet embrouillamini de ruelles et de venelles, surtout lorsqu’affluent les pèlerins, vêtus de leur sari orangé bien propre, cheminant pieds nus vers le saint des saints, au mépris total des bouses.

Le Golden Temple, temple le plus sacré de Bénarès

Le Golden Temple, temple le plus sacré de Bénarès
Lingam de Shiva © Mivr - stock.adobe.com

C’est au plus profond du Chowk, là où le réseau d’impasses est tissé le plus serré, que se cache le temple le plus sacré de la ville et l’un des 12 plus importants du monde hindou : le Golden Temple (1780), de son vrai nom Vishwanath, le « maître de l’Univers ».

Les fidèles viennent y rencontrer le Tout-Puissant Shiva, à la fois créateur et destructeur, ascète et empereur du tantrisme, sous sa forme de lingam (phallus de pierre). Une vénération qui a son prix en patience (et en bons billets, aussi) : il faut rarement moins de 3 ou 4 h de queue (canalisée par d’autoritaires policiers) pour pouvoir enfin pénétrer dans l’enceinte très sacrée et espérer approcher le cœur du sanctuaire.

Les étrangers (munis de leur passeport) peuvent, eux aussi, espérer accéder au temple, après une fouille méthodique et l’abandon dans un casier de leurs affaires. Enfin, tout dépend du jour, de la situation politique et de l’humeur du gardien en chef… L’espoir d’une grosse obole, théoriquement promise à Vishnu, peut ouvrir quelques portes au-delà de l’enceinte réglementaire et peut-être même l’accès en court-circuit au lingam – dressé au centre impeccable du yoni (symbole femelle).

Reste à lever le nez pour admirer les élégantes mosaïques de marbre, les toits recouverts de 900 kg d’or et, au-delà du mur… les minarets de la mosquée Gyanvapi, bâtie au 17e s par l’empereur moghol Aurangzeb en lieu et place du Temple d’Or originel, rasé pour l’occasion.

L’heure de la prière

L’heure de la prière
Puja © Игор Чусь - stock.adobe.com

C’est en pleine nuit que les plus dévots se lèvent pour assister, entre 3 h et 4 h du matin, à la première des pujas (office religieux) : la Mangala Aarti. Chacun est alors autorisé à faire ses prières et approcher le lingam du Temple d’Or, exposé avant d’être à nouveau noyé sous une montagne de fleurs. Vient ensuite le temps des offrandes, bénies puis partagées entre les fidèles.

Pour les non-croyants, c’est plutôt à Assi Ghât que débute la journée. L’Aarti s’y déroule avant le lever du soleil, sur le haut des marches de ces quais majestueux bordant le Gange – qui les engloutit souvent au plus fort de la mousson.

Tandis que résonnent les clochettes, les jeunes prêtres, alignés face au fleuve sur leur estrade, y font tournoyer à l’unisson des coupelles remplies d’encens fumant, des braseros-flambeaux à tête de cobra et de lourds candélabres aux cent flammèches dansantes. Le feu, comme un appel à l’aube qui vient, sanctifiée par le chant rauque des conques.

Ablutions dans le Gange © luisapuccini - stock.adobe.com

Suit une longue séance de yoga au son du haut-parleur, tandis que les bateliers, en contrebas, se disputent les premiers clients du jour, venus assister aux ablutions rituelles dans le Gange. Prière faite, on se presse, désormais, sur les ghâts de toute la ville, pour s’immerger, s’asperger la tête, se frotter le corps, boire au creux de sa main une larme de cette eau purificatrice pourtant si polluée, qui lave les péchés.

« Aucun microbe qui se respecte ne saurait vivre dans une eau pareille », écrivit jadis Mark Twain, bien avant l’explosion de la surpopulation, les usines et les pesticides…

Les bûchers des Ghâts de Bénarès

Les bûchers des Ghâts de Bénarès
Crémation sur les ghats © A. Zeitler - stock.adobe.com

À quelques pas, sur les quais toujours, les lavandiers battent puissamment les draps et le linge. La vie s’installe pour une nouvelle journée écrasée de chaleur. Des sâdhus « vêtus de ciel », à l’air parfois plus hagard que sage, se retirent en leur corps blanchi de cendres (signe de finitude), loin du monde et toujours plus près de la moksha (la libération de l’âme).

Les astrologues étalent leur science supposée, les vendeurs de fleurs tricotent leurs colliers, les petits arnaqueurs cogitent, tandis que les mendiants et les vendeuses de poudres colorées espèrent le touriste compatissant.

Pendant ce temps, au Manikarnika Ghât, les bûchers des crémations flambent. Le feu, dit-on, ne s’y est jamais arrêté depuis trois millénaires et demi.

Avant même d’y parvenir, les chants scandés des cortèges funèbres se répandent dans les rues. Un noyau réduit d’hommes, membres de la famille et amis, transporte à vive allure le corps sur sa civière. Le flot des passants s’écarte, puis se referme aussitôt.

Sur le quai, les structures sociales indiennes impriment leurs règles intangibles : aux intouchables la rive du fleuve, aux brahmanes les terrasses qui le surplombent et quelques bûches de bois de santal. Aux manettes : la caste des doms. Ces intouchables sont les seuls autorisés à manipuler les cadavres et faciliter leur combustion, à l’aide de longues tiges de bambou… Le feu éteint, on les voit, barbotant tels des orpailleurs, tamiser les tas de cendres en quête de bijoux et dents en or !

Les litanies des temples de Bénarès

Les litanies des temples de Bénarès
Temple népalais © Almazoff - Shutterstock

Près du Manikarnika Ghât, le Temple népalais (Kathwala) contemple le Gange de sa terrasse sereine ombragée d’un ficus sacré. Il témoigne, s’il le fallait, de l’importance qu’il peut y avoir à mourir ici. Aujourd’hui encore, on vient de tout le monde hindouiste finir ses jours à Varanasi, raccourci assuré vers la moksha.

Certains parmi les plus pauvres vivent à même les ghâts en attendant l’heure fatidique. Beaucoup occupent de très modestes pensions, des années durant parfois. Des dispensaires gratuits accueillent même les mourants, sous condition d’un trépas assuré dans les deux semaines à venir… Les maharajahs ont eux aussi toujours souscrit à la règle, se faisant bâtir au plus près du Gange de fastueux palais. Avion aidant, la plupart ont été abandonnés.

Temple de Durga © Sanga - stock.adobe.com

Au-delà de son rôle sacré, le Nepali temple est tout simplement beau – et son lingam inhabituellement accessible aux visiteurs. En forme de pagode, attenant à un ashram, il est la réplique en taille réduite du très vénéré temple népalais de Pashupatinath (classé à l’Unesco). Bâti vers 1800, il arbore un magnifique ensemble de colonnes et panneaux de bois finement ciselés, dont certains représentent de surprenantes scènes érotiques. Le thé est souvent offert !

Plus loin, le temple de Durga (18e s), au sanctuaire rouge sang et colonnes dorées, s’adosse à un kund (étang) sacré, jadis connecté au Gange. Quant au célèbre Hanuman Temple (fin 19e), on y achète des confiseries pour les offrir au dieu-singe (et à ses répliques bien vivantes…).

Le berceau du Bouddha

Le berceau du Bouddha
Dhamek stupa © Alex Reshnya - stock.adobe.com

Varanasi n’est pas sacrée que pour les hindous. À quelques kilomètres au nord de la ville, le site de Sarnath s’inscrit dans la légende depuis que le Gautama Bouddha y aurait prononcé son premier sermon, devant un parterre fort réduit de cinq disciples. Il ne reste malheureusement pas grand-chose du vaste monastère qui se dressa autrefois en ces lieux, excepté l’énorme Dhamek stupa : un édifice rond du 6e s, haut de 43 m (socle inclus), aux flancs percés de niches.

À proximité, le temple moderne de Mulagandha Kuty Vihara abrite la réplique en or d’une statue du Bouddha de l’époque. Il voisine avec un rejeton du célèbre Bodhi tree, un figuier des pagodes sous lequel Gautama aurait jadis atteint l’Illumination, planté ici au moment de l’inauguration en 1931. À son pied, des statues en plâtre un peu kitsch reproduisent la scène du sermon… Elles ont été réalisées par des moines birmans (chaque communauté bouddhiste entretient ici son propre monastère, comme jadis chaque cité grecque avait son Trésor à Delphes).

Pour retrouver les fastes passés de Sarnath et de l’empire du grand Ashoka (3e s av. J.-C.), il faut franchir la porte du Sarnath Archaeological Museum. On tombe alors nez à nez avec le splendide « couronnement de la colonne d’Ashoka », un énorme chapiteau en grès d’une finesse inouïe, orné de quatre lions moustachus dos à dos, devenu l’emblème de l’Inde (il figure sur les billets de banque). Les autres pièces du musée, Bouddhas et bodhisattvas de pierre, bas-reliefs, Shiva victorieux d’un démon, sont de la même trempe : exceptionnelles.

Fiche pratique

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Climat

Il fait chaud, très chaud en journée dans la plaine du Gange, entre avril et juin (40 °C et plus). Ensuite arrivent les pluies de la mousson, tombant en trombes jusqu’en septembre. En octobre, enfin, arrive la bonne saison du voyage : elle s’étend jusqu’à février. Au programme : journées ensoleillées, sèches, chaudes, mais pas trop, avec des nuits un peu fraîches, notamment entre décembre et février (8-10 °C alors, et ne comptez pas sur le chauffage !).

Comment y aller ?

Compte tenu de l’importance de la compétition entre Air India, IndiGo, Spicejet et Vistara, il est facile de trouver un vol pas trop cher pour rejoindre Varanasi depuis l’une ou l’autre des grandes villes indiennes (dès 50-70 € depuis Delhi, par exemple). En revanche, le temps de trajet depuis l’aéroport jusqu’au centre-ville (1 h 30-2 h) est souvent plus long que le vol en lui-même, grâce aux terribles embouteillages locaux ! Trouvez votre billet d’avion.

Une bonne raison pour choisir le train même si, là, il faut faire bien attention à la gare d’arrivée (il y en a 3 différentes, selon la provenance et selon le train). Depuis Delhi, le Vande Bharat Express fait le voyage en 8 h seulement, une paille ! Le bus ne sert pas à grand-chose : compte tenu des difficultés de circulation, il est moins pratique et souvent plus lent que le train. Tout juste peut-on envisager de l’utiliser pour rejoindre le proche Népal.

Où dormir ?

Comme toutes les villes indiennes, Varanasi croule sous l’offre, de la piaule la plus miteuse au palace le plus chic surveillant les rives du Gange. Si pas mal d’hôtels de catégorie supérieure se regroupent dans le Cantonment (près de la gare centrale), on vous déconseille d’y loger : de là, rejoindre le cœur vibrant du Chowk prend toujours trop de temps.

À notre avis, mieux vaut privilégier le Chowk lui-même ou, à défaut, le quartier d’Assi Ghât, plus au sud, où l’offre s’est beaucoup développée depuis quelques années (on y trouve notamment quelques hostels sympas). Attention cependant, compte tenu des grands travaux de restructuration du centre-ville voulus par Modi, les choses changent vite et certaines adresses peuvent se retrouver rasées du jour au lendemain !

- Moustache Hostel : B-1/128 23 Dumrao Bagh Colony. Contact : varanasi@moustachehostel.com. Dans un (rare) recoin tranquille du quartier d’Assi Ghât, cette belle AJ dirigée par une boss voyageuse ressemble assez à celles que l’on connaît en Europe. Il y a même des dortoirs avec grand lit pour les couples (2,50-7,50 € ; doubles 10-19 €) !

- Hostel LaVie: B 3/97, Shivala Ghât. Elle aussi proche d’Assi Ghât, mais calme, cette auberge de jeunesse nouvelle génération aligne dorms (lit 3,20-5,70 €) et doubles colorées (12,60-20 €) propres autour d’une sympathique cour gravillonnée. Cuisine et machine à laver.

- Shiva Guest House:D 20/14 Munshi Ghât, Dasashwamedh Ghât. Tél. : 245-21-08). Au calme dans une ruelle, le sympathique Shiva loue 12 petites chambres très propres mêlant éléments anciens et déco colorée très actuelle, tendance Bollywood, plus un mini-dortoir avec vue sur le Gange (lit 3,80 € ; doubles 10-25 €). On adore !

-Hotel Ganges View Il flotte un air de nostalgie dans cette vieille demeure multipliant terrasses aux plantes en pots, mobilier ancien, vieux objets indiens et petits salons rétro. Assi Ghât est juste en contrebas, avec ses cours de yoga à l’aube (doubles 44-88 €).

Trouvez votre hôtel à Bénarès

Où manger ?

- Kachi Chat Bhandar : Luxa Rd. Le chaat, c’est un peu l’en-cas de référence de l’Uttar Pradesh, qui a peu à peu conquis tout le subcontinent : des hors-d’œuvre (forcément épicés) servis dans des petits pots de terre cuite que l’on jette après (tout ici est à 0,45 € !).

- Niyati Café : D 15/5 Manmandir, Chowk. Ce mini-resto sert un des meilleurs paneer massala que l’on ait jamais mangé, parfumé sans être trop épicé ! Tout est préparé à la commande.

- Dosa Café : D 15/49 Manmandir, Chowk. La spécialité de la maison, ce sont les dosa, ces grandes crêpes très fines, servies pliées en triangle. Au choix : salé ou sucré.

- Canton Royale : dans l’hôtel Surya, Cantonment. Le restaurant, chic, occupe 3 salles hautes de plafond de l’ancien Kaiser Palace, datant des années 1800. Le service est très pro et la cuisine, indienne, est excellente, mais elle ne fait aucune concession aux papilles occidentales !

Liens utiles

Le site officiel du tourisme en Inde.

Le site officiel du tourisme dans l’Uttar Pradesh (la province de Varanasi).

Le site officiel du tourisme à Varanasi.

Des balades guidées de qualité, par Harisch, le proprio du Homestay (voir « Où dormir ? »)

Sorties en bateau classiques sur le Gange à l’aube et au coucher du soleil, pour assister aux ablutions et aux cérémonies, ou croisières de plusieurs jours sur le fleuve roi. Le boss est Français.

Texte : Claude Hervé-Bazin

Mise en ligne :

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