Londres multiculturelle

Londres multiculturelle
Graffiti à Londres © txakel - stock.adobe.com

« Le monde entier dans une ville », c’est ainsi que l’ancien maire de Londres Ken Livingstone décrivait sa cité. Le Royaume-Uni a beau dire « bye, bye » à l’Europe avec le Brexit, la planète entière lui répond « hello » dans les rues de sa capitale. On est parti le constater dans plusieurs quartiers de cette métropole dont le tiers des habitants vient d’ailleurs, et qui ne cesse de nous inviter au voyage… Cap sur Little Portugal, Banglatown, Little Lagos et Little Jamaïca.

Londres se sent bien dans son melting-pot

Londres se sent bien dans son melting-pot
© IRStone - stock.adobe.com

Les chiffres sont éloquents : plus de 100 langues différentes seraient parlées dans chacun des 33 boroughs (à l’exception de Richmond, City et Havering) de Londres. L’anglais ne serait pas la langue maternelle de près de 22 % des résidents de la capitale anglaise (sur 7,8 millions de Londoniens de 3 ans et plus). En 2014, environ 3 millions de Londoniens étaient nés à l’étranger, soit plus de 36 % de la population.

En dépit de l’impression post-Brexit de capitale d’un pays qui se replierait sur lui-même, Londres continue de soigner son multiculturalisme alors qu’on prévoit que la moitié de la population londonienne sera née à l’étranger en 2031.

Little Jamaïca © phaustov - Shutterstock

On retrouve ce melting-pot dans les ouvrages de plusieurs romanciers, tels que Zadie Smith ou Tarquin Hall, dans les films de Ken Loach, Stephen Frears ou Gurinder Chadha. Mais pas seulement dans la fiction : la victoire aux municipales de Sadiq Khan, fils d’immigrés pakistanais et de confession musulmane, est sans doute le signe le plus éclatant du multiculturalisme londonien qui se donne à voir dans plusieurs enclaves étrangères de la capitale britannique. À Londres, les flâneurs ont de quoi trouver l’évasion à quelques stations de métro.

On s’arrête dans ce reportage à Little Portugal, Banglatown, Little Lagos et Little Jamaïca. Mais il existe d’autres quartiers invitant au voyage, comme Little India et le plus grand temple sikh du Royaume-Uni, le Gurdwara Sri Guru Singh Sabha, à Southhall (borough d’Ealing, à l’ouest près de l’aéroport d’Heathrow), le quartier des juifs orthodoxes à Stamford Hill ou Little Korea à New Malden avec ses coiffeurs, ses églises, ses commerces alimentaires spécialisés et ses restaurants karaokés.

Little Portugal, entre Vauxhall et Stockwell

Little Portugal, entre Vauxhall et Stockwell
Street food © Paolo Paradiso - Shutterstock

Plus de 40 000 ressortissants portugais vivraient à Londres. C’est sur South Lambeth Road, artère s’étirant entre les quartiers de Vauxhall et de Stockwell, au sud de Londres, que l’on ressent le mieux les influences lusitaniennes.

Tout au long de la rue, on trouve des pâtisseries qui étrennent en vitrine d’appétissants bolo rei ou les incontournables pastéis de nata (on vous conseille la Casa Madeira ou la Lisboa Patisserie, qui vend d’autres produits portugais), des bandeiras de Portugal qui battent au vent à la devanture des restaurants (O Fumeiro, Grelha Douro ou Three Lions Cafe) ou des bars (l’Estrela Bar qui fait aussi restaurant ou la Casa Benfica, un football-bar, tout de rouge vêtu, dédié au club lisboète) qui s’échauffent à chaque match du championnat portugais ou de la Selecção das quinas...

Ils seraient entre 30 000 et 35 000 originaires d’un pays lusophone à vivre dans cette zone, même si la gentrification chasse, très souvent, vers la banlieue londonienne les descendants des travailleurs portugais à bas salaires, qui avaient afflué dans les années 1960 et 1970, ou les nouveaux venus qui ont fui le chômage dans les années 1990 et la crise de 2008.

Banglatown, entre Brick Lane et Whitechapel

Banglatown, entre Brick Lane et Whitechapel
© chrisdorney - stock.adobe.com

L’East End a pris un sacré coup de bobo : à Brick Lane, tout ne semble être que friperies, street art, food markets et bars branchés. Mais dès que l’on se rapproche de Whitechapel et de Bethnal Green, on retrouve la coloration orientale du quartier qui avait accueilli la principale vague d’immigration bangladaise à partir de la guerre de libération du pays en 1971.

Plaques de rues doublées en bengali, restaurants indiens, pakistanais, bengalis donc, exhalant mille senteurs épicées (pour ceux qui ne craignent ni les plats relevés ni les ambiances un poil bruyantes, on conseille les viandes grillées de chez Tayyabs, Needoo Grill ou Lahore Kebab House).

En 2011, on comptait plus de 220 000 Bangladais dans la capitale. La plupart vivent désormais dans les quartiers est de Londres, à Tower Hamlets ou Newham, mais il subsiste toujours cette importante communauté de Whitechapel (la partie la plus occidentale du borough Tower Hamlets). Toutefois, il semble loin le temps où les vraies curry houses s’égrenaient le long de Brick Lane.

Little Jamaïca à Brixton

Little Jamaïca à Brixton
Carnaval de Notting Hill © JessicaGirvan1 - Shutterstock

Près de 250 000 Londoniens seraient d’origine jamaïcaine. Leur présence remonte à 1948, après que la Grande-Bretagne a décidé d’accorder à tous les ressortissants de son empire colonial en voie de démantèlement le statut de « citoyen du Royaume-Uni et du Commonwealth ».

Le paquebot MV Empire Windrush débarque alors à Londres plusieurs centaines de Jamaïcains, de Trinidadiens et de Barbadiens qui s’installent à Brixton, à Camden, à Islington ou à Notting Hill pour travailler dans les grands travaux de reconstruction, les services de santé ou les transports publics. La communauté antillaise est toujours particulièrement bien représentée lors du carnaval de Notting Hill, créé en 1966 et qui se déroule le dernier week-end d’août. 

Malgré la flambée des loyers, une hipstérisation accélérée (il n’y a qu’à faire un tour sur le rooftop du Prince of Wales, au club Phonox ou à la salle de concert O2 Academy) et la politique gouvernementale de « l'environnement hostile à l'immigration » qui a provoqué le scandale de la génération Windrush, Brixton (South London), qui n’a plus grand-chose à voir avec son passé émeutier des années 1980, reste le fief central de cette communauté jamaïcaine et caribéenne, même si d’autres enclaves ont émergé à Tottenham ou Harlesden.

Brixton Market © ElenaChaykinaPhotography - Shutterstock

Si vous souhaitez vous immerger dans les ambiances antillaises, un passage au Brixton Market (vendu en 2018 à un consortium de compagnies immobilières…) dans sa partie indoor (Brixton Village) avec ses voûtes de fer coloré et sa verrière s’impose, sur fond de reggae, de ska et de calypso. Fruits exotiques, artefacts artisanaux tressés, take-away, marché aux puces… mais aussi cafés et restaurants où se presse une jeunesse londonienne dans le vent.

Vous continuerez sur l’Electric Avenue (pour la partie outdoor avec étals de tissus aux motifs caribéens et objets rétro) chantée par le reggaeman Eddy Grant. Enfin, au Windrush Square se trouve le Black Cultural Archives, un musée dédié à l’histoire africaine et caribéenne anglaise, créé en 1981 et qui a pris ses quartiers dans son bâtiment actuel en 2004. Des expositions et des conférences autour de la culture afro-antillaise y sont régulièrement organisées. 

Little Lagos à Peckham

Little Lagos à Peckham
Bussey Building où se trouve le CLF Art Cafe © AC Manley - Shutterstock

Peckham, dans le sud-est londonien, est appelé « Little Lagos » ou « Yorubatown » tant l’afflux de Nigérians issus de l’ethnie des yorubas y a été massif à partir des années 1970.

En 2001, 7 % de la population de Peckham était d’origine nigériane. Ce pourcentage a baissé à mesure que le quartier se pimpait de lieux de fête (CLF Art Cafe) ou de galeries d’art avec toit-terrasse et café (la South London Gallery mais aussi Bold Tendencies et son Frank’s Cafe avec ses escaliers repeints en rose qui font joie photographique des instagrammeurs). On observe donc un déplacement de cette diaspora vers l’est, à Barking ou Dagenham, et même en dehors de Londres, à Essex.

Si la jeune génération parle plus anglais que yoruba, on trouve néanmoins ce parfum nigérian sur Queens Road, Choument Road (même si la façade ne paye pas de mine, laissez-vous tenter par le tuwo shinkafa, pudding de riz servi avec des soupes, du restaurant traditionnel, buka pour les puristes, Lolak Afrique), Peckham Rye (au Café Spice, commandez quelques-unes de leurs spécialités, souvent salées et épicées on vous prévient, exposées en vitrine et dégustez-les au Peckham Rye Park) ou Rye Lane. Coiffeurs spécialisés dans les coupes afro, boutiques qui vendent foufou (une pâte à base de farine bouillie), paquets de chin chin (sorte de gâteaux apéritifs), pistaches africaines (egusi), bananes plantains ou des légumes racineux aux formes improbables et des shops 10 en 1 qui proposent DVDs de Nollywood, cartes prépayées ou transfert d’argent…

Le quartier est patronné par ses mosquées (Peckham Islamic Centre, Peckham High St Islamic & Cultural Centre) et des églises nigérianes, mais également par la Peckham Library, une bibliothèque qui a gagné le prix Stirling en 2000 pour son architecture anguleuse et vitrée.

Sachez que des tour-opérateurs organisent des parcours dans Little Lagos (25 £) pour découvrir les salons de coiffure, les ateliers de joaillerie et de confection textile en offrant notamment des dégustations de produits locaux.

Fiche pratique

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Comment y aller ?

En train : avec Eurostar au départ de Paris-Nord (2 h 15), Lille, Bruxelles et Marseille.

En avion : les aéroports de Londres Heathrow et Londres Gatwick sont desservis par Air France depuis Paris-CDG et British Airways depuis plusieurs aéroports français. Vols low cost également avec EasyJet et Ryanair vers les aéroports de Gatwick, Stansted et Luton. Trouvez votre billet d’avion.

Où dormir?

The Half Moon Pub : 10 Half Moon Ln, Herne Hill, London SE24 9HU A 15 minutes à pied de Brixton se trouve The Half Moon Pub, un boutique-hôtel qui squatte une superbe brownstone house à Herne Hill. Au rez-de-chaussée et durant l’été, le bar-restaurant (dont l’intérieur est classé pour sa magnificence et son importance historique), au lointain passé de salle de concert prescriptrice, ouvre son jardin et sa cuisine extérieure pour des steaks night, des barbecues et des pièces de théâtre sur tréteaux (Roméo et Juliette en 2019). Les deux étages aménagent, pour leur part, 12 chambres de tailles différentes décorées avec soin. À partir de 150 £ (en août) pour une cabin room.

Crashpads : il existe une alternative aux hôtels et à Airbnb, les mini-lofts, parfaits pour un séjour à deux (même si la version méga est également sur le marché), proposés par Crashpads, le collectif aux manettes du Z Hotel Zanzibar. Mobilier design (on cite Ligne Roset et Philippe Starck), mur de briquettes, jeux de société, parti pris de la couleur et du dépareillé vintage de goût, le spot idéal pour découvrir Brick Lane et Shoreditch. À partir de 100 £ le mini loft.

69TheGrove : 69 Vauxhall Grove, Vauxhall, London SW8 1TA. À moins de 5 min à pied du Vauxhall Park, un Bed & Breakfast propre et pratique pour découvrir plus au sud les enclaves portugaise et caribéenne. Cinq chambres (certaines en sous-sol) plutôt adaptées aux couples (une chambre simple néanmoins). À partir de 100 £.

Où manger ?

Gunpowder : 11 White's Row, Spitalfields, London E1 7NF. Située à Spitalfields, voilà une cantine indienne (sa petite sœur, en ancienneté mais pas en nombre de couverts, existe à Tower bridge) de qualité, entre le haut de gamme et la street-food qui fait le boulot. Des noms de plats qui claquent comme dans une impro de slam et qui ne déçoivent pas une fois dans les assiettes ? C’est rare et d’autant plus appréciable. Les côtelettes d’agneau et le bœuf fry à la mode Kerala envoient du lourd et des épices. 

Obalende Suya Express : 43 Peckham High St, Peckham, London SE15 5DL. Un suya est une grillade de viande typique du Nigéria. Il suffit d’entrer dans l’Obalende Suya Express pour être immédiatement dans l’ambiance. Une forte odeur de barbecue (on était prévenus), une carte originale (on a cru lire shark) et des plats colorés au riz wolof.

Negril : 132 Brixton Hill, Brixton, London SW2 1RS. Pas très loin des Windmill gardens, Negril planque sa terrasse derrière de la verdure palissée. Dans ce restaurant caribéen, on retrouve le traditionnel poulet jerk jamaïcain saisi dans un mélange d’épices qui brûle le corridor, mais aussi des beignets salés à la banane plantain et d’autres sortes d’acras de morue caribéens.

Texte : Florent Oumehdi

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