Les Açores de l’Ouest : au bout de l’Europe

Les Açores de l’Ouest : au bout de l’Europe
Île de Flores © Lukasz Janyst - stock.adobe.com

Au Moyen Age, des marins parvinrent jusqu'aux rivages de mystérieuses îles de l’Atlantique, noires et escarpées, couronnées de montagnes embrumées, plongeant dans l’océan en falaises vertigineuses. Les poètes en firent le siège des légendes : les vestiges de l'Atlantide y auraient flotté.

Le volcanisme des neuf îles des Açores (réparties en trois groupes sur 600 km d’ouest en est), leur caractère virginal, la douceur de leur climat ont inspiré tantôt l’émerveillement, tantôt la terreur. Les deux se mêlent indistinctement sur ces terres façonnées par les forces de la nature, surgies de la dorsale médiane atlantique à force d’éruptions. Avec tout juste 7 ou 8 millions d’années, l’archipel est l’un des plus jeunes au monde !

Cap vers l’Amérique… allons explorer les plus occidentales des îles : Faial et son port rendez-vous, Flores la fleurie, Corvo le bout du monde.

Faial, l'île bleue des Açores

Faial, l'île bleue des Açores
Caldeira de Faial © mrfotos_fotolia - stock.adobe.com

Surnommée l’île Bleue, non pour l’omniprésence de la mer mais pour la profusion de ses hortensias, Faial (172 km2) s’est, comme toutes les Açores, constituée autour de plusieurs volcans.

Une caldeira béante, aux parois abruptes témoignant de sa relative jeunesse, en occupe d’ailleurs le centre. Formée par une explosion de grande ampleur il y a environ 1 200 ans, elle est large de 2 km et se creuse sur 400 m de profondeur, laissant apparaître de petits cônes adventifs.

On en fait le tour à pied par les crêtes en 2h30 environ, en se faufilant par endroits entre d’énormes bouquets d’hydrangeas. Autre possibilité : dévaler sur ses pentes extérieures en VTT, entre les gerbes d’angélique et les superbes bois de lauriers, genévriers et bruyères endémiques.

À la pointe ouest de Faial, les couches de cendres et les pentes rousses et noires parcheminées du Capelinhos rappellent que la terre est bien vivante. Le volcan, le plus jeune de Faial, est né d’une longue éruption survenue en mer, face aux côtes, entre septembre 1957 et octobre 1958, qui finit par le souder à l’île.

Mais, déjà, les rouleaux de l’Atlantique ont rongé sa base, entraînant son flanc nord dans l’océan et excavant des falaises instables qui menacent ruine. Faial, qui avait gagné 2,4 km2 dans l’affaire, en a déjà presque reperdu la moitié ! Dans cette désolation, un phare se dresse, survivant de l’éruption, mais désormais bien inutile aux navigateurs.

Horta, escale aux Açores vers l'Amérique

Horta, escale aux Açores vers l'Amérique
Horta © Charlotte - stock.adobe.com

Faial fut d’abord, à l’époque de la marine à voile, une escale vers le Nouveau Monde. Horta, son port, est le mieux abrité des Açores. L’époque était alors aux conquêtes et aux appétits contradictoires, qui ne tardèrent pas à s’étendre à cette île pourtant si paisible.

Pour protéger l’embryon de ville, ses maîtres portugais firent élever en 1567 le vaillant fort de Santa Cruz. Mais sa puissance ne suffit pas à repousser les ennemis. Occupé par les troupes espagnoles en 1583, il essuya le feu, quatre ans plus tard, d’une flotte anglaise dirigée par Sir Walter Raleigh — célèbre navigateur et écrivain, amant de la Reine Elizabeth Ière.

Le temps s’est écoulé. S’il a gardé ses canons, le fort a abandonné ses habits de guerre pour ceux du tourisme. Devenu hôtel d’un luxe discret, il offre des chambres fraîches qui regardent vers l’océan et l’île de Pico. À ses pieds s’étale la marina, où relâchent tous les navires du monde, ou presque.

Sur les hauteurs fleurissent les églises, vestiges flamboyants de la grande époque où les hommes n’étaient rien et la religion était tout. Puis on grimpe au Monte da Guia, qui ferme la baie d’Horta par le sud, ou au Monte Carneiro. En contrebas se livrent les toits et le port, la plage de sable gris de Porto Pim, où accostaient jadis les baleiniers, et déjà la belle vallée dos Flamengos, piquetée de maisons et des silhouettes de trois moulins. Un dernier morceau de terre avant l’immensité de l’océan.

Le café des marins du monde entier

Le café des marins du monde entier
Dessins sur le port de Horta © Frank Seifert - stock.adobe.com

Ville consulaire sur les routes maritimes de l’Atlantique, attache des baleiniers anglais et américains jusqu'au XIXe siècle, Horta s'est toujours illustrée par son rôle d'île-étape. Elle fut aussi station de ravitaillement en charbon des vapeurs, puis en kérosène des clippers de la Pan American. Avec l’expansion de la plaisance, vinrent les marins au long cours : Slocum, premier circumnavigateur en solitaire, puis Tabarly, Malinovsky et tant d'autres.

Occupant le fond d'une large baie, le port de Horta est devenu l’une des escales favorites des courses transatlantiques. Nul ne sait vraiment quand et comment la tradition débuta… Le rituel est néanmoins incontournable : les équipages de passage se font un devoir de laisser ici une trace de leur venue.

Des centaines de dessins, répondant aux noms de bateaux venus du monde entier, couvrent le môle et les quais : esquisse de sirène, baleine corpulente, requin souriant, panthère rose, drapeaux de toutes les couleurs… Le marin, comme l’acteur, est volontiers superstitieux : relâcher ici et ne rien peindre, c’est s’exposer au mauvais sort.

Leur postérité assurée, les peintres d’un jour se retrouvent au Café Sport, alias Peter’s Bar, sous le regard de l’aigle de bois d’un baleinier américain fracassé jadis sur les côtes de l’île. Le Café Sport, c’est une institution depuis 1918, où l’on trinque au gin (maison), où l’on change son argent, ou l’on récupère son courrier… Une institution au point que le café fut reconstitué de toute pièce pour l’Expo 98 à Lisbonne !

Rencontrer les baleines aux Açores

Rencontrer les baleines aux Açores
Baleine aux Açores © Evgeni - stock.adobe.com

A l’étage du Café Sport, la famille Azevedo a créé un musée du scrimshaw, ces dents de cachalots sculptées autrefois par les marins (bien souvent à l’image de leur navire), retraçant l’histoire d’un XIXe siècle aux parfums d’embruns.

On l’oublie souvent, mais la chasse à la baleine perdura, aux Açores, jusqu’en 1987 — comme en témoigne le Musée des baleiniers implanté à Lajes, sur l’île voisine de Pico. Une chasse exclusivement traditionnelle et artisanale, sans moteur, sans canon à harpon, mais à bord de grosses barques à voile actionnées à la rame… Beaucoup d’insulaires s’engageaient parallèlement sur des navires baleiniers américains — origine de l’importante communauté açorienne encore installée à Boston.

Les temps ont changé et l’on vient aujourd’hui dans l’archipel pour observer les géants des mers. Pas moins de 20 espèces de cétacés et de dauphins fréquentent les eaux locales, dont les rares et impressionnants cachalots. Résidents à l’année, ils sont plus aisément observés entre mai et octobre, tout comme les baleines à fanons migratrices.

Un cachalot, c’est 18, voire 20 m de long pour les plus beaux mâles (dont un tiers de tête !) et plus de 50 tonnes. Voilà qui force le respect ! Pas de risque : les zodiacs et bateaux s’en tiennent à la distance réglementaire de 50 m.

La probabilité de ne rien voir est si faible (2 %, affirme l’office de tourisme) que les opérateurs remboursent ceux qui ont eu cette malchance ! Dans les meilleurs cas, on peut même croiser une baleine bleue (surtout en mai-juin) et voir 7 ou 8 espèces différentes !

Flores, le bout du bout de l’Europe

Flores, le bout du bout de l’Europe
Fajãzinha © Lukasz Janyst - stock.adobe.com

À 45 mn de vol, Flores, la plus occidentale des Açores, est réputée être la plus belle de toutes. Son nom, elle ne l'a pas volé. Des fleurs, il en pousse partout : camélias en février, azalées roses à la fin du printemps, bougainvillées en cascades dévalant les vieux murs, amaryllis, jacarandas pleurant leurs pétales mauves le long des rues, oiseaux de paradis, hibiscus et surtout hortensias en haies immenses, traçant dans la verdeur des pâturages de l'été leurs allées roses et bleues.

Au nord de Santa Cruz, le chef-lieu, fondé au XVe siècle par des pionniers flamands, le vieux hameau de Fajã de Ponta Ruiva, aux maisons de basalte enchâssées de portes et fenêtres couleur ciel, sang ou soleil, s'encastre au-dessus du vide. Un sentier non indiqué y descend en lacets vers la mer, entre les parcelles de maïs, de citrouilles et d'ignames, révélant d'époustouflants points de vue sur la côte et les îlots de lave.

La route se termine face au phare d'Albarnaz. Derrière le gros îlot de Maria Vaz, celui de Monchique, plus petit, marque l'avancée maximale de l'Europe à l'ouest. Jadis, les marins l'utilisaient comme point de référence pour régler leurs instruments.

Derrière les palissades des falaises se cache le cirque de Fajãzinha, aux cascades nourries par les pluies généreuses. Les quelques maisons de Ponta de Fajã Grande s'y agrippent à un replat, au pied des grandes orgues basaltiques de la Rocha dos Bordões — méticuleusement rangées, comme pour soutenir les remparts rocheux contenant le cœur nu de l'île et ses lacs de cratère perdus dans les brumes.

Corvo, extrêmes Açores

Corvo, extrêmes Açores
Corvo © FedevPhoto - stock.adobe.com

La pointe nord de Flores s'avance face à la forte silhouette conique de Corvo, petit lopin de terre oublié au beau milieu de l'océan (17 km2). Cette « île du Corbeau » n’est qu’à 15 milles de distance, mais c’est un autre monde, encore, qui se dessine — un monde isolé des jours entiers lorsque soufflent les tempêtes hivernales.

Longtemps, ses habitants (au nombre de 470 aujourd'hui) communiquèrent avec Flores par l'intermédiaire de grands feux : un pour demander un docteur, deux pour un prêtre… Bergers et pêcheurs pour la plupart, ils vivent à Vila Novo do Corvo, l'unique bourg, agrippé au pied du volcan formateur, sur une fajã (glissement de terrain ancien) s’écoulant vers la mer. On y a le caractère aussi bien trempé que les journées d’hiver : on raconte encore comment un prêtre, persécuté par ses paroissiens, s'enfuit de nuit, en bateau, en 1995... À île volcanique, tempérament volcanique.

Derrière sa façade blanche aux encadrements de basalte, l’église témoigne de grandes navigations oubliées. Les courants y ont déposé une Vierge miraculeuse de facture flamande (de 1570) et un crucifix en ivoire indo-portugais.

Mais Corvo, c’est avant tout un espace naturel, classé réserve de la biosphère par l’Unesco. Une unique montagne en forme d’œuf, nue, trouée au nord de sa caldeira. Deux lacs aux contours déchiquetés y pataugent dans la lande, sur fond de parcelles encore délimitées par leurs vieux murets — témoins de la ténacité humaine. D’ici, Lisbonne est à 1 800 km et l’Amérique à peine deux fois plus loin.

Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Açores

Visit Azores

Comment y aller ? Comment s’y déplacer ?

Pour gagner les Açores, il faut obligatoirement transiter au Portugal (Porto ou Lisbonne), soit avec la compagnie nationale TAP, soit avec l’un ou l’autre des low cost desservant les deux villes (Vueling, EasyJet…). Prévoyez plus ou moins entre 135 et 400 € A/R selon l’itinéraire et la période en tarif combiné. Du Portugal, Ryanair assure des vols très bon marché (dès 20 € env le trajet) pour Ponta Delgada et Terceira (Lajes).

Une fois sur place, on s’en remet aux liaisons d'Azores Airlines (SATA), qui desservent les 9 îles de l’archipel. Pour ceux qui voudraient rester dans la région, la compagnie assure 3 vols hebdomadaires vers Grande Canarie à partir de seulement 100 € et d’autres vers Madère. Trouvez votre billet d’avion.

Toutes les îles sont également desservies entre elles par bateau par la compagnie maritime Atlânticoline : Faial, Pico, São Jorge, Flores et Corvo toute l’année, les autres seulement en haute saison. Autant les liaisons entre les trois premières îles sont fiables, autant celles vers le reste de l’archipel peuvent-elles être annulées en fonction de la météo. Comptez entre 3,60 € et 52 € le trajet aller selon la distance.

On trouve facilement une voiture à louer, ou on peut emprunter les bus locaux sur certaines des îles (São Miguel, Terceira, Santa Maria…).

Quand y aller ?

L'influence du Gulf Stream vaut aux Açores des hivers doux et des étés agréables (23°C de moyenne en août). Mais si l’anticyclone des Açores fait beaucoup parler de lui, il n’empêche pas les pluies — certes généralement courtes — de tomber toute l'année, notamment entre les mois de novembre et d’avril. Pour profiter de l’abondance des hortensias et hydrangeas en fleurs, venez de préférence en juin-juillet.

Où dormir ?

Les options ne manquent pas et les tarifs restent raisonnables. On trouve une bonne vingtaine de campings dans l’archipel (certains magnifiquement situés), mais aussi des pousadas de juventude (auberges de jeunesse officielles) sur 5 des 9 îles et des hostels privés — qui proposent à la fois des dortoirs et des chambres privées.

Les alojamentos locales comprennent chambres chez l’habitant et appartements loués à la journée, signalés comme tel (AJ) ou à réserver via une plateforme. Le choix est important et les prix excellents. C’est également le cas du turismo rural, souvent dans des maisonnettes en pierre serties au cœur de jardins fleuris — et parfois dans d’authentiques quintas (grandes propriétés agricoles) des siècles passées. Et bien sûr, il y a les hôtels classiques, généralement familiaux.

Trouvez votre hébergement aux Açores

Liens utiles

www.whalewatchazores.com : des séjours tournés exclusivement vers l’observation des cétacés, mais on peut aussi s’inscrire pour la journée (site en anglais)

Sorties pour observer les baleines : www.naturalist.pt/naturalist-excursion-baleines-azore et www.hortacetaceos.com/?lang=fr

 Le célèbre Café Sport d’Horta (en anglais et portugais)

Texte : Claude Hervé-Bazin

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