Birmanie : la vraie Mandalay

Birmanie : la vraie Mandalay
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The Road to Mandalay… Rudyard Kipling, Georges Orwell et Sinatra ont donné au nom de Mandalay une aura légendaire. Pourtant, la 2e ville de Birmanie demeure largement méconnue et la découverte de ses réalités contemporaines déroutante pour ses visiteurs.

Peu glamour d’apparence, Mandalay ravit cependant les âmes d’explorateur par les richesses qu’elle dissimule.  On finit même par se demander si le cœur du pays ne bat pas ici.

Depuis la ville, une excursion terrestre vers les anciennes capitales royales de Birmanie ou une croisière sur l’Irrawaddy jusqu’à Bagan s’organisent facilement. L’occasion de découvrir une Birmanie en prenant son temps et hors des sentiers battus…

Mandalay, une « ville jeune »

Mandalay, une « ville jeune »
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Dernière capitale royale birmane, Mandalay est officiellement fondée par le roi Mindon en 1857, sur un site qu’il croit mieux protégé que les anciennes capitales plus en aval.

Selon les standards impériaux chinois, il y construit son palais sur un plan carré d’un périmètre de 9 km, bordé d’une douve de plus de 50 m de large. Moins de 30 ans plus tard, les Anglais envoient son fils et successeur Thibaw en exil, pendant qu’ils pillent le palais et sa bibliothèque.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Mandalay souffre énormément des combats entre Alliés et Japonais. Dans les années 80, plusieurs grands incendies ravagent la majorité des nombreuses constructions en bois de la ville.

Aujourd’hui, cette cité étendue comptant 1,5 million d’habitants semble au bout du rouleau, comme vieillie prématurément par les aléas de l’histoire, les assauts de la poussière, de la pluie et de la chaleur. Son plan en damier, sans autres repères évidents que l’Irrawaddy coulant à l’ouest, la citadelle impériale et une colline au nord, n’incite guère à la balade. Ses immeubles à la modernité fanée et l’absence de grandes perspectives peuvent lasser le regard.

Pour que la magie opère, il faut s’engouffrer au guidon d’un vélo, dans cette ville capharnaüm, où voisinent fabriques, quincailleries, matériels de construction et moteurs dépecés, restos et marchés. Se découvrent alors, ici, de coquettes town houses, là, des quartiers calmes cachant temples et pagodes, intimes ou formidables.

Les mutations économiques contemporaines renforcent le rôle de capitale de  Haute-Birmanie et de carrefour de routes et d’influences exercé par Mandalay entre le Sud et l’éventail du Nord birman. 

Mandalay : comment et quoi visiter ?

Mandalay : comment et quoi visiter ?
Monastère Shwe Nandaw © LUC KOHNEN - stock.adobe.com

Avant de partir à l’assaut d’une telle ville, quelques tuyaux peuvent être utiles :

- les rues de 1 à 50 filent est-ouest puis, à partir de 51, nord-sud. Pratique, une fois mémorisé !

- Comme les rues sont longues et les numéros des adresses distribués de manière aléatoire, les coordonnées sont généralement indiquées ainsi : la rue, puis les deux intersections entre lesquelles l’adresse se situe : exemple 35, 74/75.   

- Le vélo est très bien adapté, car à l’exception de la colline (1 h de grimpette), la ville est quasiment plate. Attention quand même à la chaleur (eau et couvre-chef impératifs) et éviter de rouler la nuit.

Au nord de la ville, plusieurs sites religieux garnissent le flanc nord-est du palais royal (sans grand intérêt) : le monastère Shwe Nandaw en teck, démonté et déplacé du palais par Thibaw ; les pagodes Kuthodaw et Sandarmuni, considérées ensemble comme le plus « grand livre du monde » pour leurs 2 503 plaques de marbre ; Kyauktawgyi et son bouddha de marbre de 900 tonnes.

Non loin, la verte colline Mandalay Hill s’avère un bon objet d’excursion et poste d’observation au couchant.

Le sud de la ville est encore plus intéressant. Curieusement peu visité, le grand monastère en teck Shwe in Bin (1895) est à voir absolument, notamment pour ses peintures sur le Mandalay d’antan.

Pas loin, de l’autre côté du canal, le marché au Jade serait le plus grand du monde. Depuis que les mines de la Route de la Soie sont taries, celles de Hpakant (état Kachin) monopolisent quasiment toute la production mondiale de cette pierre semi-précieuse. Les affaires démarrent très tôt, allant du négoce de rochers entiers aux contenus incertains jusqu’à la taille finale. Les fameux rubis de Mogok s’échangent aussi. 

Après avoir observé la fabrication harassante des feuilles d’or un peu plus au nord, puis le travail des sculpteurs de marbres, le temple Mahamuni (1784), fierté de la ville, mérite le détour. On y trouve l’un des bouddhas les plus sacrés du pays, objet d’une ferveur populaire à donner le tournis.

Au retour, la rive de l’Irrawaddy, dotée de nombreux quais, d’une grande activité et de bars-restaurants pittoresques, invite à la promenade.

Le pont d’U Bein et les anciennes capitales birmanes

Le pont d’U Bein et les anciennes capitales birmanes
Pont U Bein © lkunl - stock.adobe.com

Depuis Mandalay, des excursions à la journée sont possibles à la découverte des anciennes capitales birmanes. Le voyage s’organise facilement en mini-van, en bateau ou avec sa propre moto, pour les motards expérimentés. 

Premier stop à 10 km au sud de la ville, au pont de teck d’U Bein enjambant le lac Taungthaman. Extrêmement photogénique, il serait le plus long du monde. À découvrir tôt le matin.

Sur la rive ouest du lac, on peut assister au déjeuner des moines chaque matin à 10 h 15 au monastère de Mahagandayon, sur le site de l’ancienne capitale Amarāpura.

Plus bas sur la même rive, on visite en priorité à Inwa (Ava) les monastères Bagaya et le massif Maha Aungmyae Bonzan Monastery, refuge de chauves-souris.

Un poil en amont, un impressionnant pont de 2 km de long franchit l’Irrawaddy et mène à la zone archéologique de Sagaing-Mingun.

Célèbre pour ses pagodes aux pointes dorées, la colline de Sagaing, éphémère capitale royale au 17e s. s’escalade à pied par une galerie couverte. Dans ce haut lieu d’études religieuses, la pagode U Min Thounzeh aligne 45 bouddhas assis dans une galerie en demi-lune et U Ponya Shin commande, depuis 7 siècles, une très belle vue panoramique sur le fleuve et les environs, portant jusqu’à Mandalay par temps dégagé.

Égrenant une nuée de temples et pagodes, la petite route sinuant le long du fleuve sur 25 km vers le nord aboutit au stupéfiant temple de Mingun, un édifice de brique inachevé d’environ 80 m de côté qui devait être le plus grand temple du monde. La cloche de Mingun est l’une des plus grosses du monde !

Croisière sur l’Irrawaddy jusqu’à Bagan

Croisière sur l’Irrawaddy jusqu’à Bagan
Colline de Sagaing © Alexander - stock.adobe.com

Effectivement très sec, le paysage alentour appartient à la zone aride birmane, centrée sur l’ouest de Mandalay et de l’Irrawaddy. Couvrant environ 15 % du pays, ce n’est pas un désert pour autant.

Quinze millions de personnes, principalement des agriculteurs, élèvent ici presque la moitié du bétail et produisent l’essentiel du sésame, des cacahuètes et légumes du pays. Malheureusement, plusieurs années de mauvaises récoltes sont à l’origine de famines et surendettement.

Intégrer à son itinéraire une croisière fluviale de Mandalay à Bagan (le meilleur sens) est une très belle manière de rejoindre le berceau de la Birmanie, en égrenant ses anciennes capitales.

Très matinal, le départ s’anime des manœuvres et nombreux bateaux fréquentant les quais de Mandalay. Les passages au large de la colline de Sagaing puis d’Ava (Inwa) ont quelque chose de surnaturel.

Tard dans la saison sèche, le bateau multiplie les zigzags pour suivre le chenal réduit à une dizaine de mètres et sondé sans répit par l’équipage. S’ensuit tout le plaisir des croisières fluviales, à laisser filer le temps autant qu’à contempler.  En milieu d’après-midi, un grand pont métallique annonce Bagan, qui n’est plus qu’à 45 min.

Fiche pratique

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Comment y aller ?

Vols vers Mandalay avec Thai Airways via Bangkok (Thaï) et Singapore Airlines (via Singapour). Vols intérieurs depuis Yangon et liaison Bangkok-Mandalay avec Air Asia. Trouvez votre billet d’avion pour la Birmanie.

Liaisons en bus et train depuis Yangon, en bus depuis le lac Inle.

Quand  y aller ?

Saison sèche, mi-oct. à mai ; haute saison touristique, déc.-févr. (températures les plus agréables et pluie très rare).

Attention : en mars, forte probabilité de brume sèche (haze), issue des brûlis traditionnels et des déforestations. Ciel alors gris laiteux, peu de visibilité (fermeture des aéroports éventuelle), atmosphère irritante pour les bronches, etc.   

Se déplacer ?

Dans la région, aéroports à Mandalay (international et domestique) et Lashio ;

bus, minibus et taxis collectifs, liaisons nombreuses et fréquentes entre toutes les villes citées, prévoir 40-50 km/h.

Location vélo/scooter :  compter 1/7-10 € par j. 

Bateau Mandalay-Bagan : à partir de 40 $ pour une formule petite croisière (avec petit déj et lunch, ex. : MGRG mgrgexpress.com), environ 10 h de navigation.

Où dormir ?

A 1 Hotel : angle rues 83 et 32. Chambres simples et impeccables. Une excellente adresse.

Yadanarbon Hotel : 125 31e rue, entre 76 et 77th st. Chambres confortables, petit déj sur la terrasse et accueil en anglais.

79 Living : rue 79, entre 29 et 30, en face de la gare, chambres bien équipées.

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Où manger ?

- Resto indien de rue : le soir seulement, rues 26/83 angle sud-est, tables et chaises à-même le trottoir, authentique et goûteux pour une poignée de Ks. 

- Buffets shan : rue 84, 22/23, plusieurs buffets de cuisine shan à volonté, dont le Golden Shan. 

Texte : Dominique Roland

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