Turin, le charme discret de l’Italie

Turin, le charme discret de l’Italie
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Première capitale de l’Italie de 1861 à 1864, Turin se retrouve cette année au cœur des célébrations du 150e anniversaire de l’unité italienne. C’est donc le moment d’aller (re)découvrir la belle métropole piémontaise. Fief des ducs de Savoie, cité royale, ville de la FIAT, Turin possède un patrimoine diversifié, de nombreux musées et une vie culturelle dynamique.

Traversée par le Pô, avec pour toile de fond les Alpes, Turin a su se reconvertir après la crise industrielle des années 80. Désormais embellie, jouant la carte du tourisme et de la culture, Turin a changé de visage tout en conservant les splendeurs baroques de son centre historique. Une ville agréable et humaine, où, de cafés historiques en restos slow food, les Turinois cultivent avec élégance un certain art de vivre.

La première capitale de l’Italie

La première capitale de l’Italie
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Révisez vos préjugés ! Turin ne se résume ni à la FIAT, ni à la Juventus. Avant d’être le cœur industriel de l’Italie, fief de la richissime famille Agnelli, la cité piémontaise a été pendant trois siècles la capitale du duché de Savoie, l’épicentre du Risorgimento et la première – bien qu’éphèmère – capitale de l’Italie unifiée en 1861. Rien de moins !

Entrée dans un relatif déclin économique dans les années 80, Turin a transformé ses anciens quartiers industriels, rénové son centre-ville et s’offre aujourd’hui dans toute sa splendeur. Une beauté qui n’a rien d’ostentatoire, où même le baroque des grands maîtres Filippo Juvarra et Guarino Guarini se fait discret.

Les rues rectilignes du vieux Turin, bordées d’immeubles à arcades (près de 18 km), exhalent un charme discret, un tantinet austère et aristocratique, à l’image du Palazzo Reale, l’ancienne résidence des ducs de Savoie (photo). C’est à pied qu’il faut découvrir cette ville singulière de la péninsule italienne, en se baladant sous les galeries, en découvrant ses passages ou en faisant mine de se perdre dans ses rues organisées suivant un tracé orthogonal.

Autre surprise : malgré son passé de métropole industrielle, entourée de quartiers dortoirs pour les ouvriers venus du Mezzogiorno, Turin est également une ville verte. Avec, pour toile de fond les sommets enneigés des Alpes, la cité piémontaise, posée au pied d’une colline boisée, est traversée par le Pô. Le long du fleuve, à l’orée du centre-ville, le Parco del Valentino déploie ses pelouses et bosquets sur plus de 40 hectares. Idéal aux beaux jours pour une promenade bucolique.

L’âge d’or des Savoie

L’âge d’or des Savoie
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En 1563, Emmanuel-Philibert transfère la capitale du puissant duché de Savoie de Chambéry à Turin. C’est le début de l’âge d’or de la cité piémontaise. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Turin s’agrandit, se couvre de palais et d’églises baroques sous la houlette de deux grands architectes, Guarino Guarini et Filippo Juvarra.

La Piazza San Carlo (photo), au cœur de la ville, illustre à merveille l’élégance turinoise. Bordée d’immeubles classiques blancs à arcades et de deux églises baroques, cette place rectangulaire de 168 mètres sur 76 mètres est un modèle d’équilibre harmonieux. Une sorte de Place des Vosges piémontaise, où, depuis trois siècles, les plus célèbres cafés historiques de la ville servent de lieu de rendez-vous aux Turinois.

Tout près, autour de la Piazza Castello, se dressent les monuments les plus emblématiques de Turin. Le Palazzo Reale, qui fut la résidence des ducs de Savoie du XVIIe à la fin du XIXe siècle, l’église San Lorenzo, qui abrite derrière sa façade austère une profusion d’éléments baroques, et le Duomo San Giovanni Battista, l’un des rares édifices Renaissance de Turin, où est conservé le fameux saint-suaire.

Joyau de la place, le Palazzo Madama résume à lui seul le riche passé de la ville. En effet, cet étonnant édifice hétéroclite possède des tours romaines, sa façade évoque un somptueux palais baroque du XVIIIe siècle, tandis que l’arrière du bâtiment est un château médiéval des plus austères ! Le Palazzo Madama abrite aujourd’hui un musée d’art ancien et, pendant les festivités du 150e anniversaire de l’unité italienne, la reconstitution du premier sénat d’Italie. Ne manquez pas à l’intérieur l’extraordinaire escalier monumental de Filippo Juvarra, chef-d’œuvre baroque du XVIIIe siècle.

De la Piazza Castello, plusieurs promenades à pied sont possibles : soit en déambulant sous les arcades de la via Pô qui descend vers le fleuve et l’imposante Piazza Vittorio Veneto, l’une des promenades favorites des Turinois ; soit en s’engageant dans les ruelles voisines du Quadrilatero Romano, l’un des plus anciens quartiers de la ville où se trouvait le castrum romain. Totalement réhabilité, c’est l’un des endroits les plus sympas du Turin branché, où l’on trouve de nombreux bars, restos et boutiques de designers.

Résidences royales et musées

Résidences royales et musées
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Impossible d’évoquer l’âge d’or des Savoie sans mentionner la « couronne de délices » que forment les résidences royales de Stupinigi, de Rivoli, de La Venaria Reale et de Racconigi, bâties autour de Turin. Classées au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1997, les Residenze Sabaude (résidences de Savoie) sont un témoignage éloquent de la puissance du duché alpin aux XVIIe et XVIIIe siècles. Pour la plupart accessibles avec une navette à partir du centre de Turin, ces « châteaux du Pô » sont des petits bijoux baroques.

Un des cœurs battants des festivités d’Italia 150, la Venaria Reale passe pour le Versailles piémontais. Construit dans le style français, ce magnifique château, qui contient pas moins de 400 pièces, était en fait une « simple » résidence de chasse. Parfaitement restaurée après avoir été pillée par Napoléon et laissée à l’abandon pendant deux siècles, la Venaria Reale accueille aujourd’hui un musée dédié à la dynastie des Savoie.

Magnifique galerie toute blanche de 70 mètres de long sur 15 mètres de haut, la galleria Grande (photo), d’une extraordinaire luminosité, est un pur chef-d'oeuvre baroque. Dehors, les jardins à la française, désormais agrémentés du potager royal reconstitué, ont pour cadre la grandiose chaîne des Alpes.

Autre héritage de la grandeur des Savoie, les nombreux musées de Turin, dont l’incontournable museo Egizio (musée égyptien), deuxième musée du genre au monde après celui du Caire. Au-dessus, toujours via Accademia delle Scienze, la Galleria Sabauda (galerie de Savoie) expose les collections des Savoie, essentiellement de la peinture italienne et flamande (Fra Angelico, Botticelli, Tiepolo, Memling, Rubens…).

Dans la même rue, le palazzo Carignano – somptueux édifice baroque de pierre rouge – abrite le premier parlement italien et le musée du Risorgimento, l’époque précédant la formation de l’Italie et dont Turin fut le haut-lieu. Dans un tout autre genre, les amateurs de bolides seront à la fête au musée de l’Automobile, qui vient de rouvrir ses portes.

Le Turin (post-) moderne

Le Turin (post-) moderne
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Turin possède également un beau patrimoine de l’ère moderne et industrielle. Érigée à la fin du XIXe siècle, la Mole Antonelliana, l’un des plus hauts édifices en maçonnerie d’Europe (167 mètres), est devenue le symbole de Turin. Ce bâtiment en forme de dôme devait à l’origine servir de synagogue. Il abrite aujourd’hui un important musée du Cinéma qui s’intègre parfaitement à l’originalité des lieux. Un ascenseur en verre mène à une terrasse d’observation située à 85 mètres au-dessus de Turin. Panorama exceptionnel par beau temps sur la ville et les Alpes.

L’ère industrielle des décennies d’après-guerre a laissé également ses traces sur la ville. D’anciennes friches et des ateliers abandonnés ont subi des travaux de restructuration, notamment à l’occasion des Jeux Olympiques de 2006. Bel exemple d’architecture industrielle moderne, les ateliers du Lingotto (photo), qui abritaient les usines FIAT, ont été totalement transformés dans les années 90 par l’architecte Renzo Piano. Emblème de la reconversion de Turin, le Lingotto est devenu un centre de loisirs, abritant bureaux, magasins, cinéma, hôtel et la pinacothèque Agnelli où l’on peut voir des tableaux de Matisse et Picasso.

À côté, l’ancienne usine Carpano s’est transformée en Eataly, un concept de grand magasin unique au monde. Inspiré par le slow food, ce temple gastronomique commercialise les meilleurs produits italiens et des ouvrages de cuisine, organise des rencontres avec des chefs, des dégustations et même des cours de cuisine. À l’intérieur du magasin, sept restaurants thématiques (pâtes, poisson, fromage …) permettent de se régaler pour pas cher. Cette idée géniale, qui rencontre un grand succès auprès des Turinois, vient d’être importée à Tokyo et à New York. À quand un Eataly à Paris ?

Dernier vestige industriel rénové, les Officine Grandi Riparazioni, anciens ateliers de réparation pour les locomotives, ont rouvert ses leurs portes le 17 mars dernier à l’occasion du 150e anniversaire de l’unité italienne. Le lieu a été transformé en un espace d’exposition qui conserve intelligemment la structure et les murs des anciens ateliers. D’ici la fin de l’année, le parc Dora sera inauguré sur le site d’une ancienne friche industrielle. Du gris au vert, à Turin, il n’y a qu’un pas…

L’art de vivre turinois

L’art de vivre turinois
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Turin n’a pas attendu la vogue du slow food pour cultiver un art de vivre teinté d’épicurisme. Faites donc une halte dans un bar en début de soirée à l’heure de l’aperitivo. Plus qu’un simple apéritif, il s’agit d’une tradition typiquement turinoise à ne manquer sous aucun prétexte. Pour le prix d’un verre (un peu majoré, certes), vous avez droit à un buffet de victuailles à volonté : charcuterie, olives, fromages, petites pizzas, gressins… Idéal pour des réunions entre amis et pour rencontrer, au fil des verres de vermouth ou de vin, des Turinois.

Pour succomber aux délices de l’aperitivo, nous vous conseillons les bars du Quadrilatero Romano, l’un des coins les plus sympas de Turin. On y trouve également pas mal de restos pour goûter de savoureux plats piémontais comme les agnolotti del plin (petits raviolis), le brasato (bœuf braisé) ou le risotto à la tomme accompagnés de bons vins locaux (barolo, barbaresco, dolcetto…).

Autre institution turinoise : le café. Un peu comme à Vienne, il existe dans la capitale piémontaise de nombreux cafés historiques, jadis fréquentés par des clients illustres (Cavour, Garibaldi…) et toujours aussi populaires auprès de la bonne société locale. Théâtres privilégiés de la vie politique et intellectuelle de l’époque du Risorgimento, des cafés comme Mulassano ou Baratti & Milano (piazza Castello), Torino ou San Carlo (piazza San Carlo), ont gardé leur charme d’antan, avec leurs marbres, leurs dorures, leur décor Liberty.

Goûtez à la spécialité locale, le bicerin (photo), un savoureux mélange de chocolat, de café et de crème de lait fouettée. Les meilleurs se boivent… Al Bicerin (piazza della Consolata), un minuscule établissement qui fut fréquenté par Puccini, Nietzsche et Alexandre Dumas.

Ultime exemple du dynamisme turinois : les nombreux festivals (danse, gastronomie, cinéma, chocolat…) qui animent la ville tout au long de l’année. Se voulant désormais la « capitale italienne de l’art contemporain », Turin, qui vit naître l’arte povera, accueille deux importantes manifestations d’art contemporain, Contemporary Art Torino et Luci d’Artista. En décembre, des artistes contemporains réalisent d’originales décorations lumineuses de Noël dans les rues de la ville.

Fiche pratique

Fiche pratique
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Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Italie.

Office du tourisme de Turin

Office national du tourisme italien

Lire notre article sur les 150 ans de l'Italie à Turin.

Comment y aller ?

Le TGV dessert Turin deux fois par jour en 5 h 30 au départ de Paris-Gare de Lyon, via Chambéry et Lyon Saint-Exupéry. Tarifs à partir de 30 € l’aller simple.

Où dormir ?

- Ostello Torino : via Alby, 1. L’AJ de Turin, dans le quartier verdoyant et excentré du Borgo Po. Nuitée à partir de 15 € en dortoir.
Trouvez votre hôtel à Turin

Où manger ?

- Dausin : à l’angle de via Goito et via Galliari, dans le quartier branché de San Salviaro. Tél. : 011 6693933. Ce restaurant de quartier ne désemplit pas. Succès mérité, car on s’y régale de bons petits plats piémontais (agnolotti, brasato…) réalisés selon le principe locavore du « kilomètre zéro ». Toutes les recettes sont élaborées à partir de produits de saison locaux. Accueil sympa et tarifs plus que modérés. Repas complet à la carte autour de 20 €.
- Eataly : en face du Lingotto. Ce temple de la gastronomie italienne contient 7 comptoirs de restauration thématiques (pâtes, viandes, fromages, poissons…) proposant des plats du jour à prix modique. Possibilité de faire ses emplettes après le repas. Compter environ 8 € le plat.

Où sortir ?

On trouve de nombreux bars et restos dans le quartier du Quadrilatero Romano qui est devenu le QG des branchés, des étudiants et des artistes. Pour les discothèques, cap sur les Murazzi, où des entrepôts sur les quais du Pô ont été transformés en boîtes de nuit, à deux pas de la place Vittorio Veneto.

Pour prendre un café, un bicerin, un chocolat gianduia ou un sabayon, rendez-vous au traditionnel Al Bicerin, au Caffè San Carlo ou au très chic Baratti & Milano

Conseils

La Torino+Piemonte Card offre gratuité et tarifs réduits dans les transports et la plupart des institutions culturelles de la ville.
Attention ! Les musées sont fermés le lundi.

Liens utiles

La Venaria Reale
Officine Grandi Riparazioni
Musée du Cinéma
Pinacothèque Agnelli
Musée Egyptien
Musées de Turin
Musée de l’Automobile

Texte : Jean-Philippe Damiani

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